« L’Empereur des Boulevards » : Entre maître et sujet de vaudeville

THÉÂTRE & CO
Georges Feydeau est un nom qui résonne aussi fort que les rires qu’il provoque. « Tailleur pour Dames » est la pièce qui le porte aux nues au théâtre de la Renaissance en 1886 et le place sur la plus haute marche du rire, un art non respectable selon sa mère, Léocadie Boguslawa Zalewska… une femme « galante » dans sa jeunesse ! Jouer avec des histoires sordides de cocufiage et de tromperie est le créneau dans lequel il se complaît. Mais qui est vraiment ce farceur au patronyme si respectable ? Son père, Ernest, n’était-il pas un écrivain réputé ? Où peut-il bien puiser son inspiration, semble-t-il inépuisable ? C’est tout l’objet de la dernière création de la « Compagnie des Joyeux de la Couronne », un « biopic » musical écrit par Olivier Schmidt : « L’Empereur des Boulevards », au Théâtre Montmartre Galabru. À travers 26 personnages, l’auteur et comédien met en scène la vie du vaudevilliste depuis ses débuts passionnés jusqu’à sa lente déchéance, rongé par la syphilis transmise par un ange de la nuit. Grâce à sept comédiens talentueux et vitaminés, le Paris festif s’étale sur scène en plusieurs actes, des tranches de vie où s’enchaînent les échecs et les succès du maître des Boulevards, mais aussi sa vie intime qui le transforme en sujet obéissant et vaincu par ses démons, dont le plus prégnant est sans conteste le besoin de reconnaissance. Si l’œuvre de Feydeau taille la part belle à cette pièce, sa vie personnelle et son esprit l’habitent de pied en cap.

« Tu es vraiment si pressé ? », ou l’éloge du temps suspendu

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« Que faisons-nous de nos vies ? Comment vivre la solitude ? Comment aborder la vieillesse ? » Ainsi se présente l’argument de cette pièce d’une tendresse inouïe, où le passé et le présent se confrontent dans le confort d’un boudoir et l’inconfort des sentiments. Si les thèmes de « Tu es vraiment si pressé ? » sont universels et imposés par la marche du temps, Chantal Péninon et Denis Tison les évoquent avec poésie et une pertinence cruelle. Les émotions évoluent tel un menuet décalé, qui n’est que la transcription tangible et élégante d’un moment rare, hors du temps moderne, où la belle langue éclate en floraison, comme au temps où tenir salon avait du sens et de l’à-propos. Ce plaisir délicieux d’entendre une langue bien ourlée s’accompagne d’un jeu tout en finesse et réalisme. Le personnage de Chantal Péninon est une femme à la retraite qui loue une chambre de son appartement, habituellement pour de courts séjours. Or là, le client occasionnel (Denis Tison) semble vouloir prendre ses aises. Il s’installe dans la durée, questionne beaucoup autour d’une tasse de thé ou d’un verre de Pineau des Charentes, l’air de rien, mais inspiré par tout… jusqu’à ce que le masque tombe sur une vérité douloureuse. Les histoires du passé peuvent-elles être pansées, rafistolées, guéries ? « Tu es vraiment si pressé ? », au théâtre de Belleville jusqu’au 29 octobre, ouvre le chemin à des réponses aussi universelles que plurielles.

« Mademoiselle Else », quand les tourments mis à nu touchent au sublime

Mademoiselle Else

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La grâce altière dans sa plus pure expression siège au Théâtre de Poche-Montparnasse depuis qu’Alice Dufour se glisse dans la peau de « Mademoiselle Else ». Par son interprétation tout en intensité et retenue, elle plonge l’intimité de la salle dans une lumière captivante. Elle incarne une jeune fille sur la crête, en équilibre entre l’adolescence et l’adulte. Quand l’insolence et l’insouciance s’amusent à aiguiser ses sens, laissant poindre un désir de femme, une épreuve inattendue la pousse à s’interroger sur la honte, et surtout le prix de la honte. Cette jeune fille encore en fleurs, à l’exubérance mutine, est brutalement confrontée à un dilemme moral, cruel et indigne, où il faut choisir entre la vile soumission ou le don de soi. Au centre d’un marchandage, elle peut sauver son père de la ruine et de la prison si elle se montre nue devant M. De Dorsday, un vieil antiquaire au regard libidineux, mais au compte en banque confortable. En adaptant en monologue la pièce de l’écrivain et médecin viennois du XIXe siècle, Arthur Schnitzler, Nicolas Briançon place l’héroïne au centre. Par une scénographie évocatrice et le parti pris de voix off, il fait exulter les tourments psychologiques du personnage au paroxysme de la beauté outragée. Une beauté tragique qui appelle la mort alors qu’elle est la vie.

« J’ai envie de toi », un grand boulevard de rires

THÉÂTRE & CO – RÉSUMÉ
Youssouf (Sébastien Castro) vit seul dans un petit appartement hérité de ses parents. Son gagne-misère est de garder « au noir » des personnes âgées. Ce soir-là, Sabine Brachot (Maud Le Génédal) lui confie sa mère paralysée qui ne peut s’exprimer que par sonnette interposée. Rassurée, elle va pouvoir fêter son anniversaire avec une amie dans le restaurant portugais au pied de l’immeuble. Dans le même temps, Youssouf profite de l’emménagement de son nouveau voisin Guillaume (Guillaume Clérice) pour perforer la cloison qui délimite les deux appartements. Il entend récupérer le placard qui a été injustement rattaché à l’appartement voisin. En découvrant le trou béant, Guillaume est ahuri, puis paniqué. Il a rendez-vous avec Julie (Astrid Roos), une femme avec qui il a chatté sur Tinder. C’est leur première rencontre, le champagne est même au frais. Irrité, il envoie trop vite un texto et se trompe de destinataire. Au lieu de Julie, c’est Christelle (Anne-Sophie Germanaz), son ex-copine qui n’a cessé de le harceler lorsqu’il l’a quittée, qui le reçoit. En lisant « J’ai envie de toi », à coup sûr, elle allait le rappeler ! Catastrophe ! Comment s’en débarrasser ? Youssouf propose généreusement de s’en charger, pour le plus grand malheur de Guillaume. Dès la première initiative, un festival de bévues et de méprises vont rendre chèvre le beau Guillaume qui ne rêve que d’accrocher Julie à son palmarès.

« Bien entourée », la vitalité nommée Vitari

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Vous l’aimez sans doute dans « Nos chers voisins », où elle incarne Karine Becker depuis cinq ans, vous l’adorerez dans son deuxième spectacle : « Bien entourée ». Dans l’intimité du Petit Palais des Glaces, où elle se produit les jeudis, vendredis et samedis à 20 heures, Isabelle Vitari ose tout et plus encore. Vous découvrirez si la quadragénaire qu’elle est, épuisée par trois enfants dont une fille ado, est si bien entourée pour sa santé mentale. La comédienne et humoriste, maîtrisant l’art de l’autodérision sur le bout des ongles, offre un spectacle décomplexé et drôle. Ne s’embarrassant pas de la pensée correcte exigée, elle s’amuse littéralement avec les situations et les bons mots masculins conjugués au féminin. Un chat est appelé une chatte sans vulgarité aucune ! Sur un texte pêchu et trash, co-écrit avec le metteur en scène Éric Théobald et Mélusine Laura Raynaud, Isabelle Vitari se livre tout entière et sans manière : en toute confidence, elle nous parle de ses enfants, de son père flic, de sa professeure de danse, de ces septuagénaires et plus qui profitent d’une seconde jeunesse qu’elle nomme « vionesse ». Elle a hâte d’arriver à cet âge pour enfin s’éclater. Dans cette attente, avec « Bien entourée », elle propage sa bonne humeur et une vitalité sans faille.

« Les ecchymoses invisibles », quand la fiction s’invite dans le réel

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Les violences conjugales ne sont pas un mythe. Elles ont de tout temps existé. « Les ecchymoses invisibles » n’est pas qu’une fiction donnant à comprendre le mécanisme de l’enfer d’une épouse ligotée mentalement par les maltraitances psychologiques de son conjoint, c’est aussi le témoignage brutal et poignant d’une réalité trop répandue que l’auteur Djamel Saïdi met en scène au Théo Théâtre, jusqu’au 30 avril 2020. Après cinq nominations aux P’tits Molières 2018, l’actualité tragique de son sujet et l’intensité éprouvante du jeu des acteurs rendent une nouvelle fois la pièce éligible aux P’tits Molières 2020. C’est une bonne nouvelle pour La Déesse Compagnie, dont la vocation est de produire des « fictions documentaires », où le vrai tient une place prépondérante afin de contribuer à la dénonciation de ces violences invisibles qui anéantissent, à petit feu et sans marque sur le corps, toute personnalité, tout sentiment d’amour propre, toute réaction salvatrice.

« Double jeu », des retrouvailles en ordre de bataille

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Trente-cinq ans après le lycée, une ancienne bande d’amis se retrouve autour d’un apéritif organisé par l’une des leurs, Charlie. Histoire de se remémorer les bons moments, de convoquer les souvenirs heureux, de parler de ce que leur vie leur a réservé. Rien de plus anodin… en apparence ! Mais, comme le titre de la nouvelle pièce de Brigitte Massiot le laisse supposer, « Double Jeu » promet des apparences trompeuses et suggère des règlements de compte en boomerang. Comment sept anciens amis, adultes installés dans la vie, vont-ils pouvoir renouer avec leur vie lycéenne sans éclats ni dommages, alors que chacun n’est pas tranquille avec son passé ? Cette période censée être insouciante et heureuse qui s’est brutalement refermée sur un drame les a irrémédiablement changés. Les anciennes querelles couvent sous les cendres de l’amitié. L’étincelle qui ravivera les braises sera-t-elle l’occasion de faire toute la lumière sur les véritables relations des uns avec les autres, pour éteindre à tout jamais le sentiment de culpabilité, les remords, les torts ? Pour cela, il y a un prix à payer : celui de la vérité, de la sincérité, des explications. Dans cette comédie policière au scénario solide et captivant, aux personnages tout en richesse et complexité, l’humour et le drame s’unissent en tir groupé pour frapper juste. Justesse de jeux, justesse de situations, justesse de mise en scène. Un triplé gagnant sur la scène du Gymnase Marie Bell qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte !

« Les mots s’improsent » et riment avec virtuose

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« Les mots s’improsent », au théâtre des Mathurins jusqu’au 1er avril 2020, est un spectacle de Félix Radu d’une audace artistique inédite, un ovni littéraire en orbite autour du sens de la vie qui se déploie en plusieurs dimensions de compréhension. Son seul-en-scène ne ressemble à rien de connu et pourtant il nous est étrangement familier. C’est peut-être parce qu’il sait nous parler de l’essentiel avec une langue qui châtie bien. Son texte de haute tenue est truffé de traits d’esprit et de réflexions philosophiques. Il émeut, interroge, éclaire, induit des répercussions émotionnelles et intellectuelles. Tout le long de la performance du jeu scénique, revu par le metteur en scène Julien Alluguette, il n’y a pas d’éclats de rire, mais un feu nourri d’éclats de pensée et de sourires intérieurs. Ce n’est ni un récit austère ni un conte fantasque, mais une variation poétique d’un vieux monde que le comédien essaye de comprendre, une introspection élargie à l’univers, avec l’impertinence de la jeunesse et la tempérance de la sagesse. Les mots fusent, se chamaillent, s’entrechoquent ou se confondent, se mettent à nu pour revêtir de nouveaux habits de lumière. Ainsi, la poésie philosophique de Félix Radu surgit d’entre les mots dans un ballet aérien et pétillant d’humour et de sens, pour la plus grande joie d’un public conquis.

« Les Faux British », de l’absurde à pleurer de rire

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« Les Faux British » à l’affiche du théâtre Saint-Georges poursuit fièrement sa cinquième saison, après 2 000 représentations en décembre 2019, soit plus de 500 000 spectateurs à Paris et 120 000 en tournée. Cette parodie du théâtre amateur, que le metteur en scène Gwen Aduh (fondateur de la Compagnie des Femmes à barbe en 1999) a rapporté d’Édimbourg dans ses bagages en 2013, est une machine à rire infernale qui ne cesse sa délicieuse et extravagante torture zygomatique qu’au tomber de rideau. La loufoquerie gagne là ses lettres de noblesse grâce à cet étonnant scénario de Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields qui met en scène un sang-froid et un pragmatisme à toute épreuve d’une troupe d’amateurs de roman noir s’inventant acteurs d’un jour pour jouer un hypothétique polar méconnu de Conan Doyle devant les membres de leur association… c’est-à-dire le public. L’amateurisme des personnages et leur opiniâtreté à poursuivre malgré les maladresses et les imprévus successifs, au prix souvent de leur intégrité physique, est à s’étouffer de rire. Jerry Lewis, sortez de ces corps ! On se prendrait presque de pitié pour les sept comédiens, inouïs et ultra crédibles dans leur jeu qui consiste à être mauvais. On a mal pour eux jusqu’au bout, mais on en redemande !

« Le récit poétique mais pas chiant d’un amoureux en voyage », Promesse tenue !

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Au théâtre du Marais, Marc Tournebœuf reprend son « Récit poétique mais pas chiant d’un amoureux en voyage » tous les lundis jusqu’au 30 mars 2020. Un joli minois en stand up n’est pas d’une originalité folle. En revanche, un joli minois incarné où transparaissent candeur et vivacité d’esprit, c’est un excellent début qui — brisons le suspense dès à présent — tient sa promesse : poétique et pas chiant. L’humoriste nous fait partager son histoire d’amour avec une jeune fille portugaise, rencontrée lors d’une soirée parisienne. C’est le point de départ à croquer la société dans laquelle il vit, avant de nous entraîner au Portugal où il a décidé de rejoindre sa dulcinée un peu distante dans tous les sens du terme. Avec l’espoir attendrissant d’un amour partagé, il s’affranchit courageusement de sa timidité pour rencontrer le père, qui l’écrase de son autorité. Pour plaire, Marc acquiesce à tout, contraint de s’asseoir sur sa dignité. Ce voyage aux couleurs de l’amour fané sera également initiatique, car il découvrira d’autres couleurs, plus vives et plus odorantes, d’un pays où tous parlent français avec l’accent si reconnaissable en « ouèche ». Mais, au-delà de ces blagues comparatives France-Portugal, l’humoriste nous donne aussi à entendre avec passion Fernando Pessoa. Selon l’écrivain et poète, « Aimer, c’est se lasser d’être seul : c’est donc une lâcheté et une trahison envers soi-même ». Une rencontre qui vaut bien toutes les déclarations d’amour, n’est-il pas ?

« Pour le meilleur et pour le dire », du verbe en plein cœur

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Au théâtre de La Scène Parisienne, la comédie psychologique et sentimentale « Pour le meilleur et pour le dire » revient pour quatre mois de consultations supplémentaires, jusqu’au 11 avril 2020. Une aubaine qu’il serait inconséquent de laisser passer tant l’écriture de David Basant et Mélanie Reumaux sonne juste et émeut, du rire à la joie finale du happy end. Pour une fois qu’une histoire d’amour se termine bien, il serait bien dommage de s’en priver ! La pièce déploie son fil narratif tendu au cordeau sur le malentendu, les non-dits, la difficulté de communiquer et les lapsus signifiants. Le sujet est fort simple, mais d’une actualité impérissable. C’est l’histoire d’un couple très amoureux et en crise. Audrey approchant de la quarantaine veut un bébé, Julien repousse ce désir aux calendes grecques sans lui en avouer les raisons. La peur de perdre celle qu’il aime par cet aveu le conduit à rompre par anticipation. Un non-sens que vont s’ingénier à réparer leur entourage et surtout leur analyste… qui se trouve être la même personne. Du bel ouvrage d’écriture intelligent et enjoué qui, par les mots dits, dédramatise les maux tus.

« Un vrai couple », un duo au diapason du vrai

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Sur la scène de La Comédie des Boulevards se joue « Un vrai couple », à la vie à la mort, mais surtout à la ville. Cette pièce écrite par les deux comédiens, Gaëlle Gauthier et Arnaud Gidoin, sur leur belle et improbable histoire d’amour sent le vécu dans ses moindres détails et les multiples situations. Belle, car ils sont lumineux et enthousiastes de partager leur bonheur. Improbable, car cela n’aurait jamais dû « matcher » entre eux. Pensez donc ! Ils ne sont pas de la même génération ! Arnaud est un éternel adolescent qui écoute des chanteurs morts et aime le karaoké et l’alcool, tandis que Gaëlle préfère le yoga, la méditation et arrose ses soirées à l’eau de rose ! Pourtant, ils sont bel et bien tombés amoureux et entendent nous le conter par le menu, depuis la première rencontre jusqu’à la naissance de leur enfant. À cette mise en bouche romanesque, ils ont incorporé une généreuse rasade d’humour et un bon zeste d’interaction complice avec les spectateurs, faisant ainsi de leur vie de couple un pur divertissement, enlevé, tendre et réjouissant.

« Un contrat », du polar dans les règles de l’art duelliste

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Manquer ce duel psychanalytique eut été dommage. « Un contrat », seule pièce de théâtre (1999) de Tonino Benacquista, est un polar théâtral hors norme, aux dialogues percutants, à l’humour noir et au raisonnement subtil. Défini par son auteur comme un « western psychanalytique », la tension et le suspense montent crescendo dans une salve ininterrompue de répliques qui font mouche et percent les carapaces des deux protagonistes. C’est un duel au sommet de l’intelligence qui se déroule en deux actes et un épilogue au théâtre du Gymnase Marie-Bell, où le silence est polymorphe. D’un côté, la loi du silence du chef de gang angoissé et, de l’autre, le secret professionnel du psychanalyste de renom. Haletante et captivante à la fois, la confrontation est menée avec des nuances de jeu d’une justesse rare de la part des deux comédiens, allant pour l’un de l’écoute bienveillante à l’écoute contrainte, et pour l’autre allant des menaces aux révélations. Ce duel psychologique, dont l’issue reste imprévisible, atteint son apogée à la dernière réplique. Du grand art ! Patrick Seminor (le psychanalyste) et Olivier Douau (le chef de gang) font montre d’une belle présence scénique, judicieusement orientée par le metteur en scène Stanislas Rosemin. Économie de gestes, silences éloquents, peur à fleur de peau, regards pénétrants forment un tout palpable qui donne corps aux mots et à leurs conséquences. Remarquable !

« Dernier carton », un huis clos qui bouscule

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Deux hommes s’affrontent sur les planches du théâtre du Gymnase Marie-Bell. Ils ne sont rien l’un pour l’autre. Seule une situation les réunit : un déménagement. Alors que le dernier carton trônant dans la pièce vide marque une page qui se tourne pour Richard, le déménageur semble hésiter. Il est sur le point de quitter l’appartement, mais une force le retient. Cette même force qui va prendre à la jugulaire l’animateur littéraire de TV, très connu au demeurant. Quand l’humour absurde, sombre et dramatique, s’invite dans la danse, c’est un combat explosif qui s’annonce. Il sera rude entre les protagonistes qui font preuve d’inventivité pour feinter, esquiver et frapper l’adversaire, dans tous les sens du terme, révélant à bon escient les strates de mensonges, de flous et d’ambiguïté. Le texte très actuel d’Olivier Balu, un jeune auteur au talent certain, propose un thriller psychologique décapant, haletant, renversant qui ne lâche ni les personnages ni le public. Il ménage le suspense par des virages comportementaux, parfois à 180°, qui laisse planer le doute de la folie. La mise en scène réaliste de Laurent Ziveri est très efficace. Elle offre à ce duo de choc toute l’amplitude de jeux possible, de la ruse à la violence, de la sincérité à la tromperie. Patrice Laffont et Michaël Msihid prennent un malin plaisir à partager la scène, leur complicité saute aux yeux et leur énergie saisit au col.

« Les Passagers de l’aube », un face-à-face troublant aux frontières de la mort

Salut de Les Passagers de l'aube

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Vous n’avez qu’un mois pour plonger, corps et âme, dans l’atmosphère captivante des « Passagers de l’aube », au Théâtre 13/Jardin. Tablant sur l’originalité, cette tragédie romantique tisse la trame de son intrigue en empruntant à l’état amoureux, la science et la spiritualité des fils à la fois invisibles et lumineux. Avec un texte conjuguant poésie et pragmatisme, l’autrice Violaine Arsac propose une œuvre d’une grande force évocatrice qui interroge notre existence, ou plutôt cet état de l’être projeté dans le sas incertain de l’après-vie. Quand la mort est-elle réelle ? Qu’est-ce que la conscience ? Que devient-elle après l’arrêt de l’activité cérébrale ? Comment se positionne la science face à ces nombreux témoignages de personnes qui reviennent de leur mort, que l’on appelle EMI (expérience de mort imminente), après avoir visité cette nouvelle aube réconfortante : la vie après la mort ? La fin ne serait donc que le début d’une « autre présence », une présence énergétique que la physique quantique pourrait expliquer… un jour prochain ?

« PMQ – L’élégance VoQale », l’éloquence du PMQ hardi

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Libertin, licencieux, lubrique, osé, polisson, salace, leste, croustillant, gaulois, gaillard… et j’en passe. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le spectacle savoureusement transgressif « PMQ, l’élégance voQale », à découvrir sur la scène du théâtre des Deux Ânes. Empruntant copieusement au répertoire populaire des chansons paillardes, certaines datant même du XIIIe siècle, sept magnifiques artistes les revisitent a capella et en polyphonie tout en élégance de style et de voix. Qu’ils sont beaux ces sept fringants mercenaires à la solde du grivois, endimanchés dans leurs costumes chics, vocalisant complices, le geste débonnaire et l’œil frétillant sur des paroles lestes ! Derrière l’acronyme « PMQ » (pour « parité mon cul ») se cache un septuor féministe de grand talent : Olivier Andrys dit Olive (l’affable conciliateur), Geoffrey Bailleul (le crooner au cadogan), Joël Legagneur dit Jojo (le galopin sympathique), Pierre Marescaux (l’échalas timide et sérieux), Benjamin Riez dit Benji et Louis Lefebvre Legagneur (les rockers au minois fripon), et Brice Baillon (le frêle au cœur de stentor). Ce groupe créé en 2014, spécialisé dans le patrimoine paillard français, remet au goût du jour sans vulgarité aucune « La (célèbre) Bite à Dudule » ou « la Petite charlotte », dans des arrangements de Brice Baillon, des airs qui n’ont pas pris une ride !

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