“Tribulations d’une souris en politique”, Ann-Katrin Jégo

CHRONIQUE
Quelles que soient les convictions que porte ce roman, « Tribulations d’une souris en politique » fait consensus par l’intérêt d’un sujet ultra sérieux égayé par une écriture vivace et enjouée. Le premier roman d’Ann-Katrin Jégo se lit comme un roman d’apprentissage en politique, qui rapporte à renforts de traits d’esprit une expérience précieuse pour quiconque aurait des velléités de s’encarter. Son double fictif se nomme Chloé. Elle est timide, candide, n’a pas confiance en elle. Mère comblée par ses deux fils et épouse d’un homme sans fantaisie, elle aspire à une vie plus palpitante. Elle cherche un travail dans lequel s’épanouir. Et si elle s’embarquait à bord du vaisseau RPR à la conquête d’un nouveau rêve ? Grâce à cette petite souris à l’humour spirituel, qui va peu à peu s’imposer dans le paysage politique, le lecteur est entraîné dans les coulisses de l’engagement politique, les codes du pouvoir, les ambitions personnelles, la condescendance patriarcale, les vacheries ordinaires, mais aussi de l’énergie des militants au quotidien, leur investissement et abnégation. Les tribulations de cette petite souris malicieuse est à se mettre d’urgence sous la dent !

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“Raymonde”, Audrey Poux

CHRONIQUE
Qui a vu et aimé le film « Le diable s’habille en Prada » doit se précipiter sur « Raymonde » d’Audrey Poux, aux éditions De Fallois. Un premier roman très réussi : enlevé, cruel, grinçant et drôle. Le style de l’auteur, aux traits bien marqués, détourne l’horreur de comportements éminemment nocifs et parvient à sublimer les situations avilissantes et les propos blessants. Le talon dans une cage à titi en couverture en dit long sur la dérision dont fait preuve l’auteure. En fait, Raymonde s’appelle Chloé. Mais comme ce prénom était déjà pris dans la rédaction du magazine de mode « Dolce Vita », la rédactrice en chef, langue venimeuse et esprit retors comme armes de poing, rebaptise sa nouvelle chef de service de son deuxième prénom : Raymonde. Ce baptême aux couleurs de l’extrême onction est le point de départ à l’enfer pavé de très mauvaises intentions et à un livre qui brosse des portraits très gratinés…

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“Pervers”, Jean-Luc Barré

CHRONIQUE
« Marlioz considère la fiction comme supérieure à la vie. » Ainsi posé, ce postulat ouvre grand le champ des possibles narratif. Pour « Pervers », son premier roman, l’historien et éditeur Jean-Luc Barré* s’empare de son sujet de prédilection – les faux-semblants et les secrets liés au pouvoir – pour sonder les profondeurs de la perversité dans le processus de créativité. Si des écrivains s’inspirent de leur vécu ou du vécu d’autrui comme matériau de travail, l’auteur de fiction Victor Marlioz manipule son entourage pour susciter les drames, les observer et les narrer dans un roman au style froid et implacable. Est-ce une réaction démesurée à un défaut d’imagination ou est-ce dû à une propension maladive à maîtriser son monde ? Le lecteur sera le seul juge. Jean-Luc Barré développe ce thème du pouvoir et de la manipulation jusqu’à la pire des extrémités : la mort par plume interposée.

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“La petite musique de Jeanne”, Ethel Salducci

CHRONIQUE
Après son recueil de nouvelles “Singulière Agape”, aux éditions Luce Wilquin, Ethel Salducci revient au-devant de la scène littéraire avec un premier roman “La petite musique de Jeanne”, chez ce même éditeur belge. À découvrir Jeanne et sa petite musique qui bat la mesure d’un cœur ardent et blessé, le lecteur y reconnaîtra la même légèreté, la même poésie narrative. L’écriture, comme l’histoire, est simple, et pourtant elle est chargée de la vie et de ses émotions universelles qui touchent par sa délicatesse. Cette constance dans le style renvoie à la personnalité de l’auteure, d’un vécu esquissé, d’une maturité affermie de bienveillance et de respect à l’égard du genre humain. Ethel Salducci nous montre à voir Jeanne et ses premiers pas dans la vie, depuis son adolescence dans les années 90 jusqu’à nos jours, au travers d’une passion : le trombone. Et d’un leitmotiv : le détachement dans ses relations.

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“Un tout petit caillou”, Cendrine Varet

CHRONIQUE
Une plume alerte pour “Un tout petit caillou” qui dévale avec légèreté le versant cœur du lecteur. Avec son premier roman, audacieux par son sujet, Cendrine Varet pénètre le monde de la vieillesse et de la fin de vie à pas déterminés, mais sans voyeurisme. Elle pousse pour nous la porte du quotidien d’une maison de retraite où le Petit Vieux vient d’être intégré. Il ne peut plus vivre seul, là-haut dans ses montagnes avec Alibi, son fidèle compagnon à quatre pattes. Mais il est bien connu que les animaux ne sont pas acceptés dans une MDR – entendre mort de rire pour maison de retraite –, comme l’appelle le Petit Vieux qui entremêle le plaisir de l’ironie et l’humeur bougonne avec l’acharnement de la survie. Comme pour retenir le fil de son existence solitaire qui s’effiloche malgré lui, décidé qu’il est à mener une lutte sans merci contre sa “tu meurs” au cerveau… au moins jusqu’à l’heure de sa mort, qu’il entend choisir, loin, là-haut, dans ses montagnes, avec son chien. Mais la partie est loin d’être gagnée : les cerbères veillent !

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“L’Épicerie”, Marie d’Hauthuille

CHRONIQUE
Si vous cherchez un bon roman du terroir pour égayer vos vacances d’été, je vous conseille une petite halte en Dordogne, délicieuse, dépaysante et singulière, sous la plume voyageuse de Marie d’Hauthuille. Son premier roman, “L’Épicerie”, nous entraîne dans une histoire fantastique où passé et présent se confondent grâce à une curieuse épicerie, dont la belle devanture de bois peint est classée. Elle se situe à Saint-Cybard, une charmante bastide avec son église aux vestiges remarquables, sa placette sous les couverts avec un puits au centre, le café des Cornières sous les arcades et des habitants soudés par un secret : tout originaire de cette bourgade est projeté au temps de l’Occupation, dès qu’il franchit le seuil de l’épicerie. Les étrangers de Saint-Cybard, eux, peuvent pénétrer dans ce magasin transformé en supérette flambant neuve pour y faire leurs emplettes. Une malédiction ? Plutôt un appel à la réparation d’un destin contrarié en 1945.

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“Grand frère”, Mahir Guven : Prix Régine Deforges 2018

ÉVÉNEMENT/ACTU
Mahir Guven rêvait d’écrire, sans oser réaliser ce désir… jusqu’à ce que l’éditeur Philippe Rey lui donne cette nécessaire impulsion pour passer à l’acte. Essai réussi, puisque son premier roman “Grand frère” se voit couronné par le Prix Régine Deforges 2018. C’est officiel depuis le 3 avril dernier, au restaurant le Macéo, Mahir Guven est le troisième lauréat de ce prix qui récompense un premier roman écrit par un auteur francophone et qui se distingue par l’histoire et le style. “Je suis persuadée que ma mère aurait aimé ce roman à l’écriture très contemporaine, d’une actualité brûlante, politique et très engagé, confie Camille Deforges-Pauvert, fille de l’auteur de “La bicyclette bleue” et membre du jury. C’est un roman très touchant, sans pathos, ni jugement.”

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“Le ministre de passage”, Jean-Louis Leconte

CHRONIQUE
Pour son premier roman Le ministre de passage, le réalisateur de films Jean-Louis Leconte entrouvre les portes de l’univers politique avec assez d’ingéniosité pour que s’y faufilent curiosité et envie. Il guide le lecteur intrigué pas à pas dans un milieu jonché de chausse-trapes qui exacerbent le mal-être au point de pousser deux hommes égarés dans leurs derniers retranchements : eux-mêmes. L’un s’appelle Tobias Herschel, un quinquagénaire mal marié et ministre de l’Économie et des Finances qui se suicide médiatiquement par des déclarations hors cadre lors d’une émission de télévision ; l’autre est Arthur Blanchot, un analyste financier de Bercy aux névroses très prononcées qui conchie ses supérieurs qu’il juge incompétents et qu’il fantasme de remplacer. Ces deux vies parallèles sont recoupées par une vie transversale qui les influence. C’est celle de Dacier. Il sera le successeur éclair de l’un et le catalyseur de la haine de l’autre. Ce récit choral à deux voix relate sous la forme d’un thriller psychologique l’itinéraire de ses deux personnalités ébranlées, dont la trajectoire va se retrouver brutalement et définitivement déviée.

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“Les Peaux rouges”, Emmanuel Brault

CHRONIQUE
Pour un premier roman, Emmanuel Brault marque les esprits. Il rue dans les brancards du politiquement correct en s’attaquant à un fléau antédiluvien, la haine de l’étranger ! Le gros mot est lâché. Pourtant, c’est sans jugement que l’auteur prête sa plume à un raciste décomplexé, un être mal dégrossi et analphabète. Pour laisser s’épanouir tous les ressorts de ce personnage, il crée une société imaginaire où vivent les blancs et les rouges, les rouges représentant l’union symbolique de tous les peuples stigmatisés par leur couleur de peau. Dans ce monde de fiction, le racisme est puni tel un assassinat. Amédée Gourd va vivre les accusations, la mise à l’index, la honte, la prison, la cure de désintoxication, l’espoir de guérison. Grâce à une narration sans filtre, sans pudeur de langage, sans autocensure, la fable parvient à toucher le lecteur avec sa musique ensorcelante qui, par un dosage équilibré, déploie la palette des nuances entre l’abjection et la compassion.

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« Un monde sans moi », Franck Lucas

CHRONIQUE
Il est des caractères qui ne s’épanchent pas. Il est des destinées qui rendent mutiques. Dans les deux cas, le non-dit prend ses aises, s’incruste et se pétrifie dans le corps jusqu’au déclic libérateur, si déclic il y a. “Un monde sans moi”, de Franck Lucas, relate le combat intérieur d’un homme dont les émotions sont figées dans l’horreur des guerres. Instinctivement, il refoulera les mots qui charrient la mort, les cadavres, des sacrifiés à des causes contestables, une histoire qu’il n’arrive pas à partager avec sa femme Marie, son amour d’enfance. Des mots tus qui fissurent la confiance, des mots ravalés qui séparent. Le personnage qui se raconte avec simplicité est inspiré du père de l’auteur. Cet emprunt à la réalité confère au récit la force de conviction et aux mots l’allégresse de la liberté.

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Le Prix Régine Deforges pour “Hiver à Sokcho”

ÉVÉNEMENT/ACTU
Élisa Shua Dusapin, auteure de 24 ans, mi-corrézienne mi-coréenne, a vu son premier roman, Hiver à Sokcho (éd. Zoé), couronné par le prix Régine Deforges, lors de la soirée organisée au restaurant Macéo, à Paris, le 13 mars dernier. Qu’on ne se trompe pas sur cette jeune femme aux traits candides. Si la jeunesse se déploie sur un visage au sourire tendre et réservé, les yeux profonds, ombrés de mystères, laissent transparaître un caractère déterminé et une volonté sereine. C’est une femme en quête d’identité, une femme entre-deux, entre deux cultures, entre deux langues, entre deux histoires. Élisa Shua Dusapin a le bonheur intense et discret, à l’image de son ouvrage Hiver à Sokcho. Le bonheur d’être lauréate, bien entendu. Mais redoublé par la symbolique de ce prix qui a été fondé par des enfants en l’honneur de leur mère. “Nous sommes tous enfants de nos pères, souligne l’auteure, au cours de son discours. Certaines cultures le rappellent à chaque instant, comme en Corée, terre de ma mère, terre de confucianisme. J’ai écrit ce livre pour ma mère, ma grand-mère. Je l’ai écrit comme on pose une pierre dans le torrent pour essayer de construire un pont.”

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« La langue oubliée de Dieu », Saïd Ghazal

CHRONIQUE
Il est des livres qui tonitruent dans la tête sans discontinuer. Même après le mot fin. Au point de vouloir en rependre la lecture pour s’immoler encore, cette fois-ci volontairement, en toute connaissance de cause. Après avoir apprivoisé le style, quel plaisir de se laisser porter, page après page, vers cette douce mort de l’essence des mots ! “La langue oubliée de Dieu” fait partie des livres à part, un ovni littéraire qui vient repousser les frontières des mots. L’auteur Saïd Ghazal leur étrille la peau, les éventre, les dépèce, les étire au rouleau compresseur pour ensuite les faire siens, vierges de sens. Il leur offre une nouvelle vie sous sa plume poétiquement réaliste, qu’il trempe à l’encrier de sa mémoire ensanglantée. L’auteur a mal à ses ancêtres syriaques, chassés par les massacres des Turcs et exilés au Liban. Son travail de mémoire, telle une psychothérapie, se colore de la fiction pour s’extraire d’une éventuelle pudeur censoriale. Entre ses doigts patients, l’indicible douleur se débarricade du silence pour s’épancher dans le réconfort d’un confessionnal saturé de mots absous.

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“Les bonnes mœurs”, Timothée Gaget

CHRONIQUE
“Les bonnes mœurs” de Timothée Gaget est un premier roman astucieusement ficelé, qui dévide sa pelote avec l’éloquence de l’avocat que l’auteur fut, avant de l’employer dans une agence de communication. “Les bonnes mœurs” opposent deux mondes : la gauche technocratique face à la droite rurale, catholique et conservatrice. C’est aussi une rencontre humaine puissante et silencieuse : Tristan et Bon-papa, son grand-père. Le banquier d’affaires parisien, narrateur antihéros, grille sa vie, courant de soirées en partouzes, sniffant des rails de coke et sifflant des cocktails explosifs. Le comte de Barmonne est un taciturne Solognot, ruminant la folie du monde, acariâtre endurci, chasseur et garant des traditions.

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“En attendant Bojangles”, Olivier Bourdeaut

CHRONIQUE
“Avec “En attendant Bojangles”, premier roman aux nombreux premiers prix, Olivier Bourdeaut s’empare de la folie pour l’habiller d’une poésie délirante à deux voix, celles du fils et du père. Il l’invite en musique à rentrer dans la danse d’une vie rêvée sur une partition menée tambour battant. Dès les premières notes, le ton et le rythme imposent une mélodie étrange, attachante, captivante. Le lecteur est propulsé dans l’univers de cette famille survoltée, où la vérité se travestit de bonne foi de mensonges et d’histoires à dormir debout, où la fête perpétuelle a viré le quotidien à grands coups de rires et d’argent, où l’amour règne en dictateur joyeusement irresponsable, comme s’il pouvait n’exister rien d’autre sur terre qu’eux trois.”

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“Crise et châtiment”, Bertrand Fitoussi

CHRONIQUE
“Crise et Châtiment”, le si bien nommé, est un roman à deux voix à la résonnance autobiographique, qui oppose à la fiction un réalisme cinglant et brutal. Bertrand Fitoussi y décrypte l’inéluctable enchevêtrement des événements qui ont présidé à l’implosion du monde de la finance et scellé le sort calamiteux de nombre d’épargnants lors de la crise des subprimes, en 2007. Alors banquier international, l’auteur était aux premières loges de cette tragédie en plusieurs actes qui se jouaient sans filet, sans répétitions, sans l’expérience du connu.

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“Truffe et sentiments”, Émilie Devienne

CHRONIQUE
“On ne peut pas s’accrocher à une situation passée tout en voulant tourner la page”. Cette affirmation dans “Truffe et sentiments” résume avec simplicité tous les enjeux complexes de la fin d’une histoire d’amour et d’une vie familiale. Avec son premier roman, Émilie Devienne explore avec justesse les déchirements d’une rupture, celle d’un couple réputé idéal. C’est un sujet rebattu, certes. Mais cette spécialiste dans le domaine de l’évolution personnelle, avec une vingtaine d’ouvrages à son actif, le maîtrise jusqu’au bout des ongles… ou des griffes, puisqu’elle nous le fait vivre au travers d’un narrateur inattendu : Gibus, un border collie mâtiné de griffon.

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