“Bérets noirs, Bérets rouges”, Michel Zink

CHRONIQUE
Avec son roman “Bérets noirs Bérets rouges”, l’auteur Michel Zink, professeur honoraire au Collège de France et élu en décembre 2017 à l’Académie française, noue son intrigue autour des temps troublés de la Libération et de la guerre l’Algérie. Par une succession de flash-back épistolaires, Bruno Wolf, un professeur parisien septuagénaire, relate ses souvenirs d’enfance à M. Chavasson, un notable sexagénaire expert-comptable qui ne comprend pas sa démarche. Il évoque ses amis d’enfance, Félix et Zoé, ses premiers émois avec Zoé, la violence sociale et politique dans laquelle ils baignaient alors. Une sorte de dialogue de sourds s’instaure pendant que la vie des deux orphelins se déroule, prenant ses racines à la Libération et s’achevant avec la guerre d’Algérie. Détenteur d’une partie de leur secret, Bruno Wolf s’entête à le restituer coûte que coûte, mais à sa manière, lente et ampoulée, faisant fi de la condescendance de son interlocuteur qui le surnomme “le petit vieux monsieur” : il attend de ce dernier le fin mot de l’histoire. Mme Chavasson, séduite par ses bonnes manières, l’y aidera.

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“Mon frère”, Daniel Pennac

CHRONIQUE
Avec “Mon frère”, Daniel Pennac revient à réminiscence feutrée sur l’homme qui lui a prodigué un amour discret, serein et attentionné. Un grand frère de cinq ans son aîné et un guide aussi qui l’a entraîné à sa suite à la cueillette des mots sur le chemin de la connaissance. Ce grand frère, le préféré de sa famille, lui a appris à parler et à écouter ses silences entrecoupés de bonnes tranches d’humour décalé, mais aussi et surtout à aimer lire, à commenter les livres, et donc à en écrire. Bernard le mélancolique est parti pour un ailleurs il y a dix ans, trop tôt, fatalité d’une erreur médicale, mais l’écho de sa présence continue de faire raisonner la vie et l’écriture de Daniel. Cet ouvrage réécrit la complicité des deux frères, rejouant à coups de répliques saillantes des fragments de souvenirs aussi fugaces que démonstratifs dans cette évidence d’amour. Un amour non déclamé, mais murmuré entre les lignes, que la petite brise de la reconnaissance fait bruisser pudiquement.

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“La Vallée des oranges”, Béatrice Courtot

CHRONIQUE
Depuis cinq ans, les éditions Charleston organisent le Prix du Livre romantique qui offre la publication à un manuscrit sélectionné par un jury présidé par Marie Vareille. Cette année 2018 voit la distinction de “La Vallée des oranges”, premier roman de Béatrice Courtot. Pour être retenu, le récit doit se couler dans la ligne éditoriale de l’éditeur, c’est-à-dire une histoire mettant en scène une héroïne fière, forte et libre. Pour ce cru-là, elles seront deux, unies par les liens du sang et la passion de la pâtisserie. Cette romance à deux voix est la rencontre d’Anaïs et de Magdalena que deux générations séparent. Une rencontre qui va mener la première sur les traces de la seconde, une courageuse arrière-grand-mère, résistante durant la guerre civile à Majorque, en 1936.

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“Est-ce ainsi que les hommes jugent ?”, Mathieu Ménégaux

CHRONIQUE
Troisième roman de Mathieu Ménégaux, “Est-ce ainsi que les hommes jugent ?” plonge une nouvelle fois son thème narratif dans les mâchoires broyeuses d’un destin facétieux. N’y a-t-il pas pire cauchemar d’être accusé à tort ? de se sentir acculé par des preuves indiscutables ? de remettre en question sa propre innocence à force de matraquage policier ? Au point d’être prêt à avouer un crime qu’on n’a pas commis ! Pour Gustavo Santini, fils d’immigrés argentins dont le père a été torturé, l’arrestation à son domicile dès potron-minet, la perquisition énergique, l’interrogatoire accablant et l’accusation de la victime, c’est surréaliste, inimaginable, effroyable. Mais quand les médias et les réseaux sociaux se déchaînent sur le coupable désigné, le cauchemar devient l’enfer ! D’une plume efficace, saisissante dans son dépouillement, Mathieu Ménégaux s’insinue dans l’intimité des protagonistes, chacun avançant dans sa vérité, convaincu de son plein droit.

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Entrez dans la danse, éditions julliard, chronique littéraire, Jean Teulé

“Entrez dans la danse”, Jean Teulé

CHRONIQUE
Jean Teulé n’a pas son pareil pour donner au sordide et à l’horreur une dimension poétiquement démentielle. Dans la lignée des “Mangez-le si vous voulez” ou “Héloïse, ouille !”, son nouveau roman “Entrez dans la danse”, aux éditions Julliard, gratte le fonds des casseroles de l’Histoire, afin de la réinventer en une fable cynique et irrévérencieuse, triviale et recherchée. On reconnaît la signature stylistique de l’auteur qui n’aime rien tant que de reconnaître de la beauté en du vulgaire… à moins que cela soit l’inverse ! Là encore, il vient donc exhumer des archives une chronique alsacienne de 1519 qui décrit un événement hallucinant, à une époque de grande famine et d’extrême pauvreté. Des habitants de Strasbourg réduit à la misère noire se mettent à danser jusqu’à ce que mort s’ensuive. Une danse macabre qui se répand comme une épidémie, l’épidémie de la misère quand le néant remplace l’avenir. Une réflexion sur le désespoir, détonante et critique.

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“Une comédie à la française”, Jean-François Roseau

CHRONIQUE
Avec Une comédie à la Française, Jean-François Roseau trempe sa plume satirique dans la noirceur des intrigues de la République. Ce roman, qui résonne des échos véridiques de l’actualité, palpite au diapason de l’assouvissement de l’ambition et de la course au pouvoir, quel qu’en fut le prix à payer. Dans la lignée du “roman vrai” de son précédent livre “La chute d’Icare”, ce jeune auteur nous plonge dans les coulisses d’un parti politique aux allures du Front National rebaptisé Parti National (PN), à la veille des élections présidentielles de 2017. On se régale du coup pendable que le héros joue en s’infiltrant dans le mouvement nationaliste pour mieux démasquer la bête. Puis, d’intrigues en hypocrisies, on s’insurge contre cet imposteur héroïque qui en vient à ravaler son âme sous les dorures du pouvoir, trompant l’ennui aussi allégrement que ses convictions.

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“Juste une orangeade”, Caroline Pascal

CHRONIQUE
Avec “Juste une orangeade”, paru aux éditions de L’Observatoire, Caroline Pascal s’épanche sur les relations mère/fille. Ce cinquième roman est d’abord un hymne filial destiné à toutes les mères. Émouvante, viscérale, immuable, cette déclaration d’amour ne peut passer inaperçue ni laisser insensible tant les mots sonnent juste, percutent des souvenirs d’enfance, font converger des réalités personnelles. Car cette histoire d’amour fusionnel est un miroir des émotions qui réfléchit l’universalité du thème, avec netteté et chaleur. L’auteure a construit son roman comme un thriller familial qui conduira Raphaëlle à rechercher sa mère Laurence, subitement introuvable. Disparue sur le chemin entre la maison familiale de Nonant en Normandie et l’appartement de Versailles. Entre l’enquête de voisinage et les révélations de ses proches, Raphaëlle va s’apercevoir qu’elle ignore beaucoup de la vie intime de sa mère. Elles qui se disaient tout sur le quotidien se taisaient sur l’essentiel.

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“Un goût de terre dans la bouche”, Dominique Lin

CHRONIQUE
C’est un sixième roman pour Dominique Lin, un auteur qui se plaît à observer l’effervescence du monde et les résonances chez l’homme. “Un goût de terre dans la bouche”, aux éditions Élan Sud, pose la question existentielle de son propre parcours sur cette terre, avec son lot de rencontres, d’opportunités saisies et manquées, et celles dont il aurait fallu s’écarter. Un matin, vous vous levez et vous ne vous reconnaissez plus dans le miroir. Quelque chose a bougé dans la nuit, l’enfant que vous avez été s’est réveillé, il vous a pris la main et ne vous lâche plus. Cet inconnu que vous êtes devenu, ce robot qui obéit aux défis imposés par le système, vous n’en voulez plus. Ce roman, aux accents fantastiques du conte, est un road trip intrigant qui se focalise sur le discernement d’un homme sur la vacuité de sa vie, cet inconnu pour ses rêves déchus qui ne retrouvera son identité qu’avec le mot fin.

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“Le piège de verre”, Éric Fouassier

CHRONIQUE
“Le piège de verre” est à la fois un roman historique flamboyant et un thriller ésotérique qui enchanteront tous les inconditionnels du genre. Ce deuxième opus d’Éric Fouassier, qui fait suite aux aventures de la charmante apothicaire d’Amboise, Héloïse Sanglar, et de Pierre Terrail, seigneur de Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche(*), est lui aussi très réussi. L’auteur à l’imagination fertile nous entraîne dans une folle équipée à travers la France Renaissance et ses splendides édifices religieux. Cette fois-ci, la reine de France, Anne de Bretagne, confie à Héloïse et à son homme de confiance, Henri de Comballec, la mission d’enquêter sur une menace d’attentat envers le roi Louis XII. Il faudra toute la sagacité de la jeune femme et la force combative du baron pour résoudre les codes secrets du parchemin de la Conspiration de la lumière et avoir des chances de déjouer le complot régicide des maîtres-verriers.

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“La maison de Petichet”, Evelyne Dress

CHRONIQUE
“La maison de Petichet” ouvre avec fracas ses portes à un amour infernal et dévastateur qu’Évelyne Dress brosse au fil des étés passés dans la demeure familiale. Petichet, hameau près de Grenoble, est comme “un petit bout de terre promise” pour cette famille d’émigrés hongrois, exilés pendant la Seconde Guerre mondiale. Si ce rituel des retrouvailles à Petichet est une réalité familiale pour l’auteure, l’autobiographie s’arrête à la frontière de l’imagination d’un amour passionnel et incestueux. Bercée de souvenirs et d’impressions, l’auteure réussit à inventer une histoire recomposée, surprenante et intense, avec des personnages optimistes et volubiles, débordant de vitalité et d’extravagance, malgré le drame lent et inexorable qui se prépare comme les orages de fin d’été.

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“Le Déjeuner des barricades”, Pauline Dreyfus

CHRONIQUE
C’est toute une époque que ressuscite la plume mordante de Pauline Dreyfus en nous plongeant dans les coulisses de l’hôtel Meurice. Le Déjeuner des barricades décrit la journée du 22 mai 1968 dans ce palace, où doit se tenir la remise du prix littéraire Roger-Nimier à Patrick Modiano, pour son premier roman La place de l’Étoile. Du moins, c’est ce qui était prévu bien avant la colère contagieuse des étudiants que l’Histoire baptisera Mai 68. À travers une variété de regards, tous attachants dans leur pertinence, l’auteure invite à partager avec précision les étapes de cette journée de tensions et de paradoxes, où l’anarchie prétend à la légitimité, où l’autogestion se décrète à l’unanimité des salariés. Le Meurice, témoin du faste d’un temps manifestement révolu, résistera-t-il aux pressions extérieures ?

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“Abus de fortune”, Éric Deschodt

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Abus de fortune est un roman, mais le lecteur comprend vite qui sont les véritables héros de cette histoire, une histoire qui voit son triste épilogue avec la disparition récente de Liliane Bettencourt. Car il n’est pas farfelu d’affirmer qu’Eric Deschodt s’est inspiré de la rencontre sulfureuse entre la quatorzième fortune mondiale et un homme à l’âpreté au gain démesurée. Un couple improbable, mais ô combien médiatique quand la dame veut faire de son “écornifleur” son légataire universel. Sans vouloir chercher à rétablir la vérité, l’auteur tend la plume de la confession au double romanesque de ce couple, leur offrant la possibilité de livrer leur version, en puisant dans l’enfance et l’éducation les ressorts qui les auraient conduits à conclure un pacte tacite autour, pour et à cause de l’argent. Quel beau plaidoyer sur la liberté d’être et d’agir selon ses propres désirs, égoïstes et impérieux ! Ce biopic fantasmé est un roman intelligent et incisif, qui dépeint une époque révolue, des personnages singuliers, une relation inimaginable. C’est un moment de lecture croustillant et instructif, qui offre une grille de compréhension originale.

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“Cœur-Naufrage”, Delphine Bertholon

CHRONIQUE
Avec Cœur-Naufrage, Delphine Bertholon plonge une plume délicate au cœur du mal-être, des névroses et des actes manqués. Le parcours de ses deux personnages se dévoile à rebours, en toute intimité, sobriété et profondeur. Lyla revoit Joris pour tenter de se libérer d’un passé qui la hante depuis dix-sept ans, et qui l’empêche d’avancer. Ils s’étaient aimés par défi alors qu’elle était mineure. Une désobéissance avait suffi pour les mettre en présence à un moment de leur jeunesse en rébellion. À l’époque, ils s’étaient accrochés l’un à l’autre, dans un geste désespéré, pour ne pas se laisser submerger par leur souffrance réciproque. À l’orée de la quarantaine, le mal-être non résolu décuple ce sentiment d’inachevé… ou de mauvais choix. Un vide sidéral que l’auteure comble avec justesse en offrant à son héroïne l’opportunité d’anéantir ses peurs. Peur d’être soi, peur de vivre, peur d’assumer… peur d’aimer.

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“Les Peaux rouges”, Emmanuel Brault

CHRONIQUE
Pour un premier roman, Emmanuel Brault marque les esprits. Il rue dans les brancards du politiquement correct en s’attaquant à un fléau antédiluvien, la haine de l’étranger ! Le gros mot est lâché. Pourtant, c’est sans jugement que l’auteur prête sa plume à un raciste décomplexé, un être mal dégrossi et analphabète. Pour laisser s’épanouir tous les ressorts de ce personnage, il crée une société imaginaire où vivent les blancs et les rouges, les rouges représentant l’union symbolique de tous les peuples stigmatisés par leur couleur de peau. Dans ce monde de fiction, le racisme est puni tel un assassinat. Amédée Gourd va vivre les accusations, la mise à l’index, la honte, la prison, la cure de désintoxication, l’espoir de guérison. Grâce à une narration sans filtre, sans pudeur de langage, sans autocensure, la fable parvient à toucher le lecteur avec sa musique ensorcelante qui, par un dosage équilibré, déploie la palette des nuances entre l’abjection et la compassion.

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“La nuit des enfants qui dansent”, Franck Pavloff

CHRONIQUE
Homme engagé, Franck Pavloff revient avec un roman qui claque à la conscience et fait vibrer l’émotion à l’image de cette sangle élastique tendue sous les étoiles, ondulante sous le poids du funambule, que l’on appelle « slack ». Dans « La nuit des enfants qui dansent », Zâl est un jeune slackeur solitaire qui méprise le danger, convaincu d’être protégé par le Simorg, l’oiseau roi de la tradition persane. Ne voulant plus rien connaître de son enfance sans mère, il vit enfermé dans un futur censé lui apporter l’Illumination. Andras est un homme éprouvé, hanté par une mémoire martyrisée par des années de nazisme et des décennies de communisme qui ont endeuillé sa vie jusqu’à cet exil qui l’a privé de sa mère patrie. Ces deux orphelins que tout oppose vont s’apprivoiser lors d’un voyage initiatique entre Salzbourg et Budapest. La nécessité de ces deux êtres au cœur cabossé à se réconcilier avec leur mémoire va émerger entre colères et concessions, jusqu’à la délivrance de leur capacité d’aimer.

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“Mère Patrie”, William Nicholson

CHRONIQUE
Du souffle épique et de l’absolu pour cette rentrée littéraire avec « Mère patrie », de William Nicholson. L’auteur prolifique américain revient avec un récit intense qui détaille les sentiments et l’Histoire avec la minutie d’un maître joailler. « Mère Patrie » est un bijou qui renferme bien des facettes passionnantes de la grande Histoire, ce qui donne un accent de vérité émouvant, et l’on se surprend à aimer les personnages, à vivre leurs souffrances et à partager leurs questionnements sur le sens de la vie. Fil rouge existentiel tendu jusqu’au craquement, mais à la tension savamment dosée pour poser les jalons du récit et en faciliter le dénouement. Un dénouement terriblement logique qui restitue aux personnages leurs places. Une place qui leur était dévolue et dont un destin capricieux les en a écartés, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

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