« Les Faux British », de l’absurde à pleurer de rire

THÉÂTRE & CO
« Les Faux British » à l’affiche du théâtre Saint-Georges poursuit fièrement sa cinquième saison, après 2 000 représentations en décembre 2019, soit plus de 500 000 spectateurs à Paris et 120 000 en tournée. Cette parodie du théâtre amateur, que le metteur en scène Gwen Aduh (fondateur de la Compagnie des Femmes à barbe en 1999) a rapporté d’Édimbourg dans ses bagages en 2013, est une machine à rire infernale qui ne cesse sa délicieuse et extravagante torture zygomatique qu’au tomber de rideau. La loufoquerie gagne là ses lettres de noblesse grâce à cet étonnant scénario de Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields qui met en scène un sang-froid et un pragmatisme à toute épreuve d’une troupe d’amateurs de roman noir s’inventant acteurs d’un jour pour jouer un hypothétique polar méconnu de Conan Doyle devant les membres de leur association… c’est-à-dire le public. L’amateurisme des personnages et leur opiniâtreté à poursuivre malgré les maladresses et les imprévus successifs, au prix souvent de leur intégrité physique, est à s’étouffer de rire. Jerry Lewis, sortez de ces corps ! On se prendrait presque de pitié pour les sept comédiens, inouïs et ultra crédibles dans leur jeu qui consiste à être mauvais. On a mal pour eux jusqu’au bout, mais on en redemande !

« Déjeuner en paix », Charlotte Gabris

CHRONIQUE
Humoriste et comédienne, Charlotte Gabris fait paraître aux éditions Cherche-Midi un premier roman très réussi. « Déjeuner en paix » est un huis clos en plein air, pétillant et mordant, sur le regard critique des femmes entre elles. L’auteure met en scène deux jeunes femmes seules, assises chacune à une table d’une terrasse de café parisien à l’heure du déjeuner. L’une est Parisienne, sûre d’elle, aux airs supérieurs, elle attend son amoureux qui ne viendra pas ; l’autre est une provinciale fraîchement arrivée à la Capitale pour suivre un stage. Elle a remarqué cette jeune fille prétentieuse qui agit comme en terrain conquis, et dont elle envie l’enthousiasme, l’assurance, la façon de s’habiller, de rire, d’attendre. De son côté, pour tromper l’ennui, la Parisienne focalise sa mauvaise humeur sur ce qu’elle croit être une touriste solitaire qui fait semblant d’attendre quelqu’un pour ne pas montrer qu’elle est seule. Tout le long du déjeuner, les deux femmes jaugent l’autre en son for intérieur, se moquant crûment et durement, sans rédemption possible, de ce qu’elles pensent deviner de l’autre, de sa vie, de ses relations, de ses goûts, de ses aspirations. Bien entendu, les apparences sont trompeuses.

« Le récit poétique mais pas chiant d’un amoureux en voyage », Promesse tenue !

THÉÂTRE & CO
Au théâtre du Marais, Marc Tournebœuf reprend son « Récit poétique mais pas chiant d’un amoureux en voyage » tous les lundis jusqu’au 30 mars 2020. Un joli minois en stand up n’est pas d’une originalité folle. En revanche, un joli minois incarné où transparaissent candeur et vivacité d’esprit, c’est un excellent début qui — brisons le suspense dès à présent — tient sa promesse : poétique et pas chiant. L’humoriste nous fait partager son histoire d’amour avec une jeune fille portugaise, rencontrée lors d’une soirée parisienne. C’est le point de départ à croquer la société dans laquelle il vit, avant de nous entraîner au Portugal où il a décidé de rejoindre sa dulcinée un peu distante dans tous les sens du terme. Avec l’espoir attendrissant d’un amour partagé, il s’affranchit courageusement de sa timidité pour rencontrer le père, qui l’écrase de son autorité. Pour plaire, Marc acquiesce à tout, contraint de s’asseoir sur sa dignité. Ce voyage aux couleurs de l’amour fané sera également initiatique, car il découvrira d’autres couleurs, plus vives et plus odorantes, d’un pays où tous parlent français avec l’accent si reconnaissable en « ouèche ». Mais, au-delà de ces blagues comparatives France-Portugal, l’humoriste nous donne aussi à entendre avec passion Fernando Pessoa. Selon l’écrivain et poète, « Aimer, c’est se lasser d’être seul : c’est donc une lâcheté et une trahison envers soi-même ». Une rencontre qui vaut bien toutes les déclarations d’amour, n’est-il pas ?

« Pour le meilleur et pour le dire », du verbe en plein cœur

THÉÂTRE & CO
Au théâtre de La Scène Parisienne, la comédie psychologique et sentimentale « Pour le meilleur et pour le dire » revient pour quatre mois de consultations supplémentaires, jusqu’au 11 avril 2020. Une aubaine qu’il serait inconséquent de laisser passer tant l’écriture de David Basant et Mélanie Reumaux sonne juste et émeut, du rire à la joie finale du happy end. Pour une fois qu’une histoire d’amour se termine bien, il serait bien dommage de s’en priver ! La pièce déploie son fil narratif tendu au cordeau sur le malentendu, les non-dits, la difficulté de communiquer et les lapsus signifiants. Le sujet est fort simple, mais d’une actualité impérissable. C’est l’histoire d’un couple très amoureux et en crise. Audrey approchant de la quarantaine veut un bébé, Julien repousse ce désir aux calendes grecques sans lui en avouer les raisons. La peur de perdre celle qu’il aime par cet aveu le conduit à rompre par anticipation. Un non-sens que vont s’ingénier à réparer leur entourage et surtout leur analyste… qui se trouve être la même personne. Du bel ouvrage d’écriture intelligent et enjoué qui, par les mots dits, dédramatise les maux tus.

« Un vrai couple », un duo au diapason du vrai

THÉÂTRE & CO
Sur la scène de La Comédie des Boulevards se joue « Un vrai couple », à la vie à la mort, mais surtout à la ville. Cette pièce écrite par les deux comédiens, Gaëlle Gauthier et Arnaud Gidoin, sur leur belle et improbable histoire d’amour sent le vécu dans ses moindres détails et les multiples situations. Belle, car ils sont lumineux et enthousiastes de partager leur bonheur. Improbable, car cela n’aurait jamais dû « matcher » entre eux. Pensez donc ! Ils ne sont pas de la même génération ! Arnaud est un éternel adolescent qui écoute des chanteurs morts et aime le karaoké et l’alcool, tandis que Gaëlle préfère le yoga, la méditation et arrose ses soirées à l’eau de rose ! Pourtant, ils sont bel et bien tombés amoureux et entendent nous le conter par le menu, depuis la première rencontre jusqu’à la naissance de leur enfant. À cette mise en bouche romanesque, ils ont incorporé une généreuse rasade d’humour et un bon zeste d’interaction complice avec les spectateurs, faisant ainsi de leur vie de couple un pur divertissement, enlevé, tendre et réjouissant.

« Disparaître », Mathieu Ménégaux

CHRONIQUE
Lire un « Ménégaux » est comme un rendez-vous avec un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps. Cette attente est exquise car elle promet un grand moment de lecture. Mathieu Ménégaux a ce petit tour de main stylistique qui empêche de fermer le livre avant le mot « fin ». Comme les précédents, « Disparaître », paru chez Grasset, se lit d’une traite tant l’écriture est efficace. Même si on devine assez rapidement le lien entre les victimes, le roman se coule dans cette veine talentueuse où l’originalité magnifie l’écriture, à moins que ce soit l’inverse… Pour ce quatrième opus, l’auteur a une belle idée : il s’interroge sur les motifs profonds qui poussent une personne à disparaître sans espoir de retour. Parmi toutes les réponses, il retient les conséquences désastreuses d’un amour interdit entre un homme marié et une jeune fille timide. La narration est soignée et nerveuse, la construction astucieuse car le le lecteur découvre le présent et le passé des personnages qui avancent en parallèle au fil des chapitres, jusqu’à la résolution de l’énigme. Un bémol cependant, cet opus n’atteint pas la même intensité émotionnelle que les précédents. Il m’a manqué cette « claque » qui est devenue au fil des romans l’expression de l’empreinte littéraire de Mathieu Ménégaux.

« Un contrat », du polar dans les règles de l’art duelliste

THÉÂTRE & CO
Manquer ce duel psychanalytique eut été dommage. « Un contrat », seule pièce de théâtre (1999) de Tonino Benacquista, est un polar théâtral hors norme, aux dialogues percutants, à l’humour noir et au raisonnement subtil. Défini par son auteur comme un « western psychanalytique », la tension et le suspense montent crescendo dans une salve ininterrompue de répliques qui font mouche et percent les carapaces des deux protagonistes. C’est un duel au sommet de l’intelligence qui se déroule en deux actes et un épilogue au théâtre du Gymnase Marie-Bell, où le silence est polymorphe. D’un côté, la loi du silence du chef de gang angoissé et, de l’autre, le secret professionnel du psychanalyste de renom. Haletante et captivante à la fois, la confrontation est menée avec des nuances de jeu d’une justesse rare de la part des deux comédiens, allant pour l’un de l’écoute bienveillante à l’écoute contrainte, et pour l’autre allant des menaces aux révélations. Ce duel psychologique, dont l’issue reste imprévisible, atteint son apogée à la dernière réplique. Du grand art ! Patrick Seminor (le psychanalyste) et Olivier Douau (le chef de gang) font montre d’une belle présence scénique, judicieusement orientée par le metteur en scène Stanislas Rosemin. Économie de gestes, silences éloquents, peur à fleur de peau, regards pénétrants forment un tout palpable qui donne corps aux mots et à leurs conséquences. Remarquable !

« Révélations sur 50 ans d’humour », René-Marc Guedj

CHRONIQUE
400 pages sur plus de 350 humoristes, agrémentées de 300 liens à scanner qui renvoient vers des vidéos. C’est la référence quasi encyclopédique que nous propose « Révélations sur 50 ans d’humour », aux Éditions du Net. Se faisant l’éloge d’un temps fécond où l’humour gagnait ses lettres de noblesse, René-Marc Guedj ne se prive pas d’égratigner ici ou là quelques humoristes, à commencer par Anne Roumanoff qui n’a jamais réussi à le faire rire. Aujourd’hui sur tous les supports médiatiques, ces artistes confirmés ou en devenir sont partout. Ils se servent de leur personnalité décapante ou se cachent derrière un personnage hilarant, s’inventant railleurs de la société et de ses mœurs, de la politique et du quotidien, mettant même en scène leur vie et leurs expériences. Certains – les plus chanceux ? les plus travailleurs ? – sont considérés par le grand public comme des stars. Il arrive même qu’ils soient courtisés par le cinéma et la télévision. Avec ce besoin de témoigner aux tripes, ayant vaincu il y a peu un cancer, celui qui a vécu au centre de cette merveilleuse aventure de l’ascension de l’humour consacre, avec toute la subjectivité de sa passion, un livre instructif sur l’histoire de l’humour à travers la carrière de 350 comiques, introduite par une autobiographie professionnelle de l’auteur lui-même.

« Dernier carton », un huis clos qui bouscule

THÉÂTRE & CO
Deux hommes s’affrontent sur les planches du théâtre du Gymnase Marie-Bell. Ils ne sont rien l’un pour l’autre. Seule une situation les réunit : un déménagement. Alors que le dernier carton trônant dans la pièce vide marque une page qui se tourne pour Richard, le déménageur semble hésiter. Il est sur le point de quitter l’appartement, mais une force le retient. Cette même force qui va prendre à la jugulaire l’animateur littéraire de TV, très connu au demeurant. Quand l’humour absurde, sombre et dramatique, s’invite dans la danse, c’est un combat explosif qui s’annonce. Il sera rude entre les protagonistes qui font preuve d’inventivité pour feinter, esquiver et frapper l’adversaire, dans tous les sens du terme, révélant à bon escient les strates de mensonges, de flous et d’ambiguïté. Le texte très actuel d’Olivier Balu, un jeune auteur au talent certain, propose un thriller psychologique décapant, haletant, renversant qui ne lâche ni les personnages ni le public. Il ménage le suspense par des virages comportementaux, parfois à 180°, qui laisse planer le doute de la folie. La mise en scène réaliste de Laurent Ziveri est très efficace. Elle offre à ce duo de choc toute l’amplitude de jeux possible, de la ruse à la violence, de la sincérité à la tromperie. Patrice Laffont et Michaël Msihid prennent un malin plaisir à partager la scène, leur complicité saute aux yeux et leur énergie saisit au col.

« Quelque chose dans la tête », Denis Kambouchner

CHRONIQUE
Voilà un essai qui ne casse pas la tête et ne cherche pas à vous enfoncer ses idées dans… le crâne ! Nul besoin de se mettre martel en tête ou quelque chose dans la tête… Quoi que, si ! Telle est justement la question que se pose Denis Kambouchner dans « Quelque chose dans la tête », aux éditions Flammarion. Ce philosophe et professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, grand spécialiste de Descartes et des questions d’éducation, se fait pédagogue dans cet édifiant essai dédié à la culture, et particulièrement de la mémoire, distillant savamment l’abstrait et le concret. Il s’interroge ainsi sur les « qualités d’une tête bien faite » et se plaît à disséquer les différents usages du mot « tête ». Bille en tête, il annonce la couleur de sa méthode : deux parties composent l’ouvrage. urel que l’on a dans la tête, ce qu’il devrait être et ne pas être, et si nous avons perdu le jugement. La seconde évoque la transmission, c’est-à-dire ce que l’on transmet et la manière de le faire. Ce bagage n’est-il pas constitutif d’un héritage familial mais aussi sociétal ?

« Les Passagers de l’aube », un face-à-face troublant aux frontières de la mort

Salut de Les Passagers de l'aube

THÉÂTRE & CO
Vous n’avez qu’un mois pour plonger, corps et âme, dans l’atmosphère captivante des « Passagers de l’aube », au Théâtre 13/Jardin. Tablant sur l’originalité, cette tragédie romantique tisse la trame de son intrigue en empruntant à l’état amoureux, la science et la spiritualité des fils à la fois invisibles et lumineux. Avec un texte conjuguant poésie et pragmatisme, l’autrice Violaine Arsac propose une œuvre d’une grande force évocatrice qui interroge notre existence, ou plutôt cet état de l’être projeté dans le sas incertain de l’après-vie. Quand la mort est-elle réelle ? Qu’est-ce que la conscience ? Que devient-elle après l’arrêt de l’activité cérébrale ? Comment se positionne la science face à ces nombreux témoignages de personnes qui reviennent de leur mort, que l’on appelle EMI (expérience de mort imminente), après avoir visité cette nouvelle aube réconfortante : la vie après la mort ? La fin ne serait donc que le début d’une « autre présence », une présence énergétique que la physique quantique pourrait expliquer… un jour prochain ?

« La Petite mort de Virgile », Christian Rauth

CHRONIQUE
On connaît Christian Rauth comme comédien (« Père et Maire » sur TFI ou ses rôles dans des séries comme « Navarro »), on connaît moins bien l’écrivain. C’est fort dommage. Son quatrième roman, « La Petite mort de Virgile », paru aux Editions De Borée, est un réel plaisir de lecture tant par l’histoire finement conçue que par l’écriture cinématographique. Son thriller ne joue pas seulement la carte du suspense, puisque la dernière de couverture en dit beaucoup… peut-être trop. Pour ne pas le déflorer, gardez-vous de cette curiosité, somme toute légitime, et plongez-vous sans réserve dans les 432 pages qui passent beaucoup trop vite. Dès le premier chapitre, vous serez happé par l’histoire de trois hommes dont les chemins se croisent. Dans ce triangle, Gina Santos. Pour elle, les hommes sont prêts à lui offrir les preuves d’amour les plus folles. Elle est si belle qu’elle provoque l’embrasement des cœurs, mais aussi réveille les instincts les plus vils.

« PMQ – L’élégance VoQale », l’éloquence du PMQ hardi

THÉÂTRE & CO
Libertin, licencieux, lubrique, osé, polisson, salace, leste, croustillant, gaulois, gaillard… et j’en passe. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le spectacle savoureusement transgressif « PMQ, l’élégance voQale », à découvrir sur la scène du théâtre des Deux Ânes. Empruntant copieusement au répertoire populaire des chansons paillardes, certaines datant même du XIIIe siècle, sept magnifiques artistes les revisitent a capella et en polyphonie tout en élégance de style et de voix. Qu’ils sont beaux ces sept fringants mercenaires à la solde du grivois, endimanchés dans leurs costumes chics, vocalisant complices, le geste débonnaire et l’œil frétillant sur des paroles lestes ! Derrière l’acronyme « PMQ » (pour « parité mon cul ») se cache un septuor féministe de grand talent : Olivier Andrys dit Olive (l’affable conciliateur), Geoffrey Bailleul (le crooner au cadogan), Joël Legagneur dit Jojo (le galopin sympathique), Pierre Marescaux (l’échalas timide et sérieux), Benjamin Riez dit Benji et Louis Lefebvre Legagneur (les rockers au minois fripon), et Brice Baillon (le frêle au cœur de stentor). Ce groupe créé en 2014, spécialisé dans le patrimoine paillard français, remet au goût du jour sans vulgarité aucune « La (célèbre) Bite à Dudule » ou « la Petite charlotte », dans des arrangements de Brice Baillon, des airs qui n’ont pas pris une ride !

« Reflets des jours mauves », Gérald Tenenbaum

CHRONIQUE
Dans ce neuvième roman, « Reflets des jours mauves », l’auteur mathématicien Gérald Tenenbaum nous convie à prendre place pour l’écouter. Élaborant une conversation à sous-ensembles qui interagissent, des rencontres ont lieu entre l’auteur et son lecteur, entre le professeur Lazare et son auditoire, et entre le passé de ce narrateur et son amour perdu. L’heure de la retraite a sonné pour ce généticien renommé. C’est peut-être aussi l’heure, pour lui, enfin, de se libérer du poids de sa découverte, qu’il a tenue secrète pendant trente ans et qui a précipité la perte de l’amour de Rachel. Se saisissant d’une demande d’interview comme d’une bouée de sauvetage, il se lance dans le bain des souvenirs tissés d’hérédité et de fatalité, dont les remous intérieurs n’ont cessé leur cogitation. Arrimé à ce besoin de confession, Lazare rembobine le film de sa carrière jusqu’à la rencontre qui a modifié sa vision du monde et sa trahison par excès de protection. Doit-on alerter l’être cher d’une mort possiblement imminente ? Les gènes peuvent-ils mentir ? Le hasard a-t-il sa part ?

« Main basse sur le magot », du rififi qui décanille !

THÉÂTRE & CO
Le Paname des années 30 reprend vie grâce à Julien Héteau, directeur du théâtre du Funambule Montmartre, en programmant la pièce d’Arnaud Cassand : « Main basse sur le magot ». Ce dernier s’est inspiré du « Fric-frac » d’Édouard Bourdet (de 1936) pour nous concocter aux petits oignons une histoire de cambriole, de monte-en-l’air, faisant sienne l’atmosphère des Tonton Flingueurs. La tension gravit les échelons du burlesque et réjouit le quidam averti et non averti. Car nul besoin de connaître sur le bout des doigts le langage argotique des titis parisiens et des malfrats des faubourgs pour être affranchi (informé). D’instinct, on pige tout. Il suffit d’ouvrir grandes les esgourdes. Cet argot est une poésie savoureuse qui s’épanouit en liberté inconditionnelle à travers un texte nerveux, imagé, qui fait canner (mourir) de rire. Les dialogues à la Michel Audiard associés aux situations cocasses se percutent à un rythme tonitruant. La comédie tend son fil narratif et pulse sans rompre jusqu’à la chute inattendue et libératoire….

« Jours de glace », Maud Tabachnik

CHRONIQUE
Dans son dernier opus « Jours de glace », Maud Tabachnik nous emporte avec force et humour noir dans une série de meurtres sauvages, à l’image des lieux les plus reculés, hostiles et farouches, du Canada, où se passe l’action. Woodfoll est une petite ville sans histoires de 25 000 habitants, aux confins du Manitoba, où le thermomètre ne dépasse pas les moins quinze degrés la moitié de l’année. Extrême le climat ! C’est pourtant cette atmosphère d’isolement et de glace que recherchait Louise Grynspan, dite Lou, pour se remettre d’une peine de cœur cuisante. En s’y installant, elle était loin de s’imaginer qu’elle vivrait à la fois les pires heures sanglantes de sa carrière et un coup de foudre aussi beau qu’inattendu, ou inespéré. Rudement et énergiquement mené, « Jours de glace » est un thriller haletant au suspense entretenu par moult rebondissements et chausse-trappes. L’horreur et la terreur, la sauvagerie et la mort sont omniprésentes, les quelques lumières du roman provenant d’un amour naissant entre Lou et Julia et la solidarité entre partenaires.

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