“Henri de Rothschild, un humanitaire avant l’heure”, Nadège Forestier

CHRONIQUE
Issu de la branche anglaise de la famille Rothschild, Henri (1872-1947) avait un chemin tout tracé : la finance, toute la finance et rien que la finance ! Pourtant, son cœur généreux et enthousiaste, son ouverture d’esprit philanthropique et l’éducation stricte de sa mère l’ont tendu avec constance et force vers un autre destin : la santé et le bien-être de son prochain. Prenant pleinement à son compte la devise des Rothschild « Concordia, Integritas, Industria » (Union, honnêteté, travail), ce médecin collectionneur d’art et mécène a dédié sa fortune et dépensé son énergie sans compter tant pour le progrès social et humain que pour la création littéraire et artistique. Ainsi, sous le nom d’André Pascal, il a écrit pas moins de 39 pièces de théâtre, il a dirigé le théâtre Antoine et fait construire le théâtre Pigalle ! Malgré cela, l’œuvre, la personnalité, le nom de ce visionnaire à la vie si riche de sens est tombé dans l’oubli. Injustice que son arrière-petite-fille, la journaliste Nadège Forestier (Le Figaro, Paris Match…), a souhaité réparer en écrivant « Henri de Rothschild – Un humanitaire avant l’heure », une passionnante et instructive biographie parue aux éditions Cherche Midi.

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“Tribulations d’une souris en politique”, Ann-Katrin Jégo

CHRONIQUE
Quelles que soient les convictions que porte ce roman, « Tribulations d’une souris en politique » fait consensus par l’intérêt d’un sujet ultra sérieux égayé par une écriture vivace et enjouée. Le premier roman d’Ann-Katrin Jégo se lit comme un roman d’apprentissage en politique, qui rapporte à renforts de traits d’esprit une expérience précieuse pour quiconque aurait des velléités de s’encarter. Son double fictif se nomme Chloé. Elle est timide, candide, n’a pas confiance en elle. Mère comblée par ses deux fils et épouse d’un homme sans fantaisie, elle aspire à une vie plus palpitante. Elle cherche un travail dans lequel s’épanouir. Et si elle s’embarquait à bord du vaisseau RPR à la conquête d’un nouveau rêve ? Grâce à cette petite souris à l’humour spirituel, qui va peu à peu s’imposer dans le paysage politique, le lecteur est entraîné dans les coulisses de l’engagement politique, les codes du pouvoir, les ambitions personnelles, la condescendance patriarcale, les vacheries ordinaires, mais aussi de l’énergie des militants au quotidien, leur investissement et abnégation. Les tribulations de cette petite souris malicieuse est à se mettre d’urgence sous la dent !

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“Si Cupidon savait viser”, Alice Hérisson et James Harrington

CHRONIQUE
Ah ! si Cupidon savait viser, il y aurait moins de ruptures… Vraiment ? Alice Hérisson et James Harrington, les auteurs de « Si Cupidon savait viser », s’amusent follement à passer la quête de l’âme sœur au scanner de la révolution numérique. À l’aube de ce troisième millénaire supposé spirituel, c’est le marché de l’amour qui est brossé sans complexe dans cette comédie romantique très mutine et drôle. Dans cette histoire construite à deux voix, les deux auteurs portent un regard personnel sur leur manière de vivre une même situation. Il est plaisant – voire très instructif – de connaître la perception des deux protagonistes esseulés qui essayent, parfois contraints et forcés par leurs proches, souvent à leurs risques et périls, de trouver l’amour avec un grand A. Le seul, l’unique, le rare. S’il faut payer de sa personne, Alice et James ne reculent devant rien : sites de rencontres, relooking, speed dating, boîtes de nuit très spéciales, labyrinthe de l’amour, séminaire de libération des chakras… et j’en passe. Au-delà du traitement résolument humoristique, cette réflexion disséquant les rencontres 2.0 est glaçante !

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“Mercredi blanc”, Dominique Lin

CHRONIQUE
Avec son septième roman, « Mercredi blanc », Dominique Lin explore le monde de l’adolescence et sa face nord, celle cachée des regards non bienveillants, celle d’une différence qui cultive l’espoir. L’héroïne est une collégienne mature par les circonstances familiales et qui a fait de l’escalade son horizon de liberté. Elle a appris toute seule, sur les conseils d’un père disparu qu’elle croit entendre lors des moments ardus de ses ascensions urbaines illégales, nuitamment et sans protection. Pour elle, l’escalade est une bouffée d’air dans cette cité de banlieue grise et menaçante, hérissée de tours. En particulier, la tour numéro dix qui concentre le danger avec des trafics en tout genre. D’une voix poétique et sobre, l’auteur décrit le cheminement d’une adolescente courageuse et attendrissante entre la réalité d’un monde difficile et sa passion dévorante qui va l’amener, contre toute attente, à intégrer l’atelier de chorégraphie verticale d’un lycée voisin…

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“Un ange passe”, Michel Stéphane

CHRONIQUE
Premier roman de Michel Stéphane, rédacteur en chef de hors-séries au magazine L’Evénementiel, « Un ange passe », aux éditions du Petit Pavé, est un polar sombre, aux scènes d’action réussies et à l’humour noir prononcé, qui surprend par sa construction. La capitaine de police Ange Carminetti doit résoudre deux énigmes impliquant un violeur-tueur en série de femmes et un pédophile qui s’attaque à Julien, un enfant dont Ange s’est prise d’affection tout en ignorant tout de lui. Alors que le lecteur tente de chercher le lien entre les deux affaires, les pensant logiquement liées, il découvre que les enquêtes sont décorrélées l’une de l’autre…

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“Mystérieuses archives”, David Galley

CHRONIQUE
Vingt-cinq enquêtes surprenantes rassemblées dans un ouvrage fort documenté qu’il est amusant de picorer au gré des envies. Après « La France Mystérieuse » qui a donné du grain à moudre aux insatiables d’histoires de fantômes et de pouvoirs surnaturels, David Galley réitère avec « Mystérieuses archives », aux éditions de l’Opportun. Pour réaliser cet ouvrage, heureusement non exhaustif, l’auteur s’est plu à parcourir les archives dans les bibliothèques et autres lieux dépositaires de secrets bien gardés pour se saisir des plus effarantes, surprenantes et incroyables énigmes historiques et de non moins étranges phénomènes encore inexpliqués. L’idée était de les passer sous l’œil critique des experts en croisant les études et les sources, en se déplaçant pour recueillir les témoignages et tenter de trouver une explication rationnelle à chacune d’entre elles. « Tenter » est le terme juste, puisque, souvent, l’explication scientifique, la preuve irréfutable du canular est aussi évanescente que cette « merveille aérienne », une danse des étoiles observée dans le ciel d’Alsace en 1900.

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“Les misophones”, Bruno Salomone

CHRONIQUE
On connaît bien le jeu et l’humour de l’acteur Bruno Salomone, notamment dans la série télévisée « Fais pas ci, fais pas ça », mais un peu moins sa plume. Il eut été dommage de passer à côté. En publiant aux éditions Cherche Midi son premier roman « Les Misophones », Bruno Salomone reste fidèle à sa justesse et à sa drôlerie qu’il transpose à l’écrit. D’autant que son titre ne laisse pas sans intriguer. Qu’est-ce donc que ce néologisme médical dont 15 % des Français seraient atteints ? L’indisposition aux petits bruits du quotidien qui, dans la tête du misophone, peut prendre des proportions incontrôlables. Les bruits déclencheurs sont la mastication, les croustillements, les borborygmes, les toux, les reniflements… toutes ces musiques disharmonieuses du corps qui provoquent chez le misophone tout un éventail de réactions, du simple agacement à l’irascibilité violente. Et se raisonner ne sert à rien. Dans ce roman singulier à l’écriture alerte, l’auteur met en lumière une maladie non encore répertoriée, mais handicapante au point de vouloir devenir ermite… Quoique les bruits d’une nature, continuels, peuvent tout aussi bien taper sur les nerfs ! L’un des deux héros de Bruno Salomone en a fait les frais !

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“Le Tigre”, Joël Dicker

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Joël Dicker avait gardé au fond d’un tiroir informatique un conte écrit pour prendre part à un concours de nouvelles en 2004. Il avait 19 ans. L’histoire ne dit pas s’il a remporté ce concours avec ce conte d’inspiration russe « Le Tigre », mais une chose est sûre : il ne faut jamais jeter ses premiers écrits. S’ils ne marquent pas forcément les esprits, ils en disent long sur le processus de création, l’inspiration et le parcours de l’auteur dans son chemin d’écriture jusqu’à la belle éclosion. « Le Tigre », paru aux éditions de Fallois, est un conte à ne pas mettre entre les mains des tout jeunes. Il tient plus de la Bête du Gévaudan que du Petit chaperon rouge où il est question dans les deux cas de dévoration. Avec « Le Tigre », on prend un billet simple dans la lointaine Sibérie où la plus grande menace n’est plus le froid ou la faim, mais la voracité d’un tigre qui tue sans faim et la voracité sans fin d’un homme avide.

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“À la ligne : feuillets d’usine”, Joseph Ponthus

CHRONIQUE
Il est des livres qui sortent de l’ordinaire. Tantôt par la forme, tantôt par le fond. « À la ligne – Feuillets d’usine », de Joseph Ponthus, cumulent des deux en quittant les sentiers battus de la ponctuation et en racontant sa souffrance quotidienne à l’usine. Si l’usine a été une déflagration tant physique que morale pour lui, ce premier roman est une claque par l’audace narrative qui aurait pu être rédhibitoire pour beaucoup de maisons d’édition. Vu les prix qui s’engrangent (Grand prix RTL-Lire 2019 et Prix Régine Deforges), les éditions La Table Ronde ne se sont pas trompées en croyant à ce roman qui a tout du journal poétique, où les vers libres chassés à la ligne sont la seule contrainte à laquelle s’est tenu Joseph Ponthus. Cette contrainte littéraire, qui ressemble tant à la liberté, a favorisé son évasion mentale de son travail prolétarien, à l’heure de la précarité moderne. L’ouvrier intérimaire privé de temps s’octroie la liberté absolue, irréductible, de penser son présent et de l’inscrire dans les pages blanches de sa nouvelle vie sur les lignes des usines en Bretagne. Une superbe ode aux peuples des usines !

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“J’ai dû rêver trop fort “, Michel Bussi

CHRONIQUE
Machine à best-sellers à l’imaginaire foisonnant, Michel Bussi est de nouveau sur la rampe de lancement du succès avec son douzième roman, « J’ai dû rêver trop fort », aux éditions Presses de la Cité. A 52 ans, le professeur normand totalise douze romans, près de huit millions de livres vendus et des millions de lecteurs addicts à sa prose échevelée qui pousse à tourner les pages…

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“Le retour du Jeune Prince”, Alejandro G. Roemmers

CHRONIQUE
“Le retour du Jeune prince” d’Alejandro G. Roemmers est le livre que l’auteur aurait voulu lire adolescent et qu’il a écrit en quelques jours, en 1999. Selon ce industriel au cœur de poète, ce roman n’est pas une suite au conte philosophique et initiatique, mais une continuité du message du Petit Prince de Saint-Exupéry. Sous la plume de l’auteur argentin, le gracile enfant aux cheveux de blé et à l’écharpe rouge est un adolescent exténué, échoué sur la route désertique de la Patagonie. Parti à la recherche de son ami aviateur qui lui a offert jadis un mouton, le jeune garçon gît à demi-mort de faim et de fatigue sur le bord de la route…

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“Kiosque”, Jean Rouaud

CHRONIQUE
Bravant l’interdit maternel : « Tout sauf le commerce ! », Jean Rouaud devint kiosquier. Non pas par contradiction ou bravade, mais par nécessité alimentaire. C’était dans les années 80, il était apprenti écrivain en recherche de style, d’éditeur, de lecteurs, de reconnaissance. Avant “Les Champs d’honneur” premier roman et Prix Goncourt en 1990, nombre de ses manuscrits avaient été impitoyablement refusés. Son style n’étant pas dans l’air du temps. Ces sept années à vendre les journaux au 101 rue de Flandre dans le XIXe arrondissement de Paris formeront la matière génitrice de personnages aussi singuliers qu’attachants dans leurs fêlures épidermiques et leur intempérance verbale…

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“Raymonde”, Audrey Poux

CHRONIQUE
Qui a vu et aimé le film « Le diable s’habille en Prada » doit se précipiter sur « Raymonde » d’Audrey Poux, aux éditions De Fallois. Un premier roman très réussi : enlevé, cruel, grinçant et drôle. Le style de l’auteur, aux traits bien marqués, détourne l’horreur de comportements éminemment nocifs et parvient à sublimer les situations avilissantes et les propos blessants. Le talon dans une cage à titi en couverture en dit long sur la dérision dont fait preuve l’auteure. En fait, Raymonde s’appelle Chloé. Mais comme ce prénom était déjà pris dans la rédaction du magazine de mode « Dolce Vita », la rédactrice en chef, langue venimeuse et esprit retors comme armes de poing, rebaptise sa nouvelle chef de service de son deuxième prénom : Raymonde. Ce baptême aux couleurs de l’extrême onction est le point de départ à l’enfer pavé de très mauvaises intentions et à un livre qui brosse des portraits très gratinés…

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“Les Amants de la Rivière-Rouge”, Marie-France Desmaray

CHRONIQUE
La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Cette expression vaut pour ce premier roman de 638 pages qui relie le Vieux Continent au Nouveau Monde, peu après la Grande Guerre. Paru aux éditions Presse de la Cité, « Les Amants de la Rivière rouge » est une saga romantique inspirée qui montre combien Marie-France Desmaray aime sa région (la Vendée) et les traditions culinaires. L’auteure rend hommage à ces pionnières courageuses au cœur conquérant de Vendée et des Charentes qui ont tout lâché pour s’exiler dans des contrées inhospitalières du Québec, endurant les pires difficultés financières et souffrances psychologiques pour s’acclimater et construire un nouveau foyer digne de ce nom…

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“Métaphores, je vous aime – Le dico des belles images”, Daniel Lacotte

CHRONIQUE
L’homme qui dégaine les mots plus vite que son ombre s’appelle Daniel Lacotte. L’as des as n’est pas à son coup d’essai. Dans plus d’une quarantaine d’ouvrages à son actif, l’auteur allie la plume à l’esprit facétieux. Il emploie les mots à toutes les sauces narratives : biographies, romans, documents, essais, mais aussi des dictionnaires qui ne se la racontent pas. De ceux qui jouent avec l’origine des mots et leur glissement de sens. De ceux qui contiennent l’essentiel tout en distillant l’accessoire. De ceux, surtout, qui instruisent tout en distrayant ! « Métaphores, je vous aime – Le dico des belles images », paru chez First Éditions, est le dernier-né de cette longue liste à la Prévert qui ne reste pas sur l’estomac. Bien au contraire ! Des métaphores, en veux-tu ? En voilà ! Sans jeter de l’huile sur le feu, Daniel Lacotte déclare sa flamme une nouvelle fois, sans avoir les foies. Il n’a pas son pareil pour nous mettre l’eau à la bouche avec ses métaphores qui enjolivent si bien au sens propre comme au figuré.

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“Changer le sens des rivières”, Murielle Magellan

CHRONIQUE
Le nouveau roman de Murielle Magellan, chez Julliard, est pareil à un bel esquif, maniable et léger, propre à naviguer avec grâce dans le fracas des remous d’une rivière. Si la vie n’est pas un fleuve tranquille, en changer le cours semble surmontable. C’est ce que « Changer le sens des rivières » raconte, empruntant au roman d’apprentissage. En suivant le cheminement de pensées de la jeune héroïne Marie, le lecteur se laisse embarquer avec bonheur par l’imprévisibilité d’un pacte avec le juge qui l’a condamnée. Cette rencontre va tout changer. Avec un pragmatisme poétique et une sensibilité à fleur d’eau, Murielle Magellan nous fait traverser avec douceur le tourbillon de l’âme de ceux et celles, issus de milieux défavorisés, qui se sont laissé enchaîner en fond de cale par les connaissances des autres… jusqu’au jour de la dernière humiliation.

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