« L’affaire Clara Miller », Olivier Bal

CHRONIQUE
Après ses deux opus fantastiques sur la maîtrise des rêves, Olivier Bal se lance dans le pur polar, du noir qui révèle la face grise d’êtres qui se débattent dans leurs rêves : de gloire, de reconnaissance, de liberté. Reprenant une construction qu’il manie d’une main de maître, l’auteur propose dans « L’affaire Clara Miller », aux éditions XO, un roman choral à rebondissements et à double temporalité d’une grande efficacité. L’intrigue à plusieurs niveaux de lecture est bien charpentée, tout se tient. Les personnages sont attachants malgré leurs travers, car la psychologie de chacun est finement travaillée en ce sens. Les chapitres courts et denses se donnent le témoin dans cette course au dénouement haletant. Tout commence par des jeunes femmes retrouvées noyées en deux ans sur les berges du lac rebaptisé « le Lac aux Suicidées ». Parmi ces malheureuses, Clara Miller, une journaliste que Paul Green a connue sur les bancs de la Fac et dont il était amoureux en secret. Il ne croit pas à la thèse du suicide. Ce journaliste, reporter de presse people, est persuadé que le tueur est Mike Stilth, une rock star à la renommée internationale qui vit non loin, dans une forteresse appelée Lost Lakes, avec ses deux enfants reclus.

« Mamma Maria », Serena Giuliano

CHRONIQUE
Un an après le succès de « Ciao Bella », Serena Giuliano récidive avec « Mamma Maria », aux éditions Cherche Midi. Une nouvelle fois, l’Italie est mise à l’honneur, parée d’amour et de poésie, mais aussi d’engagement. L’auteure italienne nous projette dans un village proche de Salerne, au sud de Naples, où il fait bon respirer l’air méditerranéen sur la côte amalfitaine. Dans ce roman choral, nous suivons les pensées de deux femmes, Maria et Sofia, unies par leur culture et leur attachement mutuel, qui tentent de reprendre leur vie en main. D’un premier abord léger – sentiment provoqué par le plaisir charnel de l’auteure à décrire par le menu les plats et l’ambiance typiques de « Mamma Maria », le bar du village –, le roman commençant par l’histoire d’un amour en suspens emprunte un chemin inattendu, plus complexe, proche du réel. Dans une Italie qui ferme ses frontières aux migrants, une Lybienne nommée Souma, enceinte et mère d’un enfant âgé de deux ans, va trouver refuge dans ce village. Plus exactement dans le poulailler de Franco. Ce veuf octogénaire sans enfant se met alors en tête de les héberger, bien que sachant les opinions tranchées contre les migrants d’une majorité des habitants. Quels événements vont déclencher la découverte de cette « étrangère » ? Du bon sentiment, de la force de persuasion, de la fraternité, de la tolérance et un très bon moment de lecture.

« En haut de l’affiche », Fabrice Châtelain

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À quelles compromissions est-on prêt pour se hisser « En haut de l’affiche » ? Dans le premier livre de l’avocat Fabrice Châtelain, paru aux éditions Intervalles, vous le saurez… le sourire aux lèvres. Délicieuse satire du milieu cinématographique, ce roman joue sur des quiproquos qui tombent en rafales et entraînent Vincent, ce héros malgré lui, dans une spirale descendante. Auteur d’un scénario, cet être bourrelé de complexes rêve de célébrité. Il croit y parvenir lors d’un vernissage d’art contemporain, où il espère briller au bras de la séduisante et ambitieuse Noémie qui le prend pour un grand critique d’art free-lance. Dans son roman, Fabrice Châtelain porte un regard cru et acerbe sur les milieux du cinéma et de l’art contemporain tout en se faisant le procureur de ces prétendus artistes enflés de pouvoir, imbus d’eux-mêmes, rompus aux faux-semblants et aux artifices. Il nous les montre en flagrant délit de déconnexion de la réalité, coupables au point de se servir du malheur de la société pour l’emballer dans du politiquement correct nauséabond et ridicule. Les personnages sont truculents, tantôt attendrissants, tantôt pitoyables, à la moralité à géométrie variable. Bref, terriblement humains. Le traitement original du sujet et l’inclémence du propos, amplifiés par un style au couperet, transforment ce coup d’essai en un très agréable moment de lecture.

« Les Riverains », Corinne Atlas

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Les nouvelles éditions Herodios (le héron en latin) viennent de faire paraître leur premier roman, « Les Riverains », de Corinne Atlas. Dans son troisième livre, l’auteure projette sa fiction dans un passé récent dont les cicatrices sont encore vivaces. Le 13 novembre 2015, cinq résidents d’un vieil immeuble se retrouvent confrontés à l’horreur de cette nuit marquée par une série d’attaques terroristes visant Paris, dont Le Bataclan. Les habitants ne se côtoient pas, au mieux ils se saluent en se croisant, au pire ils s’ignorent poliment. Sauf le concierge portugais Ruben qui prend très à cœur son travail, cherchant à rendre la vie de chacun plus agréable. Ainsi ce soir-là est-il fier d’avoir fait une nouvelle acquisition : un paillasson-brosse, très chic, mais à peu de frais, pour égayer l’entrée. Il est loin de se douter que sa soirée de tranquillité dont il se réjouissait par avance allait être compromise et que sa vie en serait définitivement changée. Tout en douceur et pudeur, usant de l’horreur comme d’un miroir ou d’un écho, Corinne Atlas donne à ressentir le cataclysme produit en chacun des personnages et des répercussions pour le reste de leur vie. Astucieux et puissant !

« Un développement très personnel », Sabrina Philippe

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La recherche du bien-être – ou du moins, si possible, du mieux-être – par toutes les techniques qui s’offrent à soi est une activité de chaque instant. Des ouvrages fleurissent chaque saison littéraire, souvent des manuels expliquant aux lecteurs des recettes miracle pour être en paix avec soi-même et les autres. Le roman a l’avantage de leur donner le choix de prendre ou pas le message délivré et ne les contraint pas à la passivité. Avec « Un développement très personnel », paru chez Flammarion, Sabrina Philippe a opté pour cette voie, tout en lumière et simplicité. Elle fait la critique d’une profession multi-facettes, souvent accessible par quelques stages de formation, parfois faisant du mal-être un business lucratif et peu scrupuleux. Ce qui distingue ce roman de ceux qui débordent des rayons de librairies depuis des décennies, c’est que le lecteur ne découvre pas combien le héros « coach » a aidé ses patients/clients, mais ce que son introspection sur ce qu’il a fait et fait pour lui-même et sur les conséquences de ses conseils sur autrui a produit sur lui. Sabrina Philippe, psychologue et chroniqueuse à la télévision et sur les ondes de radio, met ainsi en scène une remise en cause profonde d’une véritable « gourou » du bien-être qui s’est éloignée de son propre chemin intérieur, trompée par les sirènes du succès, occultant les bleus de sa propre histoire. Très divertissant et instructif, ce roman nous transforme en petite souris ravie de s’aventurer dans la tête d’un coach en mal de soi.

« La première amie », Geneviève Senger

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Dans son nouvel opus très réussi, paru aux Presses de la Cité, Geneviève Senger donne à comprendre et à voir une amitié hors norme, intense, exclusive, entre deux orphelines élevées par le même couple. Elles vivent près d’un canal aux eaux sombres, endroit peu fréquenté qui devient leur petit coin de Paradis qui scellera leur amitié. Dans « La première amie », l’auteure décrit par le menu l’attachement d’Ève et Sarah au fil des années et le drame qui a « atomisé » leur relation. La première, sauvage et introvertie, fascinée jusqu’à l’obsession par la seconde, plus fantasque et extravertie. Ces deux cœurs inséparables vont passer une enfance heureuse jusqu’à leur mariage respectif. La première, contrainte par l’enfant à naître ; la seconde, par mimétisme. Mais aucun ne sera heureux. De surcroît, la naissance de Zélie, synonyme de bonheur pour Sarah, vient piquer la jalousie d’Ève et semer la discorde dans leur relation exclusive. Obligée par son mari militaire à fréquenter la femme du colonel, elle se surprend à aimer Adam, leur fils adoptif. Tous les rouages du drame se mettent en place, irrémédiablement, pour enrayer ces deux vies bancales auxquelles il a manqué l’essentiel : l’amour des parents.

« Au Soleil redouté », Michel Bussi

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Redoutable est le mot qui surgit quand la fin s’annonce. « Au Soleil redouté », c’est l’aveuglement assuré qui fait perdre tout sens logique. Avec ce thriller millimétré, mené d’une main audacieuse, Michel Bussi dépasse un cran dans le retournement de situations et l’originalité. Le stratagème réside dans la construction de l’histoire : elle passe inaperçue jusqu’à l’heure des explications. Au lieu de semer des indices pour permettre au lecteur d’élaborer des hypothèses probables ou crédibles, l’auteur instille le doute au compte-gouttes dans un raffinement rare de torture intellectuelle. La frustration de n’avoir rien remarqué est telle, la complexité de la trame est telle, l’envie de connaître la suite est telle que l’on n’a qu’une seule obsession : redécouvrir le livre avec la clé de compréhension pour saisir là où l’on aurait dû comprendre. Pourtant, l’intrigue a tout l’air banale : cinq lectrices ont gagné l’immense privilège de suivre pendant une semaine un atelier d’écriture dispensé par un romancier à succès, dont la plume chatouille le cœur des femmes malgré un physique rondouillard. Sous le soleil polynésien où tout concourt à l’inspiration, l’île d’Hiva Oa deviendra pourtant une prison étouffante et sanglante après une disparition et plusieurs morts, que l’assassin désigne avec le texte que les apprenties écrivaines ont écrit lors de l’exercice d’atelier d’écriture : « Avant de mourir, je voudrais… »

« Déjeuner en paix », Charlotte Gabris

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Humoriste et comédienne, Charlotte Gabris fait paraître aux éditions Cherche-Midi un premier roman très réussi. « Déjeuner en paix » est un huis clos en plein air, pétillant et mordant, sur le regard critique des femmes entre elles. L’auteure met en scène deux jeunes femmes seules, assises chacune à une table d’une terrasse de café parisien à l’heure du déjeuner. L’une est Parisienne, sûre d’elle, aux airs supérieurs, elle attend son amoureux qui ne viendra pas ; l’autre est une provinciale fraîchement arrivée à la Capitale pour suivre un stage. Elle a remarqué cette jeune fille prétentieuse qui agit comme en terrain conquis, et dont elle envie l’enthousiasme, l’assurance, la façon de s’habiller, de rire, d’attendre. De son côté, pour tromper l’ennui, la Parisienne focalise sa mauvaise humeur sur ce qu’elle croit être une touriste solitaire qui fait semblant d’attendre quelqu’un pour ne pas montrer qu’elle est seule. Tout le long du déjeuner, les deux femmes jaugent l’autre en son for intérieur, se moquant crûment et durement, sans rédemption possible, de ce qu’elles pensent deviner de l’autre, de sa vie, de ses relations, de ses goûts, de ses aspirations. Bien entendu, les apparences sont trompeuses.

« Disparaître », Mathieu Ménégaux

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Lire un « Ménégaux » est comme un rendez-vous avec un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps. Cette attente est exquise car elle promet un grand moment de lecture. Mathieu Ménégaux a ce petit tour de main stylistique qui empêche de fermer le livre avant le mot « fin ». Comme les précédents, « Disparaître », paru chez Grasset, se lit d’une traite tant l’écriture est efficace. Même si on devine assez rapidement le lien entre les victimes, le roman se coule dans cette veine talentueuse où l’originalité magnifie l’écriture, à moins que ce soit l’inverse… Pour ce quatrième opus, l’auteur a une belle idée : il s’interroge sur les motifs profonds qui poussent une personne à disparaître sans espoir de retour. Parmi toutes les réponses, il retient les conséquences désastreuses d’un amour interdit entre un homme marié et une jeune fille timide. La narration est soignée et nerveuse, la construction astucieuse car le le lecteur découvre le présent et le passé des personnages qui avancent en parallèle au fil des chapitres, jusqu’à la résolution de l’énigme. Un bémol cependant, cet opus n’atteint pas la même intensité émotionnelle que les précédents. Il m’a manqué cette « claque » qui est devenue au fil des romans l’expression de l’empreinte littéraire de Mathieu Ménégaux.

« Révélations sur 50 ans d’humour », René-Marc Guedj

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400 pages sur plus de 350 humoristes, agrémentées de 300 liens à scanner qui renvoient vers des vidéos. C’est la référence quasi encyclopédique que nous propose « Révélations sur 50 ans d’humour », aux Éditions du Net. Se faisant l’éloge d’un temps fécond où l’humour gagnait ses lettres de noblesse, René-Marc Guedj ne se prive pas d’égratigner ici ou là quelques humoristes, à commencer par Anne Roumanoff qui n’a jamais réussi à le faire rire. Aujourd’hui sur tous les supports médiatiques, ces artistes confirmés ou en devenir sont partout. Ils se servent de leur personnalité décapante ou se cachent derrière un personnage hilarant, s’inventant railleurs de la société et de ses mœurs, de la politique et du quotidien, mettant même en scène leur vie et leurs expériences. Certains – les plus chanceux ? les plus travailleurs ? – sont considérés par le grand public comme des stars. Il arrive même qu’ils soient courtisés par le cinéma et la télévision. Avec ce besoin de témoigner aux tripes, ayant vaincu il y a peu un cancer, celui qui a vécu au centre de cette merveilleuse aventure de l’ascension de l’humour consacre, avec toute la subjectivité de sa passion, un livre instructif sur l’histoire de l’humour à travers la carrière de 350 comiques, introduite par une autobiographie professionnelle de l’auteur lui-même.

« Quelque chose dans la tête », Denis Kambouchner

CHRONIQUE
Voilà un essai qui ne casse pas la tête et ne cherche pas à vous enfoncer ses idées dans… le crâne ! Nul besoin de se mettre martel en tête ou quelque chose dans la tête… Quoi que, si ! Telle est justement la question que se pose Denis Kambouchner dans « Quelque chose dans la tête », aux éditions Flammarion. Ce philosophe et professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, grand spécialiste de Descartes et des questions d’éducation, se fait pédagogue dans cet édifiant essai dédié à la culture, et particulièrement de la mémoire, distillant savamment l’abstrait et le concret. Il s’interroge ainsi sur les « qualités d’une tête bien faite » et se plaît à disséquer les différents usages du mot « tête ». Bille en tête, il annonce la couleur de sa méthode : deux parties composent l’ouvrage. urel que l’on a dans la tête, ce qu’il devrait être et ne pas être, et si nous avons perdu le jugement. La seconde évoque la transmission, c’est-à-dire ce que l’on transmet et la manière de le faire. Ce bagage n’est-il pas constitutif d’un héritage familial mais aussi sociétal ?

« La Petite mort de Virgile », Christian Rauth

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On connaît Christian Rauth comme comédien (« Père et Maire » sur TFI ou ses rôles dans des séries comme « Navarro »), on connaît moins bien l’écrivain. C’est fort dommage. Son quatrième roman, « La Petite mort de Virgile », paru aux Editions De Borée, est un réel plaisir de lecture tant par l’histoire finement conçue que par l’écriture cinématographique. Son thriller ne joue pas seulement la carte du suspense, puisque la dernière de couverture en dit beaucoup… peut-être trop. Pour ne pas le déflorer, gardez-vous de cette curiosité, somme toute légitime, et plongez-vous sans réserve dans les 432 pages qui passent beaucoup trop vite. Dès le premier chapitre, vous serez happé par l’histoire de trois hommes dont les chemins se croisent. Dans ce triangle, Gina Santos. Pour elle, les hommes sont prêts à lui offrir les preuves d’amour les plus folles. Elle est si belle qu’elle provoque l’embrasement des cœurs, mais aussi réveille les instincts les plus vils.

« Reflets des jours mauves », Gérald Tenenbaum

CHRONIQUE
Dans ce neuvième roman, « Reflets des jours mauves », l’auteur mathématicien Gérald Tenenbaum nous convie à prendre place pour l’écouter. Élaborant une conversation à sous-ensembles qui interagissent, des rencontres ont lieu entre l’auteur et son lecteur, entre le professeur Lazare et son auditoire, et entre le passé de ce narrateur et son amour perdu. L’heure de la retraite a sonné pour ce généticien renommé. C’est peut-être aussi l’heure, pour lui, enfin, de se libérer du poids de sa découverte, qu’il a tenue secrète pendant trente ans et qui a précipité la perte de l’amour de Rachel. Se saisissant d’une demande d’interview comme d’une bouée de sauvetage, il se lance dans le bain des souvenirs tissés d’hérédité et de fatalité, dont les remous intérieurs n’ont cessé leur cogitation. Arrimé à ce besoin de confession, Lazare rembobine le film de sa carrière jusqu’à la rencontre qui a modifié sa vision du monde et sa trahison par excès de protection. Doit-on alerter l’être cher d’une mort possiblement imminente ? Les gènes peuvent-ils mentir ? Le hasard a-t-il sa part ?

« Jours de glace », Maud Tabachnik

CHRONIQUE
Dans son dernier opus « Jours de glace », Maud Tabachnik nous emporte avec force et humour noir dans une série de meurtres sauvages, à l’image des lieux les plus reculés, hostiles et farouches, du Canada, où se passe l’action. Woodfoll est une petite ville sans histoires de 25 000 habitants, aux confins du Manitoba, où le thermomètre ne dépasse pas les moins quinze degrés la moitié de l’année. Extrême le climat ! C’est pourtant cette atmosphère d’isolement et de glace que recherchait Louise Grynspan, dite Lou, pour se remettre d’une peine de cœur cuisante. En s’y installant, elle était loin de s’imaginer qu’elle vivrait à la fois les pires heures sanglantes de sa carrière et un coup de foudre aussi beau qu’inattendu, ou inespéré. Rudement et énergiquement mené, « Jours de glace » est un thriller haletant au suspense entretenu par moult rebondissements et chausse-trappes. L’horreur et la terreur, la sauvagerie et la mort sont omniprésentes, les quelques lumières du roman provenant d’un amour naissant entre Lou et Julia et la solidarité entre partenaires.

« Une joie féroce », Sorj Chalandon

CHRONIQUE
Sans la férocité, comment la joie pourrait-elle triompher de l’adversité ? Sans la férocité, ne s’inclinerait-elle pas devant la maladie ? Quand celle-là a pour nom cancer, la joie doit sacrément s’accrocher à la férocité pour surmonter la défection autour de soi. Avec « Une joie féroce », paru chez Grasset, Sorj Chalandon nous gratifie d’un roman à la sensibilité cruelle, exacerbée, magnifiée. Aux premiers mots, il nous embarque avec une justesse bouleversante dans une histoire qui concentre les vérités de ces femmes atteintes d’un cancer dans le corps martyrisé de son héroïne, pour ensuite lui donner une dimension inattendue. Car « Une joie féroce » n’est pas qu’un énième livre sur cette maladie insidieuse et tueuse, il la sublime en offrant à Jeanne le pouvoir de reprendre en main sa vie. Choisir de commettre l’impensable, l’irréparable, par amitié, mais aussi par consolation. Seule consolation dans un monde inhospitalier, où même l’homme censé l’entourer bat en retraite, cachant sa couardise par l’encensement de la combattante qu’il a lui-même désarmée en lui retirant son amour. Il s’en lave les mains, ce n’est plus son histoire. C’est presque une histoire ancienne. Tout juste un souvenir qui précipite Jeanne dans la reconquête de son intégrité morale, et donc physique. C’est ça ou la lente descente vers la mort.

« Le Maître des Limbes », Olivier Bal

Le maître des Limbes Editions de Saxus Olivier Bal thriller

CHRONIQUE
Après « Les Limbes », Olivier Bal clôt avec « Le maître des Limbes », aux éditions De Saxus, son diptyque sur cet endroit mystérieux qui n’est pas le séjour des âmes, mais celui des rêves… partagés, substitués, volés, contrôlés, anéantis. Ce thriller à rebondissements est fantastique par l’imagination qui s’y déploie, mais aussi par la fascination qu’il suscite, tant et si bien que les 573 pages se dévorent sans peine. Peut-on être manipulé lorsqu’on est plongé dans nos rêves ? Si tel pouvait être le cas, on imagine ce que des individus mal intentionnés ou des gouvernements en quête de pouvoir absolu pourraient en retirer ! C’est tout le suspense de ce thriller qui met en opposition une multitude de personnages, principalement des adolescents. Il brosse un portrait glaçant de la rapacité individuelle se parant d’intentions bienveillantes. Si l’enfer est pavé de bonnes intentions, c’est donc dans cet enfer dantesque et dévorant que le lecteur est happé, sans résistance aucune, dans un grand frisson de lecture, jusqu’au dénouement que l’on sent tout de même poindre.

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