« Le Petit Coiffeur », plongée délicate dans les affres de la Libération

THÉÂTRE & CO
Avec « Le Petit Coiffeur », au théâtre Rive Gauche, Jean-Philippe Daguerre poursuit son immersion dans la Seconde Guerre mondiale entamée avec « Adieu Monsieur Haffmann » (4 Molières 2018, dont Meilleur Spectacle de Théâtre Privé et Meilleur Auteur). On se souvient avec grande émotion de cette pièce dont l’histoire se situe en 1942, au moment de l’obligation faite aux Juifs de porter l’étoile jaune. « Le Petit Coiffeur » évoque l’épuration au moment de la Libération qui vient en contrepoint de la grandeur d’âme. Dès l’ouverture du rideau, l’atmosphère rétro téléporte la salle dans un temps encore sombre, impression renforcée par le mobilier et les costumes aux couleurs froides. Côté cour, la chambre de Pierre ; côté jardin, le salon de coiffure. Tels les recto/verso d’un livre grandeur nature dont les personnages tournent les pages. Ce livre relate un drame ordinaire de cette époque où délation et règlements de compte formaient le quotidien des villes libérées. Il se focalise sur un coiffeur également peintre qui tombe amoureux de son modèle, Lise qui est une veuve au lourd secret sur la conscience. Entre lyrisme et tension, les comédiens évoluent avec aisance. On est facilement projeté dans le drame intime de cette famille, partagée entre amour et devoir, qui voit un dénouement inattendu, tout en intelligence scénique.

« Saint-Exupéry, le mystère de l’aviateur », un biopic théâtral de haut vol

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Il suffit d’évoquer Saint-Exupéry pour que « le Petit Prince » surgisse de l’enfance. Qui ne connaît pas ce petit être délicat qui cherche à comprendre la vie ? Que vous ayez grandi avec son message d’humanité ou pas, le biopic théâtral « Saint-Exupéry, le mystère de l’aviateur » vous transportera littéralement dans sa vie d’homme engagé, lettré et aventurier, passionné par l’aviation et son pays. Créée au théâtre des Béliers à Avignon durant le festival Off, la nouvelle pièce d’Arthur Jugnot et Flavie Péan s’installe enfin au théâtre du Splendid jusqu’au 6 novembre. Quels que soient les qualificatifs élogieux employés, aucun ne peut donner l’exacte mesure des émotions suscitées par ce récit aussi beau que singulier qui relate la vie de ce héros ordinaire et le mystère qui entoure sa disparition en 1944 en mer Méditerranée. C’est comme cet effluve de madeleine – si chère à Proust – qui revient titiller nos tendres souvenirs, mais sous une forme inédite, plus complexe en sensations qui se combinent comme par magie. La magie est réelle, et on y croit. Nos cœurs d’enfant et d’adulte, unis dans l’instant, exultent de ravissement. L’écriture est taillée pour Saint-Exupéry, à la fois poétique et drôle. Les traits d’esprit succèdent aux émotions. La scénographie de Juliette Azzopardi et Jean-Benoît Thibaud est époustouflante d’imagination, créant un livre ouvert enchanté. Les six comédiens, dont certains campent plusieurs rôles, sont d’une justesse inouïe. Quant à la mise en scène d’Arthur Jugnot, elle est méticuleuse, dynamique, inventive. Si Saint-Exupéry est bel et bien revenu parmi nous, ce n’est pas l’œuvre d’un mystère, mais du talent !

« Chirac », une rencontre fictive captivante

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« Bison égoïste » (surnom chez les scouts), « Super menteur » (Les Guignols de l’Info), « Chichi », « 5 minutes douche comprise » (référence à ses conquêtes féminines), ou encore « L’Agité » (surnom donné par VGE) et « Bulldozer » (surnom affublé par Pompidou) désignant un homme qui parvient toujours à ses fins, etc. Les sobriquets ironiques ou affectueux attribués à Jacques Chirac sont légion. Chacun a l’avantage d’éclairer un trait de caractère de cet animal politique de la Ve République française resté douze ans aux commandes de la France, et qui n’hésitait pas à sacrifier son bonheur pour ne pas avoir à renoncer. Quoi qu’on pense de sa conduite des affaires de l’État, personne ne pourra lui enlever l’amour profond et sincère qu’il éprouvait envers son pays et ses contemporains. S’il fut longtemps la personnalité politique préférée des Français, l’homme est un mystère, dont la pièce éponyme de Dominique Gosset et de Géraud Bénech soulève le voile avec tendresse et intelligence, au théâtre de la Contrescarpe jusqu’au 22 août. Entre badinage et gravité, non sans humour et répliques bien senties, Chirac (Marc Chouppart) se confie à Valérie (Fabienne Galloux), une grande admiratrice qui rêve d’écrire une biographie « intime » sur l’ex-président. La conversation est imaginaire, mais tous les propos sont vrais. Si son parcours politique rappelle bien des souvenirs, des aspects de sa vie privée le montrent sous un jour nouveau. Passionnant et sidérant de réalisme !

« Espèces menacées », une mallette qui vaut son pesant de rire !

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Que feriez-vous si vous trouviez une mallette remplie à ras de petites coupures ? Iriez-vous la rapporter au poste de police le plus proche ? M’enfin… C’est quand même 7,350 millions d’euros ! Une somme qui peut aiguiser tous les appétits ! Du reste, ça sent le blanchiment à plein nez. Yvon Lemoual (Laurent Ournac), lui, y voit la formidable occasion de tout quitter : son petit pavillon, sa petite vie de comptable et ses amis qu’il a invités à dîner. Mais rien ne se passe comme prévu. Au lieu de toucher à la liberté espérée, il s’enferme dans ses mensonges de plus en plus grossiers. « Espèces menacées » est une comédie burlesque du dramaturge britannique Ray Cooney créée en 1994 sous le titre original « Funny money ». Adaptée avec brio par Michel Blanc et Gérard Jugnot (d’autant que ce dernier l’a déjà joué en 1998 avec Martin Lamothe), la pièce est une succession de jeux de mots, de quiproquos et de revirements, avec des réparties incisives. De manière sous-jacente, la gaudriole déjantée questionne aussi la valeur des rapports humains quand l’appât du gain s’immisce dans les relations. L’ensemble abolit le temps mort, l’effervescence est à son comble, laissant jaillir de purs éclats de plaisir ! Dirigés par Arthur Jugnot, les huit comédiens tiennent leur rôle à bout de bras, sans jamais faillir, partageant bonne humeur, complicité et vitalité. Profitez-en ! Ouvert tout l’été, le théâtre de la Renaissance maintient à l’affiche jusqu’au 11 septembre 2021 cette comédie irrésistible et surprenante du début à la fin.

« Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures », spectaculaire, ludique et si vivant

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L’historien et critique d’art dit n’avoir jamais été déçu par la peinture. Les œuvres lui ont toujours été fidèles. Empli d’une reconnaissance absolue, Hector Obalk partage depuis 2013 sur scène (notamment au théâtre de l’Atelier) cet amour inconditionnel qu’il voue à la peinture au travers de son spectacle-conférence « Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures », accompagné d’un violoncelliste, d’un violoniste et d’une soprano. Auteur sur l’art et réalisateur de la série Grand’Art sur Arte, l’homme connaît son affaire et sait faire valoir son opinion sans concessions. La fibre pédagogique, un brin d’humour dans sa besace à malices, la connaissance en majesté, Hector Obalk devient en un temps record votre meilleur ami. Vous savez, celui qui vous initie au lieu de pontifier sur un tableau qui vous faire sentir minable. Ce spectacle qui décrypte sept siècles de l’histoire de la peinture n’est pas chose impossible à qui sait en retirer l’essentiel des époques, des courants, des progrès, de la technique, des manies, de la couleur, des détails. Tout cela imperceptible à qui regarde sans voir. Comme un profiler, ce spécialiste en beauté sait faire parler le tableau, il en délivre les secrets. Il nous montre comment trouver ces anomalies qui ne sont pas « anomaliques », des facéties du peintre qui donne de la personnalité à son œuvre, mais aussi une caractéristique unique ou répétitive qui porte un éclairage original et édifiant sur le peintre « incriminé ». Le néophyte y gagne la révélation ; le connaisseur, un autre regard.

« Napoléon, la nuit de Fontainebleau », duel éblouissant entre l’Empereur et son humanité

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À la Folie théâtre, jusqu’au 31 juillet 2021, se livre un duel à l’acmé de l’art scénique entre l’immortelle légende et l’homme mortel. Napoléon Bonaparte est à l’agonie dans sa chambre de Fontainebleau, où il est tenu à résidence après sa première abdication. Nous sommes dans la nuit du 12 au 13 avril 1814, à un virage décisif pour l’Empereur vaincu qui a décidé de mourir cette nuit-là. « Napoléon, la nuit de Fontainebleau » est un huis clos historique véridique éblouissant par la singularité du sujet, la force du verbe et l’authenticité du jeu des comédiens. La grande histoire en tremblerait presque dans ses fondations tant elle est bousculée par la puissance de feu éruptive du héros déchu et la portée philosophique sur la mort qui le transcende. Tel un homme au service de sa grandeur. La salle est en surchauffe émotionnelle tandis que Napoléon grelotte de douleur. En évoquant ce pan méconnu de l’histoire napoléonienne, l’auteur et metteur en scène Philippe Bulinge nous gratifie d’une nuit inoubliable qui condense jusqu’à l’extrême l’essence d’une fresque vivante aussi adulée que haïe. Mais, surtout, qui donne à voir l’homme derrière l’être exceptionnel qu’il fût et que l’Histoire a porté aux nues. En cette terrible nuit décisive, l’homme éreinté, abandonné de presque tous, sans armée, sans perspective de conquête, parviendra-t-il à faire taire l’Empereur qui tambourine au seuil de la mort pour ausculter sa vie d’homme ?

« Mon petit grand frère », l’inouïe transcendance de l’absence

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À histoire inouïe, spectacle inouï. Quand la fiction autobiographique théâtrale prend le pas sur la réalité, c’est l’émotion qui étreint la gorge et libère la dopamine en vague déferlante. Dans sa dernière pièce « Mon petit grand frère », jouée en avant-première à Le Local (Paris XIe), Miguel-Ange Sarmiento se livre nu. Nu des secrets si lourdement gardés et nu des silences bruyants qui se fracassent contre la mémoire d’un enfant de deux ans. L’auteur et interprète de cette pièce intimiste, qui allie pudeur et puissance d’évocation, a patienté cinquante ans avant d’oser franchir le pas ce Noël 2019 et de demander à ses parents mutiques, prisonniers d’une douleur jamais pansée, de lui raconter le bassin de son frère aîné, dans la mare près de chez eux, le 9 mars 1971, alors qu’il n’avait que deux ans. Ne sachant rien et doutant même de la thèse de l’accident, Miguel-Ange Sarmiento a grandi dans le manque du frère et d’explications, dans la culpabilité d’être celui qui reste, dans le silence d’un passé tenu secret par des parents inconsolables. Servi par un texte dense, équilibré et émouvant, le comédien nous raconte le drame familial et son désarroi d’être devenu transparent aux yeux de sa mère éplorée. Il nous livre aussi comment il lui a été impossible de grandir comme les autres garçons de son âge, dans l’insouciance, la joie et l’impertinence. Comment il est devenu un enfant raisonnable, puis un artiste écorché vif.

« La douce nuit qui parle » : beau, tout simplement

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La vie théâtrale reprend, et avec elle la découverte de créations qui transcendent le quotidien. Moult fois reportée, « La douce nuit qui parle » se joue enfin au théâtre de la Boutonnière, un ancien atelier qui se découvre en fond de cour, rue Popincourt, juché en hauteur. Comme la promesse de côtoyer les étoiles. Discret et intimiste, il est le parfait écrin d’une pièce puissante et bouleversante sur deux monstres sacrés : Marguerite Duras et Jeanne Moreau. Inconditionnelle de la première et admirative de la seconde, l’auteure et journaliste Marielle Cro a imaginé les retrouvailles de ces deux êtres qui s’aimaient d’une amitié sincère et passionnée, que la renommée a séparés. Pour Jeanne Moreau, Marguerite Duras était sa première amitié féminine, et son absence une blessure. Elles accompliront leur destin dans le silence d’une amitié éteinte, qu’un rien aurait pourtant pu ranimer. Ce rien, Marielle a osé le provoquer, a posteriori, dans cette réalité fictive qui entend réparer l’amitié brisée. Lors « d’une douce nuit », elle a convoqué les deux icônes autour d’un ultime dîner pour s’expliquer dans un duo ciselé et des monologues poignants. Solange Pinturier (Jeanne Moreau) et Louisa Baileche (Marguerite Duras) se coulent avec bonheur dans la peau de leur personnage et « parlent » au cœur du public qu’elles invitent, par un jeu sobre et chaleureux, dans leur intimité élargie.

« Revolvers et Talons hauts », une comédie policière efficace et réjouissant

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« Revolvers et Talons hauts » de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, au théâtre du Marais (à 17 h 30 le dimanche) est un fringant et divertissant polar théâtral aux couleurs de l’Amérique des années 50. L’intrigue se situe à Walnut Grove, une bourgade au fin fond de la Pennsylvanie. La génération de « La Petite Maison dans la prairie » et les suivantes ne manqueront pas de relever l’allusion ! Mais nous sommes loin des bons sentiments véhiculés par cette série aux 205 épisodes ! « Revolvers et Talons hauts » mise le paquet sur le second degré et le pari est gagnant. L’humour est noir, décalé, frisant l’absurde ; il taille allégrement dans la misogynie ordinaire décomplexée et le féminisme balbutiant, mais pugnace. Le scénario met en évidence un commissariat du village sur le point de fermer, car le taux de la criminalité est à zéro. Les deux inspecteurs O’Donnell (Arnaud Nucit) et Macklowski (Vincent Vilain) vont être remerciés. Le vol providentiel d’un bijou inestimable dans le musée du coin, leur offre un sursis. Mais la lenteur des résultats a pour conséquence l’arrivée d’un agent du FBI, Cody Goodman (Esther Barbe Quesnel). Une femme ! Pour l’orgueilleux O’Donnell et l’efféminé Macklowski, rien ne va plus. Cody Goodman est une menace arrogante qu’il faut doubler. Quoi qu’il en coûte !

« Comme ils disent », l’homosexualité à la sauce hétéro : un délice !

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Que l’on soit homo ou hétéro, les amours, les amis, les emmerdes, c’est du pareil au même. La vie de couple au quotidien connaît les mêmes hauts et bas, les mêmes coups de canif au contrat, les mêmes sentiments et ressentiments. C’est tout le sens de la pièce « Comme ils disent », qui n’a pas pris une ride depuis 2008, l’année de sa création par Pascal Rocher et Christophe Dauphin. Actuellement reprise au théâtre Montmartre-Funambule par Jordan Chenoz dans le rôle de David et par Sébastien Boisdé (en alternance avec Antoine Bernard) dans le rôle de Phil, cette comédie irrésistible se déroule en plusieurs tableaux de vie, tranchés dans le vif et l’outrance, chacun ponctué par un gong de fin de round. Personne ne pense à compter les points tant le numéro de composition des deux comédiens (ce soir-là Jordan Chenoz et Antoine Bernard) est à la hauteur de l’enjeu et nous fait perdre la notion du temps. Le pompon ? Le plaisir de reconnaître dans les dialogues des phrases tirées de la chanson de Charles Aznavour, essaimées ici ou là très opportunément. « Comme ils disent » n’est pas qu’une joyeuse et fantasque illustration de la vie d’un couple homo, c’est aussi la mise en apogée de la complexité d’une relation entre êtres humains, quel que soit le mariage des genres.

« Betty’s Family », une comédie explosive sur l’esprit de famille

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« Une soirée “presque” banale… » pour une famille presque lambda où se nouent et dénouent les crispations, les frustrations, les non-dits, les blessures et les rancœurs. « Betty’s Family », la nouvelle pièce à quatre mains d’Isabelle Rougerie et Fabrice Blind (au théâtre La Bruyère, à Paris), exploite le thème de la famille dans toutes ses configurations possibles et imaginables, tant les situations semblent s’inspirer du vécu. Quoi de plus explosif que des histoires de famille ? Avec des dialogues incisifs et percutants et une mise en scène tambour battant dirigé par Stéphane Bierry (lui-même acteur), le rythme de ce boulevard est fracassant et le comique de situation réjouissant. Le profil des personnages y contribue grandement. Véronique Genest (Clarisse) joue une mère poule psycho rigide qui entend sortir sa sœur Lisa, (Isabelle Rougerie) de ses échecs professionnels et amoureux. Patrick Zard’ (Régis) est un mari résigné, désinvolte et volage. Quant à Stéphane Bierry, il est Vincent, le meilleur ami de Lisa, un animateur de jeux de télévision préoccupé par son image vieillissante et la crainte d’être blackboulé. Ce soir-là, tous les quatre se retrouvent dans le petit appartement de Lisa, qui a oublié d’être charmant et n’est pas adapté aux réceptions. Surtout pour un repas d’anniversaire qui s’est transformé entre-temps en entretien professionnel ! Les esprits vont s’échauffer jusqu’à l’explosion de rires en série.

« Un cadeau particulier », où la réjouissance des sentiments

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À l’image de l’excellent huis clos de « Fausse note » de Didier Caron, « Un cadeau particulier », au Théâtre Funambule Montmartre, détricote les vies pour les mettre en perspective sur la base d’un fait nouveau. Pour « Fausse note », c’était un violon qui renfermait à lui seul la symbolique du malheur. Pour « Un cadeau particulier », c’est un livre. Et pas des moindres. Le seul qu’on ne puisse lire sans le sentiment de commettre une faute historique impardonnable. Le simple fait de l’acheter est à lui seul une ignominie. Alors, quand Gilles, le meilleur ami d’Éric, lui fait ce présent pour ses cinquante ans, c’est un cataclysme qui vient bousculer la relation de confiance et la remet en question, pour ne pas dire la soumet à la question : pourquoi Gilles lui a-t-il offert un tel livre ? Que doit-il en déduire ? L’image qu’Éric renvoie est-elle aussi horrible qu’il faille un objet de l’horreur pour le lui faire comprendre ? Avec « Un cadeau particulier », Didier Caron commet une nouvelle pièce d’une intensité réjouissante, qu’une mise en scène nerveuse, en collaboration avec Karina Marimon, dynamite. Caustiques et finement pensés, les dialogues alternent entre gravité et humour, où le caractère des personnages (Didier Caron, Bénédicte Bailby et Christophe Corsand) se dévoile par gradation, où chacun apporte son lot de révélations redistribuant ainsi les cartes de l’avenir.

« L’Empereur des Boulevards » : Entre maître et sujet de vaudeville

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Georges Feydeau est un nom qui résonne aussi fort que les rires qu’il provoque. « Tailleur pour Dames » est la pièce qui le porte aux nues au théâtre de la Renaissance en 1886 et le place sur la plus haute marche du rire, un art non respectable selon sa mère, Léocadie Boguslawa Zalewska… une femme « galante » dans sa jeunesse ! Jouer avec des histoires sordides de cocufiage et de tromperie est le créneau dans lequel il se complaît. Mais qui est vraiment ce farceur au patronyme si respectable ? Son père, Ernest, n’était-il pas un écrivain réputé ? Où peut-il bien puiser son inspiration, semble-t-il inépuisable ? C’est tout l’objet de la dernière création de la « Compagnie des Joyeux de la Couronne », un « biopic » musical écrit par Olivier Schmidt : « L’Empereur des Boulevards », au Théâtre Montmartre Galabru. À travers 26 personnages, l’auteur et comédien met en scène la vie du vaudevilliste depuis ses débuts passionnés jusqu’à sa lente déchéance, rongé par la syphilis transmise par un ange de la nuit. Grâce à sept comédiens talentueux et vitaminés, le Paris festif s’étale sur scène en plusieurs actes, des tranches de vie où s’enchaînent les échecs et les succès du maître des Boulevards, mais aussi sa vie intime qui le transforme en sujet obéissant et vaincu par ses démons, dont le plus prégnant est sans conteste le besoin de reconnaissance. Si l’œuvre de Feydeau taille la part belle à cette pièce, sa vie personnelle et son esprit l’habitent de pied en cap.

« Tu es vraiment si pressé ? », ou l’éloge du temps suspendu

THÉÂTRE & CO
« Que faisons-nous de nos vies ? Comment vivre la solitude ? Comment aborder la vieillesse ? » Ainsi se présente l’argument de cette pièce d’une tendresse inouïe, où le passé et le présent se confrontent dans le confort d’un boudoir et l’inconfort des sentiments. Si les thèmes de « Tu es vraiment si pressé ? » sont universels et imposés par la marche du temps, Chantal Péninon et Denis Tison les évoquent avec poésie et une pertinence cruelle. Les émotions évoluent tel un menuet décalé, qui n’est que la transcription tangible et élégante d’un moment rare, hors du temps moderne, où la belle langue éclate en floraison, comme au temps où tenir salon avait du sens et de l’à-propos. Ce plaisir délicieux d’entendre une langue bien ourlée s’accompagne d’un jeu tout en finesse et réalisme. Le personnage de Chantal Péninon est une femme à la retraite qui loue une chambre de son appartement, habituellement pour de courts séjours. Or là, le client occasionnel (Denis Tison) semble vouloir prendre ses aises. Il s’installe dans la durée, questionne beaucoup autour d’une tasse de thé ou d’un verre de Pineau des Charentes, l’air de rien, mais inspiré par tout… jusqu’à ce que le masque tombe sur une vérité douloureuse. Les histoires du passé peuvent-elles être pansées, rafistolées, guéries ? « Tu es vraiment si pressé ? », au théâtre de Belleville jusqu’au 29 octobre, ouvre le chemin à des réponses aussi universelles que plurielles.

« Mademoiselle Else », quand les tourments mis à nu touchent au sublime

Mademoiselle Else

THÉÂTRE & CO
La grâce altière dans sa plus pure expression siège au Théâtre de Poche-Montparnasse depuis qu’Alice Dufour se glisse dans la peau de « Mademoiselle Else ». Par son interprétation tout en intensité et retenue, elle plonge l’intimité de la salle dans une lumière captivante. Elle incarne une jeune fille sur la crête, en équilibre entre l’adolescence et l’adulte. Quand l’insolence et l’insouciance s’amusent à aiguiser ses sens, laissant poindre un désir de femme, une épreuve inattendue la pousse à s’interroger sur la honte, et surtout le prix de la honte. Cette jeune fille encore en fleurs, à l’exubérance mutine, est brutalement confrontée à un dilemme moral, cruel et indigne, où il faut choisir entre la vile soumission ou le don de soi. Au centre d’un marchandage, elle peut sauver son père de la ruine et de la prison si elle se montre nue devant M. De Dorsday, un vieil antiquaire au regard libidineux, mais au compte en banque confortable. En adaptant en monologue la pièce de l’écrivain et médecin viennois du XIXe siècle, Arthur Schnitzler, Nicolas Briançon place l’héroïne au centre. Par une scénographie évocatrice et le parti pris de voix off, il fait exulter les tourments psychologiques du personnage au paroxysme de la beauté outragée. Une beauté tragique qui appelle la mort alors qu’elle est la vie.

« J’ai envie de toi », un grand boulevard de rires

THÉÂTRE & CO – RÉSUMÉ
Youssouf (Sébastien Castro) vit seul dans un petit appartement hérité de ses parents. Son gagne-misère est de garder « au noir » des personnes âgées. Ce soir-là, Sabine Brachot (Maud Le Génédal) lui confie sa mère paralysée qui ne peut s’exprimer que par sonnette interposée. Rassurée, elle va pouvoir fêter son anniversaire avec une amie dans le restaurant portugais au pied de l’immeuble. Dans le même temps, Youssouf profite de l’emménagement de son nouveau voisin Guillaume (Guillaume Clérice) pour perforer la cloison qui délimite les deux appartements. Il entend récupérer le placard qui a été injustement rattaché à l’appartement voisin. En découvrant le trou béant, Guillaume est ahuri, puis paniqué. Il a rendez-vous avec Julie (Astrid Roos), une femme avec qui il a chatté sur Tinder. C’est leur première rencontre, le champagne est même au frais. Irrité, il envoie trop vite un texto et se trompe de destinataire. Au lieu de Julie, c’est Christelle (Anne-Sophie Germanaz), son ex-copine qui n’a cessé de le harceler lorsqu’il l’a quittée, qui le reçoit. En lisant « J’ai envie de toi », à coup sûr, elle allait le rappeler ! Catastrophe ! Comment s’en débarrasser ? Youssouf propose généreusement de s’en charger, pour le plus grand malheur de Guillaume. Dès la première initiative, un festival de bévues et de méprises vont rendre chèvre le beau Guillaume qui ne rêve que d’accrocher Julie à son palmarès.

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