“Pervers”, Jean-Luc Barré

CHRONIQUE
« Marlioz considère la fiction comme supérieure à la vie. » Ainsi posé, ce postulat ouvre grand le champ des possibles narratif. Pour « Pervers », son premier roman, l’historien et éditeur Jean-Luc Barré* s’empare de son sujet de prédilection – les faux-semblants et les secrets liés au pouvoir – pour sonder les profondeurs de la perversité dans le processus de créativité. Si des écrivains s’inspirent de leur vécu ou du vécu d’autrui comme matériau de travail, l’auteur de fiction Victor Marlioz manipule son entourage pour susciter les drames, les observer et les narrer dans un roman au style froid et implacable. Est-ce une réaction démesurée à un défaut d’imagination ou est-ce dû à une propension maladive à maîtriser son monde ? Le lecteur sera le seul juge. Jean-Luc Barré développe ce thème du pouvoir et de la manipulation jusqu’à la pire des extrémités : la mort par plume interposée.

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“Est-ce ainsi que les hommes jugent ?”, Mathieu Ménégaux

CHRONIQUE
Troisième roman de Mathieu Ménégaux, “Est-ce ainsi que les hommes jugent ?” plonge une nouvelle fois son thème narratif dans les mâchoires broyeuses d’un destin facétieux. N’y a-t-il pas pire cauchemar d’être accusé à tort ? de se sentir acculé par des preuves indiscutables ? de remettre en question sa propre innocence à force de matraquage policier ? Au point d’être prêt à avouer un crime qu’on n’a pas commis ! Pour Gustavo Santini, fils d’immigrés argentins dont le père a été torturé, l’arrestation à son domicile dès potron-minet, la perquisition énergique, l’interrogatoire accablant et l’accusation de la victime, c’est surréaliste, inimaginable, effroyable. Mais quand les médias et les réseaux sociaux se déchaînent sur le coupable désigné, le cauchemar devient l’enfer ! D’une plume efficace, saisissante dans son dépouillement, Mathieu Ménégaux s’insinue dans l’intimité des protagonistes, chacun avançant dans sa vérité, convaincu de son plein droit.

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“Dernières nouvelles du futur”, Patrice Franceschi

CHRONIQUE
Vers quels horizons se dirige-t-on ? Si nombre d’auteurs comme Orwell et Huxley les ont déjà imaginés, cette question existentielle demeure prégnante. Alors malade de ses dérives, notre monde se débat à coups de progrès pour devenir meilleur, s’échinant à approcher le bonheur, ce contentement de l’être qui connaîtrait – enfin ! – le Paradis sur terre. Un paradis fiscal, sécuritaire, économique, égalitaire, mais un paradis habité d’hommes et de femmes qui auraient abandonné en contrepartie toute forme de libre arbitre. Hanté par le devenir de l’Homme, l’écrivain baroudeur Patrice Franceschi nous le dépeint en quatorze tableaux uniques qui s’enchâssent sur un peu plus d’un siècle pour constituer un monde réinventé par nos futurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Drôles et tragiques, ironiques et édifiantes, ces nouvelles montrent l’étendue de l’inquiétude de l’auteur qui a vécu cinq années aux côtés des Kurdes de Syrie dans leur lutte contre l’islamisme. Elles puisent si bien leur origine dans notre actualité mondiale, toujours plus sanglante et alarmante, que ces “Dernières nouvelles du futur” ont valeur de réalité.

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Critique littéraire Sorj Chalandon Le jour d'avant édition Grasset

“Le jour d’avant”, Sorj Chalandon

CHRONIQUE
Avec son nouveau roman Le jour d’avant (Grasset), l’écrivain Sorj Chalandon déterre l’histoire de la dernière grande catastrophe minière de France. C’était le 27 décembre 1974, un coup de grisou à la fosse 3 bis de Liévin, dans le Nord. Quarante-deux morts stupides et inutiles, quarante-deux gueules noires qui auraient pu ressortir indemnes des ténèbres poussiéreuses si les précautions les plus élémentaires avaient été prises. Alors journaliste à Libération, l’auteur avait été bouleversé par le destin brisé de ces hommes ensevelis, brûlés, asphyxiés, et de leurs familles défigurées. À cela aucune fatalité, mais le manque patent de sécurité et la course au rendement et au profit des Charbonnages de France. Michel Flavent est le héros de ce drame qui se dessine à la craie charbonneuse. Il perd son frère Jojo enseveli dans la catastrophe et ses parents dans le désespoir. Quarante ans plus tard, il nous raconte sa vie, son frère, la mine, l’accident, le malheur, une vie de faux-semblants et une soif de vengeance inéluctable. Quelqu’un doit payer !

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“La disparition de Josef Mengele”, Olivier Guez

CHRONIQUE
Beaucoup de biographies ont été écrites sur « L’ange de la mort », le criminel de guerre qui œuvrait à Auschwitz comme médecin-chef SS. Son obsession : découvrir le secret de la gémellité par l’expérimentation sur les jumeaux. Avec “La disparition de Josef Mengele”, Olivier Guez propose un « roman vrai » de haute volée qui s’intéresse à la vie du tortionnaire après 1945 et au contexte géopolitique favorisant cette disparition. Il nous raconte comment Mengele a pu fuir jusqu’en Amérique latine et y vivre en toute impunité jusqu’à sa mort en 1979. L’auteur a fouillé dans le passé trouble de cet homme, issu d’une famille bourgeoise conservatrice, qui a rallié le parti nazi pour ensuite devenir SS. La clé de son ascension est un opportunisme cynique qui guidera sa conduite jusque dans l’exil au soleil. A-t-il été puni par la vie, la justice des hommes n’ayant pu être rendue ? C’est ce que l’auteur cherchera à savoir en s’intéressant à sa cavale de près de trente ans. Cette biographie romancée très documentée le dévoile sans pathos ni affect qui dévoieraient le contenu, fruit de trois années de recherche et d’écriture.

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“Mécaniques du chaos”, Daniel Rondeau

CHRONIQUE
Le 26 octobre 2017, “Mécaniques du chaos”, de Daniel Rondeau, se voit décerner le Grand prix du roman de l’Académie française. L’ouvrage est lourd, le contenu terrifiant. Trafics d’armes, de stupéfiants et d’arts, terrorisme, extrémisme religieux, querelles politiques, exodes de migrants, prostitution de luxe, pédophilie… C’est comme si l’engeance humaine s’était donné rendez-vous dans ces 464 pages. Ce thriller d’un réalisme édifiant donne à découvrir une fresque géopolitique enfiévrée, où chaque fragment de la mosaïque est consubstantiel de l’ensemble cacophonique du monde. À travers onze personnages principaux, vivant, agissant et se débattant dans les heures les plus sombres de l’Histoire en marche, l’auteur démonte et remonte en prose journalistique cette mécanique déréglée. En cause, les rancœurs franco-algériennes des massacres de Sétif en 1945 et la radicalisation des banlieues françaises due à la politique occidentale en Libye ou en Irak.

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“Le Déjeuner des barricades”, Pauline Dreyfus

CHRONIQUE
C’est toute une époque que ressuscite la plume mordante de Pauline Dreyfus en nous plongeant dans les coulisses de l’hôtel Meurice. Le Déjeuner des barricades décrit la journée du 22 mai 1968 dans ce palace, où doit se tenir la remise du prix littéraire Roger-Nimier à Patrick Modiano, pour son premier roman La place de l’Étoile. Du moins, c’est ce qui était prévu bien avant la colère contagieuse des étudiants que l’Histoire baptisera Mai 68. À travers une variété de regards, tous attachants dans leur pertinence, l’auteure invite à partager avec précision les étapes de cette journée de tensions et de paradoxes, où l’anarchie prétend à la légitimité, où l’autogestion se décrète à l’unanimité des salariés. Le Meurice, témoin du faste d’un temps manifestement révolu, résistera-t-il aux pressions extérieures ?

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« Un fils parfait », Mathieu Ménégaux

CHRONIQUE
La perfection n’est pas de ce monde. Dans son deuxième roman inspiré de faits réels, “Un fils parfait”, Mathieu Ménégaux le grave au coin de l’éloquence dramatique qu’il sait instiller dans ses histoires. Après “Je me suis tue”, ce nouveau roman prête encore sa voix à une femme. Cette fois-ci, cette femme est comblée. Elle a un mari aimant et brillant, deux petites filles adorables et une carrière qui prend son essor. Son Paradis sur terre va pourtant s’engloutir dans les entrailles de l’Enfer lorsqu’une de ses filles lui confie qu’elle a peur du loup quand elle s’absente pour son travail. Le loup, c’est le père. Un père qui abuse de l’affection de ses filles. “Un fils parfait” est le témoignage poignant de cette femme qui confie sa version du drame à sa belle-mère dont le fils unique a toute l’apparence du fils parfait.

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“Je me suis tue”, Mathieu Ménégaux

CHRONIQUE PLUS
Le silence est d’or… Certes, mais il est surtout souffrance. Il consume à petit feu le porteur du secret, du non-dit, du déni. On le sait tous, plus ou moins. Mathieu Ménégaux, lui, s’est emparé de ce sujet sensible, décrivant l’insinuation du mal avec netteté, sans voile faussement pudique, touchant aux émotions les plus violentes, les plus primaires. “Je me suis tue” est une lutte intérieure entre le corps et l’esprit, une lente agonie de la lucidité au profit d’une tragédie moderne. Un récit de confession cadenassé par la fatalité.

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“Le sommeil le plus doux”, de Anne Goscinny

CHRONIQUE
“Le sommeil le plus doux”, de Anne Goscinny, est un roman qui brille par son élégance. L’élégance des mots alliée à l’élégance de l’esprit. L’alliance est magnifiée par des phrases à la musique poétique chargées d’émotions et d’images aux couleurs pastel. L’écriture délicate est une lente respiration, celle de deux femmes d’abord, d’une mère et de sa fille qui s’acheminent vers une séparation définitive, sous l’œil compatissant d’une grand-mère qui s’égare dans ses tendres souvenirs. Puis celle d’un homme qui s’interroge sur sa relation avec sa femme qui s’éloigne dans son monde intérieur, éclaboussé de peintures abstraites.

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