« Les nœuds au mouchoir », pour ne pas oublier d’aimer

THÉÂTRE & CO
Fin décembre 2017, au Palais des Glaces, le rideau tombera définitivement sur Les nœuds au mouchoir, une aventure théâtrale intense, alternant situations cocasses et moments poignants. C’est la troisième saison, et pourtant chaque fois, l’engouement est au rendez-vous pour cette comédie douce-amère de et avec Denis Cherer. Cette année, l’engouement se pare d’une solennité émouvante et reconnaissante avec l’annonce d’Anémone, lors du Festival d’Avignon, de quitter le métier à la fin de l’année. Pour son dernier rôle, cette comédienne inclassable, à la gouaille si reconnaissable, compose une majestueuse Augustine, une vieille dame grognonne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Éloquente dans ses oublis et touchante dans ses souvenirs, Augustine émeut et devient, en l’espace d’une soirée, tous les grands-parents et parents qui s’en sont allés ainsi, dans l’oubli de soi et de sa famille. Denis Cherer s’est inspiré de ce qu’il a vécu, avec son frère Pierre-Jean, auprès de leur mère pour aborder les conséquences qu’implique cette maladie et la difficulté de prendre les bonnes décisions pour l’être cher. La mise en scène d’Anne Bourgeois s’est accordée à la justesse de ce texte, en aménageant entre les passes d’armes des frères ennemis des silences essentiels aux fulgurances de la confusion qui s’intensifie.

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« La maison de Petichet », Evelyne Dress

CHRONIQUE
« La maison de Petichet » ouvre avec fracas ses portes à un amour infernal et dévastateur qu’Évelyne Dress brosse au fil des étés passés dans la demeure familiale. Petichet, hameau près de Grenoble, est comme « un petit bout de terre promise » pour cette famille d’émigrés hongrois, exilés pendant la Seconde Guerre mondiale. Si ce rituel des retrouvailles à Petichet est une réalité familiale pour l’auteure, l’autobiographie s’arrête à la frontière de l’imagination d’un amour passionnel et incestueux. Bercée de souvenirs et d’impressions, l’auteure réussit à inventer une histoire recomposée, surprenante et intense, avec des personnages optimistes et volubiles, débordant de vitalité et d’extravagance, malgré le drame lent et inexorable qui se prépare comme les orages de fin d’été.

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« Non à l’argent ! », une comédie 100% gagnante

THÉÂTRE & CO
Comment peut-on dire non au pactole ? L’auteure Flavia Coste entend le démontrer au Théâtre des Variétés avec sa nouvelle comédie, à la fois psychologique et délirante, Non à l’argent ! C’est à coups de réparties cinglantes, cruelles et savoureusement drôles que l’on découvre combien le risque est grand de refuser la fortune au nom de l’amour. Les comédiens Claire Nadeau (Rose), Julie De Bona (Claire) et Philippe Lelievre (Étienne) emmènent leur personnage respectif dans un tourbillon de folie qui évacue toute retenue, toute pudeur. Le sigle de l’euro au fond des yeux, ils règlent son compte à Richard (Pascal Légitimus), l’heureux gagnant qui a osé les faire rêver avant de les précipiter dans la sidération. La mise en scène rythmée d’Anouche Setbon fait progresser par palier ces relations de couple, filiale et amicale qui se fissurent avant de s’effondrer. Elle offre ainsi aux comédiens tout l’espace nécessaire pour exprimer la gradation de leur colère fantastique et jubilatoire.

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« La Méduse, chronique d’un naufrage annoncé », Olivier Merle

CHRONIQUE
Dans la pure tradition du roman historique, si prisé par son père Robert, Olivier Merle vient de publier « La Méduse, chronique d’un naufrage annoncé », une superbe reconstitution qui plonge le lecteur dans l’effarement. Ce naufrage immortalisé par le célèbre tableau de Géricault en 1818 est un drame d’autant plus effroyable qu’il aurait pu être évité sans l’impéritie d’un capitaine, la fatuité d’un aventurier, les conflits entre les officiers et les guerres couvées entre les différents partis politiques, ceux nostalgiques de l’Empire napoléonien et ceux partisans de la Restauration. Et sans le banc d’Arguin, près des côtes sénégalaises, sur lequel la frégate s’est ensablée un 2 juillet 1816, avec à son bord 400 personnes, dont des colons, des savants, des marins et un bataillon d’Afrique. L’auteur relate avec une plume alerte et crue l’incroyable aventure des passagers de ce navire qui est venu s’échouer lamentablement alors que les trois autres vaisseaux de l’expédition arrivèrent sans encombre au port de Saint-Louis, au Sénégal.

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Michel Legrand, le musicien de l’éternelle jeunesse

PORTRAIT PASSION
Les décennies se suivent. Les styles musicaux s’enchaînent. À peine Michel Legrand parvient-il au port du succès qu’il repart vers d’autres mers de la création, au bras de sa maîtresse de toujours : la musique. Une musique plurielle qui le possède et lui impose ses rythmes, et qui, sous la virtuosité de l’homme amoureux, est sublimée. La grâce est toujours fugitive, mais elle retient l’éternité. Une éternité à laquelle le public pourra goûter lors de deux représentations le dimanche 29 octobre prochain, au Théâtre de l’Atelier, à 15 heures et 20 heures. En pleine traversée mondiale pour son « Grand tour 85 », l’artiste a voulu cette parenthèse intimiste, comme une escale entre amis, baignée de ses plus grands airs arrangés façon jazzy. Pour PrestaPlume, il revient sur plus de quatre-vingts ans de vie commune avec sa musique.

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« En apesanteur », un huis clos ascensionnel

THÉÂTRE & CO
Après une tournée dans quelques villes de province, « En Apesanteur » installe jusqu’à fin décembre son ascenseur sur les planches du Théâtre Montmartre Galabru. Écrit à quatre mains par Thibaut Marchand et Leah Marciano, cette comédie burlesque vous embarque dans un univers surréaliste qui, malgré le huis clos, fait voyager dans le temps à la vitesse de la lumière. Car, tout est question de rythme. Un rythme endiablé qui demande une forme olympique aux comédiens qui se chamaillent avec l’énergie extravagante de la jeunesse. Les bonnes réparties s’impatientent, s’enflamment, s’affrontent. Les sentiments traversés par les personnages s’impriment dans les regards sans bavure. On y croit à l’idylle qui se forme, avec des hauts et des bas, et qui étourdit. On s’imagine facilement à bord de ces manèges infernaux qui vous montent jusqu’au ciel en douceur et vous lâchent sans ménagement, pour vous retenir avant l’anéantissement. Il faudra donc profiter de quelques trêves tendres, mais éclairs, pour reprendre son souffle et se préparer à grimper de nouveau dans les tours pour raccrocher le wagon de l’histoire.

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« Le Déjeuner des barricades », Pauline Dreyfus

CHRONIQUE
C’est toute une époque que ressuscite la plume mordante de Pauline Dreyfus en nous plongeant dans les coulisses de l’hôtel Meurice. Le Déjeuner des barricades décrit la journée du 22 mai 1968 dans ce palace, où doit se tenir la remise du prix littéraire Roger-Nimier à Patrick Modiano, pour son premier roman La place de l’Étoile. Du moins, c’est ce qui était prévu bien avant la colère contagieuse des étudiants que l’Histoire baptisera Mai 68. À travers une variété de regards, tous attachants dans leur pertinence, l’auteure invite à partager avec précision les étapes de cette journée de tensions et de paradoxes, où l’anarchie prétend à la légitimité, où l’autogestion se décrète à l’unanimité des salariés. Le Meurice, témoin du faste d’un temps manifestement révolu, résistera-t-il aux pressions extérieures ?

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« Bouquet final », la fureur de rire

THÉÂTRE & CO
Pour la fin du monde, on ne pouvait rêver mieux ! Des amis en dettes de confidences, des envies de la dernière chance et des règlements de compte en pagailles à OK Castelbout. « Bouquet final » est un boulevard à se décrocher la mâchoire dès la première minute. Les auteurs Vincent Azé et Raphaël Pottier, rompus à l’humour sans complexe, forment un duo de plume d’une créativité lumineuse, avec des saillies qui tombent juste, pour le rire et le meilleur. La mise en scène supervitaminée d’Olivier Macé fait planer l’urgence électrique du « maintenant ou jamais ». Cette fièvre de vivre impatiente pousse le présent à défendre sa légitimité face au passé qui se réjouit de l’éclabousser. Les six comédiens se coulent dans cette veine d’énergie avec une complicité évidente qui propage leur joie débridée de jouer une fin du monde sans fin, du mardi au samedi, au théâtre de la Comédie-Caumartin.

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« Abus de fortune », Éric Deschodt

CHRONIQUE
Abus de fortune est un roman, mais le lecteur comprend vite qui sont les véritables héros de cette histoire, une histoire qui voit son triste épilogue avec la disparition récente de Liliane Bettencourt. Car il n’est pas farfelu d’affirmer qu’Eric Deschodt s’est inspiré de la rencontre sulfureuse entre la quatorzième fortune mondiale et un homme à l’âpreté au gain démesurée. Un couple improbable, mais ô combien médiatique quand la dame veut faire de son « écornifleur » son légataire universel. Sans vouloir chercher à rétablir la vérité, l’auteur tend la plume de la confession au double romanesque de ce couple, leur offrant la possibilité de livrer leur version, en puisant dans l’enfance et l’éducation les ressorts qui les auraient conduits à conclure un pacte tacite autour, pour et à cause de l’argent. Quel beau plaidoyer sur la liberté d’être et d’agir selon ses propres désirs, égoïstes et impérieux ! Ce biopic fantasmé est un roman intelligent et incisif, qui dépeint une époque révolue, des personnages singuliers, une relation inimaginable. C’est un moment de lecture croustillant et instructif, qui offre une grille de compréhension originale.

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« Tant qu’il y a de l’amour », à mourir de plaisir !

THÉÂTRE & CO
Avec « Tant qu’il y a de l’amour », au théâtre de la Michodière, c’est l’amour avec un grand « M » comme mortel ! C’est celui de Jean et de Marie qui s’effiloche à l’usure des habitudes et qui fait bifurquer leur cœur de sa ligne droite. Jean ira vers Inès, une jeunette tombée en pâmoison pour lui. Marie ira vers Paul, un veuf pharmacien tombé en sidération pour elle. L’amour peut tuer au sens propre comme au sens figuré. Marie persuadera son amant de l’aider à tuer son bougon de mari qui ne veut pas lui rendre sa liberté. La nouvelle comédie de Bob Martet part dans ce délire romantique avec une écriture rythmée à couper le souffle, soutenue par une mise en scène d’Anne Bourgeois exigeante d’exactitude. Elle permet aux quatre comédiens de s’insérer au millimètre dans cette harmonique du rire, donnant aux situations comiques et aux gags un relief croustillant à souhait ! 

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« Cœur-Naufrage », Delphine Bertholon

CHRONIQUE
Avec Cœur-Naufrage, Delphine Bertholon plonge une plume délicate au cœur du mal-être, des névroses et des actes manqués. Le parcours de ses deux personnages se dévoile à rebours, en toute intimité, sobriété et profondeur. Lyla revoit Joris pour tenter de se libérer d’un passé qui la hante depuis dix-sept ans, et qui l’empêche d’avancer. Ils s’étaient aimés par défi alors qu’elle était mineure. Une désobéissance avait suffi pour les mettre en présence à un moment de leur jeunesse en rébellion. À l’époque, ils s’étaient accrochés l’un à l’autre, dans un geste désespéré, pour ne pas se laisser submerger par leur souffrance réciproque. À l’orée de la quarantaine, le mal-être non résolu décuple ce sentiment d’inachevé… ou de mauvais choix. Un vide sidéral que l’auteure comble avec justesse en offrant à son héroïne l’opportunité d’anéantir ses peurs. Peur d’être soi, peur de vivre, peur d’assumer… peur d’aimer.

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« Silence, on tourne ! », Action ! Séduction !

THÉÂTRE & CO
Installée au Théâtre Fontaine, à Paris, depuis janvier 2017, la pièce Silence, on tourne ! continue de déployer son jeu de séduction avec rires et fracas. Après le succès de Thé à la menthe ou t’es citron, Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras proposent une comédie dans la pure tradition du vaudeville sur le thème du cinéma. Leur écriture impertinente d’une efficacité redoutable permet de dérouler un tapis de névroses chatoyantes : amours déçues ou intéressées, jalousie entre les acteurs, rancœur des abonnés aux seconds rôles, etc. C’est un réjouissant prétexte aux quiproquos, gags et autres acrobaties qui emporte l’adhésion d’un public tortillé de rires, jusqu’au point culminant du comique où un spectateur est invité à jouer le rôle capital de l’amant.

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« Les Peaux rouges », Emmanuel Brault

CHRONIQUE
Pour un premier roman, Emmanuel Brault marque les esprits. Il rue dans les brancards du politiquement correct en s’attaquant à un fléau antédiluvien, la haine de l’étranger ! Le gros mot est lâché. Pourtant, c’est sans jugement que l’auteur prête sa plume à un raciste décomplexé, un être mal dégrossi et analphabète. Pour laisser s’épanouir tous les ressorts de ce personnage, il crée une société imaginaire où vivent les blancs et les rouges, les rouges représentant l’union symbolique de tous les peuples stigmatisés par leur couleur de peau. Dans ce monde de fiction, le racisme est puni tel un assassinat. Amédée Gourd va vivre les accusations, la mise à l’index, la honte, la prison, la cure de désintoxication, l’espoir de guérison. Grâce à une narration sans filtre, sans pudeur de langage, sans autocensure, la fable parvient à toucher le lecteur avec sa musique ensorcelante qui, par un dosage équilibré, déploie la palette des nuances entre l’abjection et la compassion.

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Romeo Cirone, des chiffres et de l’art

PORTRAIT PASSION
Enfant, Romeo Cirone s’imaginait artiste, il sera expert-comptable. Mais à l’orée de la retraite, il entreprend de ressusciter ses rêves. Happé par le monde du spectacle, il cède son cabinet florissant pour se lancer dans la création d’une société de production et racheter le Théâtre de Dix Heures. Après des allers-retours à Avignon à la découverte d’artistes et de spectacles inédits pour la rentrée théâtrale, il revient sur son parcours fait de travail et d’audace, sur ses envies et ses projets.

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« La nuit des enfants qui dansent », Franck Pavloff

CHRONIQUE
Homme engagé, Franck Pavloff revient avec un roman qui claque à la conscience et fait vibrer l’émotion à l’image de cette sangle élastique tendue sous les étoiles, ondulante sous le poids du funambule, que l’on appelle « slack ». Dans « La nuit des enfants qui dansent », Zâl est un jeune slackeur solitaire qui méprise le danger, convaincu d’être protégé par le Simorg, l’oiseau roi de la tradition persane. Ne voulant plus rien connaître de son enfance sans mère, il vit enfermé dans un futur censé lui apporter l’Illumination. Andras est un homme éprouvé, hanté par une mémoire martyrisée par des années de nazisme et des décennies de communisme qui ont endeuillé sa vie jusqu’à cet exil qui l’a privé de sa mère patrie. Ces deux orphelins que tout oppose vont s’apprivoiser lors d’un voyage initiatique entre Salzbourg et Budapest. La nécessité de ces deux êtres au cœur cabossé à se réconcilier avec leur mémoire va émerger entre colères et concessions, jusqu’à la délivrance de leur capacité d’aimer.

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« Trahisons », l’amour conté à rebours

THÉÂTRE & CO
Après « Le Monte-plats » d’Harold Pinter en 2015 et 2016, Christophe Gand récidive en mettant en scène avec finesse et intelligence une autre pièce de cet auteur prolifique au théâtre Lucernaire. Sous influence autobiographique, « Trahisons » autopsie l’amour et l’amitié, en dévoilant les trahisons entre le mari, la femme et l’amant. Un trio somme toute banal dans la littérature, qui tend souvent à dévier vers le vaudeville dans le spectacle vivant. Or Harold Pinter prend le contre-pied avec l’élégance d’un danseur étoile pour narrer son histoire à rebours, par petits sauts de dates, de 1975 à 1968. Il insuffle ainsi à sa pièce une énergie dans les échanges et une profondeur dans les silences, remodelant la banalité en originalité. En remontant les événements depuis la fin de l’histoire jusqu’à son début, l’auteur s’attache davantage le public complice qui, sachant tout, se voit ressentir de l’empathie et reste bienveillant devant les égoïsmes des personnages qui s’affrontent.

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