“Dommages”, du vaudeville extatique

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L’union fait la force, dit l’adage. Dans le cas d’espèce, l’union crée la folie. Non pas la folie douce, joliment ourlée d’un zeste d’extravagance, mais ce genre de folie délirante, contagieuse… qui démultiplie l’énergie déjantée et emporte toutes les résistances sur son passage. C’est un tsunami d’interprétations qui submerge l’Apollo Théâtre avec « Dommages », une pièce de théâtre à tiroirs qui donne le tournis. Cette loufoquerie hautement sympathique, mise en scène par Michel Frenna, réunit Céline Groussard, Julie Villiers et Élodie Poux. Ce vaudeville moderne, dépoussiéré du mari volage auquel on épargne une présence superfétatoire, propose à ces trois trublions au féminin d’incarner des comédiennes à l’ego surdimensionné. Dans un rythme infernal, les dommages ne se font pas attendre…

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“C’est pourtant simple”, le plaisir de tout compliquer

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Au théâtre Edgar, le mensonge veut faire sa loi. Il complique tout avec délice dans « C’est pourtant simple », la première pièce de l’auteure Sophie Brachet. Fan de boulevards depuis « Au Théâtre ce soir » et de la truculente Jacqueline Maillan, c’est dire si ces sources d’inspiration n’ont pas manqué à cette nouvelle auteure qui fait ses premiers pas dans l’univers du spectacle vivant ! Sa comédie explore avec envie et énergie les ressorts de la manipulation. La plume est débordante, vivace et incisive ; les situations survoltées à l’envi. Menée tambour battant par la belle humeur guerrière de Marion Game (Simone Vanier) et de la présence fort guillerette de Geneviève Gil (Madame Pinson), l’histoire évoque l’adultère et les illusions perdues, la vieillesse et l’appétit de vivre, la quête d’identité et la reconnaissance en paternité. Que de thèmes porteurs qui émergent de la folle ambiance de « C’est pourtant simple » !

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“L’être ou ne pas l’être”, tout Shakespeare en dérision

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La compagnie “Les Voyageurs sans bagage” vient poser ses malles à l’Apollo Théâtre, jusqu’au 29 décembre 2018. La troupe belge, qui est d’abord une aventure réunissant Mohamed et Oussamah Allouchi, et Rachid Hirchi, Fionakis, fourbit son humour parodique afin de conquérir le cœur des Français avec L’être ou ne pas l’être. Cette pièce convoque des personnages emblématiques des œuvres de William Shakespeare : Richard III, Lady Anne et Catesby le serviteur (Richard III), Roméo, Juliette et Mercutio (Roméo et Juliette), Hamlet et Ophélie (Hamlet), ainsi que le dramaturge lui-même. La mise en scène des frères Mohamed et Oussamah Allouchi se concentre sur l’intensité des enjeux et l’enchaînement des actes jusqu’au précipice fatal. Leur texte aux accents classiques est saupoudré de références culturelles modernes truculentes et ne s’embarrasse pas de bien-pensance. Les comédiens, splendides dans leurs costumes d’époque, évoluent avec énergie dans l’immodération scénique physique et verbale qui donne à la pièce un résultat vivant et très réjouissant.

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“Piège pour un homme seul”, le suspense qui tombe à pic

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“L’un des deux est à enfermer !”, éructe le commissaire de Police, en regardant le mari et la femme. Il y a de quoi ! Tout au long de “Piège pour un homme seul”, le mensonge tisse une toile inextricable autour du mari, accablé par l’imposture d’une femme qui se fait passer pour son épouse, Élisabeth, qui, elle, a disparu. Huitième pièce de Robert Thomas (1927-1989), cette comédie policière a été un triomphe dès le soir de la Générale aux Bouffes Parisiens, le 28 janvier 1960. Adapté deux fois au cinéma (Honeymoon with a Stranger en 1969 et One of my wives is missing en 1976), ses droits seront achetés par l’immense Alfred Hitchcock (il meurt avant de pouvoir l’adapter). Depuis le 7 juillet 2018, au théâtre Le Funambule Montmartre, on y joue une nouvelle fois du bon, du très bon, de l’excellent suspense avec “Piège pour un homme seul”, mis en scène par Florence Fakhimi. La fidélité au texte original est absolue ; le jeu des cinq comédiens, époustouflant de duplicité, ménage un suspense qui prend littéralement aux tripes. Machiavélique et angoissante, cette comédie policière à rebondissements est la garantie d’une soirée… inoubliable !

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“Bio et barge”, humour et dérision à foison !

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Entre bio et mojito, faut-il vraiment choisir ? La comédienne Stéphanie Jarroux est tiraillée tout le long de son one-woman-show inspiré de la vie très réelle d’une mère de famille comblée par ses trois enfants. Enfin… Comblée, c’est vite dit ! Car qui se met en tête de vivre 100 % “bio” tout en s’imbibant… d’expériences Vegan se complique l’existence à plein temps. “Bio et barge” est une bourrasque vivifiante qui, sous prétexte de prôner le bio en toutes occasions, balaye les bonnes intentions face aux réalités du terrain qui impose son inévitable dictature et qui a pour doux nom : le quotidien ! Stéphanie Jarroux rejoue pour nous, à coups d’outrance trash et humoristique, son quotidien de maman aux journées surchargées et de femme en quête d’épanouissement personnel. Sa première comédie est survoltée, sans tabous et décoiffe un max. Son texte est savoureux, stylé et percutant, et la mise en scène dynamique de Nathaly Coualy en fait une belle réussite ! Mais attention, les oreilles chastes risquent de tomber en pâmoison !

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“17 fois Maximilien”, et plus encore !

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Tous les mardis, au Studio Hébertot, on assiste à une performance intimiste qui allie finesse et force de jeu. Dans cette pièce à flux tendu, à l’écriture ciselée de son complice Richard Charest, Nikola Parienty se transforme en Maximilien, un être imbu de lui-même, à la désinvolture affectée, qui entreprend une analyse pour asseoir sa légitimité d’acteur. Au fil des dix-sept séances chronométrées par un thérapeute imaginaire, ce quarantenaire va peu à peu déjouer l’ascendance de l’adulte brillant en société pour laisser émerger cet enfant qui hurle son manque d’affection depuis l’enfance et que pourtant personne n’a jamais entendu. Lui, le meilleur ami des mots, va trouver dans son passé ces mots dits ou non dits, qui l’empêchent d’être heureux, tout simplement, et de dormir sans insomnie. Nikola Parienty incarne à la perfection cet être détestable en l’enveloppant d’une grâce attachante qui émeut tout en faisant rire. Au-delà des manières hautaines, les provocations et la suffisance de son personnage, il donne à voir, à entendre et à ressentir une belle âme à la sensibilité heurtée, à qui il aura manqué chaque soir la main apaisante d’une maman sur sa tête d’enfant. Soudain projeté dans le fauteuil du thérapeute, le public est tout ouïe durant les 17 fois Maximilien.

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« Un bon écrivain est un écrivain mort », Guillaume Chérel

CHRONIQUE
Mystères et parodie pour un roman qui vient de paraître chez J’ai lu. Dans « Un bon écrivain est un écrivain mort», Guillaume Chérel affûte sa plume à l’inspiration railleuse. S’il est amoureux des livres et des auteurs… dont l’Histoire dorlote les œuvres, rien n’est moins sûr pour ce qui est des auteurs vivants ! Avec une franche et facétieuse liberté, le journaliste brocarde dix écrivains contemporains très médiatiques, non sans tordre astucieusement leur patronyme. Parité oblige, cinq femmes et cinq hommes sont invités à participer à une conférence dans un ancien monastère devenu une résidence d’auteurs. Leur hôte milliardaire ménage le mystère sur son identité que renforce son absence. Dans une atmosphère balançant entre « Le Nom de la rose » et « Le mystère de la chambre jaune », ce roman confronte les célébrités de la plume à leurs travers jusqu’à ce que mort s’ensuive… ou pas ! À travers ce brûlot, dans lequel il ne s’épargne pas, Guillaume Chérel commet là un roman gonflé, très drôle et original mais qui, en filigrane, interroge l’enjeu originel de l’écriture.

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Une sombre histoire de girafe Comédie Théâtre Magali Miniac, au Théâtre des Béliers parisiens Emmanuelle BOUGEROL

“Une sombre histoire de girafe”, ça grimpe dans les tours !

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Prenez deux couples d’amis en vacances d’été et une maison isolée dans les Cévennes. Le Paradis, ce me semble. Oui, mais non ! “Une sombre histoire de girafe” de Magali Miniac, au Théâtre des Béliers parisiens, y plante un huis clos étouffant, balançant entre confessionnal et bagne en plein air, où l’amitié de ces deux couples va méchamment se craqueler sous le soleil implacable du Sud. S’il y avait une piscine encore, pour se rafraîchir les névroses ou se délasser de son passé trop bien accroché aux basques des aigreurs ! Mais non, pas d’eau, pas d’ombre, juste des discussions qui tournent au vinaigre et des vacances au fiasco. Et deux couples qui implosent en plein vol de girafe, sous le regard abasourdi et ravi des spectateurs, devenus en l’espace d’une heure vingt, les plus attentifs et reconnaissants des confidents !

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“Moi, papa ?”, ou la magie de la paternité

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S’il n’y a pas d’école pour apprendre à être papa, le one-man-show d’Arthur Jugnot est un bel avant-goût humoristique sur cette étape de la vie de couple conjuguée à trois. « Moi, papa ? », au théâtre du Splendid, raconte la transformation d’un jeune adulte libre et bien dans ses baskets d’ado boboïfié en un père responsable et accro à son fils. Mais combien d’épreuves et d’actes d’amour faut-il pour y parvenir ? Arthur Jugnot porte l’enseigne du vécu, tous feux de détresse allumés, derrière chaque trait d’humour et mimique, qui n’est pas sans rappeler l’inspiration du père. À la fin du spectacle, il remercie son fils de quatre ans et demi qui lui a permis d’être un père et un artiste comblé. Pour son premier seul-en-scène, Arthur Jugnot est vraiment à l’aise. Il rayonne, éructe et s’attendrit avec autant d’intensité et de charme. Sa personnalité volcanique au grand cœur fait de ce show une réussite que magnifie l’ingéniosité de la mise en scène de Sébastien Azzopardi et de la scénographie de Juliette Azzopardi.

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Avec Madame Marguerite, Stéphanie Bataille donne beaucoup et jusqu’à la folie !

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La pièce Madame Marguerite et l’interprète du rôle-titre produit une rencontre artistique détonante, passionnelle et militante. Après Annie Girardot, c’est au tour de Stéphanie Bataille de la vivre en se mesurant au personnage d’institutrice de CM2, dont l’obsession est l’éducation, sans hypocrisie ni tabou. Madame Marguerite n’occulte rien de la vie, elle ne dit à ses élèves que la réalité et rien que la réalité, aussi crue et violente soit-elle, avec une méthode sans filtre. Créée en 1974, la pièce de l’auteur brésilien Roberto Athayde a été scéniquement actualisée par une mise en scène d’Anne Bouvier plus démonstrative, aux émotions plus extériorisées, soulignant la folie. Comme en 1974, il y a un tableau noir mais les inscriptions sont plus crues. L’extravagance d’une jupe-tailleur assortie de baskets a fait place à la décontraction plus neutre d’un pantalon et d’une chemise blanche.

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« Laurent Gerra sans modération », une cuvée très spéciale !

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Les shows de Laurent Gerra se suivent et se réinventent sans cesse. On connaît les voix et les gestes, on reconnaît les personnages, les anciens et les nouveaux, on attend l’humour grinçant et le verbe qui n’a peur de rien, comme une Madeleine de Proust. Bref, on sait ce que l’on va voir. Et pourtant, dès qu’il entre sur scène, c’est comme si on découvrait tout pour la première fois. Mais comment fait-il ? Avec son spectacle « Sans modération », millésimé « inédit », cette magie inexplicable est renforcée par le cadeau que l’artiste fait à son public pour fêter ses cinquante ans et ses presque trente ans de carrière. Il ouvre son album photo familial et livre des anecdotes, comme l’enfant qui ne rêvait que de monter sur scène. Il avait cinq ans en 1972 et déjà il imitait Michel Sardou sur sa chanson Les Bals populaires. Si la cuvée 2018 est exceptionnelle par ce double anniversaire, elle devient aussi mémorable par cette pointe de tendresse qui remonte d’une enfance heureuse, dont il émaille son spectacle. Un Laurent Gerra inattendu, surprenant, émouvant.

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“Rendez-vous place Gandhi”, un show tout en voix éco-responsables

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Le mercredi 16 mai 2018, au théâtre de L’Archipel, Xavier Fagnon et Christophe Lemoine vous embarquent dans une aventure écologique décoiffante, onirique et drôle. Dans l’ambiance musicale et colorée d’une Inde du futur, aussi enchanteresse que polluée, l’imitateur vous fera vivre intensément, et non sans ironie, une course de l’extrême façon “Pékin Express”, mais dans une version éco-responsable. Lors de ce jeu de télé-réalité, les participants, quatre binômes de personnalités célèbres, sont censés dépasser leurs limites dans le respect écologique, ce qui n’est pas gagné ! Un contre-la-montre dantesque où Xavier Fagnon emprunte leur voix et parodie leurs chansons, avec la complicité du musicien pince-sans-rire Sébastien Jan qui campe “Ravi”, un impassible hindou au turban chatoyant. Le spectacle démarre le jour de la finale. Mais d’ici la transmission du prime time en direct de l’arrivée des concurrents sur la place Gandhi, il reste une journée et tout peut arriver. Bien entendu, tout arrive ! Pour notre plus grand plaisir !

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“La croisière, ça use”, une pêche miraculeuse

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La nouvelle comédie d’Emmanuelle Hamet “La croisière, ça use !” est un voyage au long court chahuté de rires et de surprises. Un skipper de pacotille doit convoyer un voilier de Tanger à Ibiza. C’est ainsi que deux marins d’eau douce et deux passagères aux personnalités bien tranchées se retrouvent sur le Hakuna Matata, en pleine tempête, sans eau, sans vivres et sans radio. Bâtie sur un scénario basique, la pièce prend toute sa valeur avec les réparties qui claquent aux vents contraires. La mer démontée fait chavirer le scénario dans l’enchaînement des catastrophes. Les passagers, chacun arrimé à son objectif de départ, vont traverser la tempête dans un déferlement de situations loufoques et irrésistibles, jusqu’au point de rupture. Une croisière, ça use forcément à ce rythme de tous les diables. Sous une mise en scène énergique et synchrone de Luq Hamett (également Directeur du théâtre), Éric Massot, Marie-Aline Thomassin, Émilie Marié, Lionel Laget souquent ferme et bien, sans perdre le nord. Cette pêche d’enfer tient du miracle. Alors, plus d’hésitation, embarquement immédiat au théâtre Edgar !

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Avec Manon Lepomme, c’est du merveilleux à croquer !

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Une boule d’énergie surgit sur la scène du Point Virgule. Elle rougeoie, pétille et claironne en même temps. Elle s’appelle Manon Lepomme, elle est belge et refuse d’aller chez le psy. Pourquoi y irait-elle d’ailleurs ? Le rire ne permet-il pas de tout surmonter, même les galères qui accostent toujours au même port ? Manon Lepomme a le rire bien ancré en elle, et c’est tant mieux, car elle a essuyé bien des tempêtes lorsqu’elle était professeure. Ça vous prépare à toutes les avaries l’Éducation nationale ! Abandonnant la salle de classe, Manon Lepomme a choisi un terrain de jeu plus ludique : la scène ! Bien lui en a pris. Elle se donne à mille pour cent et, visiblement, c’est l’éclate totale pour elle. “Non, je n’irai pas chez le psy !” est un one-woman-show survitaminé, qui redonne la pêche et l’envie de dévorer du merveilleux !

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“Ramsès II”, où la perversion sublimée

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Être fou ou ne pas l’être, telle est la question que l’on se pose au sortir de Ramsès II, une pièce tragi-comique qui se donne aux Bouffes Parisiens. La question est claire, les réponses sont troubles. Habitué des scénarios torturés, d’apparence sans queue ni tête, l’auteur Sébastien Thiéry s’est encore surpassé en empruntant au monde de l’absurde une situation hitchcockienne perturbante. Bon sang ! Mais qui est fou dans l’histoire ? Les personnages ? L’auteur ? Ou les spectateurs ahuris, sonnés, désorientés ? Ont-ils vraiment vu ce qu’ils ont vu ? Si oui, pourquoi les personnages font-ils semblant ? Y a-t-il vraiment manipulation ? La perversité qui se dévoile jusqu’à l’outrance est-elle réelle ? On raisonne, on se raisonne, on veut résister à la déraison. Mais le drame familial qui déclenche des émotions contradictoires, entre rires et horreur, arraisonne les évidences, brouille la lucidité, et finit par échouer votre raison sur une plage d’insondables perplexités. Un coup de génie !

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“Les Goguettes en trio (mais à quatre) : Merci Macron !”, les mousquetaires du Verbe heureux

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Au théâtre de Trévise, le groupe de chansonniers Les Goguettes en trio (mais à quatre) vous embarque dans un détournement immédiat des plus grands tubes français pour épingler l’actualité et surtout ceux qui la font. “Merci Macron” est la dernière version de la rentrée 2017 ! Les si spirituels Stan, Aurélien Merle, Valentin Vander et la merveilleuse pianiste Clémence Monnier éclipsent le temps dans leurs habits de scène rouges et noirs. Ils ont le geste passionné, l’œil frétillant de malice et la complicité volubile. Ces quatre mousquetaires, prêts à en découdre sous la bannière fédératrice de l’humour, ont affûté leur tranchant à l’actualité, si généreuse en scandales politiques et en attentats aux bonnes mœurs. Sur ce terreau fertile et inépuisable, ces fines lames du verbe touchent juste et bien, jusqu’à mort (de rire) s’en suive.

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