« Au Soleil redouté », Michel Bussi

CHRONIQUE
Redoutable est le mot qui surgit quand la fin s’annonce. « Au Soleil redouté », c’est l’aveuglement assuré qui fait perdre tout sens logique. Avec ce thriller millimétré, mené d’une main audacieuse, Michel Bussi dépasse un cran dans le retournement de situations et l’originalité. Le stratagème réside dans la construction de l’histoire : elle passe inaperçue jusqu’à l’heure des explications. Au lieu de semer des indices pour permettre au lecteur d’élaborer des hypothèses probables ou crédibles, l’auteur instille le doute au compte-gouttes dans un raffinement rare de torture intellectuelle. La frustration de n’avoir rien remarqué est telle, la complexité de la trame est telle, l’envie de connaître la suite est telle que l’on n’a qu’une seule obsession : redécouvrir le livre avec la clé de compréhension pour saisir là où l’on aurait dû comprendre. Pourtant, l’intrigue a tout l’air banale : cinq lectrices ont gagné l’immense privilège de suivre pendant une semaine un atelier d’écriture dispensé par un romancier à succès, dont la plume chatouille le cœur des femmes malgré un physique rondouillard. Sous le soleil polynésien où tout concourt à l’inspiration, l’île d’Hiva Oa deviendra pourtant une prison étouffante et sanglante après une disparition et plusieurs morts, que l’assassin désigne avec le texte que les apprenties écrivaines ont écrit lors de l’exercice d’atelier d’écriture : « Avant de mourir, je voudrais… »

« Cache-cash mortel », Hubert Letiers

CHRONIQUE
Avec son deuxième roman « Cache-Cash Mortel », Hubert Letiers lâche le filet de son inspiration dans les eaux fangeuses du blanchiment d’argent issu du trafic de drogue, un trafic qu’il imagine institutionnalisé par la sphère politique au plus haut de l’État pour colmater le trou de la Sécurité sociale. Ambitieux scénario pas si élucubrant qu’il n’y paraît, quand on connaît les démangeaisons de certains politiques à vouloir légaliser le cannabis. L’idée est intéressante et a l’avantage de faire s’interroger sur cette miraculeuse manne qui viendrait renflouer le navire France qui croule sous des dettes abyssales. Dans ce nouvel opus, l’auteur de « Meurtre en haut lieu » poursuit son autopsie des comportements déviants des gouvernants, de ceux qui les conseillent, des différents services de police et du renseignement qui agissent dans l’intérêt de l’État. Il nous offre un roman de haute tenue, solide, convaincant et éclairant. Le tout tendu au cordeau par une écriture irréprochablement littéraire. Peut-être un peu trop pour le confort de lecture d’un polar aux ramifications de personnages étendues.

« Le père Denoël est-il une ordure ? », Gordon Zola

Le père Denoël est-il une ordure? Gordon Zola, édition le Léopard démasqué

CHRONIQUE
Comment résister à un ovni littéraire, qui vient d’être réédité aux éditions du Léopard masqué ? Sous prétexte d’en rire, « Le père Denoël est-il une ordure ? » est une affaire on ne peut plus sérieuse. L’auteur Gordon Zola relate, documents à l’appui, le mystérieux assassinat, à ce jour non encore élucidé, de l’éditeur Robert Denoël. C’est que le père Denoël s’est compromis en collaborant. Pire ! La Commission consultative d’épuration de l’édition, constituée d’auteurs se clamant irréprochables, le condamne pour avoir notamment publié Louis-Ferdinand Céline. Mais l’éditeur prépare sa défense : il a consigné dans son carnet noir des éléments impliquant des confrères. Seulement, le 2 décembre 1945, il range sa voiture boulevard des Invalides à la suite d’une crevaison, sort le cric et la manivelle, envoie sa maîtresse Jeanne Loviton chercher un taxi et est abattu d’une balle dans le dos. À défaut de témoins directs, l’enquête conclut à une agression pour vol qui aura mal tourné. La ficelle est grosse, la veuve se tue à le clamer… et peut-être aussi Maître Lucien Bonplaisir, avocat de l’édition et ardent défenseur des femmes tondues et de belles éplorées.

« Le piège de verre », Éric Fouassier

CHRONIQUE
« Le piège de verre » est à la fois un roman historique flamboyant et un thriller ésotérique qui enchanteront tous les inconditionnels du genre. Ce deuxième opus d’Éric Fouassier, qui fait suite aux aventures de la charmante apothicaire d’Amboise, Héloïse Sanglar, et de Pierre Terrail, seigneur de Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche(*), est lui aussi très réussi. L’auteur à l’imagination fertile nous entraîne dans une folle équipée à travers la France Renaissance et ses splendides édifices religieux. Cette fois-ci, la reine de France, Anne de Bretagne, confie à Héloïse et à son homme de confiance, Henri de Comballec, la mission d’enquêter sur une menace d’attentat envers le roi Louis XII. Il faudra toute la sagacité de la jeune femme et la force combative du baron pour résoudre les codes secrets du parchemin de la Conspiration de la lumière et avoir des chances de déjouer le complot régicide des maîtres-verriers.

Pin It on Pinterest