« À sœur perdue », Marion Jollès-Grosjean

Extrait (page 144)
« Il faudrait que je les appelle. Il faudrait que je leur annonce la vérité. « Amélie s’est encore plantée. » Amélie est une gourde. Les gens ont beau essayer, personne n’arrive à l’aimer indéfiniment. En tout cas, pas les hommes. Personne ne veut construire un projet de vie avec elle. Tout finit toujours par s’écrouler. Et au final, pourquoi ? Que reste-t-il ? Du chagrin, des épilations, et une fin à laquelle personne n’échappe : la mort. Aujourd’hui, demain, dans soixante ans… le résultat sera toujours le même, malgré le Botox ou l’acide hyaluronique. Malgré l’argent, malgré une vie d’ascète. Ce sera pareil pour tout le monde. »

« À sœur perdue », Marion Jollès-Grosjean

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

Pour son premier roman, la journaliste Marion Jolliès-Grosjean prend la voie de la justesse et de la délicatesse. Comme le titre le suggère, « À sœur perdue » est une intense histoire d’amour entre deux sœurs, différentes et fusionnelles, chacune enviant la vie de l’autre. Amélie et Marianne ont grandi sous le regard aimant de leurs parents. Une vie de famille comme on en rêverait, sans de réelles aspérités dans les relations, l’écoute et la compréhension étant les maîtres-mots des parents. Alternant récit et journal intime, l’auteure nous dévoile peu à peu les failles de ses personnages féminins du clan Darbois, les deux sœurs et la mère, liées par un amour immense, surprotecteur les unes envers les autres. Pourtant, un soir, personne ne répond à l’appel de la cadette, Amélie. Qui aurait pu deviner le drame qui se jouait ? Tout allait si bien… en apparence. En tout cas, rien annonçant l’acte fatidique. Le drame était entré chez les Darbois, bouleversant l’équilibre fragile de la famille, chacun vivant son deuil à l’aune de sa culpabilité. Tendre et bouleversant, ce roman sur les liens familiaux est une belle réussite.

Résumé

Amélie et Marianne sont des sœurs inséparables. Il ne se passe pas une journée sans que l’une appelle l’autre pour lui raconter sa journée, ses joies et ses déceptions. Elles s’aiment, se plaignent et partagent des moments d’intense complicité, sous le regard attendri de leur mère Hélène qui ne cesse de les couver et d’avoir peur pour elles. Leur père Philippe est le socle de la famille, discret mais toujours à l’écoute. En grandissant, Marianne accomplit son rêve : elle se marie. Elle met sa carrière d’infirmière de côté pour élever ses deux filles. Elle les adore, mais se sent enfermée dans son rôle exclusif et épuisant de maman. Elle s’épanche souvent auprès de sa sœur sur ce mal-être grandissant. Amélie, elle, est une Parisienne branchée, en recherche du prince charmant qui lui proposerait le mariage. Elle en rêve, mais ses rencontres se terminent toujours par des échecs dévastateurs. Son dernier amour semble être le bon. Mais c’est un auteur imbu de sa personne qui aime sans s’accrocher, la liberté étant sa philosophie. Une philosophie intransigeante et dévastatrice pour Amélie qui tombe de haut quand il la quitte sans égards.

Pour approfondir

Marion Jolliès-Grosjean signe un premier roman touchant et vibrant avec « À sœur perdue ». Elle bâtit son histoire sur le socle d’une réalité familiale, densifiée par le drame qui se noue. La fiction puise dans les ressorts d’expériences vécues et dans les sentiments universels. Ainsi, les deux sœurs nous paraissent-elles si familières, si intimes, si émouvantes. Leur amour fait résonner celui de toute fraternité, passée ou présente. Avec son récit resserré autour de cette relation indéfectible, l’auteure évoque d’une plume délicate et efficace les blessures narcissiques personnelles sous le vernis familial. L’amour des parents, sincère et véritable, ne suffit-il donc pas à l’enfant pour apprendre à être un adulte heureux et épanoui ? Qu’est-ce qui fait qu’une cicatrice de l’âme ne guérisse pas, mais s’infecte au contact de rencontres toxiques, alors que la tribu est là, prête à soutenir, à réconforter, à encourager ? Puis, comment continuer de vivre après une perte irréparable, irréelle, incompréhensible ? Comment accepter le départ définitif ? Comment le vivre en soi et avec les autres ? Que de questions que ce roman doux-amer aborde avec sensibilité et justesse.

Nathalie Gendreau

City Éditions, 10 mars 2021, 298 pages, à 17,90 euros.

3 réflexions au sujet de “« À sœur perdue », Marion Jollès-Grosjean”

  1. Merci Nathalie Gendreau pour ces quelques lignes inspirées par un roman (?) lui même exhumé des profondeurs d’une âme blessée. La disparition d’un être cher, à fortiriori d’un membre de sa famille, est une épreuve que nous sommes tous amenés à souffrir quelque soit le temps, présent, passé ou avenir. Ainsi vont les choses de la Vie.
    C’est là où la croyance en un avenir surnaturel propose souvent un apaisement qui, doucement, estompe des chagrins que l’on croyait éternels. Manifestement ce premier roman de Marion Jolliès-Grosjean a touché Nathalie Gendreau qui a su partager son émotion.

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  2. Je suis très gourmande de vos critiques. le problèmes est qu’elles donnent envie d’acheter tous les livres dont vous parler. Merci.

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