« Déjeuner en paix », Charlotte Gabris

CHRONIQUE
Humoriste et comédienne, Charlotte Gabris fait paraître aux éditions Cherche-Midi un premier roman très réussi. « Déjeuner en paix » est un huis clos en plein air, pétillant et mordant, sur le regard critique des femmes entre elles. L’auteure met en scène deux jeunes femmes seules, assises chacune à une table d’une terrasse de café parisien à l’heure du déjeuner. L’une est Parisienne, sûre d’elle, aux airs supérieurs, elle attend son amoureux qui ne viendra pas ; l’autre est une provinciale fraîchement arrivée à la Capitale pour suivre un stage. Elle a remarqué cette jeune fille prétentieuse qui agit comme en terrain conquis, et dont elle envie l’enthousiasme, l’assurance, la façon de s’habiller, de rire, d’attendre. De son côté, pour tromper l’ennui, la Parisienne focalise sa mauvaise humeur sur ce qu’elle croit être une touriste solitaire qui fait semblant d’attendre quelqu’un pour ne pas montrer qu’elle est seule. Tout le long du déjeuner, les deux femmes jaugent l’autre en son for intérieur, se moquant crûment et durement, sans rédemption possible, de ce qu’elles pensent deviner de l’autre, de sa vie, de ses relations, de ses goûts, de ses aspirations. Bien entendu, les apparences sont trompeuses.

« Henri de Rothschild, un humanitaire avant l’heure », Nadège Forestier

CHRONIQUE
Issu de la branche anglaise de la famille Rothschild, Henri (1872-1947) avait un chemin tout tracé : la finance, toute la finance et rien que la finance ! Pourtant, son cœur généreux et enthousiaste, son ouverture d’esprit philanthropique et l’éducation stricte de sa mère l’ont tendu avec constance et force vers un autre destin : la santé et le bien-être de son prochain. Prenant pleinement à son compte la devise des Rothschild « Concordia, Integritas, Industria » (Union, honnêteté, travail), ce médecin collectionneur d’art et mécène a dédié sa fortune et dépensé son énergie sans compter tant pour le progrès social et humain que pour la création littéraire et artistique. Ainsi, sous le nom d’André Pascal, il a écrit pas moins de 39 pièces de théâtre, il a dirigé le théâtre Antoine et fait construire le théâtre Pigalle ! Malgré cela, l’œuvre, la personnalité, le nom de ce visionnaire à la vie si riche de sens est tombé dans l’oubli. Injustice que son arrière-petite-fille, la journaliste Nadège Forestier (Le Figaro, Paris Match…), a souhaité réparer en écrivant « Henri de Rothschild – Un humanitaire avant l’heure », une passionnante et instructive biographie parue aux éditions Cherche Midi.

« Les misophones », Bruno Salomone

CHRONIQUE
On connaît bien le jeu et l’humour de l’acteur Bruno Salomone, notamment dans la série télévisée « Fais pas ci, fais pas ça », mais un peu moins sa plume. Il eut été dommage de passer à côté. En publiant aux éditions Cherche Midi son premier roman « Les Misophones », Bruno Salomone reste fidèle à sa justesse et à sa drôlerie qu’il transpose à l’écrit. D’autant que son titre ne laisse pas sans intriguer. Qu’est-ce donc que ce néologisme médical dont 15 % des Français seraient atteints ? L’indisposition aux petits bruits du quotidien qui, dans la tête du misophone, peut prendre des proportions incontrôlables. Les bruits déclencheurs sont la mastication, les croustillements, les borborygmes, les toux, les reniflements… toutes ces musiques disharmonieuses du corps qui provoquent chez le misophone tout un éventail de réactions, du simple agacement à l’irascibilité violente. Et se raisonner ne sert à rien. Dans ce roman singulier à l’écriture alerte, l’auteur met en lumière une maladie non encore répertoriée, mais handicapante au point de vouloir devenir ermite… Quoique les bruits d’une nature, continuels, peuvent tout aussi bien taper sur les nerfs ! L’un des deux héros de Bruno Salomone en a fait les frais !

« À la folie », Clémentine Célarié

CHRONIQUE
Avec ce troisième ouvrage aux éditions du Cherche-Midi, Clémentine Célarié revient en force et en douceur sur un thème qui lui est cher. « À la folie » entraîne le lecteur dans le monde des « empêchés », comme elle le formule si pudiquement, c’est-à-dire des personnes internées dans des établissements psychiatriques. Avec son héroïne Marguerite, une vedette du petit écran en crise existentielle, elle jette une passerelle entre les vaillants et les accidentés de la vie. Elle y met beaucoup de sa fougue et de sa légèreté pour transfigurer sa Marguerite en pleurs en une Rita rieuse. Une histoire d’amour fou, total, vrai, unique, naît dans le dernier refuge des êtres retranchés du monde que Marguerite/Rita se donne pour mission de réveiller. L’aria entêtant des Souffrances de Werther (opéra de Massenet) rythme, au fil de la narration, les aventures des résidents, agissant comme un aiguillon sur leur cœur assoupi.

« Le Parlement des cigognes », Valère Staraselski

CHRONIQUE
Le 27 mai 2018, Valère Staraselski s’est vu remettre le prix de la Licra 2018 pour ce petit bijou Le Parlement des cigognes, un récit court et puissant qui ravive par réaction un souffle vital jusqu’au tréfonds de l’âme. L’auteur connaît la valeur des mots simples qu’il appose comme un baume sur une plaie de l’Histoire, mais qu’il sait temporaire face à une cicatrisation utopique. On ne guérit pas de la Shoah, on se relève et on essaye de vivre pour transmettre… si on y parvient. « Le Parlement des cigognes » est le témoignage d’un vieil homme qui a échappé au camp de concentration de Plaszow, à Cracovie, en Pologne, mais pas au ghetto. Dans l’Europe de l’Est, la haine des Juifs a généré massacres en règle et persécutions pendant la guerre… et même peu après la victoire des Alliés sur les nazis.

« Bombay mon amour », Charlotte Valandrey

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« Bombay mon amour » est un roman d’amitié entre trois femmes qui fait voyager dans une Inde envoûtante. Une fois n’est pas coutume, la comédienne et auteure Charlotte Valandrey ne nous offre pas un récit autobiographique sur un fragment de sa vie, comme ce fut le cas pour ses précédents ouvrages. Pour ce récit-là, elle puise dans le genre de l’autobiographie des éléments du réel pour créer sa première fiction… Elle réussit par ce stratagème à brouiller les cartes et à captiver du début à la fin le lecteur qui ne cesse de s’interroger : mais quelle est donc la part du réel ?

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