« Lettre à Moïse – Itinéraire contourné d’un juif de Hongrie », Rémi Huppert

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Parvenu à un stade de son existence, le besoin de regarder en face le passé est irréfrénable. La plume démange. Les idées affluent. L’émotion submerge. Quand le moment se présente en toute humilité, il est juste. L’écriture en devient fluide et la lecture prend une saveur toute particulière. Dans « Lettre à Moïse – Itinéraire contourné d’un juif de Hongrie », aux Éditions du Petit Pavé, l’écrivain et essayiste français Rémi Huppert se plie au délicat exercice de ce retour sur soi, sur sa branche paternelle. Pour lui, il s’agissait de « se hâter de bien faire ». En quête de ses origines, l’auteur revient sur son ascendance et plus particulièrement sur les traces de son grand-père Moïse, en Hongrie. Grâce à ces recherches patientes et opiniâtres et aux témoignages d’une famille éclatée aux États-Unis et en Europe, il redessine le parcours de cette fratrie des Huppert aux trajectoires d’exilés si différentes, fuyant « les rejets xénophobes ». Il découvre à cette occasion que son patronyme est un nom d’emprunt au XIXe siècle. À la lecture de ce cri d’amour pour les siens, on ne peut qu’être ému et reconnaissant à l’auteur d’avoir partagé un roman familial douloureux, en toute délicatesse et authenticité.

« L’Affaire Pavel Stein », de Gérald Tenenbaum (Editions Cohen & Cohen)

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Gérald Tenenbaum est un mathématicien, chercheur et professeur. Sa spécialité, les probabilités. Son credo, le dessous des nombres, avec lesquels il entretient une relation fusionnelle, les amadouant, les cajolant, les imaginant avec une fonction différente de celle d’additionner, de soustraire ou d’échafauder des statistiques. Y aurait-il dans l’essence des nombres et leur union kabbalistique – ou tibétaine – la naissance universelle d’une autre voie qui conduirait l’être pensant à se considérer autrement ? Peut-être comme l’élément d’un tout, à moins que cela soit la duplication d’un tout… ? « L’Affaire Pavel Stein », paru chez (Cohen & Cohen), est une curiosité littéraire mystique qui révèle toutes les interrogations d’un homme à la spiritualité exacerbée, cherchant à concilier le hasard et la rationalité. « Faire le vide est une source de sens », fait-il dire à son personnage Pavel Stein, un cinéaste reconnu pour ses œuvres sur la mémoire, le manque, l’absence, le vide et, fatalement, la mort. Une phrase qui donne la tonalité d’un livre puissant, nécessitant une exigence d’ouverture de la part du lecteur à la hauteur de l’exigence de la pensée de l’auteur. L’histoire d’amour bâtie en parallèle est le révélateur qui donne de la couleur à cet instantané philosophique. L’intrigue avance doucement, glissant presque comme des patins sur le parquet, se faisant à la fois caresse et décapage. Une belle leçon de lenteur qui fait du lecteur gourmand un gourmet.

« La Danse de la tarentule », Claire Blanchard

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Claire Blanchard est professeur de français et auteure jeunesse. Avec « La Danse de la tarentule », elle nous conte l’emprise dans sa plus pure et terrifiante expression. Celle d’une mère vis-à-vis de ses enfants, Émilie et Jean-Baptiste. À la fois puissant et déchirant, ce roman se lit d’une traite, dans un souffle haletant, où l’espoir point à chaque rebondissement. À l’image de la petite Émilie qui balance entre adoration et détestation de cette mère qu’elle appelle « instance maternelle », le lecteur oscille entre peine et admiration pour cette fillette qui aspire à la tendresse. On s’attend, comme elle, à ce que la raclée soit la dernière et que la mère, sincèrement contrite, ne lèvera plus la main sur ses enfants. L’auteure décrit dans le menu avec une crudité désarmante l’escalade de la perversité d’une mère, issue d’une famille non moins malsaine, et son comportement erratique aux humeurs changeantes soudaines et violentes incompréhensible pour une enfant affamée d’amour, prête à tout pour satisfaire une mère vindicative, névrotique. Si le sujet de ce roman est lourd et perturbant, la lecture n’en reste pas moins agréable, car l’enfant met en place un système de défense inventif et énergique. Si parfois l’adolescente qu’elle est devenue se dresse face à l’injustice, calquant les réactions éruptives de sa mère, elle transcende la douleur affective et physique à travers des passions artistiques. Si la lecture est aussi agréable et passionnante, c’est parce que l’auteure déploie un arsenal de délicatesse et de pudeur dans son écriture.

« Le premier amour est-il éternel ? », Geneviève Senger (Les Presses de la Cité)

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Selon une étude britannique en 2016 rapportée par le site Passeport Santé, six personnes sur dix pensent encore souvent à leur premier amour et quatre sur dix auraient même conservé « des sentiments » pour lui ou pour elle. Le dernier roman de Geneviève Senger, « Le premier amour est-il éternel ? », aux Éditions Les Presses de la Cité, se penche justement sur la force d’un premier amour après l’usure du temps et de l’absence. Par définition, un premier amour est grand, unique, éblouissant, exclusif, inoubliable. Toujours idéal et magnifique, surtout a posteriori. L’auteure, fidèle à son écriture sur la richesse et la diversité des relations humaines, surfe sur plusieurs thèmes porteurs comme les secrets de famille et la vie de couple, sur ce qu’est le véritable amour, ce que vaut la raison quand les souvenirs exultent, malgré soi, à la faveur d’une facétie du destin. L’écriture virevolte dans un tourbillon de bons sentiments. On se laisse facilement emporter par le mal-être de l’héroïne qui nous attache à elle au fur et à mesure des révélations. Sans parler de suspense, la tension est maintenue jusqu’au bout et tient en haleine le lecteur. Devinez la fin n’enlève rien à la qualité de l’histoire, à la profondeur des personnages et à l’envie d’aller jusqu’au bout de cet amour éternel qui vient réparer le passé.

« Pour l’amour de : le Dauphiné », Évelyne Dress (Éditions Magellan & Cie)

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Dans ce dernier opus « Pour l’amour de : le Dauphiné », aux éditions Magellan & Cie, Évelyne Dress s’invite chez vous pour vous susurrer à l’oreille la beauté de sa région, le Dauphiné. Habitués de ses romans, fortement ancrés dans la terre et ses racines familiales, les lecteurs fidèles ne seront pas dépaysés par cet essai touristique qui, loin d’être un pensum de l’Office du tourisme, a été construit comme une balade dans les souvenirs et sur les chemins chers au cœur d’enfant de cette auteure prolixe. Cet ouvrage, très léger dans un sac de plage, est la lecture idéale sur les lieux de vacances, que l’on soit à la montagne, en campagne ou à la mer… Il vous fera voyager sur cette route Napoléon que l’auteure affectionne tant et qu’elle vous propose de parcourir en sa compagnie, en mêlant savamment souvenirs personnels et histoire de France. Un pari osé, qui ne relève ni du narcissisme ni de l’opportunisme. C’est au contraire un chemin détourné par lequel l’expression « école buissonnière » prendrait une connotation positive. N’apprend-on pas mieux loin des balises du conformisme qui vous dicte quoi et surtout la manière d’apprendre ? Avec Évelyne Dress, on se sent en terrain ami pour découvrir l’histoire et la géographie de son berceau familial qui fut rattaché à la France en 1349. C’est donc une belle et longue histoire d’amour qu’il vous est proposé de découvrir !

« La Dame au cabriolet », Guiou & Morales (Serge Safran éditeur)

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Délicieux et réjouissant pastiche que nous offre le duo de chic et de choc, Dominique Guiou et Thomas Morales, avec « La Dame au cabriolet », aux éditions Serge Safran. Mademoiselle Yvonne Vitti – eh oui, Yvonne ça claque aussi bien qu’un Maigret ou un Rouletabille, n’est-il pas ? – est notre détective privée version « Old School », comme elle se décrit, engoncée dans l’indémodable tailleur Chanel bleu marine. Ancienne actrice qui n’a pu accéder à ses rêves d’immortalité, cette célibataire mollement endurcie s’est reconvertie dans ce métier avec la passion du débutant. Elle n’aime rien tant que sortir sa Saab 900 cabriolet jaune poussin, un coup de foudre qui n’a rien de discret pour une filature. Qu’importe quand on a l’ivresse de se jeter dans les emmerdes qui, pour lors, prennent la forme d’un « Bel Orlando » au corps de rêve et aux yeux de braise ! Prise entre la recherche du frère de ce beau gosse, qu’elle aimerait bien mettre dans son lit, et la filature d’un mari volage dont les écarts de conduite se révèleront bien plus corsés, voire dangereux, l’exubérante Yvonne ne sait où donner de la tête. Mais quand elle assiste à un règlement de compte dans des entrepôts à Montrouge et qu’elle subtilise une mallette remplie d’argent, là, elle la perd carrément. Guiou & Morales s’amusent tout en nous régalant avec ce polar enlevé et déjanté.

« Le Temps de l’enfance », Yves Viollier (Les presses de la Cité)

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Le nouveau roman d’Yves Viollier est un petit bijou d’instantanés du passé, où la voix de l’enfant se marie avec celle de l’adulte. « Le Temps de l’enfance » se découvre au fil de neuf histoires d’hommes et de femmes qui ont aidé à faire grandir le petit Antoine. Pour lui, ils sont le socle de son ouverture au monde et aux petits riens de la vie qui font la sève des relations. En miroir de sa propre enfance, l’auteur rend hommage à celles et ceux qui, par leur façon d’être et leurs sentiments, ont eu une incidence directe ou indirecte sur sa vie balbutiante. Dans ce nouvel ouvrage, il dresse des portraits de personnages aux vies ordinaires, plus vraies que nature, simples et rustiques, sans jugement, avec la tendresse de la reconnaissance. L’écriture emporte le temps du présent et nous projette dans une sorte de bulle intemporelle, apaisante et réconfortante. La beauté du verbe et sa résonance sur soi s’y déploient sans rien perdre de sa force évocatrice.

« Le Tigre, le Vert Galant, la perfide Albion et les autres… Les surnoms au fil de l’histoire », Daniel Lacotte (Christine Bonneton Éditions)

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On pense avoir fait le tour de la langue française et de ses thématiques. C’était sans compter sa richesse infinie et l’imagination espiègle de Daniel Lacotte. Pour notre plus grande joie, le lexicographe écrivain publie son dernier ouvrage « Le Tigre, le Vert Galant, La Perfide Albion et les autres… – Les surnoms au fil de l’histoire », aux éditions Christine Bonneton. Ce nouvel opus, aussi érudit que ludique, fourmille de renseignements sur les surnoms des « grands » de ce monde à travers les siècles et qui sont remontés jusqu’à nous. L’auteur passe en revue, par ordre alphabétique, les qualificatifs, les surnoms et autres sobriquets d’immenses personnages de l’histoire non seulement française, mais aussi universelle. Daniel Lacotte prend un malin plaisir à rétablir la vérité de ces personnages et également de ces époques ou lieux, comme les « Trente Glorieuses », la « Belle Époque » ou la « Perfide Albion ». Il nous régale d’anecdotes, de connaissances, jamais superfétatoires tant le plaisir d’apprendre est nourri tout au long des pages.

« À sœur perdue », Marion Jollès-Grosjean

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Pour son premier roman, la journaliste Marion Jolliès-Grosjean prend la voie de la justesse et de la délicatesse. Comme le titre le suggère, « À sœur perdue » est une intense histoire d’amour entre deux sœurs, différentes et fusionnelles, chacune enviant la vie de l’autre. Amélie et Marianne ont grandi sous le regard aimant de leurs parents. Une vie de famille comme on en rêverait, sans de réelles aspérités dans les relations, l’écoute et la compréhension étant les maîtres-mots des parents. Alternant récit et journal intime, l’auteure nous dévoile peu à peu les failles de ses personnages féminins du clan Darbois, les deux sœurs et la mère, liées par un amour immense, surprotecteur les unes envers les autres. Pourtant, un soir, personne ne répond à l’appel de la cadette, Amélie. Qui aurait pu deviner le drame qui se jouait ? Tout allait si bien… en apparence. En tout cas, rien annonçant l’acte fatidique. Le drame était entré chez les Darbois, bouleversant l’équilibre fragile de la famille, chacun vivant son deuil à l’aune de sa culpabilité. Tendre et bouleversant, ce roman sur les liens familiaux est une belle réussite.

« L’absent australien », de Maxime Voiseau (Fauves Éditions)

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Si vous rêvez d’espace et d’aventure, le roman de Maxime Voiseau est une belle entrée en matière pour découvrir ce pays de l’hémisphère sud, aux paysages aussi sauvages que grandioses qu’est l’Australie. Autrefois colonie pénitentiaire anglaise, ce vaste pays peuplé d’aborigènes est aussi empreint de mystère et de mysticisme propre à bâtir un scénario intrigant et foisonnant. L’auteur a choisi l’aventure de l’amour. Son personnage principal n’est donc pas Crocodile Dundee, ce héros fantasque des années 80, mais un homme frappé par la fatalité dans sa chair. Alternant passé et présent, Maxime Voiseau nous donne à comprendre les circonstances qui ont œuvré au malheur de notre héros mélancolique. Il a suffi d’une rupture déchirante et une accusation de vol pour pousser Adrien à s’enfuir à tout jamais – pense-t-il – de la France. Aussi loin que possible pour qu’Elma et cet amour aussi éperdu que perdu ne devienne qu’un triste souvenir, sans conséquence. L’Australie lui semble être la terre providentielle pour l’oublier et se faire oublier. Agréable à lire, on se laisse prendre par l’histoire d’un amour hors du commun qui attend son heure pour exister.

« Mensonges inavouables », Jacqueline Winspear (City Éditions)

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Outre-Manche, les enquêtes de Maisie Dobbs sont aussi connues que celles de Sherlock Holmes et Miss Marple. Depuis la naissance de son héroïne, Jacqueline Winspear tisse ses intrigues dans l’Angleterre de l’entre-deux-guerres. Maisie Dobbs est une femme peu commune, avec une intelligence au-delà de la moyenne, très perspicace, car aussi logique qu’observatrice, avec des qualités ultra-sensitives, pour ne pas dire médiumniques. Bien qu’issue de la classe ouvrière, elle reçoit une solide éducation grâce à son employeur qui a discerné en elle un potentiel prometteur. En 1914, elle rejoint le front français comme infirmière, où elle connaît l’amour véritable, mais au destin tragique. Après la guerre, son mentor l’incite à s’installer comme détective à Londres. Seizième opus de la série policière historique, l’enquête dans « Mensonges inavouables » se situe presque dix ans après la fin de la Première Guerre mondiale. On suit Maisie Dobbs avec plaisir et intérêt. On ne peut que s’attacher à ce personnage exceptionnel dans ses aptitudes, son éthique rigoureuse et la force sereine qu’elle dégage. Efficace et passionnant !

« Place aux immortels », Patrice Quélard (Plon)

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Dans l’univers des prix littéraires vient de naître le Prix du roman de la Gendarmerie nationale qui couronne un roman dans lequel le métier de gendarme occupe une place prépondérante. Pour sa première édition en 2021, le jury a été bien inspiré de récompenser « Place aux immortels », de Patrice Quélard, enseignant et directeur d’une école maternelle. Le récit est aussi passionnant qu’instructif. Aussi divertissant qu’édifiant. Au dialogue alliant délicatesse et humour caustique. L’ennui y est aboli au profit d’un intérêt constant, que la minutie historique n’atténue pas. Bien au contraire. Aspect mal connu, car peu traité, l’auteur nous donne à connaître le fonctionnement de la gendarmerie prévôtale(*) pendant la Première Guerre mondiale et sa place logistique dans le conflit. Haïe des soldats et des officiers, parce que considérée comme des planqués, elle rencontrera bien des difficultés dans l’exercice de ses fonctions courantes entre faire respecter le couvre-feu, rattraper les déserteurs pour les ramener au front, appliquer toutes les directives du gouvernement quasi quotidiennes… jusqu’à prévoir les fosses d’aisance des troupes (et parfois les récurer eux-mêmes). Alors, élucider un crime maquillé en suicide ! Il fallait bien la détermination d’un Breton pour aller à l’encontre des ordres et la rigidité d’une hiérarchie. Léon Cognard entend résoudre l’affaire, quoi qu’il en coûte. En sus des bombes allemandes, il affrontera bien d’autres ennemis de la vérité pour démasquer les coupables. Mais que vaut la vérité d’une mort face à l’hécatombe dans les tranchées ? L’impunité est-elle pour autant acceptable ?

« La Conspiration hongroise », Philippe Grandcoing, Éditions de Borée

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L’historien spécialiste des XIXe et XXe siècles a encore frappé, juste et bien, avec son quatrième opus, « La Conspiration hongroise » aux éditions De Borée. Cette fois-ci, Philippe Grangcoing fait vivre à ses deux héros une nouvelle aventure dans ce début 1900 où les complots et les attentats préparent le lit de la Première Guerre mondiale. La force de ce polar tient pour beaucoup de notre connaissance des événements terribles qui s’annoncent, de cette marche inexorable vers la catastrophe. Le conflit mondial flotte donc en toile de fond de l’intrigue dans la France de Clemenceau qui vient de créer les brigades mobiles. L’inspecteur Lerouet y fait ses nouvelles armes. Lorsqu’il doit résoudre l’assassinat d’un inconnu retrouvé poignardé nuitamment en pleine rue, il fait appel à son fidèle ami et antiquaire Hippolyte Salvignac et sa compagne Léopoldine, une artiste peintre aux origines hongroises. Cette origine est capitale, car elle leur ouvrira des portes quand suivront d’autres assassinats d’artistes hongrois. Le trio devra faire montre de courage et d’audace pour démêler l’enquête à la dimension politique et européenne. Philippe Grangcoing signe là encore un livre passionnant qui permet de ressentir les balbutiements de la fin d’une époque, en équilibre précaire sur l’échiquier des grandes puissances européennes.

« Prends ma main », Virginie Gouchet, City Éditions

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Professeure des écoles, Virginie Gouchet signe son premier roman avec « Prends ma main », chez City Éditions. De facture classique, il n’en est pas moins tendre et délicat dans la description d’une relation entre sœurs. Des sœurs fusionnelles, à défaut d’être jumelles, mais qui laisseront pourtant leur différence les séparer une fois adultes. À l’annonce du cancer de sa sœur Danaé, Céleste prend les choses en main. Déterminée à l’aider à traverser cette épreuve, elle dépassera le silence gêné qui s’est immiscé entre elles. Que de temps gâché en non-dits, en fierté mal placée ! La maladie fera l’effet d’un électrochoc. Pour l’une comme pour l’autre. L’une déployant des trésors d’inventivité pour soutenir le moral de sa sœur malade. Le tendre lien qui unit les sœurs se renforcera par petites touches pudiques, jusqu’à revenir à son état originel, pur et sincère. Neuf de nouvelles aventures. Avec ce roman, aussi frais que profond, l’auteur évoque la maladie, sous le prisme de l’optimisme, le bonheur de la maternité et la blessure de son absence, mais aussi la jalousie et la compétition dans une fratrie.

« Rien ne t’efface », Michel Bussi

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C’est toujours avec impatience qu’on attend le nouveau roman de Michel Bussi, tant ses fins sont inattendues et prennent à revers le lecteur. Pour y parvenir, il use du bon filon de faire passer un personnage pour ce qu’il n’est pas. Le sachant n’exclut pas de se laisser prendre au piège. C’est tout l’art et la manière de ce romancier inspiré. Moins enchevêtré que le roman précédent « Au soleil redouté », qui nécessitait une acuité de lecture hors norme pour trouver l’assassin sans donner sa langue au chat, « Rien ne t’efface » est un thriller tout aussi intense et captivant sur le thème de la fibre maternelle. Cet instinct qui ne trompe pas, même contre l’avis de tous, comme pour Maddi, une mère célibataire capable de donner sa vie pour son fils Esteban. À sa disparition, elle crut mourir. Dix ans plus tard, lorsqu’elle pense le revoir, comme incarné dans le corps d’un autre petit garçon, elle ne tergiverse pas. Elle va tout risquer – sa carrière de médecin, sa liberté, son équilibre psychologique – pour savoir qui il est et où il vit avec sa mère. Convaincue que le « jumeau » d’Esteban est lui aussi en danger de mort, elle commettra l’impensable pour tenter de le sauver de la fatalité programmée.

« Aimons-nous les uns loin des autres », Denis Cherer

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Un ovni littéraire s’est posé sur notre pauvre planète contaminée par un virus, certes pernicieux par définition, mais révélateur des comportements des uns désormais loin des autres. Enfin, jusqu’à nouvel ordre ! « Nous sommes en guerre ! » avons-nous entendu le 16 mars 2020, sidérés que nous étions devant l’écran, par la puissance de frappe des mots employés et de la réplique annoncée. Pendant des mois, nous allions expérimenter la signification concrète d’un terme jusqu’alors très nébuleux : le confinement. « Aimons-nous les uns loin des autres », paru chez Area Editions, est la réplique antidéprime, farceuse, cynique et lucide, du comédien et auteur Denis Cherer. À l’heure où les pays ont été murés par la peur de la contamination, les artistes ont dû combattre l’inactivité subie et subite – leur métier ayant été classé comme non essentiel – par une formidable énergie créatrice. Denis Cherer, lui, s’est fait le chroniqueur de cette période aussi déstabilisante qu’inouïe, pour nous offrir un recueil de poèmes humoristiques et mordants sur la France confinée, et toutes les joies de l’absurde que la situation a générées par rafales. Aidé en cela par les illustrations du dessinateur Elan Cherer, son neveu, qui fait de la dérision caricaturale son trait majeur et incisif.

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