“Gustave Eiffel, En fer et contre tous”, impossible n’est pas Eiffel

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume Coup de cœur”

 

Avec Gustave Eiffel En fer et contre tous, le temps des grands rêves a établi son camp de base au théâtre Le bout. La biographie théâtralisée qu’Alexandre Delimoges a consacrée à Gustave Eiffel est une première d’une longue série de parcours hors normes. La prochaine sur Joséphine Baker étant en cours de rédaction. Une série que l’on ne manquera pas de suivre si l’écriture et l’interprétation sont d’aussi bonne qualité que ce petit bijou retraçant l’œuvre d’un visionnaire pragmatique, aux idées fécondes, et qui avait l’intelligence instinctive de céder à ses rêves, même les plus fous. Ce « seul en scène biographique », joué en alternance par Alexandre Delimoges et Valentin Giard, est une réussite sur tous les plans. Elle captive d’emblée, nous arrachant de notre condition figée de celui ou de celle qui écoute, car cette pièce-là transporte, insuffle une force, élève les idéaux. Elle va jusqu’à ranimer ses propres rêves égarés sur la voie de la raison.

Mais rebroussons le temps jusqu’en décembre 1888 à cinq mois de l’inauguration de la Tour Eiffel édifiée pour l’Exposition universelle de Paris de 1889 et en commémoration du centenaire de la Révolution française. Barbe sombre, le regard outré, Gustave Eiffel est furieux : on lui met encore des bâtons dans les roues. À quelques mois de l’inauguration, les charpentiers se mettent en grève. Sans augmentation, ils refusent de poursuivre leur travail. Or, le temps presse ! Si l’architecte ne livre pas à temps son ouvrage d’art, ceux qui l’ont décrié, les journalistes et les écrivains en vogue, ne se priveront pas d’achever sa réputation à coups de mots incendiaires, haineux et menaçants. Pourtant, qu’a-t-il à prouver encore ? Gustave Eiffel donne crédit à toutes ses envies de construction et les concrétise (ponts routiers et ferroviaires, viaducs, gares, galeries…), quitte à inventer la manière de procéder. C’est ainsi que ses plus grandes créations l’ont rendu célèbre jusqu’à cette idée de tour.

Ce chantage à la grève est le prétexte à l’homme impétueux d’évoquer la genèse de ce rêve haut de 300 mètres, dont chaque rivet représente le poids d’une bouteille de vin ! N’est-il pas le penseur du montage en kit ! Se doutait-il alors qu’il contribuait à ériger l’emblème de la France ? Littéralement, la grande histoire se joue en direct, avec passion et vivacité. Les chiffres et les mots pleuvent avec autant de grâce et de force que les émotions de celui qui les sème à tous les vents. Avec cette biographie théâtralisée, l’histoire connue est remémorée, précisée, enrichie, et le personnage trop méconnu se découvre et étonne par sa personnalité. Peu à peu le personnage légendaire se fait homme de chair et de peine, que les rêves ont forgé au-delà des frontières et des épreuves. Cette crise syndicale est le prétexte pour Gustave l’homme de raconter Eiffel le monument. Il nous décrit les coulisses du chantier et sa façon d’être un patron moderne, inventeur du management et précurseur dans l’amélioration des conditions de travail, et notamment la sécurité de ses salariés.

Resituée dans son contexte social, culturel et politique, la vie de Gustave Eiffel se déploie en confidences, en interactions avec le public qui devient acteur de son enrichissement. Ce soir-là, c’est Valentin Giard qui a revêtu le costume du bourgeois industrieux, chapeau haut-de-forme et canne venant parfaire le look du XIXesiècle. Son personnage est fougueux et attendrissant, le ton est tantôt ulcéré, tantôt grinçant, les remarques sur la société drôles et terriblement d’actualité. Il est moderne, assez proche de nous pour qu’une connivence s’installe. Est-ce la stature, la façon de posséder son sujet, l’implication joyeuse ou la force du jeu… ? Peu importe, Valentin Giard est Gustave, on en mettrait la main à couper ! Et ce Gustave-là, en conteur fascinant, est né d’une plume passionnée par son sujet. Alexandre Delimoges réussit à décrypter un visionnaire qui n’en est pas moins homme dans sa complexité et sa fragilité, mais aussi dans sa force, indestructible, qui refuse de se laisser gouverner par le conformisme. Un excellent moment de théâtre qui divertit tout en transmettant un beau message sur la nécessité de rêver… En fer et contre tous.

Nathalie Gendreau

©Franck Calabrone


« Gustave Eiffel, En fer et contre tous »


 
Distribution

Avec : Alexandre Delimoges  et Valentin Giard (en alternance).

 

Créateurs

Auteur et metteur en scène :  Alexandre Delimoges

 

Tous les dimanches à 17h30, jusqu’au 27 janvier 2019.

 

Au Théâtre du Bout, 6 rue Frochot, Paris 75009.

 

Durée : 1h15.

 

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