« La petite fille vêtue de rose », où l’enfer carcéral au féminin

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Jusqu’au 10 mai 2017, le théâtre Montmartre Galabru se réinvente en prison pour une pièce édifiante sur les conditions de détention des femmes aux États-Unis, en 1999. Derrière la candeur du titre, « La petite fille vêtue de rose » s’exprime le monde intérieur des personnages. Si les prisonnières évoluent en survêtements gris dans leur cellule glauque et insalubre, leurs rêves sont colorés d’un camaïeu de rose, entre innocence et ingénuité, imprimant dans les cœurs un désir vigoureux de liberté et une faim dévorante d’amour. Les codétenues Gaëlle (Sevda Bozan) et Nevena (Coralie Miguel), deux femmes au profil différent, doivent cohabiter de gré ou de force. De force, se supportant, de gré s’apprivoisant. Les mois défilent, passant du silence brutal à la complicité mutine, jusqu’à l’amour et la libération. L’une effective, l’autre sublimée. Le texte de Coralie Miguel touche et la mise en scène au souci du détail soigné de Marina Gauthier frappe par son réalisme et sa crudité. Une histoire qui prend au col.

« Le Jeu de l’amour et du hasard », du classique aux couleurs sixties

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La pièce de Marivaux « Le Jeu de l’amour et du hasard » est l’un des classiques les plus joués à la Comédie-Française, et l’on comprend pourquoi quand on la découvre ou la redécouvre. L’écriture belle et percutante est une valeur sûre, la garantie d’un très bon moment. Et quand les comédiens allient plaisir et talent et que la mise en scène de Salomé Villiers se teinte d’une modernité rétro, le plaisir s’aiguise. L’audace scénique, saupoudrée ici et là, pimente l’ensemble d’une saveur nouvelle, plus croustillante. Cette version remasteurisée sixties est une création de la compagnie La boîte à lettres, qui avait déjà monté cette pièce en 2013. Les fondateurs de cette compagnie (Salomé Villiers, François Nambot et Bertrand Mounier), également comédiens, ont été bien inspirés d’avoir repris le chemin des planches le 12 avril dernier dans le joli théâtre Michel. Les amoureux de Marivaux et des belles lettres y trouveront de l’originalité à l’original.

« Carte Blanche », l’élégance d’une signature

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« Tout est vrai ! » affirme Blanche Raynal au sortir de son spectacle. La comédienne est radieuse, et diffuse son bonheur discret. En créant « Carte Blanche », elle s’est fait le plus beau cadeau qui soit en autorisant la femme qu’elle est devenue à se donner carte blanche pour relater sa carrière et surtout (dé)livrer un cœur en ballottage entre illusions et désillusions. Le 4 avril dernier, au Théâtre du Marais, ce fut une première de qualité où flottait dans l’air un talent indéniable qui happe l’intérêt et séduit le cœur. La comédienne connue grâce à ses nombreux seconds rôles a fait de son seule-en-scène une réussite d’un bout à l’autre d’une vie rude qui a nécessité pugnacité et force de caractère. Elle ne se refuse rien et signe fièrement en bas de cette carte blanche, vierge de compromissions, un autoportrait drôle et authentique qui serre la gorge et ouvre grand les bras.

« Issue de secours », la haute-voltige du rire

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Sur la scène du Théâtre du Marais, le spectacle « Issue de secours » est une aventure planante, fusante, explosive, qui donne dans l’hilarité la plus sidérale, et les gaz n’y sont pour rien ! Tout est prêt pour le dernier vol du commandant… du moins, pour ce qui est du principal : le whisky pour fêter ce voyage qui va clore dix ans de collaboration entre le pilote et le copilote. Pour le reste, advienne que pourra, car la rigueur a déserté le cockpit au profit de l’insouciance d’une prochaine retraite ! Bien entendu, les catastrophes déferlent en escadrille, provoquant des situations loufoques qui dilatent les côtes flottantes. Avant de s’abîmer dans les dunes, l’avion de ligne BH80-90 largue dans le désert africain son fardeau humain, deux corps toniques en manque de gin ou de mojitos. Benjamin Isel et Hadrien Berthaut, les coauteurs des sketches tricotés à quatre mains, puis mis en scène par Georges Beller, vous invitent à un baptême de l’air de haute voltige sans haut-le-cœur garanti. Vive la tête à l’envers du rationnel !

« Les Deux timides », du comique sans fard ni fardeau

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À la comédie Saint-Michel se joue une guillerette et divertissante comédie-vaudeville en un acte court, d’une heure, qui étire le sourire jusqu’aux oreilles. Le texte d’Eugène Labiche « Les Deux timides » date de la fin du XIXe siècle, mais ses timides n’ont pas pris une ride. Les réparties claquent toujours avec bonheur et les deux timorés du XXIe siècle ont le ton et les mimiques qui emportent l’adhésion. Si le thème est universel et intemporel, la Compagnie Hisse-et-eau et ses cinq acteurs savent l’exprimer avec légèreté et facétie.

« On t’appelle Vénus », une ode à la féminité sans frontière

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Chantal Loïal a emporté tous les suffrages émus d’une salle comble au Conservatoire du XIIIe arrondissement de Paris qui organise depuis dix ans une rencontre pluridisciplinaire de danse appelée « Histoire d’elles », sous l’impulsion de la mairie. La danseuse et chorégraphe s’est produite dans le cadre de la Semaine internationale des droits de la femme, le 10 mars dernier. Le solo de cette Guadeloupéenne engagée évoque l’ombre flamboyante d’une femme martyre déchirée par l’obscurantisme scientifique du XVIIIe siècle. Son personnage, la Vénus hottentote aux courbes prononcées. Son récit, le destin tragique de cette femme callipyge, Saartjie Baartman (1789-1815) arrachée de son pays (Afrique du Sud) pour être livrée à la curiosité malsaine et aux appétits scientifiques de l’Europe.

« Le Génie du vin », un cru sorti de derrière les fagots !

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Au théâtre Les Feux de la Rampe se joue un « wine woman show » chaleureux, généreux et effervescent. Le Génie du vin est une comédie imaginée sous le signe de Bacchus, par l’artiste Sylvie Malys et le metteur en scène Michel Thibaud. Sylvie Malys, seule en scène, s’impose en hôtesse des lieux, la crinière flamboyante, la lèvre boudeuse, les yeux malicieux, la robe rouge écarlate qui agrippe le regard. La scène dans un chai. Le ton capiteux. Les gestes infatigables. La comédienne exaltée campe trois femmes, outrées au burlesque, sans s’emmêler les ceps de vigne. Une farce viticole d’origine contrôlée originale, bourrée de jeux de mots vinaires, qui excite d’abord les papilles du public, avant de le conduire à l’ivresse des arômes dans le bar à vin du coin avec une dégustation de vins d’Alsace offerte par la cave de Turckheim. Crémant de dieu !

« Mascarades », pour vaincre la solitude !

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La pièce « Mascarades », qui se joue au théâtre Galabru, se distingue par les thèmes abordés, réalistes et toujours d’actualité : la vieillesse solitaire et le poids du mensonge dans une existence. Sur ce sujet ambitieux et lourd de sens, l’écriture ciselée et enlevée de la jeune Marina Gauthier, attisant le froid et le chaud, frappe par sa maturité. Performance à relever, « Mascarades » étant sa première pièce ! Le cadencement entre comédie et drame, qui alterne rires et émotions, ajoute à la puissance du propos narratif. Si l’humour grinçant domine dans ce huis clos intense, venant atténuer les répliques corrosives, la légèreté de la jeunesse et sa joie invasive soufflent sur la scène un vent d’espérance en l’âme humaine. La confrontation passé/présent de deux anciennes amies (Roselyne Geslot et Lydie Rigaud) est explosive et touchante. Et laisse le public pantois devant l’enchaînement des répliques qui se précipitent, inéluctablement, vers le drame final… Quoique !

« L’aigle à deux têtes », l’essor des cœurs mêlés

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« L’aigle à deux têtes » est un drame historico-fantastique de Jean Cocteau qui a été joué pour la première fois au théâtre en 1946. Touché par la volonté farouche des personnages à rester maîtres de leur destin, le metteur en scène Issame Chayle, assisté d’Aurélie Augier, propose un nouvel écho passionné à cette pièce peu connue qui rend hommage à un texte nerveux et lyrique. Pour cette œuvre inspirée des drames de la maison d’Autriche de la fin du XIXe siècle, le théâtre du Ranelagh était l’écrin idéal. Les magnifiques boiseries se prêtent aux envolées tragiques, et les lourdes tentures rouge sang au drame qui se tisse avec le fil du souvenir d’un fantôme. Delphine Depardieu et Alexis Moncorgé y campent une reine « anarchiste » grave et mystérieuse et un anarchiste « royal » vibrant de haine et d’amour. Des acteurs superbes qui sont portés par leurs personnages au tempérament vif qui se confrontent, s’aiment, se manipulent pour une fin délibérée… hors d’une destinée tracée.

« Ça déménage ! », entre mesure et démesure…

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Depuis le 3 février dernier, Ça déménage à la Folie Théâtre, à Paris, plutôt deux fois qu’une ! Quatre jeunes comédiens (Alexandra Feignez/Jessica, Karine Malleret/Juliette, Guillaume Marien/Pedro et Antoine Rabault/Ludo), bien rodés au jeu de l’improvisation, se déchaînent sur les planches pour cette reprise, incarnant avec véhémence et un soupçon de démesure le texte de Ludovic Gutierrez. Au mot près ? Que nenni, ce serait trop simple. Un baiser volé, subrepticement, et avec un rien de malice, laisse supposer que ce quatuor survolté s’amuse à corser une mise en scène (orchestré par l’auteur) renversante en intensité physique et vocale.

« Ben Hur, la parodie », liker et mourir de rire !

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Un titre de spectacle intrigant, s’il en est. Qui aura vu Ben Hur dans son enfance s’interroge sur la course de chars mythique qui l’a marqué à vie. Comment faire entrer sur la scène du Théâtre de Dix heures un stade bondé et ses fringants chevaux en donnant la même impression de puissance que dans le film de 1960 ? C’était sans compter le talent des auteurs Hugues Duquesne et Olivier Mag et du metteur en scène Luc Sonzogni. Trois heures trente ramassées en soixante minutes de folie joyeuse, d’énergie tendue, de répliques drôles et fines, de références détournées de l’actualité, de surprises aussi qui donnent une grande envie de revoir l’orignal… ne serait-ce que pour vérifier que tout y est ? Eh bien, après un bain de jouvence avec Charlton Heston, figurez-vous que tout y est ! Le tour de force est complet ! Je « like » !

« Edmond », où comment Rostand donne vie à Cyrano

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Voilà, c’est fait ! L’appréciation « Inclassable » est entérinée avec « Edmond ». La pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik au Théâtre du Palais-Royal propose un scénario subtil et joyeux qui s’insère avec bonheur dans l’œuvre d’Edmond Rostand. Quelle merveilleuse idée de nous raconter les événements (réels et fantasmés) qui ont présidé à l’acte de naissance de Cyrano de Bergerac ! Pourtant, il est bien périlleux de réunir une œuvre et son auteur, surtout quand il s’agit d’un texte aussi puissant et joué jusqu’à la corde sans l’user. Alexis Michalik relève le défi avec classe en revêtant Cyrano d’une aura originale et en donnant de la chair à Rostand, alors jeune poète inconnu de 29 ans, moqué par ses pairs, qui passe de l’ombre impécunieuse à la lumière argentée à l’issue de la première triomphale de son Cyrano de Bergerac en décembre 1897. Avec « Edmond », c’est l’assurance de passer deux heures inouïes qui bercent nos émotions au rythme du vertige et de l’exultation, et les poussent du rire aux larmes.

« Légende d’une vie », où la tyrannie du secret

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La jeune compagnie Étincelle, fondée par Caroline Rainette en 2012 puise des textes forts dans l’œuvre d’auteurs incontournables. Stefan Zweig en est une magnifique illustration. Traduite et adaptée par Caroline Rainette, la pièce « Légende d’une vie » plonge le spectateur ravi dans la « sempiternelle » question du père et le besoin viscéral de le tuer symboliquement pour enfin respirer son propre air. Un thème puissant et une interprétation passionnée pour une pièce éligible aux Petits Molières 2017 qui se joue au Théo Théâtre jusqu’au 17 février.

« Enfin vieille ! », la revanche du talent

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Quelle jubilation et quelle générosité ! Le One Woman Show de Laura Elko, « Enfin vieille ! », raconte une histoire drôle et sensible sur l’itinéraire d’un destin contrarié par le temps qui se défile. L’écriture intelligente sur le jeunisme et la peur de toute une génération de se voir rattrapée par la suivante se nourrit d’une bonne dose d’autodérision. L’interprétation juste et intense des multiples personnages relève de l’exploit physique. L’humoriste ne se contente pas d’être désopilante à nous faire vieillir prématurément, elle use et abuse avec délice de ses différents talents qui sont autant de flèches qu’elle décoche avec un plaisir non feint. Elle alterne avec une aisance déconcertante aussi bien les airs d’opéra que la variété française. Bien évidemment, comme tout artiste qui se respecte, elle danse et sait jouer de plusieurs instruments, mais, art plus rare, elle nous livre un numéro de ventriloquie à couper le souffle !

« Un petit jeu sans conséquence », les hasards du désamour

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La belle lumière de la comédie de Jean Dell et de Gérald Sibleyras, « Un petit jeu sans conséquence », ne faiblit pas avec les années. La mise en scène d’Éric Laugérias (metteur en scène, mais aussi comédien, auteur, scénariste, homme de radio) prolonge le charme croustillant qui avait fait de ce texte savoureux un vrai succès en 2003. Le Molière de la meilleure pièce à sa création ne saurait le démentir ! Produite par la Compagnie des Hauts de Scène, la pièce « Un petit jeu sans conséquence » se renouvelle au théâtre Le Mélo d’Amélie, à Paris, avec de jeunes comédiens surprenants de sincérité et de vivacité.

« Pasolini Musica », la pensée sublimée

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Force, caractère et volupté se dégagent du nouveau spectacle d’André Roche, de la Compagnie L’Arsenal d’Apparitions qui se produira dès janvier 2017 au Théâtre de Ménilmontant. Pier Paolo Pasolini, le plus sulfureux et prolixe des artistes en résistance, est mis en musique et en scène dans un spectacle autour de trois comédiens impliqués et sensibles. « Pasolini Musica » réunit un homme (Miguel-Ange Sarmiento) et trois femmes (les chanteuses Stéphanie Boré et Éva Kovic, et la violoniste et pianiste Solène Ménard), des artistes qui incarnent avec ardeur et talent la pensée de cette figure controversée de l’anticonformisme, qui a été tout à la fois romancier, poète, scénariste, pamphlétaire, auteur dramatique, réalisateur et acteur.