« Les Passagers de l’aube », un face-à-face troublant aux frontières de la mort

Salut de Les Passagers de l'aube

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Vous n’avez qu’un mois pour plonger, corps et âme, dans l’atmosphère captivante des « Passagers de l’aube », au Théâtre 13/Jardin. Tablant sur l’originalité, cette tragédie romantique tisse la trame de son intrigue en empruntant à l’état amoureux, la science et la spiritualité des fils à la fois invisibles et lumineux. Avec un texte conjuguant poésie et pragmatisme, l’autrice Violaine Arsac propose une œuvre d’une grande force évocatrice qui interroge notre existence, ou plutôt cet état de l’être projeté dans le sas incertain de l’après-vie. Quand la mort est-elle réelle ? Qu’est-ce que la conscience ? Que devient-elle après l’arrêt de l’activité cérébrale ? Comment se positionne la science face à ces nombreux témoignages de personnes qui reviennent de leur mort, que l’on appelle EMI (expérience de mort imminente), après avoir visité cette nouvelle aube réconfortante : la vie après la mort ? La fin ne serait donc que le début d’une « autre présence », une présence énergétique que la physique quantique pourrait expliquer… un jour prochain ?

« PMQ – L’élégance VoQale », l’éloquence du PMQ hardi

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Libertin, licencieux, lubrique, osé, polisson, salace, leste, croustillant, gaulois, gaillard… et j’en passe. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le spectacle savoureusement transgressif « PMQ, l’élégance voQale », à découvrir sur la scène du théâtre des Deux Ânes. Empruntant copieusement au répertoire populaire des chansons paillardes, certaines datant même du XIIIe siècle, sept magnifiques artistes les revisitent a capella et en polyphonie tout en élégance de style et de voix. Qu’ils sont beaux ces sept fringants mercenaires à la solde du grivois, endimanchés dans leurs costumes chics, vocalisant complices, le geste débonnaire et l’œil frétillant sur des paroles lestes ! Derrière l’acronyme « PMQ » (pour « parité mon cul ») se cache un septuor féministe de grand talent : Olivier Andrys dit Olive (l’affable conciliateur), Geoffrey Bailleul (le crooner au cadogan), Joël Legagneur dit Jojo (le galopin sympathique), Pierre Marescaux (l’échalas timide et sérieux), Benjamin Riez dit Benji et Louis Lefebvre Legagneur (les rockers au minois fripon), et Brice Baillon (le frêle au cœur de stentor). Ce groupe créé en 2014, spécialisé dans le patrimoine paillard français, remet au goût du jour sans vulgarité aucune « La (célèbre) Bite à Dudule » ou « la Petite charlotte », dans des arrangements de Brice Baillon, des airs qui n’ont pas pris une ride !

« Main basse sur le magot », du rififi qui décanille !

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Le Paname des années 30 reprend vie grâce à Julien Héteau, directeur du théâtre du Funambule Montmartre, en programmant la pièce d’Arnaud Cassand : « Main basse sur le magot ». Ce dernier s’est inspiré du « Fric-frac » d’Édouard Bourdet (de 1936) pour nous concocter aux petits oignons une histoire de cambriole, de monte-en-l’air, faisant sienne l’atmosphère des Tonton Flingueurs. La tension gravit les échelons du burlesque et réjouit le quidam averti et non averti. Car nul besoin de connaître sur le bout des doigts le langage argotique des titis parisiens et des malfrats des faubourgs pour être affranchi (informé). D’instinct, on pige tout. Il suffit d’ouvrir grandes les esgourdes. Cet argot est une poésie savoureuse qui s’épanouit en liberté inconditionnelle à travers un texte nerveux, imagé, qui fait canner (mourir) de rire. Les dialogues à la Michel Audiard associés aux situations cocasses se percutent à un rythme tonitruant. La comédie tend son fil narratif et pulse sans rompre jusqu’à la chute inattendue et libératoire….

« La Loi du Talon », le féminisme en aiguillon

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On ne présente plus Sandrine Sarroche, on la suit, on l’attend, on l’espère : à Paris Première, dans l’émission de Zemmour et Naulleau et, depuis la rentrée 2019, sur RTL dans l’équipe de Stéphane Bern, où elle tient de désopilantes chroniques hebdomadaires sur l’actualité, tout en esprit et chansons parodiques. Jusqu’à la fin de l’année 2019, elle nous donne aussi rendez-vous au Palais des Glaces, où sa verve corrosive et ses pastiches vocaux font un triomphe. Une merveille qui ne se dévore pas en dix minutes comme elle l’évoque, par ironie, pour le livre de Christine Angot, mais en une heure trente qu’on aimerait prolonger jusqu’à plus rire. Dans son quatrième spectacle, « La Loi du Talon », one woman show mis en scène par Éric Théobald, l’humoriste nous livre une autobiographie sous le signe de la saine dérision et du jeu de mots assassins.

« Quand la guerre sera finie », du théâtre musical dans le viseur du temps

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Au théâtre Lepic, l’épique donne rendez-vous à l’histoire. La grande et la petite des années de la Seconde Guerre mondiale. Sujet ô combien rebattu, mais qu’on aime redécouvrir sous l’angle de l’originalité. Car, que peut-on apprendre que l’on ne sait déjà ? La défaite française, l’Occupation, la Résistance, le marché noir, la collaboration, l’amour entre un Allemand et une Française, la trahison, l’héroïsme ordinaire et les actes de bravoure. Tout est là dans « Quand la guerre sera finie » de Marie-Céline Lachaud qui en deux heures dresse le portrait d’une période sombre, là où les personnalités se révèlent le mieux. L’originalité ? Trois comédiens chanteurs (Mathilde Hennekinne, Baptiste Famery, Sebastiao Saramago) jouant chacun trois personnages et un pianiste accompagnateur (Jonathan Goyvaertz), qui rappelle le temps du cinéma muet…

« A vrai dire », le sacre du mensonge

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Si vous viviez dans un monde 100 % sincère, sans une once de mensonge, et si tous vos propos étaient pris comme argent comptant, quelle serait votre réaction ? Manuel Gélin et Sylvain Meyniac vous proposent de découvrir au théâtre du Gymnase celle qu’ils ont imaginée avec la comédie « À vrai dire » qu’ils ont coécrite. Idée surprenante et inédite, mais qui plonge d’emblée dans des premières scènes surréalistes où les cinq personnages disent franco ce qu’ils pensent. Par l’absence de filtres, les dialogues sont crus, grinçants, mordants, assaisonnés, chaque personnage se renvoyant le flashball de la vérité avec détachement, sans inhibition ni autocensure. L’originalité de l’histoire enchante et fait une percée dans les esprits. Et si c’était possible ? se dit-on béat. La vie serait si facile ! Croyez-vous ? A priori, ce monde où la vérité a seule droit de cité et où la manipulation ne pourrait exister, ni les promesses sans lendemains, ni la crédulité abusée, serait le paradis, dont certains d’entre vous rêvent peut-être. Par une ingénieuse preuve par l’inverse, « À vrai dire » démontre combien il faut se méfier de la réalisation des souhaits. Un tel monde transparent pour tous ne serait-il pas bâillonné, privé d’un destin choisi et de matins neufs ? Le mensonge, dans certaines limites, ne rend-il pas, au contraire, libre, heureux, décomplexé ? Mieux : ne rend-il pas meilleur ?

« Louise au parapluie », entre quête et conquête de soi

Résumé
Louise est mère célibataire. Elle a œuvré toute sa vie dans la même usine, à enfiler des baleines de parapluie. Elle aime ses parapluies, son travail, ses copines. Elle se sent utile. Elle a un fils, Antoine qui ne la regarde ni l’écoute plus vraiment. Il n’est préoccupé que par les vêtements de sport dans lesquels ils se pavanent pour en faire la réclame. Louise imaginait que son fils, ex-athlète blessé, aurait d’autres rêves que celui de faire de l’argent facile en représentant des marques sur Youtube. Au cours du rituel déjeuner dominical, leur conversation sur les travers modernes de la société s’envenime. Antoine se moque gentiment des opinions de sa mère. Pour plaisanter, il l’incite à se jeter à l’assaut des municipales. Louise entend lui prouver que ses idées pour gérer une ville ont toutes les chances de la faire élire. En toute sincérité, elle mise sur sa connaissance de la commune où elle vit depuis toujours. Elle estime que le bon sens, la bonne volonté et le travail sont les atouts incontournables pour lui permettre d’être une bonne maire. Mais cela suffit-il ? Aidée de Jacqueline, elle compte passer outre les moqueries désobligeantes et la réprobation véhémente de son fils pour préparer sa campagne. Mais la réussite n’est pas toujours nichée là où on le pense. La mère et le fils, avec Jacqueline en trait d’union, en feront l’expérience.

« Ciel, ma belle-mère ! », à l’abordage d’un Feydeau oublié

Une_Ciel, ma belle-Mère Théâtre Edgar

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Forfanterie et poltronnerie, amours et frustrations, quiproquos et mensonges, coups du sort et d’éclats… Il y a tout ce qu’il faut dans ce Feydeau-là pour renverser les situations et les têtes de rire. Jusqu’en janvier 2020, le théâtre Edgar est l’écrin de ce vaudeville musclé et désopilant. Joué pour la première fois en 1890 sous le titre « Le mariage de Barillon », ce texte en trois actes a été adapté par Emmanuelle Hamet qui propose un « Ciel, ma belle-mère ! » moderne et jubilatoire. L’histoire est la même : Barillon, un quadragénaire bedonnant un peu pleutre mais sympathique, s’apprête à épouser une jeune fille de 18 ans qui en aime un autre… Mais, lors du mariage, une erreur de transcription de l’officier de l’état civil – gaiement aviné – acte officiellement que Barillon est marié à sa future ex-belle-mère, l’extravagante Madame Jambart, une femme aux sens échauffés par deux années de veuvage… Un simple rectificatif réparerait facilement l’étourderie, mais l’affaire se complique avec l’arrivée impromptue du défunt mari, plus vivant que jamais, un pêcheur taillé dans un bloc de granit qui ferait peur même aux plus audacieux… Barillon en est retourné au point d’accepter le ménage à trois. Entre les altercations, les faux-espoirs et les rebondissements, les comédiens complices et investis à 200 % hissent haut les voiles de leur potentiel comique !

« Chiche ! », Caroline Loeb se livre en chanteuse de cabaret

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Elle en rêvait depuis longtemps, elle l’a fait ! Caroline Loeb remonte sur la scène pour un spectacle musical façon Cabaret, suave et très enlevé. Dans « Chiche ! », cette artiste complète (chanteuse, auteure, metteuse en scène, comédienne…) se livre en chansons sur les planches du théâtre de l’Archipel, avec la complicité des musiciens Stéphane Corbin, Yorfela et Benjamin Corbeil et une mise en scène punchy de Stephan Druet. « Chiche ! » est la synthèse punk, poétique et désinhibée du parcours de vie follement mouvementé de Caroline Loeb et de son précédent spectacle, « Françoise par Sagan ». C’est aussi un pari qui matérialise toute l’ardeur opiniâtre de sa créatrice à regarder droit devant pour créer, encore et toujours, selon ses envies et ses passions. Après l’écriture du magnifique spectacle sur Sagan, où elle parvient avec brio à se glisser dans les mots et la gestuelle de l’écrivaine, et le disque « Comme Sagan » qu’elle lui a consacré avec la participation d’autres auteurs (Pierre Grillet, Pascal Mary, Pierre Notte, etc.), c’est encore à travers Sagan et son bel esprit que Caroline Loeb ose se dévoiler, enfin. Dans ce biopic intimiste chic et choc, elle évoque entre chansons et anecdotes les moments forts d’une vie librement vécue et ravive l’époque faste des années 80 marquée par l’effervescence de la créativité. Une belle époque que les générations suivantes n’ont pu connaître.

« La convivialité », ou la fabuleuse épopée de l’orthographe

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Avec « La convivialité ou la faute de l’orthographe », Arnaud Hoedt et Jérôme Piron secouent nos certitudes sur l’écriture de notre langue. Leur ambition ? Libérer notre esprit critique trop enkysté dans des règles établies une fois pour toutes par les moines copistes, l’Académie française et l’usage ! Le succès renouvelé de cette conférence créée en mars 2015 dans un format de 25 minutes a incité ces deux professeurs belges, respectivement de français et de religion catholique, à la transformer en une version plus longue. Produit par Alex Vizorek pour le théâtre Tristan Bernard, à Paris, et mis en scène par Dominique Bréda et Clément Thirion (Kosmocompany, Bruxelles), ce spectacle fait passer à la vitesse de la lumière une heure non-stop de désacralisation humoristique de la langue écrite. Le contenu est riche, à l’instar de la langue et de sa complexité. Que les défenseurs du dogme orthographique s’accrochent bien, leurs idées risquent de gîter vers l’acceptation à la discussion. Ces deux amoureux de la langue française entendent défendre l’écriture, non pas la révolutionner, mais l’ouvrir justement aux pourquoi : pourquoi le son « s » peut-il s’écrire de douze façons différentes ? Pourquoi Molière écrivait-il son Misanthrope sans « h » ? Pourquoi certains mots commençant par « ap » ne prennent-ils pas deux « pp » ? Vous le saurez grâce à Arnaud Hoedt et Jérôme Piron qui font rimer l’orthographe et la réflexion avec humour, plaisir et bon sens !

« Les Pâtes à l’ail », une explosion de saveurs émotionnelles

les pâtes à l'ail Théâtre Gaccio Giangreco La Nouvelle scène

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Deux potes de soixante ans se retrouvent pour la première fois sur scène, immortalisant leur longue amitié autour d’une comédie dramatique édifiante dans la justesse du propos et les nuances du jeu. Écrit à six mains avec le scénariste et metteur en scène Jean-Carol Larrivé, « Les Pâtes à l’ail » réunit Philippe Giangreco (acteur, auteur, réalisateur) et Bruno Gaccio (producteur de télévision et scénariste, notamment dans Les Guignols de l’info sur Canal+), deux amis d’enfance qui ont décidé de jouer ensemble. À l’affiche de La Scène parisienne, l’ex-Feux de la rampe bellement repensée et rénovée, « Les Pâtes à l’ail » met en scène une longue amitié mise à l’épreuve face à l’ultime service : celui de donner la mort pour éviter la déchéance. Si la demande de Vincenzo (Philippe Giangreco) paraît surréaliste à son ami Carlo (Bruno Gaccio), elle n’en est pas moins réfléchie et claquemurée dans les certitudes. Vincenzo n’entend pas changer d’avis. Au nom de l’amitié, Carlo devra s’exécuter ! S’ensuit une bataille aussi homérique que drôle sur la fin de vie, entre d’un côté, le désir d’en être le seul maître, et de l’autre, la volonté de s’y soustraire et de convaincre d’y renoncer. L’amitié y résistera-t-elle ? Jusqu’où des amis sont-ils prêts à aller au nom de ce sentiment fraternel cimenté par les souvenirs d’une vie ? « Les Pâtes à l’ail » y répond entre éclats de rire et de tendresse. Un magistral pied de nez à la mort, comme seuls savent le faire les humoristes au cœur intelligent.

« Rimbaud Verlaine », le stupéfiant biopic d’un amour absolu

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Au théâtre du Gymnase sont évoquées avec force talents les trois années d’amours tumultueuses et inspirées de Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, de 1871 à 1873. Sur une idée du producteur Pierre Cardin et de Rodrigo Basilicati Cardin, l’auteur et metteur en scène Stéphan Roche a commis un « Rimbaud Verlaine » de toute beauté. Le livret, la mise en scène, mais aussi la musique, la chorégraphie, la scénographie, les voix et le jeu des comédiens ont contribué à faire de cette pièce de théâtre musicale une œuvre frappante et exquise à la fois, qui exalte le sens du beau en étant très éloquente. Sans verser dans la pure comédie musicale, cette pièce aux points d’orgue chantés narre la rencontre de deux poètes du XIXe siècle, géniaux et hors normes, et leur relation fusionnelle à la fois créatrice et destructrice qui les a rendus immortels. Ces deux êtres révoltés, épris de « liberté libre » mais incompris dans un siècle de conventions, n’ont eu de cesse de s’aimer et de s’entre-déchirer passionnément, avec grandeur et décadence, comme seuls les plus grands esprits savent le vivre, jusqu’au point de rupture : les deux coups de revolver tirés par Verlaine sur Rimbaud, le blessant au poignet, et la condamnation du premier à deux ans de prison au désespoir du second.

« Recherche Belinda désespérément », l’imitation dans sa plus belle expression

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« Tu étais formidaaaableee ! »Empruntons ce titre de Stromae, que Yann Jamet imite si justement, pour qualifier le nouveau spectacle, « Recherche Belinda désespérément », qui se joue jusqu’au 18 décembre, tous les mercredis, à l’Apollo Théâtre. Cet artiste, que l’on aimerait voir plus souvent tant il regonflerait le moral à un neurasthénique, a de la présence et un répertoire de voix à l’éventail panoramique. Même le crâne rasé, Yann Jamet incarne ses personnages. Il suffit d’une moue, d’un plissement de l’œil, d’une gestuelle imprimée dans notre banque de données iconiques pour nous le faire accroire mordicus…

« Zarzavatdjian, un nom à coucher dehors ! », une comédie vibrante sur l’identité

Un nom à coucher dehors Corinne Zarzavatdjian

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Quelle belle idée de consacrer un spectacle à ces noms imprononçables ou portant à rire ! Corinne Zarzavatdjian, auteure et comédienne d’origine arménienne, consacre un spectacle ciselé, drôle et émouvant sur ce nom qui lui a valu bien des déboires et a provoqué des situations cocasses tout au long de son existence. « Zarzavatdjian, un nom à coucher dehors », au théâtre Le Mélo d’Amélie, est un hommage à sa famille miraculée d’Arménie qui a façonné son avenir avec honneur et courage. C’est un nom que Corinne Zarzavatdjian élève comme un héritage inaliénable dans ce spectacle d’une force et d’une pureté bouleversante. La comédienne prend toute sa place dans cette vie riche de différences et d’anecdotes qu’elle revisite en comédie sous la direction attentive de l’animateur et auteur Thierry Beccaro qui signe là, avec la justesse du cœur, sa première mise en scène.

« Vive Bouchon ! », une réjouissante satire

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Il fallait y penser, ou plutôt l’anticiper ! « Vive Bouchon ! », au théâtre du Spendid est une loufoquerie de Jean Dell et Gérald Sibleyras, créée en 2004, où tout est énorme tout en étant fidèle à la triste actualité, ici amplifiée, de ces minuscules communes enclavées, vouées à mourir faute d’habitants, d’emplois, de touristes. À l’heure du Brexit et des revendications nationalistes de certaines régions (françaises ou étrangères), « Vive Bouchon » laisse apparaître, derrière sa pochade gentillette et invraisemblable, un noyau de réalités qui donne à penser… et à en rire sans vergogne. Pour le maire de Bouchon, tout est permis, quitte à détourner des subventions européennes, pour tenir à bout de bras un village oublié des cartes et vivant ses derniers instants. Et qui, poussé dans ses derniers retranchements, ira jusqu’à prononcer le Bouchonxit et réclamer l’indépendance de Bouchon !

« L’Exception », la force vitale de la mémoire

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Dans le cadre des rendez-vous L.A.D (1 Livre, 1 Adaptation, 1 Débat), dès le mois d’octobre reprendra, au théâtre de la Contrescarpe, « L’exception », un seul en scène interprété avec force et sensibilité par Sandra Duca. Inspirée du livre de Ruth Klüger « Refus de témoigner », la pièce adaptée et mise en scène par Jacky Katu est un bouleversant hommage à toutes les victimes de la barbarie nazie. La comédienne en pyjama rayé propose une interprétation physique et émotionnelle magistrale, donnant aux scènes une brûlante réalité qui fait mal à entendre. Même ses cris les plus sourds transpercent le cœur, mettant à nu l’âpre combat. L’innocence de l’âge face à l’horreur des camps de concentration, le refus de se laisser aller face à la volonté d’exterminer, la force vitale face à l’acharnement à avilir. Sandra Duca campe dans le dénuement scénique absolu le rôle d’une petite fille juive de huit ans, enfermée à Auschwitz avec sa mère. Elle raconte au public leur parcours de prisonnières, depuis leur déportation jusqu’à leur fuite, pendant cette si longue marche de la mort. À travers l’histoire de cette petite fille qui grandit malgré tout et le pire, c’est le triomphe de la vie qui est proclamé. Quand le déjà lu rencontre le jamais vu, c’est l’exception qui jaillit des entrailles de l’oubli.

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