“Un prénom en trop”, Christophe Carlier

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Après Patrice Quélard pour Place aux immortels, Christophe Carlier est le deuxième lauréat du Prix du roman de la gendarmerie nationale, avec « Un prénom en trop », paru chez Plon. Cet agrégé de lettres classiques et docteur ès lettres à la Sorbonne nous offre avec son dernier ouvrage un aller simple dans les méandres de la perversité, une romance acide et démoniaque passionnante. Ce prénom en trop est Rebecca. Une brillante jeune femme dont la beauté racée provoque la fascination. Son apparente froideur dans une boîte de nuit à Toulon excitera la convoitise d’un homme, au physique banal et au cerveau malade. À la suite de ce coup de foudre unilatérale, il cherchera qui elle est et la pistera jusqu’à Annecy, où elle vit. Il la traquera avec une cruauté jubilatoire, la tyrannisant par petites touches, avec lenteur calculée. Il fait durer le plaisir pour qu’elle soit hantée par lui. Il se nourrit de l’épier, de la suivre, de lui laisser des cadeaux empoisonnés dans sa boîte aux lettres, sur son pare-brise, sur son lieu de travail. Il vampirise sa vie jusqu’à la rendre folle d’angoisse. Violette, la nouvelle collègue de Rebecca, qui lui voue d’emblée – elle aussi – une adoration sans borne, fera son possible pour la rassurer, la protéger, l’aider même. Elle la convaincra de porter plainte. Mais le psychopathe est prudent, il prend son temps, il savoure son emprise ; il hisse même sa proie sur l’autel de la divinité en assassinant d’autres Rebecca par amour pour elle. Peu à peu l’étau se resserre… mais pour qui ?

“La Déraison”, Agnès Martin-Lugand

Temps de lecture : 2 min LITTERATURE
L’amour est-il plus fort que tout ? Se peut-il qu’il soit déraisonnable au point de s’égarer ? Agnès Martin-Lugand y apporte une réponse poignante avec son nouveau roman choral « La Déraison », paru aux éditions Michel Lafon. Écrit en miroir, ce roman d’absolu, d’amour en suspens, de destins contrariés met en scène deux êtres parvenus à un point crucial de leur vie. D’un côté, il y a Madeleine, une femme au dernier stade d’une maladie incurable. Avant de quitter ce monde, elle veut profiter de ces derniers instants avec sa fille Lisa dans la demeure familiale où elle n’est plus revenue depuis si longtemps. Elle veut lui raconter qui elle était vraiment avant sa rencontre avec son père, avant sa naissance. D’un autre côté, il y a Joshua, un homme alcoolique aux idées suicidaires, mais qui ne parvient pas à passer à l’acte. En proie à ses démons, ce compositeur et pianiste réputé vit en ermite, hanté par le passé. Seul son fils Nathan a le pouvoir, par sa présence attentive, de le faire reculer dans son désir d’en finir. Dans ce roman, l’auteure livre les émotions brutes de deux êtres à la dérive, dans lesquelles s’est cristallisée la déraison, chacun sous une forme différente. À coups de phrases courtes et rythmées, elle nous plonge au plus profond des douleurs psychologiques pour en extraire l’essence vitale. Celle qui fait avancer l’Homme. L’amour.

« Le laboureur et les mangeurs de vent : liberté intérieure et confortable servitude », Boris Cyrulnik (éd. Odile Jacob)

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Un titre emprunté à la fable qui oppose d’emblée deux principes dans l’énoncé. C’est intrigant et incitatif. Avec « Le laboureur et les mangeurs de vent : Liberté intérieure et confortable servitude » (éd. Odile Jacob), il n’est pas question de cigale et de fourmi, ni d’autres animaux issus du bestiaire imaginaire de La Fontaine, mais de deux catégories de personnes dont la construction psychique a pris des chemins divergents. Dans cet ouvrage édifiant et passionnant, Boris Cyrulnik s’est interrogé sur le besoin d’un individu d’être sous emprise. Qu’est-ce qui le pousse à faire abstraction de toute réflexion propre pour se conformer à la doxa sans émettre le moindre doute ? Qu’est-ce qui pousse un peuple en difficulté à rechercher un « sauveur » et à s’y fier aveuglément ? Garder sa liberté intérieure de pensée est-ce si pénible, si angoissant, qu’il faille la remettre entre d’autres mains ?

« La Malédiction de Rocalbes », Philippe Grandcoing (éd. De Borée)

Livre La malédiction de Rocalbes

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Dans ce cinquième tome de la série consacrée aux enquêtes d’Hippolyte Salvignac, Philippe Grandcoing nous entraîne dans une région qui fait pétiller les yeux et les papilles : le Périgord. Dans « La malédiction de Rocalbes » (éd. de Borée), Rocalbes est un château surplombant la vallée de la Vézère, proche des Eyzies, capitale mondiale de la préhistoire. Le père de notre antiquaire enquêteur, notaire à la retraite, s’est mis en tête d’acheter pour son fils ce château et les fermes attenantes. Lors d’un voyage de reconnaissance sur les lieux, le père, le fils et sa compagne, l’impulsive et l’affriolante Léopoldine, accompagnés du cousin du père, vont être confrontés à des tentatives d’intimidation pour abandonner l’idée de l’achat. Réputé hanté et recelant un trésor, le château intéresserait-il au point de tuer ? À moins qu’une autre raison explique les multiples assassinats dans les chantiers de fouille. En ce printemps 1910, à l’époque où les trouvailles archéologiques foisonnent, la région est un carrefour obligé pour les chercheurs de fortune ou de renommée. L’on vient des quatre coins du monde pour se tailler la part du lion. À l’image de la ruée vers l’or en Amérique, c’est la loi du plus belliqueux, du plus fourbe, du plus vaniteux, qui prédomine. De là à imaginer un remake d’Ok Corral, il n’y a qu’un pas que franchit allégrement l’auteur… qui vient abreuver notre soif d’aventures.

“Les Incorrigibles”, Patrice Quélard (éd. Plon)

Roman Les Incorrigibles

Temps de lecture : 3 min CRITIQUE LITTÉRAIRE
À travers une enquête criminelle dans les tranchées, l’auteur Patrice Quélard avait abordé dans son premier opus « Place aux immortels » un aspect méconnu de la Guerre 14-18 : le rôle et le quotidien des gendarmes. Nous avions fait la connaissance du lieutenant Léon Cognard, un homme sanguin à la poigne humaniste et à l’humour caustique. « Les Incorrigibles » (éd. Plon) entraîne ce personnage haut en originalité en Guyane française, en 1919. Affecté par les horreurs de la guerre, il aspire à une retraite dans un endroit reculé. Son choix n’est pas anodin, car il a une obsession : sauver le bagnard Marcel Talhouarn, condamné à vingt ans de travaux forcés par une succession… de malchances. À l’appui d’une documentation riche et de témoignages littéraires, Patrice Quélard nous plonge dans l’univers effroyable des bagnes coloniaux, celui de Biribi en Algérie, puis de Cayenne en Guyane française. Là, le régime n’est pas à l’eau ni au pain sec, il est aux sévices corporels et psychologiques. L’auteur nous met face à ce genre d’hommes qui, doués de sauvagerie primitive, savent la raviver quand la bride civile est lâchée. Leur haleine puante de haine et de rage nous laisse haletants. Par bonheur, cette suffocation émotionnelle est tempérée par une écriture qui se coule dans la limpidité et l’intemporalité. L’humanisme indigné de Léon Cognard est aussi un contrepoids salvateur à l’ignominie du système carcéral qui corrompt tout et (presque) tous, des matons à la plus haute hiérarchie.

Critique de “Un fauve dans Rome”, Nathalie Cohen (♥♥♥♥)

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Deuxième opus d’une série (après « Modus operandi »), le thriller historique de Nathalie Cohen « Un fauve dans Rome » (éd. Flammarion) est une incursion passionnante et sidérante dans la Rome Antique, sous le règne de Néron (de 54 à 68 après J.-C.). Cet empereur est connu pour avoir été un bourreau sanguinaire, débauché et pervers qui s’imaginait artiste. Serait-ce lui, le fauve ? À moins que ce soit cet incendie dévastateur qui ravagea Rome du 18 au 24 juillet 64 après J.-C et fit des milliers de morts et plus de 200 000 sans-abri ? Mais ce fauve peut être tout aussi bien l’une des âmes damnées de l’empereur, Lucius Cornelius Lupus, un pourvoyeur d’enfants pour les lupanars de la Cité aux sept collines et les fêtes orgiaques de Néron. Dans cette époque brutale, la vertu des stoïciens résiste, même si elle n’est pas en odeur de sainteté auprès de l’Empereur. Parmi ces hommes, Marcus Tiberius Alexander, qui fut, enfant, un esclave et un martyr sexuel. Aujourd’hui, il est un haut gradé dans le corps des « Vigiles Romae », ces « yeux de Rome » chargés de maintenir la paix publique et de lutter contre les incendies. Attaché à son travail, il est parvenu à ensevelir en lui les traumatismes de l’enfance. Mais, lorsqu’il apprend que des enfants romains de bonne famille sont subtilisés à leurs parents pour les vendre, les horreurs qu’il a subies par le passé refont surface. Il n’aura alors de cesse de retrouver ces enfants jusque dans l’antre du fauve… quitte à y laisser la vie.

Critique de “La vie suspendue”, Baptiste Ledan (♥♥♥♥♥)

Roman La vie suspendue

Temps de lecture : 2 min LITTERATURE
Baptiste Ledan chérit la littérature et les auteurs. Son premier roman « La vie suspendue », paru aux éditions Intervalles, est en soi un cri d’amour explicite, conduit par ce désir sous-jacent de se faire voix de leurs inspirations. Convoquer les auteurs français et étrangers les plus marquants du siècle passé dans cette fable satirique et fantaisiste est la démonstration d’une culture étendue qui se réinvente à l’aune de la reconnaissance et de la continuité. Dans ce roman original et philosophique, le temps est comme « suspendu » aux souvenirs qui se lassent sans possibilité de trépasser. Tomas Fischer est en deuil, il n’aspire qu’à se mettre en retrait de la société et de cette vie trop animée pour sa douleur inconsolable. Alors il part dans cet endroit où tout étranger ne peut qu’être en transit, sous peine d’expulsion. Cette ville se nomme Lasciate, elle est grise et triste comme l’ennui. C’est le lieu idéal pour supporter sa peine. Il s’y plaît tellement qu’il y restera, devenant ainsi clandestin. Ses quelques amis, étouffant sous leur âge canonique, se serviront de son empathie pour les délivrer de la vie.

« Bécaud, on revient te chercher », Jacques Pessis et Claude Lemesle (♥♥♥♥)

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Gilbert se croyait immortel. Bécaud l’est devenu. L’artiste aux 400 chansons, auquel même Piaf assurait qu’il chantait faux, a cassé la baraque de tous les superlatifs, par son sens du rythme, un travail acharné, un besoin viscéral d’être sur scène, d’être aimé de son public, et une énergie électrique qui soulevait la ferveur. « Monsieur 100 000 volts », l’avait surnommé un journaliste américain. L’homme qui pensait mourir centenaire s’est éteint le 18 décembre 2001, à l’âge de 74 ans. Pour commémorer les vingt ans de sa disparition, Jacques Pessis et Claude Lemesle ont uni leur tendresse pour cet immense chanteur, pianiste et compositeur en rédigeant à quatre mains une biographie tendre et éclairante, aux Éditions de l’Archipel. Le premier a été son ami pendant plus de trente ans et le second l’un de ses paroliers pendant plus de vingt ans. Estimant qu’il n’y avait pas eu jusque-là de réelle biographie, ils nous proposent de découvrir l’homme derrière le chanteur à la carrière incroyable. Ils nous le donnent à voir au quotidien, en coulisses, dans l’effervescence de la création, dans son appétit de vivre et d’aimer, dans ses angoisses aussi.

“5 jours de la vie d’une femme”, Evelyne Dress (♥♥♥♥)

Temps de lecture : 2 min LITTERATURE
Il y a toujours beaucoup d’Évelyne Dress dans ses écrits. Que ce soit dans ses romans, mais aussi dans « Mes chats » un bref éloge des félins qui l’ont choisie et accompagné sa vie et « Pour l’amour du Dauphiné », un récit amoureux sur cette région qu’elle affectionne. Dans son dernier roman, « 5 jours de la vie d’une femme », aux éditions Glyphe, l’auteure revient sur le thème de l’amour, mais à un âge réputé vénérable. 70 ans, est-ce la fin du désir et des douces palpitations de cœur ? Peut-on ou plutôt doit-on croire encore à la survenue d’un être rêvé ? Vous savez, celui qui vous arrache à la torpeur du quotidien et efface, par magie, toutes les désillusions ? À ses 70 ans, la narratrice fait le compte : une union désunie, des enfants ingrats, une ménopause qui renverse la vapeur, un miroir qui reflète trop bien la réalité et un cœur désespérément vide de sens. Au terme de ce constat, elle fait un choix complètement irréfléchi : elle part passer le réveillon de Noël au prestigieux Hôtel du Palais, à Biarritz. Il ne reste plus que la suite ? Qu’importe ! C’est une fortune pour ses revenus maigrichons, mais cette folie l’aiguillonne comme une évidence. Sa libido est à ce prix-là !

« Les saveurs du parler populaire – Florilège de mots croustillants et festifs », Daniel Lacotte

Temps de lecture : 2 min LITTERATURE
Un ouvrage de Daniel Lacotte, c’est comme une hirondelle qui revient chaque printemps. On l’attend avec impatience parce qu’elle annonce le renouveau. Avec « Les saveurs du parler populaire – Florilège de mots croustillants et festifs », paru chez Christine Bonneton, ce renouveau réside dans les mots et leurs associations qui forment les bons mots, qui nous rappellent, s’il le fallait, que notre langue est belle et vivante. Elle vivra encore longtemps, si on se donne la peine de la conserver au fronton de notre culture. Le français est en constante construction, se bâtissant à coups de néologismes, de dialectes, de patois et même de barbarismes. Parce qu’ils sont trop anciens, certains ont été mis au ban des cours d’école. Parce qu’ils sont trop récents, d’autres font des coudes pour prendre leur place…

“Nouvelle Babel”, Michel Bussi

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Le roman de Michel Bussi est toujours très attendu. Pour le suspense. Pour la variété des personnages. Pour la complexité de l’intrigue et la fin toujours surprenante. Avec « Nouvelle Babel » (éditions Les Presses de la Cité), le lecteur est royalement servi, avec un petit supplément réjouissant : le voyage ! Géographe de formation, l’auteur s’amuse à nous promener autour de cette belle Terre à coups de téléportation. Est-ce l’heureuse conséquence des confinements successifs ? Quoi qu’il en soit, il nous plonge dans un monde utopique, en 2097, qui ne connaît plus la peur ni la guerre, depuis la nouvelle constitution mondiale établie en 2058, dont la devise est « Une seule Terre, un seul peuple, une seule langue ». Et la téléportation est l’assurance d’une liberté absolue, sans danger, car Panguaïa, la base de données des déplacements, y veille. Mais un jour, dix terriens retraités sur une île paradisiaque sont retrouvés assassinés. Les trois enquêteurs dépêchés sont sidérés par la violence des faits, mais surtout par la manière dont les tueurs ont opéré : froide, consciencieuse. De vérifications en investigations, l’enquête laisse présumer un coup d’État à venir. Ce qui n’arrange pas les affaires de Galileo Nemrod, le chef d’orchestre de ce monde idéal qui s’apprête à parachever la construction d’une tour de presque un kilomètre de haut pour fêter le centenaire de la téléportation. Son ambition ? Y rassembler la totalité de la population mondiale en un clic !

« La Mort en partage », Thierry Rocher

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
On connaît Thierry Rocher comme comédien, chroniqueur et humoriste français, notamment sur Paris Première à La revue de Presse, mais pas encore comme écrivain. Malgré le titre qui peut le laisser supposer, « La Mort en partage » n’est ni un thriller ni un polar. C’est un roman psychologique sur la perte d’êtres chers de manière abrupte, l’itinéraire d’une reconstruction qui en fait détruit. Pierre Chalet a perdu sa femme et sa fille unique lors d’un attentat perpétré par des terroristes islamistes. Lui qui appelait à ne pas faire d’amalgames s’enferre peu à peu dans une position radicale contre les musulmans tout en s’attachant à une musulmane, Jenna, une jeune comique talentueuse qui le pousse dans ses retranchements émotionnels. Pierre Chalet n’est pas à un paradoxe près…

“Les Écuries de Diomède”, Sylvain Larue

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Avec son sixième tome historico-policier, « Les Écuries de Diomède » (éd. De Borée), Sylvain Larue nous plonge dans l’univers du cirque sous le Second Empire. Le vol d’un étalon, l’enlèvement d’un enfant et trois assassinats amènent nos agents très spéciaux, Léandre Lafforgue, alias le Goupil, et Phèdre du Teil, à infiltrer le milieu du cirque. L’idée est excellente, le résultat passionnant. Le roman prend toute son ampleur et de sa saveur lorsque nos deux héros se muent en saltimbanques pour démasquer le ou les coupables parmi la troupe. Leur efficacité en tant que policiers n’étant plus à prouver, les voici qui s’illustrent avec entrain dans les arts circassiens. À travers eux, l’auteur nous donne à voir et comprendre le quotidien de ces nomades au XIXe siècle. Avec force détails historiques, il nous entraîne dans les coulisses de la vie d’un cirque et soulève le toit du chapiteau, où règnent solidarité et entraide, mais aussi jalousie et coups bas. Fait particulier de cette époque, l’exposition de curiosités humaines (des sœurs siamoises, un homme-tronc, un homme-crocodile, une femme sans bras…) qui faisaient le bonheur des badauds avant le spectacle.

“Ce prochain amour”, Nora Benalia

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Ne vous fiez pas au titre. L’eau de rose ne coule pas entre les lignes de « Ce prochain amour », paru aux éditions Hors d’atteinte. Dans son premier roman, Nora Benalia évoque dans une crudité prononcée, sans filtre, la femme et sa relation à l’homme, à l’amour, au sexe, et tous les rôles qui lui sont assignés par la société depuis la nuit des temps. L’auteure ouvre grand les vannes de l’audace et du réalisme brutal dans les réflexions et les mots choisis. Les pensées-fleuve de la narratrice sur la condition des femmes, et notamment des femmes au foyer, charrient de la révolte contre les violences contre le sexe dit faible, les stéréotypes, les sacrifices consentis, la misère affective, la volatilité de l’amour. Avec trois enfants à élever seule, désargentée, sans travail, la narratrice a la rage et le dit crûment au travers d’un texte féministe et critique, porté par l’indépendance de la femme, à l’image des piliers fondateurs de la maison d’édition Hors d’atteinte. Ouvrage surprenant par la verdeur de sa verve et touchant par la vigueur du remue-ménage intérieur.

“Le Bazar du zèbre à pois”, Raphaëlle Giordano

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Encore un titre qui fait frisotter les neurones de plaisir par l’image suggérée. À l’instar du « Jour où les lions mangeront de la salade verte », « Le Bazar du zèbre à pois » (éd. Plon) entrebâille une porte, sinon l’ouvre grand, pour laisser filtrer l’énergie créatrice dans notre imaginaire. Plus ludique qu’un ouvrage de développement personnel, plus enthousiasmant qu’un conte moral, ce roman sur l’être et l’état d’esprit s’inscrit dans la lignée des fables, teintées de romanesque et de philosophie. Sans prétendre changer nos vies, il interroge nos choix, notre ouverture au changement, nos rêves abandonnés ou avortés, et notre capacité à pratiquer « l’audacité ». Ce mot-valise constitué de l’audace et de la ténacité est une clé qui déverrouille les peurs, une incitation à élargir le champ des possibles, sans pensées castratrices. Auteure à la poésie omniprésente, au style leste, à l’imagination foisonnante, Raphaëlle Giordano nous régale avec ce roman qui se dévore des yeux, avant de laisser infuser en soi l’écho des phrases. À la fin, vous voudrez, vous aussi, aiguiser votre regard pour ne plus privilégier tel ou tel hémisphère de votre cerveau, mais de l’envisager comme ambidextre. La clé de l’harmonie en soi.

“Les Meilleures intentions du monde”, Gabriel Malika

Temps de lecture : 3 min LITTERATURE
Du petit village de pêcheur créé au XVIIIe siècle, Dubaï a écrit son mythe à l’or noir. Au fil des années et des projets architecturaux pharaoniques, la capitale des Émirats arabes unis s’est enrichie, se déployant dans la démesure, la grandeur et le faste, repoussant sans cesse les limites du désert et de la mer Persique. Depuis son jaillissement, cette oasis de verre et de béton attire comme un aimant toutes les nationalités. À l’occasion de l’exposition universelle de Dubaï, qui s’achève le 31 mars 2022, « Les Meilleures intentions du monde » (éd. Intervalles) reparaît en édition de poche. Témoin privilégié de ce rêve fou devenu réalité sidérante, Gabriel Malika nous livre dans ce roman à suspense et immersif une vision critique, personnelle et passionnée, toujours d’actualité. L’auteur prend le prétexte d’un événement imprévisible et destructeur pour dépeindre dix figures représentatives de la population cosmopolite de cette ville arabe où l’argent coule à flots… pour qui sait entreprendre. On y saisit les enjeux financiers et culturels de cette capitale qui fait office à la fois de carrefour, où transite tout ce qui peut être vendu et acheté, et de symbole d’un monde arabe en mutation. Une visite guidée en mots et en images éloquente !

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