“Nature morte dans un fossé”, du polar théâtral noir, beau et utile

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Frissons et tension extrême sont au menu de « Nature morte dans un fossé ». Repris à la rentrée au théâtre du Gymnase Marie-Bell, ce polar noir est la satire d’une violence ordinaire faite aux femmes, le désenchantement d’une jeunesse fragilisée par les addictions, le trafic et les arrangements sexuels, avec en fil d’Ariane le labyrinthe des mauvais choix dans lequel se débattent les personnages. Ce militantisme intelligent focalise toute l’attention jusqu’au paroxysme du dénouement qui suscite révolte et incrédulité. Pourtant, quoi de plus crédible qu’une histoire vraie ! Un fait divers, comme on en voit trop : le meurtre d’Élisa Orlando, une jeune femme retrouvée, le corps nu martyrisé, dans un fossé entre Gênes et Milan. Comédienne et auteure, Wally Bajeux n’aime rien tant que créer beau et utile. Cette union fait la force de son adaptation du livre de Fausto Paravidino, auteur contemporain dont l’œuvre analyse les travers de notre société. Pour l’adapter, Wally Bajeux a misé sur une originalité narrative électrisante, qui pulse sans répit. En rendant les pensées des sept comédiens audibles, plus que du théâtre immersif, c’est une immersion intime dans l’esprit de chacun d’eux qui est instaurée. À leur insu, les spectateurs sont aimantés par des scènes au réalisme saisissant. Du beau théâtre, alliant puissance et originalité, opposant violence et finesse, comme on en voit rarement !

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“Ça reste entre nous”, un cœur à cœur irrésistible !

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Voici un binôme d’une valeur sûre, pour nous, spectateurs en quête de rires et de bonne humeur. Deuxième mise en scène d’Olivier Macé sur les textes de Brigitte Massiot, « Ça reste entre nous ! », au théâtre du Gymnase Marie-Bell, est bien parti pour faire durer le plaisir au-delà de la date fatidique de fin prévue le 28 avril 2019. Pour parfaire cette comédie échevelée se greffent à cette amitié de treize ans quatre trépidants comédiens habitués du boulevard. Michèle Garcia/Pierre Douglas et Isabelle de Botton/Bruno Chapelle forment deux couples proches de la cinquantaine qui marient leurs enfants respectifs. Mais il y a comme un hic au soir du mariage. Une révélation explosive fait chavirer l’existence de chacun, mais surtout leur façon de penser la vie. Les répliques sont autant de missiles de l’humour qui font mouche à chaque tir. Pas de répit entre les dialogues, c’est la tension qui grandit à mesure que l’impossible vérité se pare d’une réalité implacable pour les deux épouses : Jacques (Pierre Douglas) fait éclater au grand jour son amour pour André (Bruno Chapelle), amoureux et amants depuis deux ans. Loin de n’être qu’un vaudeville désopilant, ce texte n’a pas oublié d’être intelligent et de parler droit au cœur. « Ça reste entre nous » interroge les sentiments et leur durée, leurs faux-semblants et les petits arrangements avec soi pour ne pas voir. Un excellent pied de nez à la bien-pensance !

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“L’amour est dans le prix”, du vécu à revendre !

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La petite salle du théâtre du Gymnase Marie-Bell voit débarquer du vendredi au dimanche l’explosive troupe de comédiens qui s’éclate dans « L’amour est dans le prix ». Écrite comme une comédie sentimentale satirique par Thierry Boudry, la pièce inspirée de sa vie personnelle est surtout une comédie de mœurs. Non sans autodérision, elle retrace le parcours chaotique d’un éternel amoureux et de son évolution au fil des ans et des gifles à poings fermés. Car, le mariage n’est-il pas un vaste ring et les conjoints, des partenaires qui se muent en adversaires ? Brandissant le parti d’en rire par des réparties qui claquent à chaque reprise, l’auteur sublime ses amours et ses séparations à travers trois couples de comédiens qui donnent tout, de la dernière chemise à la petite culotte ! Ces six personnages vont se croiser, s’aimer et s’entre-déchirer à une période déterminée, qui semble être la même, jusqu’au surprenant gong final. L’auteur ne vous promet ni du sang ni des larmes, quoique… Mais du rire, de la nostalgie, de la cruauté, du cynisme, de l’infidélité, de l’amour vache folâtrant dans un pré carré entouré de paravents en plexiglas. Une pièce sous haute sobriété scénique où tout est suggéré. L’entreprise de pompes funèbres, le restaurant, le ring de boxe et la galerie de peinture : on s’y croirait !

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