« Quand les femmes parlent d’amour – Anthologie de la poésie féminine », Françoise Chandernagor

CHRONIQUE
« Quand les femmes parlent d’amour », de Françoise Chandernagor, est un superbe ouvrage paru aux éditions du Cherche Midi sur un thème inédit, et non moins hardi, qu’est la poésie féminine. Un genre féminin qui existe depuis des lustres, mais que la prépondérance masculine a conduit à occulter. Cette anthologie très fouillée est d’une richesse stupéfiante et ravit tant par le nombre de femmes poètes talentueuses que par la diversité des sujets traités. L’intérêt provoqué par la découverte d’une poésie féminine foisonnante est décuplé par le traitement de l’écrivain qui ne se contente pas d’égrener le nom de ces femmes poètes francophones de tous horizons sociaux au cours des siècles et ce que l’amour leur a inspiré.

« Bombay mon amour », Charlotte Valandrey

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« Bombay mon amour » est un roman d’amitié entre trois femmes qui fait voyager dans une Inde envoûtante. Une fois n’est pas coutume, la comédienne et auteure Charlotte Valandrey ne nous offre pas un récit autobiographique sur un fragment de sa vie, comme ce fut le cas pour ses précédents ouvrages. Pour ce récit-là, elle puise dans le genre de l’autobiographie des éléments du réel pour créer sa première fiction… Elle réussit par ce stratagème à brouiller les cartes et à captiver du début à la fin le lecteur qui ne cesse de s’interroger : mais quelle est donc la part du réel ?

« Et du ciel tombèrent 3 pommes », Narinai Abgaryan

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« Les vrais héros ont des physionomies simples, ce n’est que dans les films qu’ils jouent avec leurs muscles en sauvant le monde ». Cette pensée de l’auteure arménienne Narinai Abgaryan semble être le socle de ses deux romans traduits en français par les éditions Macha Publishing. Dans ce nouvel opus « Et du ciel tombèrent 3 pommes », comme « Dans mon cœur à jamais » paru en février 2016, l’auteure revisite, avec son style inimitable alliant simplicité et délicatesse, le symbole du village reculé et en dépeint les habitants qui s’incarnent avec force. Ce roman est une succession d’histoires personnelles de familles qui frappent par leur dépouillement et nous attachent à leur devenir. Même si tout est écrit d’avance, selon leur croyance, on se surprend à rêver pour eux un répit entre la guerre et les catastrophes climatiques qui s’unissent pour déchaîner le chaos.

« Malone Bolle, à qui perd gagne », Lauranne Cyonga

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« Malone Bolle, à qui perd gagne » est le premier roman jeunesse (9/13 ans) de Lauranne Cyonga, une jeune auteure qui préférait jusque-là les textes courts comme les nouvelles, les chansons, les haïkus. Bien lui en a pris, l’écriture est fluide et agréable, la narration vive et nerveuse. Le vocabulaire est riche, peut-être parfois un peu recherché pour la tranche d’âge visée. L’histoire est simple de prime abord. Elle réunit cinq amis qui s’embarquent dans le projet ambitieux de construire une cabane en bois pour relever le défi d’une bande rivale. La ressemblance avec « Le club des cinq » s’arrête au chiffre, car nulle enquête n’est menée. Tout l’intérêt du récit réside dans l’histoire personnelle et attachante des personnages et l’évolution des relations avec leurs parents. La construction de la cabane étant le prétexte à réunir enfants et parents autour d’un projet commun.

« La mésange et l’ogresse », Harold Cobert

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« La mésange et l’ogresse », c’est l’horreur nue, dépouillée d’artifices dans la cruauté, qui prend à la gorge et ne desserre la pression qu’à la dernière page. Harold Cobert revient sur l’affaire Fourniret, ce couple maudit dont le parcours meurtrier s’est dessiné en France et en Belgique dans les années 80 et à l’orée des années 2000. Si c’est une œuvre de fiction déclarée, elle reste toutefois basée sur les faits révélés lors du procès. Et c’est là tout le coup de génie de l’auteur qui imagine les coulisses d’une année d’interrogatoires de Monique Fourniret.

« Les chemins de Garwolin », Evelyne Dress

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Avec son cinquième roman « Les chemins de Garwolin », Évelyne Dress entraîne son héroïne dans une magnifique et passionnante aventure à la fois familiale et personnelle. À la mort de son père, Sylvia Gutmanster s’interroge sur ses ancêtres qui ont fui la Pologne en 1921, sur ses racines juives et son « impossibilité à faire correspondre le dedans et le dehors » de son être. Elle renie sa judéité et tente de la cacher, même si elle n’est juive que par son père qu’elle adorait. Malgré elle, une rivalité entre le respect des traditions et une propension à vouloir s’en libérer la tourmente sous la forme d’une voix intérieure qui ne cesse de la harceler à coups de « non » autoritaires, s’opposant à tout désir et décision.

« L’Éloge de la loose », Christophe Beaugrand

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Avec « L’Éloge de la loose », Christophe Beaugrand, journaliste et animateur TV et radio, dévoile deux nouvelles cordes à son arc déjà bien pourvu. Trempant sa plume dans l’ironie et la vivacité, il rassemble dans un ouvrage divertissant trente moments de grande solitude en public d’hommes et de femmes médiatiques. Trente mésaventures, qu’il appelle « loose », tendres, cruelles, émouvantes, détonantes, et toujours drôles voire hilarantes, sont offertes à notre curiosité amusée. Faisant preuve d’autodérision, Christophe Beaugrand se met également en scène dans des situations peu valorisantes. On se régale de son ton gentiment impertinent et décalé et de son joli coup de crayon satirique qui caricature les personnages sous le feu honteux des projecteurs.

« Les bonnes mœurs », Timothée Gaget

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« Les bonnes mœurs » de Timothée Gaget est un premier roman astucieusement ficelé, qui dévide sa pelote avec l’éloquence de l’avocat que l’auteur fut, avant de l’employer dans une agence de communication. « Les bonnes mœurs » opposent deux mondes : la gauche technocratique face à la droite rurale, catholique et conservatrice. C’est aussi une rencontre humaine puissante et silencieuse : Tristan et Bon-papa, son grand-père. Le banquier d’affaires parisien, narrateur antihéros, grille sa vie, courant de soirées en partouzes, sniffant des rails de coke et sifflant des cocktails explosifs. Le comte de Barmonne est un taciturne Solognot, ruminant la folie du monde, acariâtre endurci, chasseur et garant des traditions.

« Sortie de piste », Marc Welinski

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Dans son roman choral « Sortie de piste », Marc Welinski ébranle les certitudes d’un homme éprouvé, donnant à réfléchir sur la question épineuse et passionnante des expériences de mort imminente (EMI). La science peut-elle tout expliquer ? Moïse Steiner est chef d’entreprise à Paris, ancien militant trotskyste, cartésien et athée. Comme concentré de scepticisme, on ne peut mieux faire ! Et pourtant, l’incrédule va vivre l’inconcevable.

« Les bijoux indiscrets », Denis Diderot

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Le philosophe Denis Diderot, directeur de l’ambitieuse Encyclopédie, aurait été dans sa jeunesse un tantinet grivois. Qui l’eut cru ? « Les bijoux indiscrets » est son premier roman publié de son vivant, en 1748, mais anonymement. Il avait aux alentours de 35 ans quand il imagine une fable licencieuse. Ce petit bijou libertin est né d’un pari entre le philosophe et sa maîtresse d’alors. Il ne lui a pas fallu plus de quinze jours pour soumettre son roman érotico-oriental à l’appréciation intime de sa dame de cœur.

« Le Jaune et le Noir – Sur les pas de Stendhal », Nicolas Saudray

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« Le Jaune et le Noir – Sur les pas de Stendhal », de Nicolas Saudray, est une invite à un beau voyage intemporel, celui de la quête d’un amour vrai à une époque où l’affaire du mariage était un petit arrangement entre familles. L’une offrant un titre et un rang, et l’autre effaçant les dettes. Au point tel que l’argument d’une mésalliance s’inclinait devant l’absolue nécessité. Un thème cher au cœur et à la plume de Stendhal qui avait imaginé une suite à son roman « Le Rouge et le Noir », une fresque amoureuse dans les tourments de l’histoire de la première moitié du XIXe siècle et dont Nicolas Saudray a poursuivi l’idée.

« L’arbre qui donna le bois dont on fit Pinocchio », Jean-Marie Gourio

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Jean-Marie Gourio, ancien rédacteur en chef de Charlie Hebdo, emprunte ses mots à l’enfance enracinée. « L’arbre qui donna le bois dont on fit Pinocchio » est le premier de ses textes qui inaugure la collection « Papillon ». Un titre évocateur, aux attributs de légèreté, de beauté et de poésie. Un roman coup de cœur au ton qui lâche l’impertinence truculente des « Brèves de comptoir » au profit de l’innocence métaphorique. Un conte épistolaire qui ranime les aventures de Pinocchio avec l’idée de sublimer la croyance en ses rêves. C’est un hymne à la vie, à l’enfance, à la confiance, à la réalisation de soi, au pardon, avec en cadeau une immersion lumineuse dans une Italie bucolique, authentique, chaleureuse.

« En attendant Bojangles », Olivier Bourdeaut

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« Avec « En attendant Bojangles », premier roman aux nombreux premiers prix, Olivier Bourdeaut s’empare de la folie pour l’habiller d’une poésie délirante à deux voix, celles du fils et du père. Il l’invite en musique à rentrer dans la danse d’une vie rêvée sur une partition menée tambour battant. Dès les premières notes, le ton et le rythme imposent une mélodie étrange, attachante, captivante. Le lecteur est propulsé dans l’univers de cette famille survoltée, où la vérité se travestit de bonne foi de mensonges et d’histoires à dormir debout, où la fête perpétuelle a viré le quotidien à grands coups de rires et d’argent, où l’amour règne en dictateur joyeusement irresponsable, comme s’il pouvait n’exister rien d’autre sur terre qu’eux trois. »

« Crise et châtiment », Bertrand Fitoussi

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« Crise et Châtiment », le si bien nommé, est un roman à deux voix à la résonnance autobiographique, qui oppose à la fiction un réalisme cinglant et brutal. Bertrand Fitoussi y décrypte l’inéluctable enchevêtrement des événements qui ont présidé à l’implosion du monde de la finance et scellé le sort calamiteux de nombre d’épargnants lors de la crise des subprimes, en 2007. Alors banquier international, l’auteur était aux premières loges de cette tragédie en plusieurs actes qui se jouaient sans filet, sans répétitions, sans l’expérience du connu.

« Truffe et sentiments », Émilie Devienne

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« On ne peut pas s’accrocher à une situation passée tout en voulant tourner la page ». Cette affirmation dans « Truffe et sentiments » résume avec simplicité tous les enjeux complexes de la fin d’une histoire d’amour et d’une vie familiale. Avec son premier roman, Émilie Devienne explore avec justesse les déchirements d’une rupture, celle d’un couple réputé idéal. C’est un sujet rebattu, certes. Mais cette spécialiste dans le domaine de l’évolution personnelle, avec une vingtaine d’ouvrages à son actif, le maîtrise jusqu’au bout des ongles… ou des griffes, puisqu’elle nous le fait vivre au travers d’un narrateur inattendu : Gibus, un border collie mâtiné de griffon.

« Toutes ces choses à te dire », Frédérique Volot

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L’immersion est profonde et émouvante. Frédérique Volot trempe une plume légère et romanesque dans l’encre réaliste de la vie douloureuse et mouvementée d’Ettore et de Lucie. L’auteure retrace avec une verve saisissante leur trajectoire différente qui va les réunir en 1930, puisant dans leurs origines, leur enfance, leur apprentissage de la vie, entre débrouillardises et audace. Elle leur fait traverser en parallèle des moments personnels éprouvants et des événements historiques tragiques qui vont édifier leur coup de foudre en un amour puissant, indestructible.