« La convivialité », ou la fabuleuse épopée de l’orthographe

THÉÂTRE & CO
Avec « La convivialité ou la faute de l’orthographe », Arnaud Hoedt et Jérôme Piron secouent nos certitudes sur l’écriture de notre langue. Leur ambition ? Libérer notre esprit critique trop enkysté dans des règles établies une fois pour toutes par les moines copistes, l’Académie française et l’usage ! Le succès renouvelé de cette conférence créée en mars 2015 dans un format de 25 minutes a incité ces deux professeurs belges, respectivement de français et de religion catholique, à la transformer en une version plus longue. Produit par Alex Vizorek pour le théâtre Tristan Bernard, à Paris, et mis en scène par Dominique Bréda et Clément Thirion (Kosmocompany, Bruxelles), ce spectacle fait passer à la vitesse de la lumière une heure non-stop de désacralisation humoristique de la langue écrite. Le contenu est riche, à l’instar de la langue et de sa complexité. Que les défenseurs du dogme orthographique s’accrochent bien, leurs idées risquent de gîter vers l’acceptation à la discussion. Ces deux amoureux de la langue française entendent défendre l’écriture, non pas la révolutionner, mais l’ouvrir justement aux pourquoi : pourquoi le son « s » peut-il s’écrire de douze façons différentes ? Pourquoi Molière écrivait-il son Misanthrope sans « h » ? Pourquoi certains mots commençant par « ap » ne prennent-ils pas deux « pp » ? Vous le saurez grâce à Arnaud Hoedt et Jérôme Piron qui font rimer l’orthographe et la réflexion avec humour, plaisir et bon sens !

« Recherche Belinda désespérément », l’imitation dans sa plus belle expression

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« Tu étais formidaaaableee ! »Empruntons ce titre de Stromae, que Yann Jamet imite si justement, pour qualifier le nouveau spectacle, « Recherche Belinda désespérément », qui se joue jusqu’au 18 décembre, tous les mercredis, à l’Apollo Théâtre. Cet artiste, que l’on aimerait voir plus souvent tant il regonflerait le moral à un neurasthénique, a de la présence et un répertoire de voix à l’éventail panoramique. Même le crâne rasé, Yann Jamet incarne ses personnages. Il suffit d’une moue, d’un plissement de l’œil, d’une gestuelle imprimée dans notre banque de données iconiques pour nous le faire accroire mordicus…

« Zarzavatdjian, un nom à coucher dehors ! », une comédie vibrante sur l’identité

Un nom à coucher dehors Corinne Zarzavatdjian

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Quelle belle idée de consacrer un spectacle à ces noms imprononçables ou portant à rire ! Corinne Zarzavatdjian, auteure et comédienne d’origine arménienne, consacre un spectacle ciselé, drôle et émouvant sur ce nom qui lui a valu bien des déboires et a provoqué des situations cocasses tout au long de son existence. « Zarzavatdjian, un nom à coucher dehors », au théâtre Le Mélo d’Amélie, est un hommage à sa famille miraculée d’Arménie qui a façonné son avenir avec honneur et courage. C’est un nom que Corinne Zarzavatdjian élève comme un héritage inaliénable dans ce spectacle d’une force et d’une pureté bouleversante. La comédienne prend toute sa place dans cette vie riche de différences et d’anecdotes qu’elle revisite en comédie sous la direction attentive de l’animateur et auteur Thierry Beccaro qui signe là, avec la justesse du cœur, sa première mise en scène.

« Les chats mots- jeux de mots félins, charmeurs et chaleureux », Daniel Lacotte et Pierre Fouillet

CHRONIQUE
Daniel Lacotte fait partie de ces auteurs pédagogues qui colorent d’une touche divertissante le savoir à transmettre. Son dernier-né, « Les chats mots », paru chez First Éditions, est un chatoyant hommage à cette race de félins « charmeurs et chaleureux » auxquels il prête des définitions qui font chavirer le sens, avec humour et poésie. Dans ce travail de recueil autour de l’animal « chat » et des mots et expressions incluant cette syllabe s’est associé le dessinateur de livres pour enfants, Pierre Fouillet (Magig-Majid, Les aventuriers du cubisme, Le Chat-Pelote). Ses coups de crayon donnent à la centaine de chats caricaturés un supplément de charme irrésistible. Qui ne voudrait en adopter un ? Que ce soit le « Chaplin », le « Chamarrant », la « Charentaise » ou encore le « Chat va bien » ? Tous plus craquants les uns que les autres, et avec tellement d’esprit ! Daniel Lacotte et Pierre Fouillet, deux compères à chat-luer pour leur si plaisant « chats mots ».

« Chacun son tour », Mabille et Chevallier, le tandem de l’été

THÉÂTRE & CO
Bernard Mabille et Philippe Chevallier, dans un décor de Paris-Plage sans les mouettes, se retrouvent du jeudi au samedi soir sur la scène du théâtre de l’Archipel entre billets d’humour et chroniques politiques bien senties. Ces deux trublions du verbe prolongent là ces délicieux moments passés le reste de l’année dans la Revue de presse,sur Paris Première, à s’écharper à coups de réparties, aussi caustiques que malicieuses. Sur scène, ils tentent de faire preuve d’égard l’un pour l’autre en multipliant les politesses pour un « Chacun son tour », l’un priant expressément l’autre de s’exprimer. Mais, faisant de cette courtoisie extrême un cheval de Troie, Bernard Mabille se délecte d’avoir laissé la parole à son compère pour mieux la lui couper, allégrement, à tout bout de champ, sans ménagement. Philippe Chevallier n’en perd cependant pas son latin, il surfe l’œil frisottant, le cheveu au vent et l’esprit léger sur les peaux de banane. Il revient inlassablement, sans lâcher sa bonne humeur, sur les mésaventures de son beau-frère qui lui sert de boussole dans la mer déchaînée des interruptions. Chacun ténor dans sa partie, le tandem de l’été s’amuse de tout et surtout des autres avec un public qui en redemande.

« Un drôle de mariage pour tous », du rire pour tordre les conventions !

Un drôle de mariage pour tous Henri Guybet Théâtre Daunou

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L’élégant théâtre Daunou des années trente est, jusqu’à fin juillet, le décor d’une pièce à l’argument inventif, très actuel et délicieusement divertissant. « Un drôle de mariage pour tous » est un boulevard écrit, mis en scène et interprété par l’excellent Henri Guybet, qui a encore de belles idées sous le pied. Davantage qu’une bagatelle truffée de quiproquos et de situations loufoques, c’est aussi le miroir d’une société contemporaine du mariage pour tous, à la fois égalitaire et sectaire. Une contradiction que Henri Guybet a refondue pour la mouler à la louche dans son propre matériau : le rire… sans conventions. Rire sur un mariage pas comme les autres, inédit, qui fait fi de l’amour et des belles promesses qui tombent, avec le temps, dans le lit d’une ou d’un autre, plus accueillant. Mais là, nulle question d’amour, mais d’intérêt, de pragmatisme. Quand le pouvoir d’achat dégringole, il faut de la ressource pour ragaillardir son sex-appeal ! Et Henri Guybet n’en manque pas !

« Mes 15 meilleurs et mes 2 pires », Irrésistiblement tendre, désarmant, inattendu

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Dans son seul-en-scène « Mes 15 meilleurs et mes 2 pires », Thierry Samitier est irrésistiblement tendre, désarmant, inattendu. Sa naïveté incarnée décale le propos et le tord jusqu’à l’absurde. C’est cette absurdité joyeusement loufoque dans l’authentique émotion qui donne à ce spectacle drôlement bien écrit un regard différent, pris sous un angle insoupçonné, et le fait résonner contre la paroi sensible de notre propre réalité. Cet humoriste se moque du formalisme. Dès l’entrée en scène, son petit sourire en biais, ses yeux malicieux, sa nonchalance crédule nous happe dans son monde cousu main d’irrationalité. Connu pour ses apparitions intempestives sur Canal+ dans « Nulle part ailleurs » et pour le personnage coincé d’Aymeric Dubernet Carton dans la série « Nos chers voisins » (TF1), Thierry Samitier est tout aussi à l’aise et performeur dans les seuls-en-scène. Son humour à la Devos, se jouant des situations ordinaires, nous amène là où il fait bon rire aux éclats, sans retenue, au détour de sketches faussement sérieux, provocants à l’envi. Tellement, qu’on en redemande !

« 2 Shows en coloc », deux voix pour une voie royale

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Une grande première pour le Don Camilo qui s’est invité sur la scène de l’Olympia, le 23 avril dernier, pour un show unique réunissant deux voix à découvrir. « 2 Shows en coloc », produit par Richard Vergnes, directeur du célèbre cabaret découvreur de talents, est un nouveau concept du Don Camilo consistant à réunir deux artistes prêts pour la course à la renommée, dont la case de départ est l’Olympia, le Graal de tout artiste ! L’imitateur Thierry Garcia et la chanteuse québécoise Geneviève Morissette avaient l’insigne honneur de transformer cette soirée-là de lancement en show exceptionnel. À en croire l’ovation du public à la fin des deux heures trente de performance, mission réussie ! Jouant l’un après l’autre leur propre spectacle, les deux artistes ont témoigné d’une signature artistique indéniable, d’une folle énergie, d’un humour à la fois audacieux et loufoque et d’une voix… inimitable. Ces deux alliés vibraient de cette joie à l’unisson, expansive et communicative, d’être sur la scène de l’antichambre sacrée qui donne le la à une carrière.

« Labyrinthe – Les Couloirs de L’Infini », Pourang, le mentaliste conteur

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« Labyrinthe, les couloirs de l’Infini » n’est pas qu’un show de mentalisme haut de gamme. Ce spectacle allie le mystère à l’humour, la féerie poétique à l’esthétique, les tours de force aux talents de conteur. Car ce show, qui se tient à la Comédie de Paris, est d’abord une belle histoire qui traverse le temps, depuis l’Antiquité avec le mythe du Minotaure jusqu’à nos jours dans le cerveau humain, en passant par l’époque Victorienne qui fut marquée par les meurtres de Jack l’Éventreur en 1888…

« Avant que j’oublie ! », que des maux d’amour !

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Tel Rocky, Sébastien peut mettre le genou à terre sur le ring de la compétition médiatique, il se relève toujours, car le petit Patrick, grâce à son cartable à malices, transforme les maux bleus en maux d’amour. Alors, avant que de tout oublier, de ces années bonheur aux années tristesse, l’inclassable artiste doué pour rallier à son panache clownesque les plus grands talents a décidé de tout balancer « les yeux dans les yeux » avec son nouveau spectacle « Avant que j’oublie ! »…

« La Moustâche », l’irrésistible circonflexe qui fait tache

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Que voilà une moustache bien fournie, au dessin simple et original, une magnifique coupe au carré si ce n’était la symbolique terrifiante qui ne fait plus fureur en ces temps éclairés ! Le circonflexe de la moustache de Sylvain Sabourdin (Arnaud Gidoin) est au centre de toutes les tensions au théâtre du Splendid. Cet homme discret, qui dit oui à tout et à tout le monde, va devoir faire montre d’imagination pour passer inaperçu avec l’ombre noire sous le nez. La rencontre avec son futur beau-père qui se trouve être de confession juive promet d’être mouvementée…

« Ma grammaire fait du vélo », à vos marques, prêts, riez !

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Grammaire et orthographe, le couplet gagnant dans la course au bon français. Mais un casse-tête casse-pieds pour les élèves en queue de peloton. Ah ! S’ils avaient assisté à ce « Ma grammaire fait du vélo », spectacle éblouissant de François Mougenot sur les mots et leurs savantes combinaisons, ils auraient appris en riant… ou ri en apprenant ! Ce seul en scène humoristique au théâtre de l’Essaïon est exemplaire de la manière dont le corps enseignant devrait faire aimer la langue de Molière. L’auteur et comédien, sans esbroufe ni emphase, fait don de ces leçons de rattrapage, cocasses et absurdes, à la manière d’un Devos ou d’un Morel…

« Dans la peau de Cyrano », ou la différence en majesté

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Ce soir-là, pour annoncer sa reprise au théâtre des Mathurins à partir du 7 avril prochain, le spectacle « Dans la peau de Cyrano » fêtait sa 700e représentation dans l’enthousiasme général. Un triomphe largement mérité tant le one-man-show de Nicolas Devort est une performance scénique incarnée. Le comédien campe plusieurs personnages, chacun avec son trait caractéristique qui l’identifie en un quart de seconde. Cette instantanéité provoque l’admiration. Parmi ces personnages, il y a le professeur de français, la psychologue du collège et quelques élèves qui interagissent autour de la pièce d’Edmond Rostand, « Cyrano de Bergerac »…

« Blanc & Hétéro », de l’humour en eaux troubles

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Que les oreilles chastes s’abstiennent ou défaillent ! Volontairement provocant, délicieusement indécent, prodigieusement irrévérencieux, le one-man-show d’Arnaud Demanche, « Blanc & Hétéro », programmé tous les mardis à l’Apollo Théâtre, ne fait pas dans la demi-mesure. L’humoriste s’amuse avec les codes et les susceptibilités, comme un chat avec sa souris préférée. Il entre dans la chair du politiquement incorrect avec un esprit affilé et sans tabous sur notre société consumériste et intolérante. Tout est bon à dire, tant qu’on en rit…

« Ça reste entre nous », un cœur à cœur irrésistible !

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Voici un binôme d’une valeur sûre, pour nous, spectateurs en quête de rires et de bonne humeur. Deuxième mise en scène d’Olivier Macé sur les textes de Brigitte Massiot, « Ça reste entre nous ! », au théâtre du Gymnase Marie-Bell, est bien parti pour faire durer le plaisir au-delà de la date fatidique de fin prévue le 28 avril 2019. Pour parfaire cette comédie échevelée se greffent à cette amitié de treize ans quatre trépidants comédiens habitués du boulevard. Michèle Garcia/Pierre Douglas et Isabelle de Botton/Bruno Chapelle forment deux couples proches de la cinquantaine qui marient leurs enfants respectifs. Mais il y a comme un hic au soir du mariage. Une révélation explosive fait chavirer l’existence de chacun, mais surtout leur façon de penser la vie. Les répliques sont autant de missiles de l’humour qui font mouche à chaque tir. Pas de répit entre les dialogues, c’est la tension qui grandit à mesure que l’impossible vérité se pare d’une réalité implacable pour les deux épouses : Jacques (Pierre Douglas) fait éclater au grand jour son amour pour André (Bruno Chapelle), amoureux et amants depuis deux ans. Loin de n’être qu’un vaudeville désopilant, ce texte n’a pas oublié d’être intelligent et de parler droit au cœur. « Ça reste entre nous » interroge les sentiments et leur durée, leurs faux-semblants et les petits arrangements avec soi pour ne pas voir. Un excellent pied de nez à la bien-pensance !

« Le songe d’une nuit d’été », une pépite pour les chercheurs de rêves et de rires

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Il est des songes qu’on aimerait faire durer un temps infini. Ainsi la comédie fantastique de William Shakespeare (1564-1616), « Le Songe d’une nuit d’été », est-elle une pépite qui enrichit les chercheurs de rêves et de rires. Blotti dans le creux d’une histoire merveilleuse tissée d’amour fou et de vengeance, le spectateur écarquille le cœur pour accueillir cette version compactée du chef-d’œuvre du grand maître de la tragédie. Au théâtre du Ranelagh, les six comédiens endossent avec une aisance naturelle les costumes des vingt-deux personnages. Sous une direction millimétrée de Matthieu Hornuss, Patrick Blandin, Élise Noiraud (en alternance Aymeline Alix), Thomas Nucci, Lisa Spurio et Olivier Dote Doevi se démultiplient comme par magie et soutiennent avec fougue le rythme endiablé des intrigues amoureuses. Le défi est relevé haut la main. L’histoire onirique de ces deux couples à l’amour fou contrarié qui s’aiment et se haïssent à la faveur de sortilèges est très divertissante. On aimerait les suivre dans cette forêt magique où fée et lutins jouent à cache-cache avec les humains éperdus d’amour. Le songe se poursuit jusqu’à la scène finale, où tout est bien qui finit merveilleusement bien : par un spectacle dans le spectacle d’une troupe de comédiens amateurs, très mauvais, qui surjouent à en pleurer de rire. Deux heures de pur plaisir !

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