« Le Tigre, le Vert Galant, la perfide Albion et les autres… Les surnoms au fil de l’histoire », Daniel Lacotte (Christine Bonneton Éditions)

LITTERATURE
On pense avoir fait le tour de la langue française et de ses thématiques. C’était sans compter sa richesse infinie et l’imagination espiègle de Daniel Lacotte. Pour notre plus grande joie, le lexicographe écrivain publie son dernier ouvrage « Le Tigre, le Vert Galant, La Perfide Albion et les autres… – Les surnoms au fil de l’histoire », aux éditions Christine Bonneton. Ce nouvel opus, aussi érudit que ludique, fourmille de renseignements sur les surnoms des « grands » de ce monde à travers les siècles et qui sont remontés jusqu’à nous. L’auteur passe en revue, par ordre alphabétique, les qualificatifs, les surnoms et autres sobriquets d’immenses personnages de l’histoire non seulement française, mais aussi universelle. Daniel Lacotte prend un malin plaisir à rétablir la vérité de ces personnages et également de ces époques ou lieux, comme les « Trente Glorieuses », la « Belle Époque » ou la « Perfide Albion ». Il nous régale d’anecdotes, de connaissances, jamais superfétatoires tant le plaisir d’apprendre est nourri tout au long des pages.

« La douce nuit qui parle » : beau, tout simplement

THÉÂTRE & CO
La vie théâtrale reprend, et avec elle la découverte de créations qui transcendent le quotidien. Moult fois reportée, « La douce nuit qui parle » se joue enfin au théâtre de la Boutonnière, un ancien atelier qui se découvre en fond de cour, rue Popincourt, juché en hauteur. Comme la promesse de côtoyer les étoiles. Discret et intimiste, il est le parfait écrin d’une pièce puissante et bouleversante sur deux monstres sacrés : Marguerite Duras et Jeanne Moreau. Inconditionnelle de la première et admirative de la seconde, l’auteure et journaliste Marielle Cro a imaginé les retrouvailles de ces deux êtres qui s’aimaient d’une amitié sincère et passionnée, que la renommée a séparés. Pour Jeanne Moreau, Marguerite Duras était sa première amitié féminine, et son absence une blessure. Elles accompliront leur destin dans le silence d’une amitié éteinte, qu’un rien aurait pourtant pu ranimer. Ce rien, Marielle a osé le provoquer, a posteriori, dans cette réalité fictive qui entend réparer l’amitié brisée. Lors « d’une douce nuit », elle a convoqué les deux icônes autour d’un ultime dîner pour s’expliquer dans un duo ciselé et des monologues poignants. Solange Pinturier (Jeanne Moreau) et Louisa Baileche (Marguerite Duras) se coulent avec bonheur dans la peau de leur personnage et « parlent » au cœur du public qu’elles invitent, par un jeu sobre et chaleureux, dans leur intimité élargie.

« À sœur perdue », Marion Jollès-Grosjean

LITTERATURE
Pour son premier roman, la journaliste Marion Jolliès-Grosjean prend la voie de la justesse et de la délicatesse. Comme le titre le suggère, « À sœur perdue » est une intense histoire d’amour entre deux sœurs, différentes et fusionnelles, chacune enviant la vie de l’autre. Amélie et Marianne ont grandi sous le regard aimant de leurs parents. Une vie de famille comme on en rêverait, sans de réelles aspérités dans les relations, l’écoute et la compréhension étant les maîtres-mots des parents. Alternant récit et journal intime, l’auteure nous dévoile peu à peu les failles de ses personnages féminins du clan Darbois, les deux sœurs et la mère, liées par un amour immense, surprotecteur les unes envers les autres. Pourtant, un soir, personne ne répond à l’appel de la cadette, Amélie. Qui aurait pu deviner le drame qui se jouait ? Tout allait si bien… en apparence. En tout cas, rien annonçant l’acte fatidique. Le drame était entré chez les Darbois, bouleversant l’équilibre fragile de la famille, chacun vivant son deuil à l’aune de sa culpabilité. Tendre et bouleversant, ce roman sur les liens familiaux est une belle réussite.

« L’absent australien », de Maxime Voiseau (Fauves Éditions)

LITTERATURE
Si vous rêvez d’espace et d’aventure, le roman de Maxime Voiseau est une belle entrée en matière pour découvrir ce pays de l’hémisphère sud, aux paysages aussi sauvages que grandioses qu’est l’Australie. Autrefois colonie pénitentiaire anglaise, ce vaste pays peuplé d’aborigènes est aussi empreint de mystère et de mysticisme propre à bâtir un scénario intrigant et foisonnant. L’auteur a choisi l’aventure de l’amour. Son personnage principal n’est donc pas Crocodile Dundee, ce héros fantasque des années 80, mais un homme frappé par la fatalité dans sa chair. Alternant passé et présent, Maxime Voiseau nous donne à comprendre les circonstances qui ont œuvré au malheur de notre héros mélancolique. Il a suffi d’une rupture déchirante et une accusation de vol pour pousser Adrien à s’enfuir à tout jamais – pense-t-il – de la France. Aussi loin que possible pour qu’Elma et cet amour aussi éperdu que perdu ne devienne qu’un triste souvenir, sans conséquence. L’Australie lui semble être la terre providentielle pour l’oublier et se faire oublier. Agréable à lire, on se laisse prendre par l’histoire d’un amour hors du commun qui attend son heure pour exister.

« Mensonges inavouables », Jacqueline Winspear (City Éditions)

LITTERATURE
Outre-Manche, les enquêtes de Maisie Dobbs sont aussi connues que celles de Sherlock Holmes et Miss Marple. Depuis la naissance de son héroïne, Jacqueline Winspear tisse ses intrigues dans l’Angleterre de l’entre-deux-guerres. Maisie Dobbs est une femme peu commune, avec une intelligence au-delà de la moyenne, très perspicace, car aussi logique qu’observatrice, avec des qualités ultra-sensitives, pour ne pas dire médiumniques. Bien qu’issue de la classe ouvrière, elle reçoit une solide éducation grâce à son employeur qui a discerné en elle un potentiel prometteur. En 1914, elle rejoint le front français comme infirmière, où elle connaît l’amour véritable, mais au destin tragique. Après la guerre, son mentor l’incite à s’installer comme détective à Londres. Seizième opus de la série policière historique, l’enquête dans « Mensonges inavouables » se situe presque dix ans après la fin de la Première Guerre mondiale. On suit Maisie Dobbs avec plaisir et intérêt. On ne peut que s’attacher à ce personnage exceptionnel dans ses aptitudes, son éthique rigoureuse et la force sereine qu’elle dégage. Efficace et passionnant !

« Place aux immortels », Patrice Quélard (Plon)

LITTERATURE
Dans l’univers des prix littéraires vient de naître le Prix du roman de la Gendarmerie nationale qui couronne un roman dans lequel le métier de gendarme occupe une place prépondérante. Pour sa première édition en 2021, le jury a été bien inspiré de récompenser « Place aux immortels », de Patrice Quélard, enseignant et directeur d’une école maternelle. Le récit est aussi passionnant qu’instructif. Aussi divertissant qu’édifiant. Au dialogue alliant délicatesse et humour caustique. L’ennui y est aboli au profit d’un intérêt constant, que la minutie historique n’atténue pas. Bien au contraire. Aspect mal connu, car peu traité, l’auteur nous donne à connaître le fonctionnement de la gendarmerie prévôtale(*) pendant la Première Guerre mondiale et sa place logistique dans le conflit. Haïe des soldats et des officiers, parce que considérée comme des planqués, elle rencontrera bien des difficultés dans l’exercice de ses fonctions courantes entre faire respecter le couvre-feu, rattraper les déserteurs pour les ramener au front, appliquer toutes les directives du gouvernement quasi quotidiennes… jusqu’à prévoir les fosses d’aisance des troupes (et parfois les récurer eux-mêmes). Alors, élucider un crime maquillé en suicide ! Il fallait bien la détermination d’un Breton pour aller à l’encontre des ordres et la rigidité d’une hiérarchie. Léon Cognard entend résoudre l’affaire, quoi qu’il en coûte. En sus des bombes allemandes, il affrontera bien d’autres ennemis de la vérité pour démasquer les coupables. Mais que vaut la vérité d’une mort face à l’hécatombe dans les tranchées ? L’impunité est-elle pour autant acceptable ?

« La Conspiration hongroise », Philippe Grandcoing, Éditions de Borée

LITTERATURE
L’historien spécialiste des XIXe et XXe siècles a encore frappé, juste et bien, avec son quatrième opus, « La Conspiration hongroise » aux éditions De Borée. Cette fois-ci, Philippe Grangcoing fait vivre à ses deux héros une nouvelle aventure dans ce début 1900 où les complots et les attentats préparent le lit de la Première Guerre mondiale. La force de ce polar tient pour beaucoup de notre connaissance des événements terribles qui s’annoncent, de cette marche inexorable vers la catastrophe. Le conflit mondial flotte donc en toile de fond de l’intrigue dans la France de Clemenceau qui vient de créer les brigades mobiles. L’inspecteur Lerouet y fait ses nouvelles armes. Lorsqu’il doit résoudre l’assassinat d’un inconnu retrouvé poignardé nuitamment en pleine rue, il fait appel à son fidèle ami et antiquaire Hippolyte Salvignac et sa compagne Léopoldine, une artiste peintre aux origines hongroises. Cette origine est capitale, car elle leur ouvrira des portes quand suivront d’autres assassinats d’artistes hongrois. Le trio devra faire montre de courage et d’audace pour démêler l’enquête à la dimension politique et européenne. Philippe Grangcoing signe là encore un livre passionnant qui permet de ressentir les balbutiements de la fin d’une époque, en équilibre précaire sur l’échiquier des grandes puissances européennes.

« Prends ma main », Virginie Gouchet, City Éditions

LITTERATURE
Professeure des écoles, Virginie Gouchet signe son premier roman avec « Prends ma main », chez City Éditions. De facture classique, il n’en est pas moins tendre et délicat dans la description d’une relation entre sœurs. Des sœurs fusionnelles, à défaut d’être jumelles, mais qui laisseront pourtant leur différence les séparer une fois adultes. À l’annonce du cancer de sa sœur Danaé, Céleste prend les choses en main. Déterminée à l’aider à traverser cette épreuve, elle dépassera le silence gêné qui s’est immiscé entre elles. Que de temps gâché en non-dits, en fierté mal placée ! La maladie fera l’effet d’un électrochoc. Pour l’une comme pour l’autre. L’une déployant des trésors d’inventivité pour soutenir le moral de sa sœur malade. Le tendre lien qui unit les sœurs se renforcera par petites touches pudiques, jusqu’à revenir à son état originel, pur et sincère. Neuf de nouvelles aventures. Avec ce roman, aussi frais que profond, l’auteur évoque la maladie, sous le prisme de l’optimisme, le bonheur de la maternité et la blessure de son absence, mais aussi la jalousie et la compétition dans une fratrie.

« Rien ne t’efface », Michel Bussi

LITTERATURE
C’est toujours avec impatience qu’on attend le nouveau roman de Michel Bussi, tant ses fins sont inattendues et prennent à revers le lecteur. Pour y parvenir, il use du bon filon de faire passer un personnage pour ce qu’il n’est pas. Le sachant n’exclut pas de se laisser prendre au piège. C’est tout l’art et la manière de ce romancier inspiré. Moins enchevêtré que le roman précédent « Au soleil redouté », qui nécessitait une acuité de lecture hors norme pour trouver l’assassin sans donner sa langue au chat, « Rien ne t’efface » est un thriller tout aussi intense et captivant sur le thème de la fibre maternelle. Cet instinct qui ne trompe pas, même contre l’avis de tous, comme pour Maddi, une mère célibataire capable de donner sa vie pour son fils Esteban. À sa disparition, elle crut mourir. Dix ans plus tard, lorsqu’elle pense le revoir, comme incarné dans le corps d’un autre petit garçon, elle ne tergiverse pas. Elle va tout risquer – sa carrière de médecin, sa liberté, son équilibre psychologique – pour savoir qui il est et où il vit avec sa mère. Convaincue que le « jumeau » d’Esteban est lui aussi en danger de mort, elle commettra l’impensable pour tenter de le sauver de la fatalité programmée.

« Aimons-nous les uns loin des autres », Denis Cherer

LITTERATURE
Un ovni littéraire s’est posé sur notre pauvre planète contaminée par un virus, certes pernicieux par définition, mais révélateur des comportements des uns désormais loin des autres. Enfin, jusqu’à nouvel ordre ! « Nous sommes en guerre ! » avons-nous entendu le 16 mars 2020, sidérés que nous étions devant l’écran, par la puissance de frappe des mots employés et de la réplique annoncée. Pendant des mois, nous allions expérimenter la signification concrète d’un terme jusqu’alors très nébuleux : le confinement. « Aimons-nous les uns loin des autres », paru chez Area Editions, est la réplique antidéprime, farceuse, cynique et lucide, du comédien et auteur Denis Cherer. À l’heure où les pays ont été murés par la peur de la contamination, les artistes ont dû combattre l’inactivité subie et subite – leur métier ayant été classé comme non essentiel – par une formidable énergie créatrice. Denis Cherer, lui, s’est fait le chroniqueur de cette période aussi déstabilisante qu’inouïe, pour nous offrir un recueil de poèmes humoristiques et mordants sur la France confinée, et toutes les joies de l’absurde que la situation a générées par rafales. Aidé en cela par les illustrations du dessinateur Elan Cherer, son neveu, qui fait de la dérision caricaturale son trait majeur et incisif.

« Derrière les grilles de Summerhill », Nikola Scott

LITTERATURE
« Derrière les grilles de Summerhill », aux éditions City, est un hymne à l’amour dans toutes ses composantes. Fidèle à ces précédents ouvrages, des sagas familiales aux secrets bien gardés, l’auteure Nikola Scott nous présente un roman du même genre, à deux voix et sur deux temps différents. Madeleine, alias Maddy, et Chloe, en apparence, n’ont rien en commun, si ce n’est le livre pour enfants, Les extraordinaires aventures de Foxy le Grand, que la première a publié avec sa sœur Georgiana et que la seconde a adoré, par la voix de son père qui le lui lisait avant de s’endormir. Une madeleine de Proust, en quelque sorte ! Dont la jeune Chloe va se saisir avec l’avidité d’une naufragée et une reconnaissance éperdue pour cette main tendue. Le roman esquisse avec acuité des personnages aux traits bien caractérisés, qui traversent les remous du destin et doivent se réinventer pour gagner la paix du cœur. Une paix si chèrement payée. Madeleine en sait quelque chose, elle qui a perdu sa raison d’être la veille de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Nikola Scott signe là un roman choral de femmes émouvant, prenant et actuel en évoquant les violences faites aux femmes.

« L’Anomalie », Hervé Le Tellier

LITTERATURE
« L’Anomalie » d’Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020, divise les lecteurs autant qu’il rassemble tant par son histoire dérangeante sur la duplication de soi que par sa structure narrative séquentielle portée par de (trop ?) nombreux personnages. Quoi qu’il en soit, il ne laisse pas indifférent et déchaîne les passions, réconciliant tous les lecteurs sur la question de la finalité d’un texte et des motivations de son auteur. Fidèle aux principes cœur de l’Oulipo (institut littéraire prônant l’innovation par le langage), dont il est membre, Hervé Le Tellier perturbe, surprend, déroute le lecteur, le prend au jeu, le perd aussi un peu pour mieux l’entraîner vers un ailleurs qui le ramène à sa propre condition. Et si vous aviez fait partie des passagers du vol Air France 006 qui relie Paris à New York, ce 10 mars 2021, et qu’un autre que vous, semblable en tout point, ayant vécu une vie identique, surgissait trois mois plus tard croyant être en mars, quelle serait votre réaction ? Ici, l’auteur ne s’amuse pas à supprimer une lettre, comme Georges Perec, lui-même membre de l’Oulipo, dans « La Disparition », il préfère mettre en scène la réapparition – en double exemplaire – d’un avion et de tous ces passagers à la faveur d’un orage bien évidemment violent, mais surtout inexpliqué par sa soudaineté et son imprévisibilité.

« Comme un parfum d’éternité », Francisco Da Conceiçao

LITTERATURE
« Comme un parfum d’éternité » fleure bon la promesse d’un moment complice, une plongée en milieu familier de l’écriture pour autrui. Pour m’y frotter avec passion, je reconnais dans l’écriture de Francisco Da Conceiçao le mécanisme bien huilé de la trame du récit de vie, à travers un duo biographe/biographé. Y transparaît la ferveur teintée de retenue respectueuse face au don de l’autre, l’appétit cependant aiguisé de l’écrivain par la délivrance d’un destin offert au seuil du grand départ, où se rejouent a posteriori les épreuves et les joies du confident, les amours fanées et les drames qui grandissent l’âme ou la perdent. L’auteur, qui anime des ateliers d’écriture dans les écoles, propulse son double d’écriture dans une maison de retraite ; là où tout finit, mais aussi – sous son écriture poétique et fine – là où tout peut recommencer. Pour que ce miracle puisse se produire, il réunit dans son deuxième roman Caroline et Marie. La première écrit la vie de résidents de maison de retraite. La seconde est une octogénaire encore vive et volontaire. Elle promet à Caroline que sa vie vaut toutes celles des autres, car elle n’enjolivera rien, ni ne mentira, ni niera ses fautes. Elle le jure…

« Le Jeu de grâce », Christian Vialle (Éditions de Borée)

LITTERATURE
À travers son premier roman, « Le Jeu de grâce », paru aux Éditions de Borée, Christian Vialle nous fait le don d’une histoire de vie, celle de sa mère, Jeanne. L’auteur est le dernier-né d’une grande fratrie, arrivé selon l’expression « sur le tard », tel le dernier maillon d’un nœud familial. Cet ancien directeur adjoint d’institut médico-éducatif, une fois la retraite venue, a voulu restituer l’histoire de cette mère vaillante, qui a puisé son énergie dans la colère profonde de l’abandon pour se sortir de la misère et élever ses enfants dignement. Traversant la première moitié d’un XXe siècle tumultueux, cette jeune orpheline a tenté de trouver sa place, malgré le rejet de sa mère (internée à l’asile), la maladie, la Seconde Guerre mondiale, l’enchaînement des grossesses, la précarité de la vie ouvrière. Mais se relever du sentiment d’abandon a été le plus difficile, car toujours la question essentielle du « pourquoi » n’a cessé de la hanter. Avec ce témoignage familial, l’auteur nous donne aussi à vivre une période de l’histoire riche, mais tourmentée, ainsi que la rudesse des conditions de vie ouvrière. Il nous le conte par la voix sensible de Jeanne, avec simplicité et sincérité, sans jamais tomber dans la facilité ni le larmoyant. Un très bel hommage !

« Déjà, l’air fraîchit », Florian Ferrier (Plon)

Couverture de "L'air fraîchit déjà"

LITTERATURE
Scénariste de bande dessinée et réalisateur de séries télévisées jeunesse, Florian Ferrier est aussi un écrivain confirmé qu’il faut absolument lire. Avec son dixième ouvrage, « Déjà, l’air fraîchit », chez Plon, il commet un roman remarquable par le thème, l’angle et la structure de l’histoire. Hardi et talentueux, l’auteur a franchi avec le Rhin la frontière de l’horreur pour nous faire remonter le temps de la Seconde Guerre mondiale. Son œil scrutateur et sa verve narrative se sont intéressés au parcours d’une jeune Allemande, innocente… enfin, pas tant que cela si on considère sa nature cruelle. À travers ce personnage complexe, Florian Ferrier décrit à merveille les trois temps du nazisme : l’embrigadement de la population, l’avènement triomphateur et la débâcle finale. Adossé à une documentation fournie, ce roman se lit comme une leçon d’histoire et de mœurs émouvante et passionnante, où les sentiments d’amour comme de haine sont exacerbés. On se glisse peu à peu dans la peau d’Elektra, on se prend à lui trouver des circonstances atténuantes avant de s’insurger contre cette idée rebutante. Une lutte s’engage en sourdine en soi, tandis que l’histoire nous tire par la manche. On est prisonnier du style qui prend aux tripes et du suspense qui s’instaure ; oui, prisonnier, à l’instar d’Elektra qui doit rendre des comptes aux Alliés, après la défaite du IIIe Reich. Elle encourt la peine de mort. Dans l’attente de son jugement, elle est interrogée sur les crimes qu’elle aurait pu commettre, même si sa tâche n’a consisté qu’à confisquer, déporter et tuer… des livres. Enfin…, c’est ce qu’elle ne cesse répéter.

« Le jouet d’Alexandre », Nabil Nasr

LITTERATURE
Un camion de pompiers en bois pour titre et symbole. C’est le symbole d’un rituel que Nabil Nasr a installé avec son fils Alexandre, à cette heure entre chien et loup où il rentrait du travail et passait du temps avec son tout jeune fils. Un moment précieux qui allait le raccrocher à l’espoir de sortir des tortures judiciaires. En ce 12 avril 1989, ce directeur de comptes dans une banque libanaise de Paris, appelée pudiquement « la banque », est mis en garde à vue par la Brigade financière, puis placé en détention « provisoire » à la Santé. Il est suspecté d’avoir favorisé l’escroquerie d’un client qu’il avait en portefeuille. À partir de cet instant, les portes de l’enfer s’ouvrent sous ses pieds. Tout semble se liguer contre lui et le désigner coupable. Il clame son innocence, reconnaissant seulement d’avoir pêché par négligence. Mais nul n’entend ses arguments ni ne voit l’évidence de la bévue policière. Menotté comme un criminel, bâillonné par la sidération, ce Franco-Libanais se voit précipité dans un dédale de batailles judiciaires aussi improbables que destructrices, dont il ne sortira blanchi qu’au bout de dix ans, le moral broyé et l’honneur entaché. « Le Jouet d’Alexandre », aux Éditions Dacres, est un cri des entrailles qui vrille le cœur et ébranle la foi en la justice. Il ressemble à un règlement de compte entre l’auteur et son histoire, dont la finalité serait de redresser les torts de la Justice et de solder à jamais la douleur.

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