« Un portrait de trop », Françoise d’Origny

Extrait (page 116)
« – Une Vanité est une peinture de réflexion sur la fragilité du réel, sur la vie et la mort. Elle assemble des objets qui incitent à méditer sur le temps qui passe, tels qu’un sablier, une bougie qui se consume, une fleur qui s’effeuille, et, bien sûr : une tête de mort. Mais aucune Vanité n’égale la mienne, aucune ne montre aussi fortement que nous ne sommes, e fait, que des mots vivants. J’avais peint le portrait qu’il ne fallait pas peindre. »

« Un portrait de trop », Françoise d’Origny

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

Après « Ces jours qui ne sont plus », une autobiographie sans concession où Françoise d’Origny brossait le portrait d’une vie personnelle et mondaine intense, dans « Un portrait de trop » (Fauves Éditions), l’auteure s’essaye avec conviction à la fiction. Et non des moindres… le roman noir. Mettant à profit sa passion pour la peinture, l’auteure – elle-même artiste-peintre – transpose sa scène de crime dans l’atelier d’un obscur artiste à la recherche de la lumière parfaite, du trait révélateur de l’âme du modèle. Le jour où la discrète épouse de l’industriel fortuné de FluxiNova se présente pour se faire exécuter le portrait, sa vie s’en voit à jamais bouleversée. Elle en mourra, le visage figé dans une expression d’effroi. Qu’a vu Josiane Tercheneau de si horrible ? C’est ce qu’entend découvrir le commissaire Joubert chargé de l’enquête, qu’il pressent complexe. Comment ne pas rester perplexe à la découverte d’un corps crispé, dont le regard s’accroche à un chevalet désespérément vide ? Mais où est passé Vanel, le peintre ? Son absence signerait-elle sa culpabilité ? Le mystère s’épaissit quand ce dernier réapparaît au domicile du commissaire pour lui restituer sa vérité du beau et de la mort. Après un début qui se cherche, la montée dramatique s’affirme et occupe tout l’espace, ne laissant aucun blanc dans le décor. 

Résumé

Proche de la retraite, peu zélé, mais un professionnel obsessionnel, Joubert piétine dans son enquête. On le presse de conclure à un suicide, pourvu qu’on boucle la curieuse affaire qui fait les gorges chaudes des médias et indispose le mari de la victime, un influent industriel qui a des amis en haut lieu. Contraint, Joubert s’y résout la mort dans l’âme, sachant que le peintre – le principal suspect – a littéralement disparu depuis des mois. Il ne saura jamais ce qui s’est réellement passé dans l’atelier. C’est alors que Vanel frappe à sa porte. Il n’est pas beau à voir. Un indigent traînant sa misère et peut-être sa culpabilité dans les rues de la ville. Il est excessif, en proie à un feu intérieur qui le fait passer, aux yeux du commissaire, pour un fou délirant sur sa peinture. Car c’est de peinture qu’il est venu l’entretenir. Celle du sublime portrait qu’il a réalisé de Josiane Tercheneau, parvenant à capter l’essence même de la personne jusqu’à ce qu’il soit saccagé. À la fois dégoûté et fasciné par les propos apparemment insensés de Vanel, Joubert se prend au jeu. Il veut connaître le fin mot de l’histoire, quitte à ne jamais la divulguer !

Pour approfondir

Après avoir consacré une grande partie de sa vie à la peinture, Françoise d’Origny s’installe dans cette toute nouvelle peau d’auteure aussi passionnée qu’inspirée. « Un portrait de trop » n’est en rien une suite à son premier récit. Les deux ouvrages sont de genres différents. Pourtant, ils semblent être cousus de ce même fil d’argent, invisible, mais indispensable, qui permet de faire vibrer la corde la plus sensible de l’auteure. Le pacte tacite entre le peintre et son modèle est diabolique, tout comme celui qui s’installe entre Vanel et Joubert. Les deux protagonistes, aussi paumés l’un que l’autre, sont aussi dissemblables qu’ils se ressemblent dans leur obsession. Ce policier original donne lieu à une passe d’armes narrative entre le commissaire et le peintre, aussi distrayante qu’intrigante. Dans un style décalé, mariant noirceur et vitalité, sachant ménager le suspense, Françoise d’Origny a réussi à brosser le portrait d’une passion, d’une époque et d’un meurtre parfaitement dépeint dans sa force chromatique.

Nathalie Gendreau

Fauves Éditions, 30 septembre 2020, 176 pages, à 17 euros en version papier et 12,99 euros en version numérique.

2 réflexions au sujet de “« Un portrait de trop », Françoise d’Origny”

  1. Avec « Le Portrait de Dorian Grey » d’Oscar Wilde la peinture a acquis ses lettres de noblesse dans la littérature… malgré les turbulences « médiatique » observées lors de sa publication. Avec « Un Portrait de trop », souhaitons à Françoise d’Origny d’approcher de la notoriété du célèbre dandy anglais dont j’ai retenu une de ses pensées « La meilleure façon de résister à une tentation… c’est d’y succomber ».

    Dans la présentation de Presta Plume j’ai aussi noté le terme de « Roman Noir » qui donne envie de se replonger dans ce genre qui fit le bonheur de nombre d’éditeurs.

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