“Henri de Rothschild, un humanitaire avant l’heure”, Nadège Forestier

 

Extrait

“Attiré par tout ce qui est nouveau, il [Henri de Rothschild] comprend très vite les progrès fantastiques que le radium peut apporter à la médecine. Il part en quête de radium : 5 milligrammes, puis 25, puis 25 centigrammes de bromure de radium qu’il confie à l’équipe du professeur Fournier. Pas suffisant pour permettre une véritable avancée de leurs travaux. Aussi décide-t-il d’en extraire lui-même en créant une usine. C’est ainsi qu’il fonde en 1910 une petite entité sur l’île Saint-Denis, la Société anonyme des traitements chimiques. Pour la faire tourner, il recrute un chercheur du laboratoire Curie, Albert Laborde, ancien collaborateur de Pierre Curie dont la faible bourse ne permet pas d’assurer ses fins de mois. L’usine démarre modestement dans un local de 30 mètres sur 13. Devant le succès, elle s’agrandit et procure du radium au monde médical . (page 89.)

 

Avis de PrestaPlume “Coup de cœur”

 

Issu de la branche anglaise de la famille Rothschild, Henri (1872-1947) avait un chemin tout tracé : la finance, toute la finance et rien que la finance ! Pourtant, son cœur généreux et enthousiaste, son ouverture d’esprit philanthropique et l’éducation stricte de sa mère l’ont tendu avec constance et force vers un autre destin : la santé et le bien-être de son prochain. Prenant pleinement à son compte la devise des Rothschild « Concordia, Integritas, Industria » (Union, honnêteté, travail), ce médecin collectionneur d’art et mécène a dédié sa fortune et dépensé son énergie sans compter tant pour le progrès social et humain que pour la création littéraire et artistique. Ainsi, sous le nom d’André Pascal, il a écrit pas moins de 39 pièces de théâtre, il a dirigé le théâtre Antoine et fait construire le théâtre Pigalle ! Malgré cela, l’œuvre, la personnalité, le nom de ce visionnaire à la vie si riche de sens est tombé dans l’oubli. Injustice que son arrière-petite-fille, la journaliste Nadège Forestier (Le Figaro, Paris Match…), a souhaité réparer en écrivant « Henri de Rothschild – Un humanitaire avant l’heure », une passionnante et instructive biographie parue aux éditions Cherche Midi.

Bien né, Henri de Rothschild aurait pu se contenter de reprendre le flambeau du capital pour le transmettre, à son tour, à ses descendants. Son caractère façonné par l’absence d’un père décédé trop tôt et la présence d’une mère à la piété directive le pousse irrésistiblement et totalement vers une vocation tout autre : le bien social. Touché par la pauvreté et la souffrance dès son plus jeune âge, ce médecin observateur, aussi bien curieux qu’ingénieux, se lance dans de multiples projets pour faire progresser la médecine. Il crée une laiterie philanthropique « La Goutte de lait » pour enrayer la mortalité infantile. Puis finance la construction de la polyclinique Marcadet, à Paris, où les soins sont gratuits. Passionné par les voitures, il participe à des courses automobiles, puis fabrique des ambulances durant la guerre 14-18 avec sa société Unic. Mais sa prodigalité s’exprime le mieux dans son investissement sans faille dans les recherches de Marie Curie sur le traitement du cancer, notamment en offrant le si précieux radium qu’il paye un prix faramineux. Et bien plus encore jusqu’à son dernier souffle !

« Henri de Rothschild – Un humanitaire avant l’heure » est un ouvrage précieux qui éclaire avec précision un investissement financier et humain, inouï par la générosité déployée et formidable pour le progrès du bien commun. Nadège Forestier nous fait connaître cette personnalité méconnue au travers d’une biographie fascinante, qui se lit comme un roman d’aventures. Elle dépeint avec tendresse et méthode un homme viscéralement concerné par la misère, précurseur dans bien des domaines, contribuant à l’avènement de progrès tant médicaux que sociétaux. Ce récit s’inscrit pleinement dans son époque, qui s’annonçant belle et prometteuse en évolutions, voit dans le même temps la montée de l’antisémitisme qui se cristallise avec l’affaire Dreyfus et les crispations politiques européennes qui vont déboucher sur l’horreur de la Grande Guerre. À la fin de cet ouvrage, on ne peut s’empêcher d’imaginer, avec effroi, ce que le monde serait devenu sans la prodigalité d’un tel personnage, tant il a pallié l’incurie des gouvernements successifs à donner aux plus démunis l’accès aux soins.

Nathalie Gendreau

 

Éditions Cherche Midi, 27 septembre 2018, 240 pages, à 20 euros.

 

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