« Chiche ! », Caroline Loeb se livre en chanteuse de cabaret

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Elle en rêvait depuis longtemps, elle l’a fait ! Caroline Loeb remonte sur la scène pour un spectacle musical façon Cabaret, suave et très enlevé. Dans « Chiche ! », cette artiste complète (chanteuse, auteure, metteuse en scène, comédienne…) se livre en chansons sur les planches du théâtre de l’Archipel, avec la complicité des musiciens Stéphane Corbin, Yorfela et Benjamin Corbeil et une mise en scène punchy de Stephan Druet. « Chiche ! » est la synthèse punk, poétique et désinhibée du parcours de vie follement mouvementé de Caroline Loeb et de son précédent spectacle, « Françoise par Sagan ». C’est aussi un pari qui matérialise toute l’ardeur opiniâtre de sa créatrice à regarder droit devant pour créer, encore et toujours, selon ses envies et ses passions. Après l’écriture du magnifique spectacle sur Sagan, où elle parvient avec brio à se glisser dans les mots et la gestuelle de l’écrivaine, et le disque « Comme Sagan » qu’elle lui a consacré avec la participation d’autres auteurs (Pierre Grillet, Pascal Mary, Pierre Notte, etc.), c’est encore à travers Sagan et son bel esprit que Caroline Loeb ose se dévoiler, enfin. Dans ce biopic intimiste chic et choc, elle évoque entre chansons et anecdotes les moments forts d’une vie librement vécue et ravive l’époque faste des années 80 marquée par l’effervescence de la créativité. Une belle époque que les générations suivantes n’ont pu connaître.

« La convivialité », ou la fabuleuse épopée de l’orthographe

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Avec « La convivialité ou la faute de l’orthographe », Arnaud Hoedt et Jérôme Piron secouent nos certitudes sur l’écriture de notre langue. Leur ambition ? Libérer notre esprit critique trop enkysté dans des règles établies une fois pour toutes par les moines copistes, l’Académie française et l’usage ! Le succès renouvelé de cette conférence créée en mars 2015 dans un format de 25 minutes a incité ces deux professeurs belges, respectivement de français et de religion catholique, à la transformer en une version plus longue. Produit par Alex Vizorek pour le théâtre Tristan Bernard, à Paris, et mis en scène par Dominique Bréda et Clément Thirion (Kosmocompany, Bruxelles), ce spectacle fait passer à la vitesse de la lumière une heure non-stop de désacralisation humoristique de la langue écrite. Le contenu est riche, à l’instar de la langue et de sa complexité. Que les défenseurs du dogme orthographique s’accrochent bien, leurs idées risquent de gîter vers l’acceptation à la discussion. Ces deux amoureux de la langue française entendent défendre l’écriture, non pas la révolutionner, mais l’ouvrir justement aux pourquoi : pourquoi le son « s » peut-il s’écrire de douze façons différentes ? Pourquoi Molière écrivait-il son Misanthrope sans « h » ? Pourquoi certains mots commençant par « ap » ne prennent-ils pas deux « pp » ? Vous le saurez grâce à Arnaud Hoedt et Jérôme Piron qui font rimer l’orthographe et la réflexion avec humour, plaisir et bon sens !

« Les Pâtes à l’ail », une explosion de saveurs émotionnelles

les pâtes à l'ail Théâtre Gaccio Giangreco La Nouvelle scène

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Deux potes de soixante ans se retrouvent pour la première fois sur scène, immortalisant leur longue amitié autour d’une comédie dramatique édifiante dans la justesse du propos et les nuances du jeu. Écrit à six mains avec le scénariste et metteur en scène Jean-Carol Larrivé, « Les Pâtes à l’ail » réunit Philippe Giangreco (acteur, auteur, réalisateur) et Bruno Gaccio (producteur de télévision et scénariste, notamment dans Les Guignols de l’info sur Canal+), deux amis d’enfance qui ont décidé de jouer ensemble. À l’affiche de La Scène parisienne, l’ex-Feux de la rampe bellement repensée et rénovée, « Les Pâtes à l’ail » met en scène une longue amitié mise à l’épreuve face à l’ultime service : celui de donner la mort pour éviter la déchéance. Si la demande de Vincenzo (Philippe Giangreco) paraît surréaliste à son ami Carlo (Bruno Gaccio), elle n’en est pas moins réfléchie et claquemurée dans les certitudes. Vincenzo n’entend pas changer d’avis. Au nom de l’amitié, Carlo devra s’exécuter ! S’ensuit une bataille aussi homérique que drôle sur la fin de vie, entre d’un côté, le désir d’en être le seul maître, et de l’autre, la volonté de s’y soustraire et de convaincre d’y renoncer. L’amitié y résistera-t-elle ? Jusqu’où des amis sont-ils prêts à aller au nom de ce sentiment fraternel cimenté par les souvenirs d’une vie ? « Les Pâtes à l’ail » y répond entre éclats de rire et de tendresse. Un magistral pied de nez à la mort, comme seuls savent le faire les humoristes au cœur intelligent.

« Rimbaud Verlaine », le stupéfiant biopic d’un amour absolu

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Au théâtre du Gymnase sont évoquées avec force talents les trois années d’amours tumultueuses et inspirées de Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, de 1871 à 1873. Sur une idée du producteur Pierre Cardin et de Rodrigo Basilicati Cardin, l’auteur et metteur en scène Stéphan Roche a commis un « Rimbaud Verlaine » de toute beauté. Le livret, la mise en scène, mais aussi la musique, la chorégraphie, la scénographie, les voix et le jeu des comédiens ont contribué à faire de cette pièce de théâtre musicale une œuvre frappante et exquise à la fois, qui exalte le sens du beau en étant très éloquente. Sans verser dans la pure comédie musicale, cette pièce aux points d’orgue chantés narre la rencontre de deux poètes du XIXe siècle, géniaux et hors normes, et leur relation fusionnelle à la fois créatrice et destructrice qui les a rendus immortels. Ces deux êtres révoltés, épris de « liberté libre » mais incompris dans un siècle de conventions, n’ont eu de cesse de s’aimer et de s’entre-déchirer passionnément, avec grandeur et décadence, comme seuls les plus grands esprits savent le vivre, jusqu’au point de rupture : les deux coups de revolver tirés par Verlaine sur Rimbaud, le blessant au poignet, et la condamnation du premier à deux ans de prison au désespoir du second.

« Recherche Belinda désespérément », l’imitation dans sa plus belle expression

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« Tu étais formidaaaableee ! »Empruntons ce titre de Stromae, que Yann Jamet imite si justement, pour qualifier le nouveau spectacle, « Recherche Belinda désespérément », qui se joue jusqu’au 18 décembre, tous les mercredis, à l’Apollo Théâtre. Cet artiste, que l’on aimerait voir plus souvent tant il regonflerait le moral à un neurasthénique, a de la présence et un répertoire de voix à l’éventail panoramique. Même le crâne rasé, Yann Jamet incarne ses personnages. Il suffit d’une moue, d’un plissement de l’œil, d’une gestuelle imprimée dans notre banque de données iconiques pour nous le faire accroire mordicus…

« Zarzavatdjian, un nom à coucher dehors ! », une comédie vibrante sur l’identité

Un nom à coucher dehors Corinne Zarzavatdjian

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Quelle belle idée de consacrer un spectacle à ces noms imprononçables ou portant à rire ! Corinne Zarzavatdjian, auteure et comédienne d’origine arménienne, consacre un spectacle ciselé, drôle et émouvant sur ce nom qui lui a valu bien des déboires et a provoqué des situations cocasses tout au long de son existence. « Zarzavatdjian, un nom à coucher dehors », au théâtre Le Mélo d’Amélie, est un hommage à sa famille miraculée d’Arménie qui a façonné son avenir avec honneur et courage. C’est un nom que Corinne Zarzavatdjian élève comme un héritage inaliénable dans ce spectacle d’une force et d’une pureté bouleversante. La comédienne prend toute sa place dans cette vie riche de différences et d’anecdotes qu’elle revisite en comédie sous la direction attentive de l’animateur et auteur Thierry Beccaro qui signe là, avec la justesse du cœur, sa première mise en scène.

« Vive Bouchon ! », une réjouissante satire

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Il fallait y penser, ou plutôt l’anticiper ! « Vive Bouchon ! », au théâtre du Spendid est une loufoquerie de Jean Dell et Gérald Sibleyras, créée en 2004, où tout est énorme tout en étant fidèle à la triste actualité, ici amplifiée, de ces minuscules communes enclavées, vouées à mourir faute d’habitants, d’emplois, de touristes. À l’heure du Brexit et des revendications nationalistes de certaines régions (françaises ou étrangères), « Vive Bouchon » laisse apparaître, derrière sa pochade gentillette et invraisemblable, un noyau de réalités qui donne à penser… et à en rire sans vergogne. Pour le maire de Bouchon, tout est permis, quitte à détourner des subventions européennes, pour tenir à bout de bras un village oublié des cartes et vivant ses derniers instants. Et qui, poussé dans ses derniers retranchements, ira jusqu’à prononcer le Bouchonxit et réclamer l’indépendance de Bouchon !

« L’Exception », la force vitale de la mémoire

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Dans le cadre des rendez-vous L.A.D (1 Livre, 1 Adaptation, 1 Débat), dès le mois d’octobre reprendra, au théâtre de la Contrescarpe, « L’exception », un seul en scène interprété avec force et sensibilité par Sandra Duca. Inspirée du livre de Ruth Klüger « Refus de témoigner », la pièce adaptée et mise en scène par Jacky Katu est un bouleversant hommage à toutes les victimes de la barbarie nazie. La comédienne en pyjama rayé propose une interprétation physique et émotionnelle magistrale, donnant aux scènes une brûlante réalité qui fait mal à entendre. Même ses cris les plus sourds transpercent le cœur, mettant à nu l’âpre combat. L’innocence de l’âge face à l’horreur des camps de concentration, le refus de se laisser aller face à la volonté d’exterminer, la force vitale face à l’acharnement à avilir. Sandra Duca campe dans le dénuement scénique absolu le rôle d’une petite fille juive de huit ans, enfermée à Auschwitz avec sa mère. Elle raconte au public leur parcours de prisonnières, depuis leur déportation jusqu’à leur fuite, pendant cette si longue marche de la mort. À travers l’histoire de cette petite fille qui grandit malgré tout et le pire, c’est le triomphe de la vie qui est proclamé. Quand le déjà lu rencontre le jamais vu, c’est l’exception qui jaillit des entrailles de l’oubli.

« Nature morte dans un fossé », du polar théâtral noir, beau et utile

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Frissons et tension extrême sont au menu de « Nature morte dans un fossé ». Repris à la rentrée au théâtre du Gymnase Marie-Bell, ce polar noir est la satire d’une violence ordinaire faite aux femmes, le désenchantement d’une jeunesse fragilisée par les addictions, le trafic et les arrangements sexuels, avec en fil d’Ariane le labyrinthe des mauvais choix dans lequel se débattent les personnages. Ce militantisme intelligent focalise toute l’attention jusqu’au paroxysme du dénouement qui suscite révolte et incrédulité. Pourtant, quoi de plus crédible qu’une histoire vraie ! Un fait divers, comme on en voit trop : le meurtre d’Élisa Orlando, une jeune femme retrouvée, le corps nu martyrisé, dans un fossé entre Gênes et Milan. Comédienne et auteure, Wally Bajeux n’aime rien tant que créer beau et utile. Cette union fait la force de son adaptation du livre de Fausto Paravidino, auteur contemporain dont l’œuvre analyse les travers de notre société. Pour l’adapter, Wally Bajeux a misé sur une originalité narrative électrisante, qui pulse sans répit. En rendant les pensées des sept comédiens audibles, plus que du théâtre immersif, c’est une immersion intime dans l’esprit de chacun d’eux qui est instaurée. À leur insu, les spectateurs sont aimantés par des scènes au réalisme saisissant. Du beau théâtre, alliant puissance et originalité, opposant violence et finesse, comme on en voit rarement !

« Chacun son tour », Mabille et Chevallier, le tandem de l’été

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Bernard Mabille et Philippe Chevallier, dans un décor de Paris-Plage sans les mouettes, se retrouvent du jeudi au samedi soir sur la scène du théâtre de l’Archipel entre billets d’humour et chroniques politiques bien senties. Ces deux trublions du verbe prolongent là ces délicieux moments passés le reste de l’année dans la Revue de presse,sur Paris Première, à s’écharper à coups de réparties, aussi caustiques que malicieuses. Sur scène, ils tentent de faire preuve d’égard l’un pour l’autre en multipliant les politesses pour un « Chacun son tour », l’un priant expressément l’autre de s’exprimer. Mais, faisant de cette courtoisie extrême un cheval de Troie, Bernard Mabille se délecte d’avoir laissé la parole à son compère pour mieux la lui couper, allégrement, à tout bout de champ, sans ménagement. Philippe Chevallier n’en perd cependant pas son latin, il surfe l’œil frisottant, le cheveu au vent et l’esprit léger sur les peaux de banane. Il revient inlassablement, sans lâcher sa bonne humeur, sur les mésaventures de son beau-frère qui lui sert de boussole dans la mer déchaînée des interruptions. Chacun ténor dans sa partie, le tandem de l’été s’amuse de tout et surtout des autres avec un public qui en redemande.

« Un drôle de mariage pour tous », du rire pour tordre les conventions !

Un drôle de mariage pour tous Henri Guybet Théâtre Daunou

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L’élégant théâtre Daunou des années trente est, jusqu’à fin juillet, le décor d’une pièce à l’argument inventif, très actuel et délicieusement divertissant. « Un drôle de mariage pour tous » est un boulevard écrit, mis en scène et interprété par l’excellent Henri Guybet, qui a encore de belles idées sous le pied. Davantage qu’une bagatelle truffée de quiproquos et de situations loufoques, c’est aussi le miroir d’une société contemporaine du mariage pour tous, à la fois égalitaire et sectaire. Une contradiction que Henri Guybet a refondue pour la mouler à la louche dans son propre matériau : le rire… sans conventions. Rire sur un mariage pas comme les autres, inédit, qui fait fi de l’amour et des belles promesses qui tombent, avec le temps, dans le lit d’une ou d’un autre, plus accueillant. Mais là, nulle question d’amour, mais d’intérêt, de pragmatisme. Quand le pouvoir d’achat dégringole, il faut de la ressource pour ragaillardir son sex-appeal ! Et Henri Guybet n’en manque pas !

« Mes 15 meilleurs et mes 2 pires », Irrésistiblement tendre, désarmant, inattendu

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Dans son seul-en-scène « Mes 15 meilleurs et mes 2 pires », Thierry Samitier est irrésistiblement tendre, désarmant, inattendu. Sa naïveté incarnée décale le propos et le tord jusqu’à l’absurde. C’est cette absurdité joyeusement loufoque dans l’authentique émotion qui donne à ce spectacle drôlement bien écrit un regard différent, pris sous un angle insoupçonné, et le fait résonner contre la paroi sensible de notre propre réalité. Cet humoriste se moque du formalisme. Dès l’entrée en scène, son petit sourire en biais, ses yeux malicieux, sa nonchalance crédule nous happe dans son monde cousu main d’irrationalité. Connu pour ses apparitions intempestives sur Canal+ dans « Nulle part ailleurs » et pour le personnage coincé d’Aymeric Dubernet Carton dans la série « Nos chers voisins » (TF1), Thierry Samitier est tout aussi à l’aise et performeur dans les seuls-en-scène. Son humour à la Devos, se jouant des situations ordinaires, nous amène là où il fait bon rire aux éclats, sans retenue, au détour de sketches faussement sérieux, provocants à l’envi. Tellement, qu’on en redemande !

« 2 Shows en coloc », deux voix pour une voie royale

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Une grande première pour le Don Camilo qui s’est invité sur la scène de l’Olympia, le 23 avril dernier, pour un show unique réunissant deux voix à découvrir. « 2 Shows en coloc », produit par Richard Vergnes, directeur du célèbre cabaret découvreur de talents, est un nouveau concept du Don Camilo consistant à réunir deux artistes prêts pour la course à la renommée, dont la case de départ est l’Olympia, le Graal de tout artiste ! L’imitateur Thierry Garcia et la chanteuse québécoise Geneviève Morissette avaient l’insigne honneur de transformer cette soirée-là de lancement en show exceptionnel. À en croire l’ovation du public à la fin des deux heures trente de performance, mission réussie ! Jouant l’un après l’autre leur propre spectacle, les deux artistes ont témoigné d’une signature artistique indéniable, d’une folle énergie, d’un humour à la fois audacieux et loufoque et d’une voix… inimitable. Ces deux alliés vibraient de cette joie à l’unisson, expansive et communicative, d’être sur la scène de l’antichambre sacrée qui donne le la à une carrière.

« I Love Piaf », un cru 2019 exceptionnel

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L’élégant théâtre Daunou est le nouvel écrin de la biographie musicale de Jacques Pessis, « I love Piaf », consacrée à la « Môme » immortelle de Belleville. Une nouvelle version, mais avec un trio différent et de nouveaux talents. Le plaisir est à la fois renouvelé et inédit. Anaïs Delva en est l’interprète remarquable et Maryll Abbas l’accordéoniste complice. Ce soir-là, l’auteur, Jacques Pessis lui-même, est le narrateur heureux de la vie de Piaf, de sa naissance à son trépas. Le sourire rieur, un rien espiègle, il raconte les débuts, les amours, la carrière fulgurante et trop brève de la chanteuse, généreux d’anecdotes et redressant avec humour les erreurs tenaces comme sa cécité, enfant, qui aurait été guérie par la prière.

Noga en concert, la célébration de la vie

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Au théâtre de l’Atalante à Paris, la voix d’un être de douceur au style affirmé s’élève dans le ciel, irréelle et lumineuse. Ancienne avocate ayant porté la voix pendant trente ans pour défendre son prochain, la chanteuse suisse Noga lui a donné de la légèreté pour plaider en faveur de « la liberté d’être, l’importance du choix, la vertu de l’expérience et la célébration de la vie ». Rarement le rayonnement d’une artiste et ses convictions battent d’un même cœur, en parfaite osmose, en connexion subtile avec son public. Cette unité crée de l’authenticité qui touche. Pour ce concert, Noga est entourée de deux musiciens aux doigts ailés. Patrick Bebey principalement au piano et Olivier Koundouno au violoncelle. Chacun d’eux tire de son instrument des notes envoûtantes qui se colorent de rythmes différents au fil des chansons (Des envies d’encens, Léger la vie, Laisser partir, Dépêche-toi, N’écoute que ceux qui ne te disent rien, 3 syllabes, Psaumes de minuit…). Les textes ont pris leur source dans la sagesse des expériences vécues et les émotions, où la mémoire est omniprésente. Noga les a composés, pour certaines avec la complicité de romanciers comme Patrice Guirao, Thierry Illouz et Marie Nimier.

« La chute », un vertigineux Clamence

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Dans la petite salle du théâtre des Mathurins, le verbe d’Albert Camus habite le comédien Yvan Morane, viscéralement, en tension, en éclats, en complexité. En contenu aussi. Le court roman, « La chute », est l’autopsie d’une âme tourmentée en quête d’une improbable rédemption, celle d’un avocat parisien obsédé par les cris d’une femme tombée dans la Seine. C’était une nuit de novembre, il rentrait chez lui par les quais quand il a entendu le bruit d’une chute. Il ne s’est pas retourné ; il aurait voulu, mais il a poursuivi son chemin sans avertir quiconque. Son comportement non glorieux le hante jusque dans le bar sordide Mexico-City à Amsterdam, ville où il s’est réfugié. Comme si l’exil éloignait la honte, la lâcheté, la culpabilité, le dégoût de soi et, en miroir, le dégoût des Hommes et de leurs turpitudes. Là, il a coutume d’aborder un compatriote pour confesser le secret de son âme à vif, non sans ironie et cynisme, ménageant le suspense sur l’horrible faute. Le narrateur se nomme lui-même « juge pénitent » et entreprend son procès dans un monologue dramatique glaçant.

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