“L’Épicerie”, Marie d’Hauthuille

CHRONIQUE
Si vous cherchez un bon roman du terroir pour égayer vos vacances d’été, je vous conseille une petite halte en Dordogne, délicieuse, dépaysante et singulière, sous la plume voyageuse de Marie d’Hauthuille. Son premier roman, “L’Épicerie”, nous entraîne dans une histoire fantastique où passé et présent se confondent grâce à une curieuse épicerie, dont la belle devanture de bois peint est classée. Elle se situe à Saint-Cybard, une charmante bastide avec son église aux vestiges remarquables, sa placette sous les couverts avec un puits au centre, le café des Cornières sous les arcades et des habitants soudés par un secret : tout originaire de cette bourgade est projeté au temps de l’Occupation, dès qu’il franchit le seuil de l’épicerie. Les étrangers de Saint-Cybard, eux, peuvent pénétrer dans ce magasin transformé en supérette flambant neuve pour y faire leurs emplettes. Une malédiction ? Plutôt un appel à la réparation d’un destin contrarié en 1945.

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“Adieu Monsieur Haffmann”, une pièce d’orfèvrerie !

THÉÂTRE & CO
Dans une atmosphère bleu nuit dépouillée d’artifice, le drame se devine sur la scène du Petit Montparnasse. « Adieu Monsieur Haffmann » nous projette à l’époque sombre de l’Occupation allemande et de la collaboration, des propos antisémites diffusés à la radio TSF et des privations. L’étoile jaune qui ponctue le « i » de « Adieu » sur l’affiche éclaire les escaliers qui mènent à la cave de la demeure de Monsieur Haffmann. L’histoire commence au lendemain de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Joseph Haffmann ne peut plus fuir afin de rejoindre sa femme et ses quatre enfants réfugiés en Suisse. Aussi il propose à Pierre Vigneau, son talentueux tailleur de pierre, de lui confier la gestion de sa bijouterie s’il accepte de le cacher. Si la gravité du sujet promet de l’émotion et de la tension, la pièce de Jean-Philippe Daguerre surprend par cette brise comique qui décuple la force des sentiments ressentis. Son écriture vibrionne de décalages qui conduisent la pesante gravité à valser avec un humour souvent satirique. Cette union inattendue est le socle de la réussite de cette création bouleversante, qui est très bien servie par les cinq comédiens impliqués, complices et terriblement présents. Une pièce qui pourrait se voir consacrée, le 28 mai prochain, lors de la remise des Molières 2018, où elle est en lice dans six catégories, dont le « Meilleur spectacle du théâtre privé ».

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Entrez dans la danse, éditions julliard, chronique littéraire, Jean Teulé

“Entrez dans la danse”, Jean Teulé

CHRONIQUE
Jean Teulé n’a pas son pareil pour donner au sordide et à l’horreur une dimension poétiquement démentielle. Dans la lignée des “Mangez-le si vous voulez” ou “Héloïse, ouille !”, son nouveau roman “Entrez dans la danse”, aux éditions Julliard, gratte le fonds des casseroles de l’Histoire, afin de la réinventer en une fable cynique et irrévérencieuse, triviale et recherchée. On reconnaît la signature stylistique de l’auteur qui n’aime rien tant que de reconnaître de la beauté en du vulgaire… à moins que cela soit l’inverse ! Là encore, il vient donc exhumer des archives une chronique alsacienne de 1519 qui décrit un événement hallucinant, à une époque de grande famine et d’extrême pauvreté. Des habitants de Strasbourg réduit à la misère noire se mettent à danser jusqu’à ce que mort s’ensuive. Une danse macabre qui se répand comme une épidémie, l’épidémie de la misère quand le néant remplace l’avenir. Une réflexion sur le désespoir, détonante et critique.

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“L’Ordre du jour”, Éric Vuillard

CHRONIQUE
Les écrits d’Éric Vuillard sont régulièrement distingués par des prix. Avec le dernier en date, “L’Ordre du jour” chez Actes Sud, il décroche le prix Goncourt, le Saint Graal des auteurs, alors même qu’il n’était pas favori. Le thème et le style ont emporté l’adhésion de la majorité du jury ; ils plairont à coup sûr à ceux qui n’ont pas encore lu ce petit bijou d’orfèvrerie littéraire. L’auteur s’est penché sur le thème de la Seconde Guerre mondiale, mais circonscrit au financement du parti national-socialiste et à l’Anschluss. Sujet ambitieux s’il en est par la rareté des ouvrages sur ce pan délicat, mais fondamental, de l’Histoire. Car, au début, il y a toujours l’argent ! Sans financement, y aurait-il eu l’annexion de l’Autriche ? Hitler aurait-il eu les moyens de sa démesure ? L’auteur met brillamment en perspectives l’envers de cette invasion loin d’être aussi glorieuse que ce que la propagande nazie a voulu faire croire. Il nous l’explique avec la précision d’un compte-à-rebours inéluctable. Les dates se répondent entre elles et se répercutent dans la promesse de la fureur. Le déroulement des préparatifs de guerre est la funeste conséquence de ce fameux ordre du jour qui a validé le versement de dons substantiels dans les caisses du parti.

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“Volpi, Prince de la Venise moderne”, Bernard Poulet

CHRONIQUE
« Volpi, Prince de Venise moderne », de Bernard Poulet, est un essai instructif et éloquent qui relate la biographie de l’industriel et politicien Giuseppe Volpi au temps du fascisme italien, mais aussi son combat passionné et passionnant pour redonner à Venise toute sa grandeur passée. Le journaliste s’emploie avec méthode à percer le « mystère Volpi », comme l’évoque dans sa préface Jean-Paul Kauffmann. C’est un homme de paradoxes qui navigue dans les eaux troubles d’un fascisme économique. L’auteur fait marcher, en parallèle et d’un même pas, Giuseppe Volpi et Venise comme deux inséparables. Il met en lumière les efforts constants de l’industriel pour faire immerger de la lagune la « Troisième Venise » qui s’intercalerait entre ceux qui la conjuguent au passé figé et ceux qui l’imaginent au futur dévastateur. Volpi et Venise, même destinée d’une flamboyance qui finira par déchoir. Le premier pour ne pas avoir eu le temps de se disculper, la seconde pour avoir été abandonnée aux mains d’un capitalisme effréné.

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“Le Parlement des cigognes”, Valère Staraselski

CHRONIQUE
Le 27 mai 2018, Valère Staraselski s’est vu remettre le prix de la Licra 2018 pour ce petit bijou Le Parlement des cigognes, un récit court et puissant qui ravive par réaction un souffle vital jusqu’au tréfonds de l’âme. L’auteur connaît la valeur des mots simples qu’il appose comme un baume sur une plaie de l’Histoire, mais qu’il sait temporaire face à une cicatrisation utopique. On ne guérit pas de la Shoah, on se relève et on essaye de vivre pour transmettre… si on y parvient. “Le Parlement des cigognes” est le témoignage d’un vieil homme qui a échappé au camp de concentration de Plaszow, à Cracovie, en Pologne, mais pas au ghetto. Dans l’Europe de l’Est, la haine des Juifs a généré massacres en règle et persécutions pendant la guerre… et même peu après la victoire des Alliés sur les nazis.

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“La sœur du Roi”, Alexandra de Broca

CHRONIQUE
Avec “La sœur du Roi”, Alexandra de Broca continue de faire fructifier avec bonheur le terreau de l’Ancien régime, sa période de prédilection. Après deux romans (*), l’un sur Marie-Thérèse de France, la fille de Marie-Antoinette et du roi Louis XVI, et l’autre sur la vie de la princesse de Lamballe, l’amie fidèle de la reine de France Marie-Antoinette, l’historienne ravive aujourd’hui, sous une plume royalement inspirée, la vie de Madame Élisabeth, la plus jeune sœur de Louis XVI. Attendrie par la personnalité complexe de son sujet, l’auteure revient sur la période troublée de la Révolution française avec une biographie documentée, qu’elle agrémente d’une histoire d’amour platonique intense à l’avenir incertain. Elle nous livre deux vies, l’une réelle et l’autre inventée, qui cheminent en parallèle dans de courts chapitres jusqu’à la rencontre fortuite qui embrasera des cœurs trop entiers pour fuir un destin capricieux.

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« Les Favorites du Renégat », Alain de Savigny

CHRONIQUE
“Faire partie des dirigeants d’une grande nation, ceux qui ont une influence sur la marche d’un empire ou d’un royaume.” C’est ce à quoi a aspiré toute sa vie le Comte de Bonneval. Ce converti à l’islam, par la force du destin et un sens de l’honneur chatouilleux, a laissé nombre traces de ses faits de guerre et de ses trahisons qui ont fait de lui un bel aventurier, autant adulé que haï. Avec “Les favorites du Renégat”, Alain de Savigny porte un regard différent sur ce héros historique. Se refusant à écrire une énième biographie, exacte ou fantasmée, l’auteur raconte la vie de ce héros guerrier au travers du regard de six femmes qui l’ont aimé follement. Une approche certes originale, mais qui donne à celui qui deviendra Ahmed Pacha dans l’Empire ottoman une dimension humaine et humaniste forte. Pour un homme qui n’aura vécu que pour les conquêtes, cet ultime assaut de la vérité venant des alcôves, passionnément divertissant et instructif, lui rend un très bel hommage.

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« Un si petit territoire », Marc Bressant

CHRONIQUE
Estampillé roman, “Un si petit territoire”, de Marc Bressant, aux éditions De Fallois, est bien plus encore. À mi-chemin entre l’essai et la chronique historique, ce petit bijou de plus de quatre cents pages passionne l’érudit en herbe qui sommeille en chacun. C’est un ouvrage résolument moderne, mais qui emprunte au passé ses plus beaux vestiges. Une langue belle, sans fioritures, un rien académique, un ton joliment caustique, un livre tel qu’aurait pu l’écrire un écrivain du siècle visité. L’auteur, diplomate de carrière, élève le territoire de Moresnet au rang de héros autour duquel gravitent des générations d’hommes et de femmes investis et imaginatifs. Tous n’auront qu’un seul but : donner à cette minuscule terre neutre, riche et désolée, un destin surprenant, hors norme, et pourtant historiquement vrai : celui de devenir l’embryon d’un plus grand territoire soudé qu’on appellerait Europe. Et ce rêve qui commence en juin 1816, un an après Waterloo, va prendre corps et âme le lecteur impressionné et touché. Une préfiguration stupéfiante de l’Europe du XXe siècle… vouée à être engloutie par l’Empire allemand en 1914.

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“Maria Deraismes”, Fabienne Leloup

CHRONIQUE
Voici un personnage de biographie qui vaut le détour ! Il s’agit de Maria Deraismes (1828-1894), une féministe journaliste qui fonda en 1893, avec George Martin, la loge du « Droit humain » qui accueillait indifféremment hommes et femmes. Cette femme de caractère, grande lettrée et infatigable travailleuse malgré une maladie incurable alors méconnue (la maladie de Cronh), est tirée de l’ombre dans une biographie romancée, grâce à Fabienne Leloup, agrégée de lettres, professeur de français et écrivain. Cette femme érudite du XXIe siècle, qui se plaît dans les domaines « marginaux » du savoir, ne pouvait que se passionner pour le parcours franc-maçonnique de Maria Deraismes et réparer l’injustice de l’oubli. « Maria Deraismes, Riche, féministe et franc-maçonne » (éditions Michel de Maule) est un bel hommage littéraire qui plonge le lecteur dans une époque où la place naturelle de la femme n’était pas dans les cénacles politiques ou à la tribune en maître de conférences.

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“Toutes ces choses à te dire”, Frédérique Volot

CHRONIQUE
L’immersion est profonde et émouvante. Frédérique Volot trempe une plume légère et romanesque dans l’encre réaliste de la vie douloureuse et mouvementée d’Ettore et de Lucie. L’auteure retrace avec une verve saisissante leur trajectoire différente qui va les réunir en 1930, puisant dans leurs origines, leur enfance, leur apprentissage de la vie, entre débrouillardises et audace. Elle leur fait traverser en parallèle des moments personnels éprouvants et des événements historiques tragiques qui vont édifier leur coup de foudre en un amour puissant, indestructible.

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“Ma grand’mère d’Arménie”, Anny Romand

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥
Quand l’histoire d’une jeune Arménienne se confond avec la grande et tragique Histoire, quand une petite-fille s’imprègne des souffrances de sa grand-mère, quand un récit relie ces deux générations de femmes, se produit un miracle de lecture. Un témoignage saisissant, sans excès, en simplicité cruelle. Anny Romand, déjà connue pour ses talents d’actrice et de traductrice, signe d’une plume pudique, animée par la rondeur et la délicatesse de l’enfance, sans le fard outrancier de l’horreur, un récit authentique sur l’« Askor », le Massacre, le génocide arménien, par la voix de sa grand-mère Serpouhi Hovaghian qui « a besoin de mâcher tout ça, pour essayer de l’avaler, encore et encore ».

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