« L’aigle à deux têtes », l’essor des cœurs mêlés

THÉÂTRE & CO
« L’aigle à deux têtes » est un drame historico-fantastique de Jean Cocteau qui a été joué pour la première fois au théâtre en 1946. Touché par la volonté farouche des personnages à rester maîtres de leur destin, le metteur en scène Issame Chayle, assisté d’Aurélie Augier, propose un nouvel écho passionné à cette pièce peu connue qui rend hommage à un texte nerveux et lyrique. Pour cette œuvre inspirée des drames de la maison d’Autriche de la fin du XIXe siècle, le théâtre du Ranelagh était l’écrin idéal. Les magnifiques boiseries se prêtent aux envolées tragiques, et les lourdes tentures rouge sang au drame qui se tisse avec le fil du souvenir d’un fantôme. Delphine Depardieu et Alexis Moncorgé y campent une reine « anarchiste » grave et mystérieuse et un anarchiste « royal » vibrant de haine et d’amour. Des acteurs superbes qui sont portés par leurs personnages au tempérament vif qui se confrontent, s’aiment, se manipulent pour une fin délibérée… hors d’une destinée tracée.

« Ça déménage ! », entre mesure et démesure…

THÉÂTRE & CO
Depuis le 3 février dernier, Ça déménage à la Folie Théâtre, à Paris, plutôt deux fois qu’une ! Quatre jeunes comédiens (Alexandra Feignez/Jessica, Karine Malleret/Juliette, Guillaume Marien/Pedro et Antoine Rabault/Ludo), bien rodés au jeu de l’improvisation, se déchaînent sur les planches pour cette reprise, incarnant avec véhémence et un soupçon de démesure le texte de Ludovic Gutierrez. Au mot près ? Que nenni, ce serait trop simple. Un baiser volé, subrepticement, et avec un rien de malice, laisse supposer que ce quatuor survolté s’amuse à corser une mise en scène (orchestré par l’auteur) renversante en intensité physique et vocale.

« Ben Hur, la parodie », liker et mourir de rire !

THÉÂTRE & CO
Un titre de spectacle intrigant, s’il en est. Qui aura vu Ben Hur dans son enfance s’interroge sur la course de chars mythique qui l’a marqué à vie. Comment faire entrer sur la scène du Théâtre de Dix heures un stade bondé et ses fringants chevaux en donnant la même impression de puissance que dans le film de 1960 ? C’était sans compter le talent des auteurs Hugues Duquesne et Olivier Mag et du metteur en scène Luc Sonzogni. Trois heures trente ramassées en soixante minutes de folie joyeuse, d’énergie tendue, de répliques drôles et fines, de références détournées de l’actualité, de surprises aussi qui donnent une grande envie de revoir l’orignal… ne serait-ce que pour vérifier que tout y est ? Eh bien, après un bain de jouvence avec Charlton Heston, figurez-vous que tout y est ! Le tour de force est complet ! Je « like » !

« Edmond », où comment Rostand donne vie à Cyrano

THÉÂTRE & CO
Voilà, c’est fait ! L’appréciation « Inclassable » est entérinée avec « Edmond ». La pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik au Théâtre du Palais-Royal propose un scénario subtil et joyeux qui s’insère avec bonheur dans l’œuvre d’Edmond Rostand. Quelle merveilleuse idée de nous raconter les événements (réels et fantasmés) qui ont présidé à l’acte de naissance de Cyrano de Bergerac ! Pourtant, il est bien périlleux de réunir une œuvre et son auteur, surtout quand il s’agit d’un texte aussi puissant et joué jusqu’à la corde sans l’user. Alexis Michalik relève le défi avec classe en revêtant Cyrano d’une aura originale et en donnant de la chair à Rostand, alors jeune poète inconnu de 29 ans, moqué par ses pairs, qui passe de l’ombre impécunieuse à la lumière argentée à l’issue de la première triomphale de son Cyrano de Bergerac en décembre 1897. Avec « Edmond », c’est l’assurance de passer deux heures inouïes qui bercent nos émotions au rythme du vertige et de l’exultation, et les poussent du rire aux larmes.

« Légende d’une vie », où la tyrannie du secret

THÉÂTRE & CO
La jeune compagnie Étincelle, fondée par Caroline Rainette en 2012 puise des textes forts dans l’œuvre d’auteurs incontournables. Stefan Zweig en est une magnifique illustration. Traduite et adaptée par Caroline Rainette, la pièce « Légende d’une vie » plonge le spectateur ravi dans la « sempiternelle » question du père et le besoin viscéral de le tuer symboliquement pour enfin respirer son propre air. Un thème puissant et une interprétation passionnée pour une pièce éligible aux Petits Molières 2017 qui se joue au Théo Théâtre jusqu’au 17 février.

« Enfin vieille ! », la revanche du talent

THÉÂTRE & CO
Quelle jubilation et quelle générosité ! Le One Woman Show de Laura Elko, « Enfin vieille ! », raconte une histoire drôle et sensible sur l’itinéraire d’un destin contrarié par le temps qui se défile. L’écriture intelligente sur le jeunisme et la peur de toute une génération de se voir rattrapée par la suivante se nourrit d’une bonne dose d’autodérision. L’interprétation juste et intense des multiples personnages relève de l’exploit physique. L’humoriste ne se contente pas d’être désopilante à nous faire vieillir prématurément, elle use et abuse avec délice de ses différents talents qui sont autant de flèches qu’elle décoche avec un plaisir non feint. Elle alterne avec une aisance déconcertante aussi bien les airs d’opéra que la variété française. Bien évidemment, comme tout artiste qui se respecte, elle danse et sait jouer de plusieurs instruments, mais, art plus rare, elle nous livre un numéro de ventriloquie à couper le souffle !

« Un petit jeu sans conséquence », les hasards du désamour

THÉÂTRE & CO
La belle lumière de la comédie de Jean Dell et de Gérald Sibleyras, « Un petit jeu sans conséquence », ne faiblit pas avec les années. La mise en scène d’Éric Laugérias (metteur en scène, mais aussi comédien, auteur, scénariste, homme de radio) prolonge le charme croustillant qui avait fait de ce texte savoureux un vrai succès en 2003. Le Molière de la meilleure pièce à sa création ne saurait le démentir ! Produite par la Compagnie des Hauts de Scène, la pièce « Un petit jeu sans conséquence » se renouvelle au théâtre Le Mélo d’Amélie, à Paris, avec de jeunes comédiens surprenants de sincérité et de vivacité.

« Pasolini Musica », la pensée sublimée

THÉÂTRE & CO
Force, caractère et volupté se dégagent du nouveau spectacle d’André Roche, de la Compagnie L’Arsenal d’Apparitions qui se produira dès janvier 2017 au Théâtre de Ménilmontant. Pier Paolo Pasolini, le plus sulfureux et prolixe des artistes en résistance, est mis en musique et en scène dans un spectacle autour de trois comédiens impliqués et sensibles. « Pasolini Musica » réunit un homme (Miguel-Ange Sarmiento) et trois femmes (les chanteuses Stéphanie Boré et Éva Kovic, et la violoniste et pianiste Solène Ménard), des artistes qui incarnent avec ardeur et talent la pensée de cette figure controversée de l’anticonformisme, qui a été tout à la fois romancier, poète, scénariste, pamphlétaire, auteur dramatique, réalisateur et acteur.

« Le syndrome du Playmobil », la contagion du rire

THÉÂTRE & CO
S’il y a un syndrome dont on aimerait être frappé, c’est bien celui du Playmobil ! Il faut quand même réunir plusieurs conditions pour y parvenir. Choisissez par exemple Élodie Poux, une jeune humoriste pétillante comme ces petites bulles de champagne qui éclatent de plaisir dans la tête. Puisez votre inspiration dans une source intarissable que sont les enfants, de préférence en maternelle. Ajoutez-y un soupçon de délire généré par le comportement excessif des parents. Une dernière touche avec des glaçons colorés de cynisme et vous obtenez un spectacle sur l’éducation qui se savoure comme un cocktail renversant. Le sourire béat du Playmobil ne vous quitte plus. C’est garanti et cela se passe au théâtre des Feux de la rampe, à Paris, tous les lundis, mardis et mercredis à 20 heures.

« Au bord du lit », où l’amour sous toutes les coutures

THÉÂTRE & CO
Parmi les trois cent soixante-cinq pièces proposées chaque jour à Paris, ou à peu près, il y en a une qu’il serait malséant de bouder ou de négliger. Elle dure une heure, une délicieuse heure qui éclipse le quotidien dès la première seconde jusqu’à la dernière, avec un texte où chaque mot rime qui avec joliesse, qui avec délicatesse, qui avec allégresse. Il suffit de se laisser porter par le rythme enjoué et la verve malicieuse de Guy de Maupassant. « Au bord du lit » est une comédie adaptée par Frédéric Jacquot à partir de cinq nouvelles méconnues et délicieuses de cet immense écrivain prolixe en la matière.

« L’Adieu à la scène », que tombent les masques !

THÉÂTRE & CO
Une nouvelle invraisemblable déferle dans les rues de ce Paris du XVIIe siècle, en 1677. C’est un cataclysme qui traverse les âges et qui se joue jusque sur les planches du Théâtre du Ranelagh sous la forme d’une pièce intense de Jacques Forgeas, nommée « L’Adieu à la scène ». Jean Racine (Baptiste Caillaud) renonce à écrire pour le théâtre pour devenir l’historiographe du Roi Louis XIV. Jean de La Fontaine (Clovis Fouin), son cousin, entend convoquer l’homme qui l’évite, au prix d’un stratagème audacieux. Il dépêche deux jeunes femmes, Clarisse (Katia Miran) et Sylvia (Perrine Dauger), pour inciter le tragédien à revenir sur les pas de ses succès et de ses amours cachées, une loge de l’Hôtel de Bourgogne. Le piège fonctionne, il se referme sur un huis clos palpitant jusqu’à la dernière révérence.

« À droite à gauche », la politique d’en rire

THÉÂTRE & CO
Au Théâtre des Variétés, la nouvelle comédie de Laurent Ruquier « À droite à gauche » réunit un duo improbable qui évolue et interagit comme des inséparables, deux artistes magnifiques dont la rencontre devient une évidence artistique. D’un côté Francis Huster jouant le rôle de Franck Tierson, un acteur riche et célèbre, divorcé et seul, étendard de la gauche caviar triomphante et qui le revendique… par solidarité avec les gens du peuple. De l’autre Régis Laspalès, alias Paul Caillard, chauffagiste en déplacement pour réparer une chaudière dans un luxueux appartement. Naïf par humanité et homme de bon sens, il assure être de droite « n’ayant pas les moyens de voter à gauche ». La situation, cocasse et inattendue, digne du pur boulevard, prépare à une conversation surréaliste qui abolit la langue de bois. Enfin !

« Avec vous jusqu’au bout ! », une comédie funéraire sans temps mort !

THÉÂTRE & CO
« Avec vous jusqu’au bout ! » est une comédie funéraire qui apprête la mort en grande pompe avec des atours décalés, insolents, jubilatoires. La dédramatiser par le rire, c’est très tentant ! Officiée par deux croque-morts enjoués et délirants, on y accourt ! Mais avec une écriture percutante en prime, alors là, c’est du chocolat en barre ! Ça tombe bien, Jean-Pierre et Sylvain Bugnon nous viennent de Suisse. C’est dire s’ils s’y connaissent ! Frères dans la vie, au spectacle ils se transforment en collègues au chômage qui doivent réviser leur examen d’ordonnateur des pompes funèbres. C’est une profession qui aura toujours de très beaux jours devant elle… si tant est que le professionnalisme de l’officiant soit reconnu ! Ce qui n’est pas gagné avec nos apprentis ! L’examen approche et l’un des deux n’est absolument pas prêt…

« L’éveil du chameau » : Cap Paternité !

THÉÂTRE & CO
Quand une femme bourrée de principes rencontre un homme sans principe, la confrontation promet du grand spectacle. Embarquez les yeux fermés à bord de ce superbe vaisseau qui tangue sous des vents contraires. Une situation périlleuse provoquée par Murielle Magellan, une auteure aussi talentueuse que malicieuse et à l’humour corrosif. Et ouvrez les écoutilles ! « L’éveil du chameau » est une bourrasque, un tourbillon… que dis-je ? Une tempête initiatique qui secoue le théâtre de l’Atelier. Les répliques claquent tantôt en force tantôt en subtilité, impertinentes et provocatrices, piquantes et vives, et toujours justes. Le trio de comédiens (Pascal Elbé, Barbara Schulz, Valérie Decobert) est sur le pont avec ardeur et conviction, ne lâchant rien. Une grande complicité transparaît de leur jeu sincère et fluide. Des accalmies éclairent les failles des personnages qui en deviennent plus émouvants. La mise en scène de Anouche Setbon est fine, sobre et suggestive. Les jeux de lumière marquent une temporalité qui chemine main dans la main avec l’évolution des caractères.

« Et pendant ce temps, Simone veille ! », un humour résolument engagé

THÉÂTRE
Au théâtre de la Contrescarpe, on rit à gorge déployée dans une salle bondée. Un public largement féminin vibre en accord majeur avec les quatre comédiennes. Il y a comme une entente tacite, instinctive, une communion solidaire, des expériences partagées qui résonnent de concert entre toutes les femmes. D’où vient cette magie ? Du thème proposé, pardi ! « Et pendant ce temps, Simone veille » est une comédie sur l’évolution de la condition féminine en France depuis les années 50 jusqu’à nos jours. Un vaste programme rétrospectif qui peut freiner l’élan tant le sujet est rebattu. Mais c’est sans compter la magnifique énergie des comédiennes, campant une bourgeoise, une ouvrière et une femme de classe moyenne, en outrant le trait, provoquant des situations drolatiques qui voisinent avec le burlesque, volontairement, qui laissent cependant percer un certain dépit vis-à-vis des mœurs qui n’avancent pas aussi vite que les idées et les bonnes volontés.

« Fabrice Luchini et moi », où le frisson par le verbe

THÉÂTRE
On vient rêvant d’un Luchini en fête, on repart avec du Sauton en tête. Un génie pour le prix de deux. Une technicité gestuelle et vocale hal-lu-ci-nante ! Des traits d’esprits qui font mouche, qui scandalisent avec ravissement et démontent les lieux communs avec une arme fatale : la langue française. Le spectacle écrit, mis en scène et joué par Olivier Sauton, au théâtre de l’Archipel, est une exaltation de l’esprit. L’admiration du comédien pour le maître du verbe résonne dans une symphonie solitaire, mais peuplée de talents, avec justesse et tendresse, pour que l’ivresse soit.