« L’Anomalie », Hervé Le Tellier

LITTERATURE
« L’Anomalie » d’Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020, divise les lecteurs autant qu’il rassemble tant par son histoire dérangeante sur la duplication de soi que par sa structure narrative séquentielle portée par de (trop ?) nombreux personnages. Quoi qu’il en soit, il ne laisse pas indifférent et déchaîne les passions, réconciliant tous les lecteurs sur la question de la finalité d’un texte et des motivations de son auteur. Fidèle aux principes cœur de l’Oulipo (institut littéraire prônant l’innovation par le langage), dont il est membre, Hervé Le Tellier perturbe, surprend, déroute le lecteur, le prend au jeu, le perd aussi un peu pour mieux l’entraîner vers un ailleurs qui le ramène à sa propre condition. Et si vous aviez fait partie des passagers du vol Air France 006 qui relie Paris à New York, ce 10 mars 2021, et qu’un autre que vous, semblable en tout point, ayant vécu une vie identique, surgissait trois mois plus tard croyant être en mars, quelle serait votre réaction ? Ici, l’auteur ne s’amuse pas à supprimer une lettre, comme Georges Perec, lui-même membre de l’Oulipo, dans « La Disparition », il préfère mettre en scène la réapparition – en double exemplaire – d’un avion et de tous ces passagers à la faveur d’un orage bien évidemment violent, mais surtout inexpliqué par sa soudaineté et son imprévisibilité.

« Comme un parfum d’éternité », Francisco Da Conceiçao

LITTERATURE
« Comme un parfum d’éternité » fleure bon la promesse d’un moment complice, une plongée en milieu familier de l’écriture pour autrui. Pour m’y frotter avec passion, je reconnais dans l’écriture de Francisco Da Conceiçao le mécanisme bien huilé de la trame du récit de vie, à travers un duo biographe/biographé. Y transparaît la ferveur teintée de retenue respectueuse face au don de l’autre, l’appétit cependant aiguisé de l’écrivain par la délivrance d’un destin offert au seuil du grand départ, où se rejouent a posteriori les épreuves et les joies du confident, les amours fanées et les drames qui grandissent l’âme ou la perdent. L’auteur, qui anime des ateliers d’écriture dans les écoles, propulse son double d’écriture dans une maison de retraite ; là où tout finit, mais aussi – sous son écriture poétique et fine – là où tout peut recommencer. Pour que ce miracle puisse se produire, il réunit dans son deuxième roman Caroline et Marie. La première écrit la vie de résidents de maison de retraite. La seconde est une octogénaire encore vive et volontaire. Elle promet à Caroline que sa vie vaut toutes celles des autres, car elle n’enjolivera rien, ni ne mentira, ni niera ses fautes. Elle le jure…

« Le Jeu de grâce », Christian Vialle (Éditions de Borée)

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À travers son premier roman, « Le Jeu de grâce », paru aux Éditions de Borée, Christian Vialle nous fait le don d’une histoire de vie, celle de sa mère, Jeanne. L’auteur est le dernier-né d’une grande fratrie, arrivé selon l’expression « sur le tard », tel le dernier maillon d’un nœud familial. Cet ancien directeur adjoint d’institut médico-éducatif, une fois la retraite venue, a voulu restituer l’histoire de cette mère vaillante, qui a puisé son énergie dans la colère profonde de l’abandon pour se sortir de la misère et élever ses enfants dignement. Traversant la première moitié d’un XXe siècle tumultueux, cette jeune orpheline a tenté de trouver sa place, malgré le rejet de sa mère (internée à l’asile), la maladie, la Seconde Guerre mondiale, l’enchaînement des grossesses, la précarité de la vie ouvrière. Mais se relever du sentiment d’abandon a été le plus difficile, car toujours la question essentielle du « pourquoi » n’a cessé de la hanter. Avec ce témoignage familial, l’auteur nous donne aussi à vivre une période de l’histoire riche, mais tourmentée, ainsi que la rudesse des conditions de vie ouvrière. Il nous le conte par la voix sensible de Jeanne, avec simplicité et sincérité, sans jamais tomber dans la facilité ni le larmoyant. Un très bel hommage !

« Déjà, l’air fraîchit », Florian Ferrier (Plon)

Couverture de "L'air fraîchit déjà"

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Scénariste de bande dessinée et réalisateur de séries télévisées jeunesse, Florian Ferrier est aussi un écrivain confirmé qu’il faut absolument lire. Avec son dixième ouvrage, « Déjà, l’air fraîchit », chez Plon, il commet un roman remarquable par le thème, l’angle et la structure de l’histoire. Hardi et talentueux, l’auteur a franchi avec le Rhin la frontière de l’horreur pour nous faire remonter le temps de la Seconde Guerre mondiale. Son œil scrutateur et sa verve narrative se sont intéressés au parcours d’une jeune Allemande, innocente… enfin, pas tant que cela si on considère sa nature cruelle. À travers ce personnage complexe, Florian Ferrier décrit à merveille les trois temps du nazisme : l’embrigadement de la population, l’avènement triomphateur et la débâcle finale. Adossé à une documentation fournie, ce roman se lit comme une leçon d’histoire et de mœurs émouvante et passionnante, où les sentiments d’amour comme de haine sont exacerbés. On se glisse peu à peu dans la peau d’Elektra, on se prend à lui trouver des circonstances atténuantes avant de s’insurger contre cette idée rebutante. Une lutte s’engage en sourdine en soi, tandis que l’histoire nous tire par la manche. On est prisonnier du style qui prend aux tripes et du suspense qui s’instaure ; oui, prisonnier, à l’instar d’Elektra qui doit rendre des comptes aux Alliés, après la défaite du IIIe Reich. Elle encourt la peine de mort. Dans l’attente de son jugement, elle est interrogée sur les crimes qu’elle aurait pu commettre, même si sa tâche n’a consisté qu’à confisquer, déporter et tuer… des livres. Enfin…, c’est ce qu’elle ne cesse répéter.

« Le jouet d’Alexandre », Nabil Nasr

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Un camion de pompiers en bois pour titre et symbole. C’est le symbole d’un rituel que Nabil Nasr a installé avec son fils Alexandre, à cette heure entre chien et loup où il rentrait du travail et passait du temps avec son tout jeune fils. Un moment précieux qui allait le raccrocher à l’espoir de sortir des tortures judiciaires. En ce 12 avril 1989, ce directeur de comptes dans une banque libanaise de Paris, appelée pudiquement « la banque », est mis en garde à vue par la Brigade financière, puis placé en détention « provisoire » à la Santé. Il est suspecté d’avoir favorisé l’escroquerie d’un client qu’il avait en portefeuille. À partir de cet instant, les portes de l’enfer s’ouvrent sous ses pieds. Tout semble se liguer contre lui et le désigner coupable. Il clame son innocence, reconnaissant seulement d’avoir pêché par négligence. Mais nul n’entend ses arguments ni ne voit l’évidence de la bévue policière. Menotté comme un criminel, bâillonné par la sidération, ce Franco-Libanais se voit précipité dans un dédale de batailles judiciaires aussi improbables que destructrices, dont il ne sortira blanchi qu’au bout de dix ans, le moral broyé et l’honneur entaché. « Le Jouet d’Alexandre », aux Éditions Dacres, est un cri des entrailles qui vrille le cœur et ébranle la foi en la justice. Il ressemble à un règlement de compte entre l’auteur et son histoire, dont la finalité serait de redresser les torts de la Justice et de solder à jamais la douleur.

« Pour le sourire d’Isabelle », Fanny André

Pour le sourire d'Isabelle couverture

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Dans « Pour le sourire d’Isabelle » (Éd. Les Presses de la Cité), Fanny André évoque avec poésie et gourmandise le temps qui passe. Celui qui suspend son vol, que l’on tente de rattraper, sans totalement le prendre… au lieu de « l’apprivoiser et non le remplir », comme le pense si joliment Camille, une octogénaire en deuil. Dans ce roman choral, deux voix de femmes s’élèvent, sortant enfin de leur longue solitude émotionnelle. Camille, après avoir été veuve, enterre à présent son fils. Isabelle, son ex-belle-fille, une avocate qui émerge peu à peu d’un burn-out, a tenu à être à ses côtés. Cet enterrement est le prétexte aux retrouvailles et au rappel des bons moments en famille. Alors l’idée surgit : et si elles préparaient ce voyage qu’elles repoussaient sans cesse, afin que chacune fasse découvrir leur région respective ? Le périple de cette parenthèse amènera ces deux femmes à s’interroger sur leur parcours et leurs décisions aux lourdes conséquences. Sous des allures de lenteur épicurienne, ce roman n’est pas qu’une bouffée d’oxygène iodée et vivifiante. C’est une tendre et belle histoire de vie de femmes qui retrouvent le chemin de l’audace et l’affirmation de soi.

« Un portrait de trop », Françoise d’Origny

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Après « Ces jours qui ne sont plus », une autobiographie sans concession où Françoise d’Origny brossait le portrait d’une vie personnelle et mondaine intense, dans « Un portrait de trop » (Fauves Éditions), l’auteure s’essaye avec conviction à la fiction. Et non des moindres… le roman noir. Mettant à profit sa passion pour la peinture, l’auteure – elle-même artiste-peintre – transpose sa scène de crime dans l’atelier d’un obscur artiste à la recherche de la lumière parfaite, du trait révélateur de l’âme du modèle. Le jour où la discrète épouse de l’industriel fortuné de FluxiNova se présente pour se faire exécuter le portrait, sa vie s’en voit à jamais bouleversée. Elle en mourra, le visage figé dans une expression d’effroi. Qu’a vu Josiane Tercheneau de si horrible ? C’est ce qu’entend découvrir le commissaire Joubert chargé de l’enquête, qu’il pressent complexe. Comment ne pas rester perplexe à la découverte d’un corps crispé, dont le regard s’accroche à un chevalet désespérément vide ? Mais où est passé Vanel, le peintre ? Son absence signerait-elle sa culpabilité ? Le mystère s’épaissit quand ce dernier réapparaît au domicile du commissaire pour lui restituer sa vérité du beau et de la mort. Après un début qui se cherche, la montée dramatique s’affirme et occupe tout l’espace, ne laissant aucun blanc dans le décor.

« Mes chats », Evelyne Dress

LITTERATURE
Petite parenthèse entre deux romans, « Mes chats » d’Évelyne Dress (aux Éd. Glyphe) est un récit sur la tendresse infinie que l’auteure voue à ces félidés. Cet amour n’a cessé de grandir depuis que l’un d’entre eux, Minouche, une « boule de poils tigrée blanche et grise » lui a été offerte pour ces cinq ans. D’une « fidélité sans faille », il a été son premier confident et un baume apaisant sur ses douleurs articulaires… jusqu’à l’inconséquence de sa cadette qui l’a laissé s’échapper. Un drame pour la petite Évelyne que rien ne parvenait à consoler.

« L’Assassin de Septembre », Jean-Christophe Portes

LITTERATURE
Le titre du sixième opus de Jean-Christophe Portes est des plus explicite. Il recouvre les deux genres affectionnés par l’auteur : le policier et l’histoire. Ceux qui raffolent de ce genre de roman seront gâtés. L’action de « L’Assassin de Septembre » (City Éditions) se situe du 31 août au 27 septembre 1792, à l’époque révolutionnaire où deux visions de la France s’opposent dans une violence inouïe. Dans la veine des enquêtes de Jean-François Parot, « L’Assassin de Septembre » empoigne le lecteur pour ne plus le lâcher. Cette ultime enquête du lieutenant de gendarmerie Victor Dauterive – qui est la première que je lis – a tout pour capter l’intérêt et entretenir le suspense…

« Naturopathie – le guide saison par saison », Loïc Ternisien

LITTERATURE
Personne ne contestera à Socrate que le bien le plus précieux est la santé. Mais la conserver implique le respect de son corps, et donc d’être à son écoute. Loïc Ternisien, naturopathe diplômé N.D, a lui-même expérimenté dans son corps tous les bienfaits d’une nourriture saine, en accord avec les saisons, pour le guérir. Dans son livre « Naturopathie, le guide saison par saison » (Éditions Flammarion), le naturopathe propose un ouvrage complet pour prévenir les déséquilibres du corps, le protéger et le renforcer toute l’année, saison après saison. Facile à consulter, il explique les principes de base de la bonne santé en naturopathie. Un quiz permet de déterminer votre tempérament dominant. En effet, le corps est bileux, sanguin, lymphatique ou nerveux tout à la fois, mais dans des proportions plus ou moins prononcées. En ayant connaissance des aliments à privilégier selon la saison, votre système immunitaire, mais aussi digestif, respiratoire, nerveux sera plus robuste. En complément, toujours saison par saison, l’auteur suggère des fiches remèdes à base de plantes, au long court et pour les urgences, mais aussi des mouvements pour étirer les méridiens. Avec tous ces conseils, vous ne serez plus démunis face aux rhumes hivernaux, aux allergies printanières, aux fatigues, tant physiques que mentales, ou encore aux coups de blues !

« Revolvers et Talons hauts », une comédie policière efficace et réjouissant

THÉÂTRE & CO
« Revolvers et Talons hauts » de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, au théâtre du Marais (à 17 h 30 le dimanche) est un fringant et divertissant polar théâtral aux couleurs de l’Amérique des années 50. L’intrigue se situe à Walnut Grove, une bourgade au fin fond de la Pennsylvanie. La génération de « La Petite Maison dans la prairie » et les suivantes ne manqueront pas de relever l’allusion ! Mais nous sommes loin des bons sentiments véhiculés par cette série aux 205 épisodes ! « Revolvers et Talons hauts » mise le paquet sur le second degré et le pari est gagnant. L’humour est noir, décalé, frisant l’absurde ; il taille allégrement dans la misogynie ordinaire décomplexée et le féminisme balbutiant, mais pugnace. Le scénario met en évidence un commissariat du village sur le point de fermer, car le taux de la criminalité est à zéro. Les deux inspecteurs O’Donnell (Arnaud Nucit) et Macklowski (Vincent Vilain) vont être remerciés. Le vol providentiel d’un bijou inestimable dans le musée du coin, leur offre un sursis. Mais la lenteur des résultats a pour conséquence l’arrivée d’un agent du FBI, Cody Goodman (Esther Barbe Quesnel). Une femme ! Pour l’orgueilleux O’Donnell et l’efféminé Macklowski, rien ne va plus. Cody Goodman est une menace arrogante qu’il faut doubler. Quoi qu’il en coûte !

« Comme ils disent », l’homosexualité à la sauce hétéro : un délice !

THÉÂTRE & CO
Que l’on soit homo ou hétéro, les amours, les amis, les emmerdes, c’est du pareil au même. La vie de couple au quotidien connaît les mêmes hauts et bas, les mêmes coups de canif au contrat, les mêmes sentiments et ressentiments. C’est tout le sens de la pièce « Comme ils disent », qui n’a pas pris une ride depuis 2008, l’année de sa création par Pascal Rocher et Christophe Dauphin. Actuellement reprise au théâtre Montmartre-Funambule par Jordan Chenoz dans le rôle de David et par Sébastien Boisdé (en alternance avec Antoine Bernard) dans le rôle de Phil, cette comédie irrésistible se déroule en plusieurs tableaux de vie, tranchés dans le vif et l’outrance, chacun ponctué par un gong de fin de round. Personne ne pense à compter les points tant le numéro de composition des deux comédiens (ce soir-là Jordan Chenoz et Antoine Bernard) est à la hauteur de l’enjeu et nous fait perdre la notion du temps. Le pompon ? Le plaisir de reconnaître dans les dialogues des phrases tirées de la chanson de Charles Aznavour, essaimées ici ou là très opportunément. « Comme ils disent » n’est pas qu’une joyeuse et fantasque illustration de la vie d’un couple homo, c’est aussi la mise en apogée de la complexité d’une relation entre êtres humains, quel que soit le mariage des genres.

« La messagère de l’ombre », Mandy Robotham

LITTERATURE
Sur le même thème de son premier roman « L’Infirmière d’Hitler » (Ed. City – 2019), Mandy Robotham récidive avec « La Messagère de l’Ombre », chez le même éditeur. Cette fois-ci, elle noue son intrigue à Venise, au temps de l’oppression allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce roman choral relate l’histoire d’une journaliste anglaise, Luisa, qui, au décès de sa mère, en 2017, part en quête de ses origines italiennes dont elle ne sait rien. Elle se souvient à peine de Stella et de Giovanni, ses grands-parents. En parallèle des recherches de Luisa, nous découvrons la vie de Stella, une jeune journaliste recrutée par la Résistance italienne pour écrire nuitamment dans le journal clandestin, Venezia Liberare. Le jour, elle est traductrice pour le haut commandement nazi, le quartier général du Reich, où elle glane de précieuses informations pour la Résistance. Dans ce roman, les jours et les événements se répètent, comme une marée montante et descendante, sans véritablement d’actions ni de surprises. Pourtant, l’auteure parvient à maintenir une tension suffisante jusqu’au dénouement qui submerge, mais sans étonner, tel l’Acqua Alta, cette forte marée qui se rappelle régulièrement au bon souvenir de la Cité des Doges.

« Betty’s Family », une comédie explosive sur l’esprit de famille

THÉÂTRE & CO
« Une soirée “presque” banale… » pour une famille presque lambda où se nouent et dénouent les crispations, les frustrations, les non-dits, les blessures et les rancœurs. « Betty’s Family », la nouvelle pièce à quatre mains d’Isabelle Rougerie et Fabrice Blind (au théâtre La Bruyère, à Paris), exploite le thème de la famille dans toutes ses configurations possibles et imaginables, tant les situations semblent s’inspirer du vécu. Quoi de plus explosif que des histoires de famille ? Avec des dialogues incisifs et percutants et une mise en scène tambour battant dirigé par Stéphane Bierry (lui-même acteur), le rythme de ce boulevard est fracassant et le comique de situation réjouissant. Le profil des personnages y contribue grandement. Véronique Genest (Clarisse) joue une mère poule psycho rigide qui entend sortir sa sœur Lisa, (Isabelle Rougerie) de ses échecs professionnels et amoureux. Patrick Zard’ (Régis) est un mari résigné, désinvolte et volage. Quant à Stéphane Bierry, il est Vincent, le meilleur ami de Lisa, un animateur de jeux de télévision préoccupé par son image vieillissante et la crainte d’être blackboulé. Ce soir-là, tous les quatre se retrouvent dans le petit appartement de Lisa, qui a oublié d’être charmant et n’est pas adapté aux réceptions. Surtout pour un repas d’anniversaire qui s’est transformé entre-temps en entretien professionnel ! Les esprits vont s’échauffer jusqu’à l’explosion de rires en série.

« Conversations avec l’ancêtre », Michel Teodosijevic

LITTERATURE
Dans le récit romancé « Conversations avec l’ancêtre », Michel Teodosijevic raconte avec beaucoup de tendresse et de poésie l’enfance et l’incompréhension du monde. Stéfan est un enfant de dix ans qui se pose beaucoup de questions, au premier rang desquelles : pourquoi ses parents déménagent-ils si souvent ? Pourquoi sont-ils contraints de quitter les appartements dans lesquels ils ne restent jamais bien longtemps ? Qui payent ces hommes en salopettes bleues qui les mettent à la rue ? Les réponses sont d’autant plus cruciales que ses parents se disputent de plus en plus. Le couple est en perdition. Stéfan est prêt à tout pour les défendre des voisins qui les menacent ou les dérangent exprès. Il aimerait tant ressembler à son héros, Joss Randall, de la série « Au nom de la loi ». D’une façon inattendue, c’est l’un de ses aïeuls qui l’aidera dans sa soif de justice. Lors d’un énième emménagement, son père accroche au mur le portrait d’un guerrier balkanique brandissant un sabre. C’est son arrière-grand-père, apprend-il, « un des combattants qui ont donné leur sang pour se libérer des Ottomans ». À partir de jour, Stéfan tente d’entrer en communication avec ce « héros de chair et d’os », comme avec ses petits soldats qu’il fait parler. Son entêtement paye. Il s’établira une relation privilégiée entre l’enfant et le fantôme du guerrier balkanique qui le guidera dans sa quête de devenir un héros, quitte à enfreindre la loi s’il le faut ! Ces conversations imaginaires, comme autant de conseils de survie, l’aideront à tenir bon jusqu’à la fin de l’enfance, jusqu’à ce moment charnière où un regard fait chavirer le cœur.

« Un cadeau particulier », où la réjouissance des sentiments

THÉÂTRE & CO
À l’image de l’excellent huis clos de « Fausse note » de Didier Caron, « Un cadeau particulier », au Théâtre Funambule Montmartre, détricote les vies pour les mettre en perspective sur la base d’un fait nouveau. Pour « Fausse note », c’était un violon qui renfermait à lui seul la symbolique du malheur. Pour « Un cadeau particulier », c’est un livre. Et pas des moindres. Le seul qu’on ne puisse lire sans le sentiment de commettre une faute historique impardonnable. Le simple fait de l’acheter est à lui seul une ignominie. Alors, quand Gilles, le meilleur ami d’Éric, lui fait ce présent pour ses cinquante ans, c’est un cataclysme qui vient bousculer la relation de confiance et la remet en question, pour ne pas dire la soumet à la question : pourquoi Gilles lui a-t-il offert un tel livre ? Que doit-il en déduire ? L’image qu’Éric renvoie est-elle aussi horrible qu’il faille un objet de l’horreur pour le lui faire comprendre ? Avec « Un cadeau particulier », Didier Caron commet une nouvelle pièce d’une intensité réjouissante, qu’une mise en scène nerveuse, en collaboration avec Karina Marimon, dynamite. Caustiques et finement pensés, les dialogues alternent entre gravité et humour, où le caractère des personnages (Didier Caron, Bénédicte Bailby et Christophe Corsand) se dévoile par gradation, où chacun apporte son lot de révélations redistribuant ainsi les cartes de l’avenir.

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