“Mon frère”, Daniel Pennac

CHRONIQUE
Avec “Mon frère”, Daniel Pennac revient à réminiscence feutrée sur l’homme qui lui a prodigué un amour discret, serein et attentionné. Un grand frère de cinq ans son aîné et un guide aussi qui l’a entraîné à sa suite à la cueillette des mots sur le chemin de la connaissance. Ce grand frère, le préféré de sa famille, lui a appris à parler et à écouter ses silences entrecoupés de bonnes tranches d’humour décalé, mais aussi et surtout à aimer lire, à commenter les livres, et donc à en écrire. Bernard le mélancolique est parti pour un ailleurs il y a dix ans, trop tôt, fatalité d’une erreur médicale, mais l’écho de sa présence continue de faire raisonner la vie et l’écriture de Daniel. Cet ouvrage réécrit la complicité des deux frères, rejouant à coups de répliques saillantes des fragments de souvenirs aussi fugaces que démonstratifs dans cette évidence d’amour. Un amour non déclamé, mais murmuré entre les lignes, que la petite brise de la reconnaissance fait bruisser pudiquement.

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“La Vallée des oranges”, Béatrice Courtot

CHRONIQUE
Depuis cinq ans, les éditions Charleston organisent le Prix du Livre romantique qui offre la publication à un manuscrit sélectionné par un jury présidé par Marie Vareille. Cette année 2018 voit la distinction de “La Vallée des oranges”, premier roman de Béatrice Courtot. Pour être retenu, le récit doit se couler dans la ligne éditoriale de l’éditeur, c’est-à-dire une histoire mettant en scène une héroïne fière, forte et libre. Pour ce cru-là, elles seront deux, unies par les liens du sang et la passion de la pâtisserie. Cette romance à deux voix est la rencontre d’Anaïs et de Magdalena que deux générations séparent. Une rencontre qui va mener la première sur les traces de la seconde, une courageuse arrière-grand-mère, résistante durant la guerre civile à Majorque, en 1936.

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“Est-ce ainsi que les hommes jugent ?”, Mathieu Ménégaux

CHRONIQUE
Troisième roman de Mathieu Ménégaux, “Est-ce ainsi que les hommes jugent ?” plonge une nouvelle fois son thème narratif dans les mâchoires broyeuses d’un destin facétieux. N’y a-t-il pas pire cauchemar d’être accusé à tort ? de se sentir acculé par des preuves indiscutables ? de remettre en question sa propre innocence à force de matraquage policier ? Au point d’être prêt à avouer un crime qu’on n’a pas commis ! Pour Gustavo Santini, fils d’immigrés argentins dont le père a été torturé, l’arrestation à son domicile dès potron-minet, la perquisition énergique, l’interrogatoire accablant et l’accusation de la victime, c’est surréaliste, inimaginable, effroyable. Mais quand les médias et les réseaux sociaux se déchaînent sur le coupable désigné, le cauchemar devient l’enfer ! D’une plume efficace, saisissante dans son dépouillement, Mathieu Ménégaux s’insinue dans l’intimité des protagonistes, chacun avançant dans sa vérité, convaincu de son plein droit.

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Ces jours qui ne sont plus, Françoise d'Oirgny, éditions Fauve

“Ces jours qui ne sont plus”, Françoise d’Origny

CHRONIQUE
Avec “Ces jours qui ne sont plus”, Françoise d’Origny pose un regard sincère et lucide, mais aussi amusé et sans concession, sur une vie personnelle intense et l’évolution d’une époque fastueuse révolue. Aristocrate, sportive et artiste-peintre, l’auteure a suivi le sillage de ses parents (anciens résistants de la première heure) qu’elle vénérait comme des dieux en faisant montre de fidélité à ses principes, de courage, de devoir… et de caractère. Son frère Henri et elle n’ont pas été étouffés de baisers, mais ont reçu une éducation stricte qui ne tolérait aucun manquement. Ce dont elle les remercie. Cette éducation lui a permis d’affronter une vie très exigeante faite de conventions, de protocoles et de bienséance. Mais aussi surprenante et rocambolesque. Devenue Comtesse d’Harcourt, après un mariage plus teinté d’entente cordiale que d’amour, Françoise d’Origny a osé divorcer pour rencontrer quelques années plus tard l’amour dans les beaux yeux d’un scientifique.

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« Un bon écrivain est un écrivain mort », Guillaume Chérel

CHRONIQUE
Mystères et parodie pour un roman qui vient de paraître chez J’ai lu. Dans « Un bon écrivain est un écrivain mort», Guillaume Chérel affûte sa plume à l’inspiration railleuse. S’il est amoureux des livres et des auteurs… dont l’Histoire dorlote les œuvres, rien n’est moins sûr pour ce qui est des auteurs vivants ! Avec une franche et facétieuse liberté, le journaliste brocarde dix écrivains contemporains très médiatiques, non sans tordre astucieusement leur patronyme. Parité oblige, cinq femmes et cinq hommes sont invités à participer à une conférence dans un ancien monastère devenu une résidence d’auteurs. Leur hôte milliardaire ménage le mystère sur son identité que renforce son absence. Dans une atmosphère balançant entre « Le Nom de la rose » et « Le mystère de la chambre jaune », ce roman confronte les célébrités de la plume à leurs travers jusqu’à ce que mort s’ensuive… ou pas ! À travers ce brûlot, dans lequel il ne s’épargne pas, Guillaume Chérel commet là un roman gonflé, très drôle et original mais qui, en filigrane, interroge l’enjeu originel de l’écriture.

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Le père Denoël est-il une ordure? Gordon Zola, édition le Léopard démasqué

“Le père Denoël est-il une ordure ?”, Gordon Zola

CHRONIQUE
Comment résister à un ovni littéraire, qui vient d’être réédité aux éditions du Léopard masqué ? Sous prétexte d’en rire, “Le père Denoël est-il une ordure ?” est une affaire on ne peut plus sérieuse. L’auteur Gordon Zola relate, documents à l’appui, le mystérieux assassinat, à ce jour non encore élucidé, de l’éditeur Robert Denoël. C’est que le père Denoël s’est compromis en collaborant. Pire ! La Commission consultative d’épuration de l’édition, constituée d’auteurs se clamant irréprochables, le condamne pour avoir notamment publié Louis-Ferdinand Céline. Mais l’éditeur prépare sa défense : il a consigné dans son carnet noir des éléments impliquant des confrères. Seulement, le 2 décembre 1945, il range sa voiture boulevard des Invalides à la suite d’une crevaison, sort le cric et la manivelle, envoie sa maîtresse Jeanne Loviton chercher un taxi et est abattu d’une balle dans le dos. À défaut de témoins directs, l’enquête conclut à une agression pour vol qui aura mal tourné. La ficelle est grosse, la veuve se tue à le clamer… et peut-être aussi Maître Lucien Bonplaisir, avocat de l’édition et ardent défenseur des femmes tondues et de belles éplorées.

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“Grand frère”, Mahir Guven : Prix Régine Deforges 2018

ÉVÉNEMENT/ACTU
Mahir Guven rêvait d’écrire, sans oser réaliser ce désir… jusqu’à ce que l’éditeur Philippe Rey lui donne cette nécessaire impulsion pour passer à l’acte. Essai réussi, puisque son premier roman “Grand frère” se voit couronné par le Prix Régine Deforges 2018. C’est officiel depuis le 3 avril dernier, au restaurant le Macéo, Mahir Guven est le troisième lauréat de ce prix qui récompense un premier roman écrit par un auteur francophone et qui se distingue par l’histoire et le style. “Je suis persuadée que ma mère aurait aimé ce roman à l’écriture très contemporaine, d’une actualité brûlante, politique et très engagé, confie Camille Deforges-Pauvert, fille de l’auteur de “La bicyclette bleue” et membre du jury. C’est un roman très touchant, sans pathos, ni jugement.”

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Stéphanie Halperson, éditions La Bruyère, chronique littéraire, PrestaPlume

“Un peu d’ailleurs pour ici”, Stéphanie Halperson

CHRONIQUE
La dépression, une terrible chance à saisir pour avancer ? Dans “Un peu d’ailleurs pour ici”, Stéphanie Halperson partage le témoignage de cette quête optimiste pour (re)trouver le goût de vivre. Si l’ouvrage est un poids plume, le contenu est dense. L’auteure analyse les événements familiaux qui l’ont construite : l’enfance blessée par la séparation de ses parents, l’image idéalisée d’un père qui l’a déçue, l’héritage des secrets transmis dans l’inconscient, de génération en génération. Stéphanie est jeune et ambitieuse, affiche une vitalité contagieuse. Seulement la lassitude la gagne, grignote son quotidien, préparant le terrain à la dépression. C’est l’incompréhension ! Alors elle s’interroge. Les pistes ne manquent pas. Mais beaucoup sont des impasses, des traquenards, des fausses bonnes idées, car il faut trouver son chemin dans la multitude de voies que proposent notre siècle malade de son âme. Ce livre touche par la délicatesse de son écriture, la justesse des réflexions et l’abandon de son auteure que le lecteur vit comme une offrande.

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Entrez dans la danse, éditions julliard, chronique littéraire, Jean Teulé

“Entrez dans la danse”, Jean Teulé

CHRONIQUE
Jean Teulé n’a pas son pareil pour donner au sordide et à l’horreur une dimension poétiquement démentielle. Dans la lignée des “Mangez-le si vous voulez” ou “Héloïse, ouille !”, son nouveau roman “Entrez dans la danse”, aux éditions Julliard, gratte le fonds des casseroles de l’Histoire, afin de la réinventer en une fable cynique et irrévérencieuse, triviale et recherchée. On reconnaît la signature stylistique de l’auteur qui n’aime rien tant que de reconnaître de la beauté en du vulgaire… à moins que cela soit l’inverse ! Là encore, il vient donc exhumer des archives une chronique alsacienne de 1519 qui décrit un événement hallucinant, à une époque de grande famine et d’extrême pauvreté. Des habitants de Strasbourg réduit à la misère noire se mettent à danser jusqu’à ce que mort s’ensuive. Une danse macabre qui se répand comme une épidémie, l’épidémie de la misère quand le néant remplace l’avenir. Une réflexion sur le désespoir, détonante et critique.

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“Dernières nouvelles du futur”, Patrice Franceschi

CHRONIQUE
Vers quels horizons se dirige-t-on ? Si nombre d’auteurs comme Orwell et Huxley les ont déjà imaginés, cette question existentielle demeure prégnante. Alors malade de ses dérives, notre monde se débat à coups de progrès pour devenir meilleur, s’échinant à approcher le bonheur, ce contentement de l’être qui connaîtrait – enfin ! – le Paradis sur terre. Un paradis fiscal, sécuritaire, économique, égalitaire, mais un paradis habité d’hommes et de femmes qui auraient abandonné en contrepartie toute forme de libre arbitre. Hanté par le devenir de l’Homme, l’écrivain baroudeur Patrice Franceschi nous le dépeint en quatorze tableaux uniques qui s’enchâssent sur un peu plus d’un siècle pour constituer un monde réinventé par nos futurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Drôles et tragiques, ironiques et édifiantes, ces nouvelles montrent l’étendue de l’inquiétude de l’auteur qui a vécu cinq années aux côtés des Kurdes de Syrie dans leur lutte contre l’islamisme. Elles puisent si bien leur origine dans notre actualité mondiale, toujours plus sanglante et alarmante, que ces “Dernières nouvelles du futur” ont valeur de réalité.

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“Croire au merveilleux”, Christophe Ono-dit-Biot

CHRONIQUE
Après un décès, le merveilleux peut-il encore frapper à la porte ? C’est la question que pose l’écrivain et journaliste Christophe Ono-dit-Biot dans son roman Croire au merveilleux, où il file le thème de la mort soudaine et inexpliquée qu’il a abordé dans son précédent roman Plonger. Avec ce nouvel opus, il approfondit la souffrance de l’intolérable absence en parfaisant notre connaissance intime du couple César/Paz et de leur fils. L’amour d’un père pour son enfant est-il assez fort pour vaincre le désir de mort ? L’écriture simple et dépouillée de l’auteur, sans risées ni lames de fond, accompagne avec une langueur poétique son double littéraire dans sa mortelle descente dans les abymes de la dépression. César appelle si fort la mort qu’il en réveille les dieux de l’Olympe qui dépêchent une mystérieuse messagère pour l’aider à entamer une lente remontée en apnée vers une renaissance.

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Critique littéraire Sorj Chalandon Le jour d'avant édition Grasset

“Le jour d’avant”, Sorj Chalandon

CHRONIQUE
Avec son nouveau roman Le jour d’avant (Grasset), l’écrivain Sorj Chalandon déterre l’histoire de la dernière grande catastrophe minière de France. C’était le 27 décembre 1974, un coup de grisou à la fosse 3 bis de Liévin, dans le Nord. Quarante-deux morts stupides et inutiles, quarante-deux gueules noires qui auraient pu ressortir indemnes des ténèbres poussiéreuses si les précautions les plus élémentaires avaient été prises. Alors journaliste à Libération, l’auteur avait été bouleversé par le destin brisé de ces hommes ensevelis, brûlés, asphyxiés, et de leurs familles défigurées. À cela aucune fatalité, mais le manque patent de sécurité et la course au rendement et au profit des Charbonnages de France. Michel Flavent est le héros de ce drame qui se dessine à la craie charbonneuse. Il perd son frère Jojo enseveli dans la catastrophe et ses parents dans le désespoir. Quarante ans plus tard, il nous raconte sa vie, son frère, la mine, l’accident, le malheur, une vie de faux-semblants et une soif de vengeance inéluctable. Quelqu’un doit payer !

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“Le ministre de passage”, Jean-Louis Leconte

CHRONIQUE
Pour son premier roman Le ministre de passage, le réalisateur de films Jean-Louis Leconte entrouvre les portes de l’univers politique avec assez d’ingéniosité pour que s’y faufilent curiosité et envie. Il guide le lecteur intrigué pas à pas dans un milieu jonché de chausse-trapes qui exacerbent le mal-être au point de pousser deux hommes égarés dans leurs derniers retranchements : eux-mêmes. L’un s’appelle Tobias Herschel, un quinquagénaire mal marié et ministre de l’Économie et des Finances qui se suicide médiatiquement par des déclarations hors cadre lors d’une émission de télévision ; l’autre est Arthur Blanchot, un analyste financier de Bercy aux névroses très prononcées qui conchie ses supérieurs qu’il juge incompétents et qu’il fantasme de remplacer. Ces deux vies parallèles sont recoupées par une vie transversale qui les influence. C’est celle de Dacier. Il sera le successeur éclair de l’un et le catalyseur de la haine de l’autre. Ce récit choral à deux voix relate sous la forme d’un thriller psychologique l’itinéraire de ses deux personnalités ébranlées, dont la trajectoire va se retrouver brutalement et définitivement déviée.

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“La disparition de Josef Mengele”, Olivier Guez

CHRONIQUE
Beaucoup de biographies ont été écrites sur « L’ange de la mort », le criminel de guerre qui œuvrait à Auschwitz comme médecin-chef SS. Son obsession : découvrir le secret de la gémellité par l’expérimentation sur les jumeaux. Avec “La disparition de Josef Mengele”, Olivier Guez propose un « roman vrai » de haute volée qui s’intéresse à la vie du tortionnaire après 1945 et au contexte géopolitique favorisant cette disparition. Il nous raconte comment Mengele a pu fuir jusqu’en Amérique latine et y vivre en toute impunité jusqu’à sa mort en 1979. L’auteur a fouillé dans le passé trouble de cet homme, issu d’une famille bourgeoise conservatrice, qui a rallié le parti nazi pour ensuite devenir SS. La clé de son ascension est un opportunisme cynique qui guidera sa conduite jusque dans l’exil au soleil. A-t-il été puni par la vie, la justice des hommes n’ayant pu être rendue ? C’est ce que l’auteur cherchera à savoir en s’intéressant à sa cavale de près de trente ans. Cette biographie romancée très documentée le dévoile sans pathos ni affect qui dévoieraient le contenu, fruit de trois années de recherche et d’écriture.

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“Une comédie à la française”, Jean-François Roseau

CHRONIQUE
Avec Une comédie à la Française, Jean-François Roseau trempe sa plume satirique dans la noirceur des intrigues de la République. Ce roman, qui résonne des échos véridiques de l’actualité, palpite au diapason de l’assouvissement de l’ambition et de la course au pouvoir, quel qu’en fut le prix à payer. Dans la lignée du “roman vrai” de son précédent livre “La chute d’Icare”, ce jeune auteur nous plonge dans les coulisses d’un parti politique aux allures du Front National rebaptisé Parti National (PN), à la veille des élections présidentielles de 2017. On se régale du coup pendable que le héros joue en s’infiltrant dans le mouvement nationaliste pour mieux démasquer la bête. Puis, d’intrigues en hypocrisies, on s’insurge contre cet imposteur héroïque qui en vient à ravaler son âme sous les dorures du pouvoir, trompant l’ennui aussi allégrement que ses convictions.

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“Juste une orangeade”, Caroline Pascal

CHRONIQUE
Avec “Juste une orangeade”, paru aux éditions de L’Observatoire, Caroline Pascal s’épanche sur les relations mère/fille. Ce cinquième roman est d’abord un hymne filial destiné à toutes les mères. Émouvante, viscérale, immuable, cette déclaration d’amour ne peut passer inaperçue ni laisser insensible tant les mots sonnent juste, percutent des souvenirs d’enfance, font converger des réalités personnelles. Car cette histoire d’amour fusionnel est un miroir des émotions qui réfléchit l’universalité du thème, avec netteté et chaleur. L’auteure a construit son roman comme un thriller familial qui conduira Raphaëlle à rechercher sa mère Laurence, subitement introuvable. Disparue sur le chemin entre la maison familiale de Nonant en Normandie et l’appartement de Versailles. Entre l’enquête de voisinage et les révélations de ses proches, Raphaëlle va s’apercevoir qu’elle ignore beaucoup de la vie intime de sa mère. Elles qui se disaient tout sur le quotidien se taisaient sur l’essentiel.

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