« L’Assassin de Septembre », Jean-Christophe Portes

LITTERATURE
Le titre du sixième opus de Jean-Christophe Portes est des plus explicite. Il recouvre les deux genres affectionnés par l’auteur : le policier et l’histoire. Ceux qui raffolent de ce genre de roman seront gâtés. L’action de « L’Assassin de Septembre » (City Éditions) se situe du 31 août au 27 septembre 1792, à l’époque révolutionnaire où deux visions de la France s’opposent dans une violence inouïe. Dans la veine des enquêtes de Jean-François Parot, « L’Assassin de Septembre » empoigne le lecteur pour ne plus le lâcher. Cette ultime enquête du lieutenant de gendarmerie Victor Dauterive – qui est la première que je lis – a tout pour capter l’intérêt et entretenir le suspense…

« Naturopathie – le guide saison par saison », Loïc Ternisien

LITTERATURE
Personne ne contestera à Socrate que le bien le plus précieux est la santé. Mais la conserver implique le respect de son corps, et donc d’être à son écoute. Loïc Ternisien, naturopathe diplômé N.D, a lui-même expérimenté dans son corps tous les bienfaits d’une nourriture saine, en accord avec les saisons, pour le guérir. Dans son livre « Naturopathie, le guide saison par saison » (Éditions Flammarion), le naturopathe propose un ouvrage complet pour prévenir les déséquilibres du corps, le protéger et le renforcer toute l’année, saison après saison. Facile à consulter, il explique les principes de base de la bonne santé en naturopathie. Un quiz permet de déterminer votre tempérament dominant. En effet, le corps est bileux, sanguin, lymphatique ou nerveux tout à la fois, mais dans des proportions plus ou moins prononcées. En ayant connaissance des aliments à privilégier selon la saison, votre système immunitaire, mais aussi digestif, respiratoire, nerveux sera plus robuste. En complément, toujours saison par saison, l’auteur suggère des fiches remèdes à base de plantes, au long court et pour les urgences, mais aussi des mouvements pour étirer les méridiens. Avec tous ces conseils, vous ne serez plus démunis face aux rhumes hivernaux, aux allergies printanières, aux fatigues, tant physiques que mentales, ou encore aux coups de blues !

« Revolvers et Talons hauts », une comédie policière efficace et réjouissant

THÉÂTRE & CO
« Revolvers et Talons hauts » de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, au théâtre du Marais (à 17 h 30 le dimanche) est un fringant et divertissant polar théâtral aux couleurs de l’Amérique des années 50. L’intrigue se situe à Walnut Grove, une bourgade au fin fond de la Pennsylvanie. La génération de « La Petite Maison dans la prairie » et les suivantes ne manqueront pas de relever l’allusion ! Mais nous sommes loin des bons sentiments véhiculés par cette série aux 205 épisodes ! « Revolvers et Talons hauts » mise le paquet sur le second degré et le pari est gagnant. L’humour est noir, décalé, frisant l’absurde ; il taille allégrement dans la misogynie ordinaire décomplexée et le féminisme balbutiant, mais pugnace. Le scénario met en évidence un commissariat du village sur le point de fermer, car le taux de la criminalité est à zéro. Les deux inspecteurs O’Donnell (Arnaud Nucit) et Macklowski (Vincent Vilain) vont être remerciés. Le vol providentiel d’un bijou inestimable dans le musée du coin, leur offre un sursis. Mais la lenteur des résultats a pour conséquence l’arrivée d’un agent du FBI, Cody Goodman (Esther Barbe Quesnel). Une femme ! Pour l’orgueilleux O’Donnell et l’efféminé Macklowski, rien ne va plus. Cody Goodman est une menace arrogante qu’il faut doubler. Quoi qu’il en coûte !

« Comme ils disent », l’homosexualité à la sauce hétéro : un délice !

THÉÂTRE & CO
Que l’on soit homo ou hétéro, les amours, les amis, les emmerdes, c’est du pareil au même. La vie de couple au quotidien connaît les mêmes hauts et bas, les mêmes coups de canif au contrat, les mêmes sentiments et ressentiments. C’est tout le sens de la pièce « Comme ils disent », qui n’a pas pris une ride depuis 2008, l’année de sa création par Pascal Rocher et Christophe Dauphin. Actuellement reprise au théâtre Montmartre-Funambule par Jordan Chenoz dans le rôle de David et par Sébastien Boisdé (en alternance avec Antoine Bernard) dans le rôle de Phil, cette comédie irrésistible se déroule en plusieurs tableaux de vie, tranchés dans le vif et l’outrance, chacun ponctué par un gong de fin de round. Personne ne pense à compter les points tant le numéro de composition des deux comédiens (ce soir-là Jordan Chenoz et Antoine Bernard) est à la hauteur de l’enjeu et nous fait perdre la notion du temps. Le pompon ? Le plaisir de reconnaître dans les dialogues des phrases tirées de la chanson de Charles Aznavour, essaimées ici ou là très opportunément. « Comme ils disent » n’est pas qu’une joyeuse et fantasque illustration de la vie d’un couple homo, c’est aussi la mise en apogée de la complexité d’une relation entre êtres humains, quel que soit le mariage des genres.

« La messagère de l’ombre », Mandy Robotham

LITTERATURE
Sur le même thème de son premier roman « L’Infirmière d’Hitler » (Ed. City – 2019), Mandy Robotham récidive avec « La Messagère de l’Ombre », chez le même éditeur. Cette fois-ci, elle noue son intrigue à Venise, au temps de l’oppression allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce roman choral relate l’histoire d’une journaliste anglaise, Luisa, qui, au décès de sa mère, en 2017, part en quête de ses origines italiennes dont elle ne sait rien. Elle se souvient à peine de Stella et de Giovanni, ses grands-parents. En parallèle des recherches de Luisa, nous découvrons la vie de Stella, une jeune journaliste recrutée par la Résistance italienne pour écrire nuitamment dans le journal clandestin, Venezia Liberare. Le jour, elle est traductrice pour le haut commandement nazi, le quartier général du Reich, où elle glane de précieuses informations pour la Résistance. Dans ce roman, les jours et les événements se répètent, comme une marée montante et descendante, sans véritablement d’actions ni de surprises. Pourtant, l’auteure parvient à maintenir une tension suffisante jusqu’au dénouement qui submerge, mais sans étonner, tel l’Acqua Alta, cette forte marée qui se rappelle régulièrement au bon souvenir de la Cité des Doges.

« Betty’s Family », une comédie explosive sur l’esprit de famille

THÉÂTRE & CO
« Une soirée “presque” banale… » pour une famille presque lambda où se nouent et dénouent les crispations, les frustrations, les non-dits, les blessures et les rancœurs. « Betty’s Family », la nouvelle pièce à quatre mains d’Isabelle Rougerie et Fabrice Blind (au théâtre La Bruyère, à Paris), exploite le thème de la famille dans toutes ses configurations possibles et imaginables, tant les situations semblent s’inspirer du vécu. Quoi de plus explosif que des histoires de famille ? Avec des dialogues incisifs et percutants et une mise en scène tambour battant dirigé par Stéphane Bierry (lui-même acteur), le rythme de ce boulevard est fracassant et le comique de situation réjouissant. Le profil des personnages y contribue grandement. Véronique Genest (Clarisse) joue une mère poule psycho rigide qui entend sortir sa sœur Lisa, (Isabelle Rougerie) de ses échecs professionnels et amoureux. Patrick Zard’ (Régis) est un mari résigné, désinvolte et volage. Quant à Stéphane Bierry, il est Vincent, le meilleur ami de Lisa, un animateur de jeux de télévision préoccupé par son image vieillissante et la crainte d’être blackboulé. Ce soir-là, tous les quatre se retrouvent dans le petit appartement de Lisa, qui a oublié d’être charmant et n’est pas adapté aux réceptions. Surtout pour un repas d’anniversaire qui s’est transformé entre-temps en entretien professionnel ! Les esprits vont s’échauffer jusqu’à l’explosion de rires en série.

« Conversations avec l’ancêtre », Michel Teodosijevic

LITTERATURE
Dans le récit romancé « Conversations avec l’ancêtre », Michel Teodosijevic raconte avec beaucoup de tendresse et de poésie l’enfance et l’incompréhension du monde. Stéfan est un enfant de dix ans qui se pose beaucoup de questions, au premier rang desquelles : pourquoi ses parents déménagent-ils si souvent ? Pourquoi sont-ils contraints de quitter les appartements dans lesquels ils ne restent jamais bien longtemps ? Qui payent ces hommes en salopettes bleues qui les mettent à la rue ? Les réponses sont d’autant plus cruciales que ses parents se disputent de plus en plus. Le couple est en perdition. Stéfan est prêt à tout pour les défendre des voisins qui les menacent ou les dérangent exprès. Il aimerait tant ressembler à son héros, Joss Randall, de la série « Au nom de la loi ». D’une façon inattendue, c’est l’un de ses aïeuls qui l’aidera dans sa soif de justice. Lors d’un énième emménagement, son père accroche au mur le portrait d’un guerrier balkanique brandissant un sabre. C’est son arrière-grand-père, apprend-il, « un des combattants qui ont donné leur sang pour se libérer des Ottomans ». À partir de jour, Stéfan tente d’entrer en communication avec ce « héros de chair et d’os », comme avec ses petits soldats qu’il fait parler. Son entêtement paye. Il s’établira une relation privilégiée entre l’enfant et le fantôme du guerrier balkanique qui le guidera dans sa quête de devenir un héros, quitte à enfreindre la loi s’il le faut ! Ces conversations imaginaires, comme autant de conseils de survie, l’aideront à tenir bon jusqu’à la fin de l’enfance, jusqu’à ce moment charnière où un regard fait chavirer le cœur.

« Un cadeau particulier », où la réjouissance des sentiments

THÉÂTRE & CO
À l’image de l’excellent huis clos de « Fausse note » de Didier Caron, « Un cadeau particulier », au Théâtre Funambule Montmartre, détricote les vies pour les mettre en perspective sur la base d’un fait nouveau. Pour « Fausse note », c’était un violon qui renfermait à lui seul la symbolique du malheur. Pour « Un cadeau particulier », c’est un livre. Et pas des moindres. Le seul qu’on ne puisse lire sans le sentiment de commettre une faute historique impardonnable. Le simple fait de l’acheter est à lui seul une ignominie. Alors, quand Gilles, le meilleur ami d’Éric, lui fait ce présent pour ses cinquante ans, c’est un cataclysme qui vient bousculer la relation de confiance et la remet en question, pour ne pas dire la soumet à la question : pourquoi Gilles lui a-t-il offert un tel livre ? Que doit-il en déduire ? L’image qu’Éric renvoie est-elle aussi horrible qu’il faille un objet de l’horreur pour le lui faire comprendre ? Avec « Un cadeau particulier », Didier Caron commet une nouvelle pièce d’une intensité réjouissante, qu’une mise en scène nerveuse, en collaboration avec Karina Marimon, dynamite. Caustiques et finement pensés, les dialogues alternent entre gravité et humour, où le caractère des personnages (Didier Caron, Bénédicte Bailby et Christophe Corsand) se dévoile par gradation, où chacun apporte son lot de révélations redistribuant ainsi les cartes de l’avenir.

« Même pas morts », Marc Magro

LITTÉRATURE
Fondé sur des faits réels, « Même pas morts » (éd. De Borée), de Marc Magro, est un polar d’une profondeur historique glaçante qui met face au néonazisme émergent. L’auteur nous embarque dans une double enquête policière et familiale qui se construit autour de la disparition des grands-parents du commissaire Paul Antonnelli, Anna et René, un soir d’été, à La Baule. Mais qui peut donc s’en prendre à ce brave couple de retraités, apparemment sans histoires ? Toutes les pistes semblent converger vers le passé d’Anna, dont la famille fut persécutée comme tant de juifs. Paul Antonnelli ne sait rien de la jeunesse de sa grand-mère, avant son mariage, comme si cette période avait été engloutie. Il n’avait jamais osé la questionner. Aujourd’hui qu’elle avait disparu, il le regrettait. De révélations en découvertes, il s’entêtera à retrouver les pièces manquantes du puzzle, dans l’espoir de les retrouver vivants. Mais cinq années vont passer avant de voir la résolution de l’énigme. L’intrigue est serrée et nerveuse, l’écriture fluide, les émotions dignes et sobres. L’intrication des deux époques qui se répondent maintient l’intensité du suspense jusqu’au bout. Passionnant !

« L’Empereur des Boulevards » : Entre maître et sujet de vaudeville

THÉÂTRE & CO
Georges Feydeau est un nom qui résonne aussi fort que les rires qu’il provoque. « Tailleur pour Dames » est la pièce qui le porte aux nues au théâtre de la Renaissance en 1886 et le place sur la plus haute marche du rire, un art non respectable selon sa mère, Léocadie Boguslawa Zalewska… une femme « galante » dans sa jeunesse ! Jouer avec des histoires sordides de cocufiage et de tromperie est le créneau dans lequel il se complaît. Mais qui est vraiment ce farceur au patronyme si respectable ? Son père, Ernest, n’était-il pas un écrivain réputé ? Où peut-il bien puiser son inspiration, semble-t-il inépuisable ? C’est tout l’objet de la dernière création de la « Compagnie des Joyeux de la Couronne », un « biopic » musical écrit par Olivier Schmidt : « L’Empereur des Boulevards », au Théâtre Montmartre Galabru. À travers 26 personnages, l’auteur et comédien met en scène la vie du vaudevilliste depuis ses débuts passionnés jusqu’à sa lente déchéance, rongé par la syphilis transmise par un ange de la nuit. Grâce à sept comédiens talentueux et vitaminés, le Paris festif s’étale sur scène en plusieurs actes, des tranches de vie où s’enchaînent les échecs et les succès du maître des Boulevards, mais aussi sa vie intime qui le transforme en sujet obéissant et vaincu par ses démons, dont le plus prégnant est sans conteste le besoin de reconnaissance. Si l’œuvre de Feydeau taille la part belle à cette pièce, sa vie personnelle et son esprit l’habitent de pied en cap.

« Le dernier juif de France », Hugues Serraf

LITTERATURE
Titre aussi ambitieux qu’intrigant, « Le Dernier juif de France » (éd. Intervalles) est une satire sur notre société et la marche du monde. Le héros narrateur de ces temps post-modernes est un journaliste juif en fin de carrière, la cinquantaine chauve, blasé et un rien narquois, en couple avec une chef de la publicité, plus jeune, intelligente et… musulmane. Son principal challenge dans la vie est d’arrêter d’essayer d’arrêter de fumer et d’enfourcher son vélo le week-end. Critique de cinéma à Vision, il voit d’un œil moqueur l’arrivée dans la rédaction du nouveau grand manitou qui promet le Grand soir, version 3.0, et qui entend soulever la poussière des bureaux. Bref, la rédaction est devenue un endroit où les vieux de la vieille ne cultiveront plus leur paresse. Place au sang neuf ! Cette génération ultra vitaminée et je-sais-tout a pour délicate mission de tirer vers le néo-progressisme cet hebdomadaire déclaré ringard. Il en va de la survie du journal. Le ton critique, l’humour grinçant, provocateur et décomplexé, Hugues Serraf se fait le chroniqueur impitoyable d’un métier qui se transforme et d’une époque tumultueuse où les repères sont enterrés sans cérémonie d’adieu. Ni égards ni reconnaissance pour les anciens. L’auteur et journaliste joue avec intelligence et drôlerie avec les travers de notre société pour servir son propos sur un plat d’argent. Un pur délice !

« Tu es vraiment si pressé ? », ou l’éloge du temps suspendu

THÉÂTRE & CO
« Que faisons-nous de nos vies ? Comment vivre la solitude ? Comment aborder la vieillesse ? » Ainsi se présente l’argument de cette pièce d’une tendresse inouïe, où le passé et le présent se confrontent dans le confort d’un boudoir et l’inconfort des sentiments. Si les thèmes de « Tu es vraiment si pressé ? » sont universels et imposés par la marche du temps, Chantal Péninon et Denis Tison les évoquent avec poésie et une pertinence cruelle. Les émotions évoluent tel un menuet décalé, qui n’est que la transcription tangible et élégante d’un moment rare, hors du temps moderne, où la belle langue éclate en floraison, comme au temps où tenir salon avait du sens et de l’à-propos. Ce plaisir délicieux d’entendre une langue bien ourlée s’accompagne d’un jeu tout en finesse et réalisme. Le personnage de Chantal Péninon est une femme à la retraite qui loue une chambre de son appartement, habituellement pour de courts séjours. Or là, le client occasionnel (Denis Tison) semble vouloir prendre ses aises. Il s’installe dans la durée, questionne beaucoup autour d’une tasse de thé ou d’un verre de Pineau des Charentes, l’air de rien, mais inspiré par tout… jusqu’à ce que le masque tombe sur une vérité douloureuse. Les histoires du passé peuvent-elles être pansées, rafistolées, guéries ? « Tu es vraiment si pressé ? », au théâtre de Belleville jusqu’au 29 octobre, ouvre le chemin à des réponses aussi universelles que plurielles.

« Stella Finzi », Alain Teulié

CHRONIQUE
Du nouveau roman d’Alain Teulié, « Stella Finzi », s’élèvent toute la gravité et la mélancolie de l’air de Vivaldi « Sposa son disprezzata » (Epousée, mais méprisée). Cette aria envoûtante accompagne le lecteur dans un huis clos émotionnel intrigant, où s’installe un jeu de séduction inhabituel entre la pétillante Stella Finzi et le sombre Vincent. Stella Finzi est une riche romaine, cultivée, intelligente, mais étonnamment laide. Elle s’entiche de Vincent, un écrivain français à la dérive, qui ne croit plus en rien ni en lui. Il attend d’avoir dilapidé la fortune de son père à Rome pour s’offrir la mort. S’il ne sait pas encore de quelle manière, il sait où. La Ville éternelle n’est-telle pas un théâtre magnifique pour soigner sa sortie ? Mais sa rencontre avec Stella Finzi, qui l’accoste et s’impose, bouleverse le funeste dessein qu’il s’était si paresseusement tracé. Comédien, journaliste, romancier et dramaturge, Alain Teulié se livre avec ce huitième roman à un exercice de style poétique riche et épuré, où s’entrelacent le beau et le laid, le désir et le dégoût, la vie et la mort. Il parvient à une harmonie narrative, où la mélancolie le dispute au baroque, le romantisme à l’équivoque.

« Mademoiselle Else », quand les tourments mis à nu touchent au sublime

Mademoiselle Else

THÉÂTRE & CO
La grâce altière dans sa plus pure expression siège au Théâtre de Poche-Montparnasse depuis qu’Alice Dufour se glisse dans la peau de « Mademoiselle Else ». Par son interprétation tout en intensité et retenue, elle plonge l’intimité de la salle dans une lumière captivante. Elle incarne une jeune fille sur la crête, en équilibre entre l’adolescence et l’adulte. Quand l’insolence et l’insouciance s’amusent à aiguiser ses sens, laissant poindre un désir de femme, une épreuve inattendue la pousse à s’interroger sur la honte, et surtout le prix de la honte. Cette jeune fille encore en fleurs, à l’exubérance mutine, est brutalement confrontée à un dilemme moral, cruel et indigne, où il faut choisir entre la vile soumission ou le don de soi. Au centre d’un marchandage, elle peut sauver son père de la ruine et de la prison si elle se montre nue devant M. De Dorsday, un vieil antiquaire au regard libidineux, mais au compte en banque confortable. En adaptant en monologue la pièce de l’écrivain et médecin viennois du XIXe siècle, Arthur Schnitzler, Nicolas Briançon place l’héroïne au centre. Par une scénographie évocatrice et le parti pris de voix off, il fait exulter les tourments psychologiques du personnage au paroxysme de la beauté outragée. Une beauté tragique qui appelle la mort alors qu’elle est la vie.

« Une blouse serrée à la taille », Gérald Sibleyras

RÉSUMÉ
Des souvenirs, Emma en a à la pelle, de quoi remplir une remorque entière. Il y a bien sûr quelques souvenirs heureux, en famille, aux côtés de ses parents et de son frère, alors qu’elle observe avec son regard d’enfant la montée du nazisme auquel elle adhère avec cœur. Il y a aussi ces souvenirs que le temps ne peut alléger, que l’adulte garde au plus profond de soi, enfouis sous les ruines d’un passé. Emma évoque la déclaration de guerre, l’inquiétude pour ce frère engagé, les bombardements, la faim, puis la défaite et ses conséquences directes et concrètes avec l’entrée des Russes à Berlin. Leur mauvaise réputation les précédant, les mères cachaient leurs filles pour prévenir le viol qui se finissait souvent par un meurtre. L’occupation militaire puis la dictature communiste se sont ajoutées à celle du nazisme où il a bien fallu composer avec les nouvelles règles et les délateurs zélés. Une fois adulte, le tempérament impétueux d’Emma s’est mal accommodée à cette époque où la sécurité était menacée à la moindre observation contre le régime. Alors, il y a eu l’exil pour sauver sa peau, juste avant la fermeture des frontières, et ce sentiment de ne plus appartenir à un pays. Ni au pays d’adoption qui la verra toujours comme une Allemande ni au pays natal qui ne la reconnaissait plus comme un des siens. Broyée par l’histoire d’un pays vaincu, Emma gardera longtemps cette nostalgie d’un futur défiguré.

« J’ai envie de toi », un grand boulevard de rires

THÉÂTRE & CO – RÉSUMÉ
Youssouf (Sébastien Castro) vit seul dans un petit appartement hérité de ses parents. Son gagne-misère est de garder « au noir » des personnes âgées. Ce soir-là, Sabine Brachot (Maud Le Génédal) lui confie sa mère paralysée qui ne peut s’exprimer que par sonnette interposée. Rassurée, elle va pouvoir fêter son anniversaire avec une amie dans le restaurant portugais au pied de l’immeuble. Dans le même temps, Youssouf profite de l’emménagement de son nouveau voisin Guillaume (Guillaume Clérice) pour perforer la cloison qui délimite les deux appartements. Il entend récupérer le placard qui a été injustement rattaché à l’appartement voisin. En découvrant le trou béant, Guillaume est ahuri, puis paniqué. Il a rendez-vous avec Julie (Astrid Roos), une femme avec qui il a chatté sur Tinder. C’est leur première rencontre, le champagne est même au frais. Irrité, il envoie trop vite un texto et se trompe de destinataire. Au lieu de Julie, c’est Christelle (Anne-Sophie Germanaz), son ex-copine qui n’a cessé de le harceler lorsqu’il l’a quittée, qui le reçoit. En lisant « J’ai envie de toi », à coup sûr, elle allait le rappeler ! Catastrophe ! Comment s’en débarrasser ? Youssouf propose généreusement de s’en charger, pour le plus grand malheur de Guillaume. Dès la première initiative, un festival de bévues et de méprises vont rendre chèvre le beau Guillaume qui ne rêve que d’accrocher Julie à son palmarès.

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