« Le dernier juif de France », Hugues Serraf

LITTERATURE
Titre aussi ambitieux qu’intrigant, « Le Dernier juif de France » (éd. Intervalles) est une satire sur notre société et la marche du monde. Le héros narrateur de ces temps post-modernes est un journaliste juif en fin de carrière, la cinquantaine chauve, blasé et un rien narquois, en couple avec une chef de la publicité, plus jeune, intelligente et… musulmane. Son principal challenge dans la vie est d’arrêter d’essayer d’arrêter de fumer et d’enfourcher son vélo le week-end. Critique de cinéma à Vision, il voit d’un œil moqueur l’arrivée dans la rédaction du nouveau grand manitou qui promet le Grand soir, version 3.0, et qui entend soulever la poussière des bureaux. Bref, la rédaction est devenue un endroit où les vieux de la vieille ne cultiveront plus leur paresse. Place au sang neuf ! Cette génération ultra vitaminée et je-sais-tout a pour délicate mission de tirer vers le néo-progressisme cet hebdomadaire déclaré ringard. Il en va de la survie du journal. Le ton critique, l’humour grinçant, provocateur et décomplexé, Hugues Serraf se fait le chroniqueur impitoyable d’un métier qui se transforme et d’une époque tumultueuse où les repères sont enterrés sans cérémonie d’adieu. Ni égards ni reconnaissance pour les anciens. L’auteur et journaliste joue avec intelligence et drôlerie avec les travers de notre société pour servir son propos sur un plat d’argent. Un pur délice !

« Stella Finzi », Alain Teulié

CHRONIQUE
Du nouveau roman d’Alain Teulié, « Stella Finzi », s’élèvent toute la gravité et la mélancolie de l’air de Vivaldi « Sposa son disprezzata » (Epousée, mais méprisée). Cette aria envoûtante accompagne le lecteur dans un huis clos émotionnel intrigant, où s’installe un jeu de séduction inhabituel entre la pétillante Stella Finzi et le sombre Vincent. Stella Finzi est une riche romaine, cultivée, intelligente, mais étonnamment laide. Elle s’entiche de Vincent, un écrivain français à la dérive, qui ne croit plus en rien ni en lui. Il attend d’avoir dilapidé la fortune de son père à Rome pour s’offrir la mort. S’il ne sait pas encore de quelle manière, il sait où. La Ville éternelle n’est-telle pas un théâtre magnifique pour soigner sa sortie ? Mais sa rencontre avec Stella Finzi, qui l’accoste et s’impose, bouleverse le funeste dessein qu’il s’était si paresseusement tracé. Comédien, journaliste, romancier et dramaturge, Alain Teulié se livre avec ce huitième roman à un exercice de style poétique riche et épuré, où s’entrelacent le beau et le laid, le désir et le dégoût, la vie et la mort. Il parvient à une harmonie narrative, où la mélancolie le dispute au baroque, le romantisme à l’équivoque.

« Une blouse serrée à la taille », Gérald Sibleyras

RÉSUMÉ
Des souvenirs, Emma en a à la pelle, de quoi remplir une remorque entière. Il y a bien sûr quelques souvenirs heureux, en famille, aux côtés de ses parents et de son frère, alors qu’elle observe avec son regard d’enfant la montée du nazisme auquel elle adhère avec cœur. Il y a aussi ces souvenirs que le temps ne peut alléger, que l’adulte garde au plus profond de soi, enfouis sous les ruines d’un passé. Emma évoque la déclaration de guerre, l’inquiétude pour ce frère engagé, les bombardements, la faim, puis la défaite et ses conséquences directes et concrètes avec l’entrée des Russes à Berlin. Leur mauvaise réputation les précédant, les mères cachaient leurs filles pour prévenir le viol qui se finissait souvent par un meurtre. L’occupation militaire puis la dictature communiste se sont ajoutées à celle du nazisme où il a bien fallu composer avec les nouvelles règles et les délateurs zélés. Une fois adulte, le tempérament impétueux d’Emma s’est mal accommodée à cette époque où la sécurité était menacée à la moindre observation contre le régime. Alors, il y a eu l’exil pour sauver sa peau, juste avant la fermeture des frontières, et ce sentiment de ne plus appartenir à un pays. Ni au pays d’adoption qui la verra toujours comme une Allemande ni au pays natal qui ne la reconnaissait plus comme un des siens. Broyée par l’histoire d’un pays vaincu, Emma gardera longtemps cette nostalgie d’un futur défiguré.

« Les trois vies de Miss Belly », Judith Rapet

CHRONIQUE
« Dans un tiroir, quelques vieux papiers avaient attiré mon attention : des lettres d’un autre temps, quelques photos de cette Belle époque qui me fait tant rêver et une coupure de presse au papier jauni… » Et si le malheur se léguait de mère en fille, comme s’ajoutant au trousseau de mariage, bien tapi entre les bijoux de famille et les espoirs de bonheur, attendant son heure pour frapper ? Justine, la narratrice des « Trois vies de miss Belly », aux éditions De Borée, investit son roman familial pour rompre ce maléfice génétique. À l’appui de son enquête pour reconstituer la vie – surprenante et originale pour l’époque – de son aïeule Célestine Belly (1870-1957), l’auteure nous livre la destinée mouvementée d’une couturière talentueuse et ambitieuse, qui quitte sa Charente natale pour traverser l’Atlantique avec son amant afin de fuir la violence conjugale. Outre ce travail de mémoire personnel, ce roman offre une immersion documentée dans l’époque fascinante entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe dans la France rurale et l’Eldorado américain, à cheval entre le conservatisme et le modernisme. D’emblée, le lecteur est transporté par cette biographie romancée qui ne connaît aucun essoufflement, à l’instar de son héroïne dont le caractère indépendant et « fleur bleue » fait étrangement bon ménage.

« L’énigme de la chambre 622 », Joël Dicker

Couverture de L'énigme de la chambre 622 de Joël Dicker Editions de Fallois

CHRONIQUE
Cinquième roman aux Éditions de Fallois, L’Énigme de la chambre 622 de Joël Dicker navigue entre polar et comédie, avec des rafales de burlesque. À l’image des précédents succès mondiaux, il engloutit tout ce qui est à sa portée : le temps, les pages, les impatiences, et les personnages qui tourbillonnent dans ce vortex imaginaire de la narration. Seule l’histoire s’ancre dans le présent du lecteur qui se nourrit de suspense, d’espionnage, d’amours contrariées et de secrets de famille. Étourdissant, sans conteste. Par la complexité des histoires qui chevauchent en parallèle, par l’intrigue à nombreux tiroirs, par les retours incessants dans le temps et les non moins nombreux personnages aux traits outranciers, peu convaincants. Cette valse du grand tout donne le tournis. Si ce n’était l’envie indéracinable de découvrir le nom de l’assassin de la chambre 622 – et en corollaire celui de la victime ! – et le mobile, l’avalanche de fausses pistes et de chausse-trappes nous ferait tomber des mains ce pavé de 600 pages. Mais voilà, l’envie de savoir est la plus forte. Alors, on se tient aux branches. Au pire, on revient en arrière… ou en avant, pour faire coïncider les dates et les faits et se remémorer la place de chacun dans l’échiquier narratif. Alors, avec une frénésie obstinée, on tourne les pages pour savoir qui a tué qui, dans la chambre 622 d’un palace suisse où réside un écrivain en villégiature pour quinze jours. « L’Écrivain », qui s’appelle Joël Dicker, mène l’enquête avec la charmante Scarlett, sa voisine de chambre aussi curieuse qu’entreprenante. D’ailleurs, la danse, n’est-ce pas elle qui la mène ?

« Miroir de nos peines », Pierre Lemaitre

Miroire de nos peines Pierre Lemaitre

CHRONIQUE
Avec son troisième opus fouillé et épique, Pierre Lemaitre achève son admirable chronique sociale couvrant la période des deux guerres mondiales. Entamée avec « Au revoir là-haut » (Prix Goncourt 2013) qui a mis en lumière les Gueules cassées avec l’incroyable arnaque aux monuments aux morts, cette chronique s’est complétée de Couleurs de l’incendie en 2018 qui abordait l’émancipation d’une bourgeoise dans la tourmente de la crise économique des années 30. Parachevant cette fresque romanesque, « Miroir de nos peines » offre une plongée palpitante dans la « drôle de guerre » qui a précédé la débâcle. Tel les feuilletonistes du XIXe siècle, l’auteur nous donne à revivre les grandes – et petites – heures de l’histoire par la lorgnette de personnages attachants par leurs bontés d’âme, mais aussi par leurs vices qui inclinent tout autant à la sympathie. Il nous donne à voir leur destinée chahutée par les événements et aussi à comprendre, à grands traits précis et circonstanciés, l’humiliation de la France qui a conduit à l’Exode. Secrets de famille et destins contrariés sont les deux moteurs de ce roman passionnant qui se déguste avec curiosité et gourmandise.

« La cuisine du 6e étage, du piano au réchaud ! », Nathalie George

CHRONIQUE
À l’image de son format longiligne, « La cuisine du 6e étage, du piano au réchaud », de Nathalie George, paru dans la récente maison d’éditions Herodios, est un bel objet de lecture, tout en élégance et saveurs. Construit en trois actes, ce livre de cuisine s’inspire des recettes françaises et italiennes familiales et du parcours de vie de l’auteure qui l’a vue traverser le monde jusqu’au Japon, là où elle a suivi les débuts de Joël Robuchon à Tokyo. L’auteure n’est pas une cheffe étoilée ni une critique gastronomique, mais une directrice artistique dans les domaines de la maison, de la culture et des voyages. Toutefois, elle pourrait l’être tant la cuisine, la vraie, simple et savoureuse, faite aussi à partir de restes, est constitutif de sa vie, et – devrais-je dire – de celles de générations de femmes de sa famille avant elle. Comme Gilberte ou « Gigi », sa grand-mère auprès de laquelle elle a puisé tout le savoir, en l’observant et imitant ses gestes précis et amoureux. Dans la famille, la cuisine est un savoir-faire et un savoir-être qui se transmet comme le plus précieux talisman. Un héritage universel, mais si propre à chacun que Nathalie George l’élève en école de vie.

« La jeune fille au chevreau », Jean-François Roseau

Livre roman

CHRONIQUE
L’amour est-il l’excuse à tout, et surtout pour ne rien faire ? Jean-François Roseau s’empare de ce thème pour le projeter dans une époque aux contrastes terrifiants, sourdement excessive. Dans « La jeune fille au chevreau », aux éditions Bernard de Fallois, « le petit Pygmalion » est un adolescent de quinze ans, réservé, sensible à la beauté et fou de dessins. Sans une once d’agressivité ni de témérité, il entre de plein fouet dans les troubles de l’occupation allemande, qui révèle les extrêmes et muselle les tièdes. Inspiré d’un fait réel, l’auteur s’est approprié les douleurs de ces terribles années pour magnifier une histoire d’amour aussi commune que malsaine en un pur moment de lecture. À trente ans, celle qui fut la gracieuse jeune fille au chevreau aux courbes graciles parfaites – que l’artiste Marcel Courbier a réellement immortalisée dans une sculpture célèbre à l’époque – a gardé son immense pouvoir d’attraction. Ils sont nombreux ceux qui aspirent à l’approcher, les Français comme les Allemands. Le petit Pygmalion compte parmi ces transis de désir, même si la belle dame semble préférer dispenser ses charmes aux Occupants. Mais, à côtoyer assidûment la dame, le petit Pygmalion se compromet et marche d’un pas résolu à sa perte.

« La Clé », Anaïs Maquiné-Denecker

CHRONIQUE
Après un premier roman sur l’envers du décor du monde télévisuel (Pour quelques minutes de célébrité), la journaliste et productrice de télévision Anaïs Maquiné-Denecker s’essaye au polar domestique, maniant une plume aussi vive et piquante que les embruns. Avec « La Clé », roman paru aux Éditions des Falaises, l’auteure nous projette en Normandie, dans la station balnéaire de Deauville. Tenant par-devers elle cette « clé » qui ouvre la porte des révélations, elle parvient à ménager le suspense. Jusqu’au bout, on ne sait si Emma s’est suicidée ou si elle a été victime d’un meurtre. Les pistes sont multiples, toutes probables, les suspects sont légion. Il faudra l’entêtement de Julie, qui refuse de croire à la fugue de sa sœur, pour que se dessine enfin le début d’une réponse… inattendue et rondement menée. Grâce à des chapitres courts, chacun se focalisant sur l’action d’un des personnages, le lecteur engrange des informations dont Julie n’aura pas accès pour sa propre enquête. Malgré ce niveau d’information différent, le lecteur et l’héroïne parviennent de conserve jusqu’à l’imprévisible dénouement. Cette structure, la trame et la dimension psychologique bien maîtrisée contribuent à faire de ce premier polar une jolie réussite.

« Tuer est un art », Philippe Grandcoing

CHRONIQUE
Troisième opus de Philippe Grandcoing, « Tuer est un art », paru aux éditions De Borée, vous embarque une fois de plus dans une enquête dans le milieu de l’art. Plus exactement, de l’impressionnisme. À la requête expresse de Clemenceau, l’antiquaire Hippolyte Salvignac et l’inspecteur Jules Lerouet se retrouvent à pister un tueur qui s’amuse à laisser des cadavres, là où Claude Monet a peint ses plus belles séries, de Giverny à Crozant. Nous sommes en 1908, l’année où est mystérieusement assassiné le peintre Steinhel, beau-frère de Monet et dont la femme était la fameuse maîtresse du président Félix Faure, celui-là même qui expira comme un bienheureux dans ses bras. Monet est très inquiet de tous ces décès violents autour de lui. Les deux compères et amis risqueront le tout pour le tout pour connaître le fin mot de l’histoire. Entre fiction et réalité, Philippe Grandcoing nous projette dans un début de siècle captivant, où les nouveaux artistes révolutionnent l’art et la manière de l’appréhender. Historien spécialiste des XIXe et XXe siècles, l’auteur s’y entend également en art en nous le donnant à voir et à le concevoir.

« L’Été des quatre rois », Camille Pascal

CHRONIQUE
Le confinement est propice au temps long, ce temps qui se savoure sans précipitation. Il permet de se jeter à l’assaut d’un poids lourd de littérature, au propre comme au figuré : « L’Eté des quatre rois », de Camille Pascal, paru chez Plon. Cette fresque historique passionnante de 643 pages, à lire comme un polar, s’est vu récompensée par le Grand Prix du roman de l’Académie française 2018. En droite ligne des mémorialistes, cet agrégé d’histoire et haut fonctionnaire français signe un ouvrage d’une précision d’horloger sur la révolution de 1830 connu sous le nom des « Trois Glorieuses ». Il relate par le menu et par le prisme de nombreux personnages historiques (politiques, écrivains, journalistes, diplomates…) ce temps extrêmement court – un été caniculaire –, mais d’une intensité insensée, où le peuple français se soulève en juillet 1830 contre son roi Charles X. Par la convergence des manigances politiques et de la main malicieuse du hasard, Louis-Philippe d’Orléans, fils de Philippe-Égalité (le régicide ayant prononcé la peine capitale de son cousin Louis XVI), devient-il lieutenant général du royaume avant d’accepter, presque contraint et forcé, les deux héritages antagonistes de la monarchie et de la République… après l’abdication de Charles X, de son fils Louis XIX et de son petit-fils Henri V.

« La consolation de l’ange » de Frédéric Lenoir

CHRONIQUE
« L’obstacle au bonheur n’est pas la réalité, mais la représentation que nous en avons », nous explique Frédéric Lenoir, dans son dernier roman « La consolation de l’ange », paru aux éditions Albin Michel. Avec une cinquantaine de livres tirée de l’inépuisable veine de la philosophie initiatique, l’auteur prolixe sonde encore les profondeurs des âmes… et des morts. Usant de la conversation comme moyen narratif, il fait avancer ses deux personnages par la pensée, échangeant des réflexions sur la fin de vie, les expériences de mort imminente, mais aussi sur l’élan de vie et la quête de cette joie intérieure qui devrait être innée et sans fond. Il fait se rencontrer dans une chambre d’hôpital une octogénaire mourante (Blanche) et un jeune homme (Hugo), rescapé d’une tentative de suicide. La première respire la vie, le second n’y voit aucun sens. Astucieux – néanmoins convenu – stratagème qui permet de confronter des avis divergents, l’un cherchant à convaincre l’autre de sa vérité, lui ouvrant le chemin de la consolation pour entrevoir un lendemain en promesses. Même si ce roman est très agréable à lire et l’histoire émouvante, il pèche néanmoins par son manque d’originalité. Sinon, rien de nouveau de l’au-delà.

« Louise des Ombrages », Yves Viollier

CHRONIQUE
« Louise des Ombrages », paru aux Presses de la Cité, nous invite dans le sud de la Vendée, au Taillée, près de Chaillé-les-Marais, où les terres sont parcourues de canaux qui se transforment en îlots lors d’inondations. C’est « la Venise verte », un monde de silence et de solitude, dont les habitants se sont accommodés au fil des siècles au point de lui ressembler. En l’année 1936, ce lieu est le théâtre d’un drame inexpliqué : l’artiste peintre Marie Renard (1908-1936), vouée à un avenir prometteur, est retrouvée morte avec son père, tous les deux asphyxiés à l’oxyde de carbone. Le double suicide provoque la stupeur des villageois et la réprobation du curé. Aimant broder des romans autour de faits réels, Yves Viollier s’est inspiré de ce fait divers pour tisser une fiction poignante qui ménage une fin entre douceur et violence, à l’image de la contrée. Le lecteur est pris en otage entre ces ombres et lumière, entre ce ciel et cette terre d’eau à l’horizon flottant. Par son talent de description, l’auteur nous fait aimer une campagne reculée aux couleurs changeantes que peint Louise Bernard, sa tragique héroïne. Il brosse avec sobriété et délicatesse une famille unie, aimante, peu à peu néantisée par la guerre 14-18 et ses conséquences, la faillite… et l’absolu de leur amour.

« L’affaire Clara Miller », Olivier Bal

CHRONIQUE
Après ses deux opus fantastiques sur la maîtrise des rêves, Olivier Bal se lance dans le pur polar, du noir qui révèle la face grise d’êtres qui se débattent dans leurs rêves : de gloire, de reconnaissance, de liberté. Reprenant une construction qu’il manie d’une main de maître, l’auteur propose dans « L’affaire Clara Miller », aux éditions XO, un roman choral à rebondissements et à double temporalité d’une grande efficacité. L’intrigue à plusieurs niveaux de lecture est bien charpentée, tout se tient. Les personnages sont attachants malgré leurs travers, car la psychologie de chacun est finement travaillée en ce sens. Les chapitres courts et denses se donnent le témoin dans cette course au dénouement haletant. Tout commence par des jeunes femmes retrouvées noyées en deux ans sur les berges du lac rebaptisé « le Lac aux Suicidées ». Parmi ces malheureuses, Clara Miller, une journaliste que Paul Green a connue sur les bancs de la Fac et dont il était amoureux en secret. Il ne croit pas à la thèse du suicide. Ce journaliste, reporter de presse people, est persuadé que le tueur est Mike Stilth, une rock star à la renommée internationale qui vit non loin, dans une forteresse appelée Lost Lakes, avec ses deux enfants reclus.

« Mamma Maria », Serena Giuliano

CHRONIQUE
Un an après le succès de « Ciao Bella », Serena Giuliano récidive avec « Mamma Maria », aux éditions Cherche Midi. Une nouvelle fois, l’Italie est mise à l’honneur, parée d’amour et de poésie, mais aussi d’engagement. L’auteure italienne nous projette dans un village proche de Salerne, au sud de Naples, où il fait bon respirer l’air méditerranéen sur la côte amalfitaine. Dans ce roman choral, nous suivons les pensées de deux femmes, Maria et Sofia, unies par leur culture et leur attachement mutuel, qui tentent de reprendre leur vie en main. D’un premier abord léger – sentiment provoqué par le plaisir charnel de l’auteure à décrire par le menu les plats et l’ambiance typiques de « Mamma Maria », le bar du village –, le roman commençant par l’histoire d’un amour en suspens emprunte un chemin inattendu, plus complexe, proche du réel. Dans une Italie qui ferme ses frontières aux migrants, une Lybienne nommée Souma, enceinte et mère d’un enfant âgé de deux ans, va trouver refuge dans ce village. Plus exactement dans le poulailler de Franco. Ce veuf octogénaire sans enfant se met alors en tête de les héberger, bien que sachant les opinions tranchées contre les migrants d’une majorité des habitants. Quels événements vont déclencher la découverte de cette « étrangère » ? Du bon sentiment, de la force de persuasion, de la fraternité, de la tolérance et un très bon moment de lecture.

« En haut de l’affiche », Fabrice Châtelain

CHRONIQUE
À quelles compromissions est-on prêt pour se hisser « En haut de l’affiche » ? Dans le premier livre de l’avocat Fabrice Châtelain, paru aux éditions Intervalles, vous le saurez… le sourire aux lèvres. Délicieuse satire du milieu cinématographique, ce roman joue sur des quiproquos qui tombent en rafales et entraînent Vincent, ce héros malgré lui, dans une spirale descendante. Auteur d’un scénario, cet être bourrelé de complexes rêve de célébrité. Il croit y parvenir lors d’un vernissage d’art contemporain, où il espère briller au bras de la séduisante et ambitieuse Noémie qui le prend pour un grand critique d’art free-lance. Dans son roman, Fabrice Châtelain porte un regard cru et acerbe sur les milieux du cinéma et de l’art contemporain tout en se faisant le procureur de ces prétendus artistes enflés de pouvoir, imbus d’eux-mêmes, rompus aux faux-semblants et aux artifices. Il nous les montre en flagrant délit de déconnexion de la réalité, coupables au point de se servir du malheur de la société pour l’emballer dans du politiquement correct nauséabond et ridicule. Les personnages sont truculents, tantôt attendrissants, tantôt pitoyables, à la moralité à géométrie variable. Bref, terriblement humains. Le traitement original du sujet et l’inclémence du propos, amplifiés par un style au couperet, transforment ce coup d’essai en un très agréable moment de lecture.

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