« Comme ils disent », l’homosexualité à la sauce hétéro : un délice !

THÉÂTRE & CO 

Avis de PrestaPlume  ♥♥

Critique éclair

Que l’on soit homo ou hétéro, les amours, les amis, les emmerdes, c’est du pareil au même. La vie de couple au quotidien connaît les mêmes hauts et bas, les mêmes coups de canif au contrat, les mêmes sentiments et ressentiments. C’est tout le sens de la pièce « Comme ils disent », qui n’a pas pris une ride depuis 2008, l’année de sa création par Pascal Rocher et Christophe Dauphin. Actuellement reprise au théâtre Montmartre-Funambule par Jordan Chenoz dans le rôle de David et par Sébastien Boisdé (en alternance avec Antoine Bernard) dans le rôle de Phil, cette comédie irrésistible se déroule en plusieurs tableaux de vie, tranchés dans le vif et l’outrance, chacun ponctué par un gong de fin de round. Personne ne pense à compter les points tant le numéro de composition des deux comédiens (ce soir-là Jordan Chenoz et Antoine Bernard) est à la hauteur de l’enjeu et nous fait perdre la notion du temps. Le pompon ? Le plaisir de reconnaître dans les dialogues des phrases tirées de la chanson de Charles Aznavour, essaimées ici ou là très opportunément. « Comme ils disent » n’est pas qu’une joyeuse et fantasque illustration de la vie d’un couple homo, c’est aussi la mise en apogée de la complexité d’une relation entre êtres humains, quel que soit le mariage des genres.

Résumé

David est professeur d’histoire-géo et Phil est agent artistique de starlettes de variétés. L’un est réservé, cultivé, en recherche de stabilité. L’autre, superficiel et moqueur, se complaît dans l’esbroufe. Ils sont à une étape cruciale de leur relation  : ils vont désormais vivre ensemble. Ils semblent très heureux de cette décision. Ils sont pourtant loin d’imaginer que la véritable aventure de leur couple commence à ce moment-là, en ce jour de Saint-Valentin dans ce restaurant huppé « La Muraille d’Or ». Et qu’ils vont devoir naviguer entre les écueils, qui sont strictement les mêmes pour les homos et les hétéros, braver bien des tempêtes émotionnelles… et d’intendance, tout en ne perdant pas le cap de l’amour. Ainsi, nous nous faisons le témoin discret et amusé de l’achat d’un appartement rue Sarasate et de l’emménagement avec, les difficultés d’intendance inhérentes comme le branchement de la box, qui déclenche bien de compassion ! Nous les retrouvons ensuite chez leur pote Olivier, dont Phil drague ouvertement l’ami. Puis, il y a le temps des vacances au bord de la mer en Espagne, et celui de la garde du neveu de David. À chaque étape de cette vie à deux, le couple s’aime, se tacle, se déchire, se rabiboche, avec frasques et éclats. Il se transforme et s’ajuste au fil des événements heureux et malheureux. La vie, quoi !

Pour approfondir

« Comme ils disent » est une farce loufoque, qui passe des messages au-delà des extravagances et des outrances qui font le bonheur du public. Les thèmes de ces messages sont nombreux, infinis même tant ils confinent à l’universalité. D’évidence, que l’on soit gay/lesbien ou hétéro, un couple est un couple avec toutes les difficultés que cela comporte de vivre à deux, surtout lorsque les tempéraments et les centres d’intérêt sont opposés. Sous l’apparence de légèreté, il sourd de chaque tranche de vie un débat de société et de conscience, comme le désir d’adoption ou de mariage, le regard des autres, ces inconnus aux certitudes obtuses, les voisins qui regardent de travers, les collègues qui cancanent et même, encore, la famille crispée dans la non-acceptation. La lecture de ces messages qui surgissent à découvert est aussi claire et limpide que les situations comiques. Sous forme de mini sketches qui déclenchent hilarité et bonne humeur, la pièce « Comme ils disent » n’épargne personne. Elle souligne les travers, les comportements d’évitement, le courage en défaillance, les atermoiements entre orgueil et passion. L’amour triomphera-t-il ? Il faut courir voir les deux comédiens (Jordan Chenoz et Antoine Bernard) qui tiennent leur rôle d’une main de maître, jouant sur leurs atouts physiques et émotionnels. Le rythme est démentiel, la complicité omniprésente et l’interaction avec le public mettent en exergue leur sens aigu de l’improvisation.

Nathalie Gendreau
©David Twist


Distribution
Avec :  Sébastien Boisdé ou Antoine Bernard et Jordan Chenoz

Créateurs
Auteur : 
Christophe Dauphin et Pascal Rocher 
Metteur en scène : Elza Pontonnier 

Production Cœur de Scène

  • 24 octobre 2020 – Vittel (88)
  • 6 et 7 novembre 2020 – Cugnaux (31)
  • 10 et 11 novembre 2020 – Bourg-La-Valence (26)
  • 12 novembre 2020 – Marseille (13)
  • 13 et 14 novembre 2020 – Cogolin (83)
  • 21 novembre 2020 – Saint-Gilles-Croix-De-Vie (78)
  • 27 novembre 2020 – Buc (78)
  • 28 et 29 novembre 2020 – Fismes (51)
  • 10 décembre 2020 – Le Mans (72)
  • 18 au 20 décembre 2020 – Montbrison (42)
  • Et d’autres dates déjà prévues pour 2021  !

Durée : 1 h 10

1 réflexion au sujet de « « Comme ils disent », l’homosexualité à la sauce hétéro : un délice ! »

  1. Le titre emprunté à Charles Aznavour « Comme ils disent.. » contient le problème tout entier dans sa formulation. Le « ils » représente en effet « les autres », ceux qui jugent sans savoir. Sans comprendre.

    Autre clin d’œil à Aznavour, l’appartement rue Sarasate. Je m’étais demandé la première fois que j’ai entendu la chanson « Comme ils disent.. » si cette rue existait vraiment ou si ce nom était inventé pour la rime. Et puis un jour, au hasard d’une promenade rue de la Convention, j’ai remarqué cette petite rue sur la droite avant d’arriver à la Seine.

    Bref, Nathalie Gendreau semble avoir été conquise par ce spectacle manifestement ciselé par un observateur (acteur?) attentif. Et les quelques spectateurs encore profanes devraient apprendre sur les homos quelques vérités époussetées de leurs caricatures. Certes un couple est un couple quel que soit le genre ? Une évidence depuis la nuit des temps. Mais une vérité ignorée des incultes qui ne connaissent pas les amours de Socrate ou, plus récemment, celles de Jean Cocteau. Mais ce sujet évoque aussi les problèmes posés par les « différences » entre les homos et les autres. Exubérance et exhibition contre regards obliques, quolibets, parfois pire.

    Qu’importe diront les sages, si « ils » ou « elles » s’aiment. L’essentiel est que le bonheur soit au rendez vous. Il faut alors se souvenir de l’adage « Pour vivre heureux, vivons cachés » et l’on rejoint alors un problème plus vaste qui touche aux libertés en vigueur dans un espace donné. Chacun est libre de ses choix dans sa vie privée mais ne doit pas imposer ses convictions aux autres de façon agressive. Il y a d’ailleurs des lois qui régissent très bien ce problème comme celles sur l’exhibitionnisme. Il n’y a pas si longtemps qu’une jupe trop courte, un décolleté trop plongeant valait les mêmes regards obliques, voire une contravention.

    Un autre adage affirme « A Rome vit comme les Romains », et les Romains ne peuvent être taxés d’homophobie. Alors que chacun vive ses différences « dans la discrétion » (comme Jean-Pierre Chevênement l’affirmait lors de la loi sur le voile) en respectant les coutumes en vigueur et tout ira mieux pour tout le monde.

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