« Le souffleur », un métier de l’ombre sublimé par Paolo Crocco

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Après avoir été portée par son créateur Emmanuel Vacca, l’histoire d’Ildebrando Biribo revient sur les planches avec encore plus de poésie et… de souffle, au Studio Hébertot. De la version de l’excellent Paolo Crocco émanent sans discontinuer poésie et drôlerie. Les émotions, toujours justes, frappent au cœur et à l’esprit dans un jeu égal. « Le souffleur » est avant tout un hommage à ce métier, aussi utile qu’ingrat, car toujours dans l’ombre. Mais, pour Ildebrando Biribo, le célèbre souffleur congédié à la première représentation de Cyrano de Bergerac le 28 décembre 1897, c’était toute sa vie, depuis ses seize ans. Lui qui l’avait consacré à son métier se voit relégué aux oubliettes, projeté dans un gouffre d’inutilité. À la fin de la représentation, à laquelle il assista malgré tout, on le trouva mort dans son antre obscur. Le mot oublié a perdu son étincelle en même temps que son souffleur, et le métier un grand et talentueux professionnel. À travers « Le souffleur », l’auteur Emmanuel Vacca nous relate son histoire, belle et dramatique. Il parvient à nous transmettre sa passion pour ce métier aujourd’hui disparu.

« Les Trois Mousquetaires », Du beau et grand Dumas

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Susciter un souffle épique sur une scène de théâtre – lieu restreint par excellence – est une gageure que la compagnie du Grenier de Babouchka a tenu avec brio. Et le mot n’est pas assez puissant eu égard aux sensations éprouvées lors de la représentation des « Trois Mousquetaires », dans ce prestigieux écrin du théâtre du Ranelagh. Tout est là pour passer un excellent moment, hors du temps, ou plutôt si… à l’intérieur d’un temps autre, celui de l’aventure de cape et d’épée, d’amours contrariées, des complots et de la fraternité à la vie à la mort. Les douze comédiens, dont deux musiciens (violon, accordéon, cajon, clavier, guitare) qui semblent présider aux différentes destinées des personnages, font virevolter leurs rapières avec autant d’adresse que leur langue fleurie. Il y a de l’ardeur, du panache, une tempétueuse énergie. Drame et comédie s’entrelacent étroitement. Dans un décor nu, la mise en scène est capitale pour rythmer les nombreux actes. Charlotte Matzneff s’approprie l’espace et le rentabilise de manière époustouflante. Les scènes courtes et alertes renforcent ce sentiment d’urgence et d’intensité. L’adaptation de Jean-Philippe Daguerre et de Charlotte Matzneff est moderne tout en restant fidèle à l’esprit de l’époque et au contenu. L’histoire des trois mousquetaires se réinvente, s’étoffe et se déploie comme si c’était une première. Du bel œuvre ! Dumas en sourirait d’aise.

« Qui va là ? », ou l’errance à nu

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Le Théo Théâtre accueille jusqu’au 17 décembre Thierry de Pina, un SSF – comprendre un Sans-Scène-Fixe –, comme il se plaît à dire. Durant trois semaines, le comédien a trouvé un toit pour son personnage Alexandre Cabari, un SDF au cœur tendre, mais aux pensées chagrines. La pièce « Qui va là ? », d’après Emmanuel Darley, a été jouée à domicile, à Nice, à la suite du premier confinement. Un succès stoppé en plein vol par le second confinement ! Cet ancien épidémiologiste qui, a raccroché la blouse de chercheur en 2007 pour devenir comédien, a donc adapté le texte pour la monter sur scène. Véritable rencontre de destins, entre un comédien sans scène et un homme sans domicile, tous deux désœuvrés. Joué au Festival Off d’Avignon cet été 2021, ce texte retrouve donc un lieu pour exister. Parcours erratique s’il en est à l’image du personnage, un pauvre hère qui prend en otage les spectateurs d’un théâtre pour leur raconter ses souvenirs. Se faisant complices d’une heure, ces derniers jouent le jeu et deviennent le réceptacle de la confidence d’une déshérence émouvante.

« Saint-Ex à New York », la genèse du Petit Prince en toute intimité

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Jusqu’au 31 décembre, le théâtre du Petit Montparnasse est l’écrin d’une belle renaissance, celle du Petit Prince. En revisitant la genèse de l’écriture de ce conte philosophique, l’auteur et metteur en scène Jean-Claude Idée y propose une lecture toute personnelle. Le Petit Prince serait ainsi une autobiographie symbolique d’Antoine de Saint-Exupéry, où la rose capricieuse représenterait sa femme Consuelo, où l’exil du Petit Prince serait son propre exil à New York, ville aussi incompréhensible pour lui que la planète Terre pour son petit personnage à la chevelure dorée. Mais aussi le miroir de ses inquiétudes pour le devenir de l’humanité, alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage sur le Vieux Continent. La version de Jean-Claude Idée est puissamment incarnée par quatre comédiens aux tempéraments marqués (Gaël Giraudeau, Alexandra Ansidei, Adrien Melin et Roxanne Bennett). Les passions y sont tantôt libérées, tantôt retenues avec la même intensité, que la sobriété des décors renforce, comme si le dénuement mobilier était le reflet tangible du désarroi d’un homme empêché d’être. Ce moment de théâtre est une parenthèse unique de poésie, aussi savoureuse qu’instructive. Aussi belle que triste. Si l’écrivain n’est plus, son double symbolique ne cessera jamais de parcourir le monde.

« Le monde appartient à ceux qui le fabriquent », l’introspection d’un saltimbanque échevelé

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Qui ne connaît pas encore Bun Hay Mean peut être surpris. Dans un stand-up trépidant, au débit de parole rapide et au langage emprunté aux jeunes, ce quadragénaire à la success story ose tout dire, le meilleur comme le pire… et surtout le pire. En communion avec la salle, il ressent les états d’âme, notamment lorsqu’il franchit la ligne de l’entendable. Qu’importe ! S’il y a des frontières à ne pas dépasser, il les saute allégrement, tout sourire, un rien désinvolte comme l’enfant pris le doigt dans la confiture… et qui n’en a rien à faire de se faire réprimander. À cet humoriste déjanté, la scène manquait, les applaudissements – source non négligeable de son mieux-être –, manquaient aussi. Il lui tardait de remonter sur scène, après son dernier spectacle, « Chinois marrant ». Avec « Le monde appartient à ceux qui le fabriquent », à l’Européen jusqu’au 18 décembre 2021, il propose un show plus introspectif évoquant ses débuts d’humoriste, ses rencontres, mais aussi sa famille. Est-ce le résultat d’une disette de rencontres avec son public ? Toujours est-il que cet ex-clochard – à l’avis d’imposition désormais hallucinant, de son propre aveu – et qui a une faim d’ogre de scène et d’interactions avec son public se livre à nu, sans censure, préférant la langue affranchie à la langue de bois. L’exubérance échevelée, les propos outranciers, Bun Hay Mean aurait tout pour déplaire, mais il est très drôle, parfois irrésistible. Alors… on lui pardonne pour nos oreilles écorchées et on applaudit de bon cœur.

« Les collégiens », l’hommage qui rend heureux

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Une fois n’est pas coutume, parlons musique. Parce qu’elle est joyeuse. Parce qu’elle fait battre la mesure du pied, sans y penser. Parce qu’elle raccroche à un passé où l’insouciance était dans l’air du temps. Vendredi 12 novembre dernier, au Pan Piper (Paris XIe), une soirée exceptionnelle était organisée pour lancer la sortie du CD « Hommage à Ray Ventura & Sacha Distel ». Dix chansons emblématiques et une inédite ont réuni les « Collégiens », dans la même formation qu’en 1993, sous la direction de Ramon Gimenes, en associant les voix chaudes et jazzy de Franck Sitbon et Charlotte Perrin. Depuis « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux » (1938) à « La belle vie » (1964), en passant par « Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine » (1937) ou encore l’increvable « Tout va très bien, Madame la Marquise » (1935) chantée dans les colos ! Tout aussi increvables, les Collégiens d’aujourd’hui sont aussi pimpants et enjoués qu’il y a presque trente ans. Le swing et la décontraction sont au rendez-vous des retrouvailles. Ils jouent et se répondent du tac au tac, mais s’amusent aussi avec le public qui en redemande en claquant des mains. À noter la présence d’une femme au sein des Collégiens, une « collégienne » de talent qu’on aimerait entendre davantage. Outre sa voix de velours, Charlotte Perrin apporte une touche de fraîcheur indéniable. Bref, une ambiance bonne enfant qui réchauffe les souvenirs. Du spectacle vivant qui déborde de vie comme pour conjurer les peines futures.

« Douce France », la politique sous le prisme de l’humour

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Dans « Douce France », au théâtre Tristan Bernard, tout ce qui est dit est véridique, nous dit-on ! Rehaussée de ce préambule, la pièce se revêt d’une dimension originale et prend une saveur délectable. Avec fougue et jubilation, les comédiens et auteurs Stéphane Olivié-Bisson, David Salles et la comédienne Delphine Baril nous font visiter les coulisses du palais de l’Élysée, le centre névralgique du pouvoir. À l’appui de documents d’archives et de faits historiques choisis, ils balayent sur un ton grinçant et humoristique la politique des huit présidents de la Ve République française, mais surtout ils brossent leur personnalité à grands traits vifs, tranchants, impertinents et ironiques. Les mots cinglants sont éloquents. Qu’ils heurtent ou émeuvent, qu’ils provoquent de l’urticaire ou déclenchent du rire à répétitions, ils voltigent dans des arabesques sémantiques audacieuses. Ils se jouent de la bien-pensance, font feu de tous les partis sans langue de bois. Ils réveillent des souvenirs, tantôt lointains tantôt flous. Mais surtout ils dessillent nos yeux sur l’histoire véritable de nos chers présidents qui ont fait la France d’aujourd’hui, une France devenue douce-amère. S’il fallait démontrer combien notre mémoire politique pouvait être courte et sélective, c’est fait !

« Ces femmes qui ont réveillé la France », un hommage ludique qui ravive la gratitude

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Au théâtre de la Gaîté Montparnasse, pour sa première fois sur les planches, l’homme politique Jean-Louis Debré joue « Ces femmes qui ont réveillé la France » avec sa compagne Valérie Bochenek, comédienne, mime et auteure (Le mime Michel Marceau). Ce bel ovni théâtral entre spectacle et master class, adapté du livre éponyme que le couple a coécrit en 2013, dresse le parcours d’une vingtaine de femmes qui ont fait évoluer les mentalités depuis la Révolution française. Le texte est ciselé, la narration intelligente. Le ton est décomplexé, drôle et passionné. La mise en scène d’Olivier Macé est dynamique, élégante et inventive. L’intermède musical de compositrices, interprété au piano par Valérie Rogozinski, qui clôt chaque portrait, s’invite comme une pause propice au recueillement. À travers les faits d’armes de ces pionnières (Marie Curie, Marguerite Yourcenar, Simone Veil…), c’est l’histoire des droits des femmes qui se reconstruit, au fil des batailles remémorées ; c’est une voix qui est restituée à une moitié de l’humanité ; c’est surtout un splendide et vibrant hommage rendu à l’audace et au courage de ces fortes personnalités sans qui la femme moderne ne serait (sans doute) pas ce qu’elle est aujourd’hui… sous nos latitudes.

« Le switch », un trio gagnant

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Au théâtre d’Edgar se joue jusqu’au 15 janvier 2022 une comédie légère, malicieusement machiste, sur les rôles attribués à l’épouse et à la maîtresse. Que se passerait-il s’ils étaient intervertis ? C’est la question posée par Marc Fayet, l’auteur de la pièce « Le switch ». Sur un ton badin, irrévérencieux, le texte aux cent pulsations minutes entraîne les comédiens dans une course survoltée qui décoiffe ou ébouriffe. C’est selon qui Philippe (Alexandre Pesle) honore de sa présence. Chez sa femme (Emmanuelle Boidron), il est le mari prévenant, empressé à complaire ses quatre volontés, supportant ses humeurs. Chez sa maîtresse (Capucine Anav), il se transforme en mâle dominant, flattant « sa canassonne »… beaucoup plus jeune et un tantinet inculte, mais à l’encolure si affriolante ! Le rythme tantôt pépère, tantôt endiablé, est accentué par une mise en scène de Luq Hamett précise qui privilégie l’énergie en tout lieu par des entrées et sorties en coulisses incessantes. Dans la même veine, les décors « switchent » entre le domicile de l’épouse et celui de la favorite. Drôle par le renversement de la situation et le comportement inattendu des deux femmes, « Le switch » fait passer un bon moment de détente… sans essoufflement !

« Vraie ! », une performance plus vraie que nature

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Ah ! Quelle jeune fille ne rêverait pas de rencontrer Bradley Cooper, acteur et réalisateur en 2018 de « A star is born » avec Lady Gaga dans le premier rôle ? Dans son premier one woman show musical « VRAIe ! », au théâtre de L’Archipel, Prisca Demarez l’appelle de ses vœux passionnés et de toutes les manières scéniques possible ! Fil rouge de son spectacle, dans une mise en scène très rythmée de Papy, ce prince charmant des temps modernes n’est en fait qu’un faire-valoir qui hisse la prestation de l’artiste au-dessus d’elle-même et de ce désir inextinguible de chanter. L’histoire de « A star is born » pourrait avoir été écrite pour Prisca Demarez tant se faire reconnaître par un agent et le public fut un parcours jonché d’obstacles et de recommencements. Avec sincérité et enthousiasme, elle nous relate en chansons les grandes lignes de ce vécu, non sans manier un humour décomplexé et irrésistible. La chanteuse de comédie musicale (Avenue Q, Blanche Neige, Cabaret, Cats) à la vitalité contagieuse n’a jamais baissé les bras et heureusement pour nous. Accompagnée de John Florencio au piano et d’Erwan Le Guen au violoncelle, complices dans son exubérance et tout aussi talentueux, elle nous offre une performance impressionnante, dont la déflagration d’émotions qu’elle déclenche résonne en soi bien après l’heure quinze de spectacle.

« Fellini, Roma et Moi », ou le feu intérieur d’une passion

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Entre Federico Fellini et Bunny Godillot, une connivence naît. Entre vérité et fantasme. Entre autofiction et autoportrait. L’un au service de l’autre… et inversement. L’auteure et comédienne Bunny Godillot a mis à profit l’espace-temps confiné de ces longs mois de rupture avec le public pour interroger son parcours d’artiste et la flamme qui l’a alimenté toutes ces années. Sans faille ni doute ? Ça, c’est une autre histoire ! Dans cette exploration du Moi, Fellini s’est immiscé, tel un maestro guidant ses acteurs, avec tendresse et panache. De ce rapprochement intime a éclos une pièce intimiste, lyrique et onirique d’une grande pureté narrative. « Fellini, Roma et Moi », au théâtre solidaire 100ecs, vibre au diapason d’un conte où s’entrelacent le réel et l’imaginaire d’une comédienne à la sensibilité aiguisée au mal-être de sa jeunesse et à la volonté de devenir ce pour quoi elle savait être destinée. Depuis « Huit et demi » et la « Dolce Vita », la jeune adolescente n’avait qu’une idée en tête : rencontrer l’immense Fellini et être comédienne. Si l’entrevue entre les deux artistes est peut-être fictive, la carrière de Bunny Godillot n’en est pas moins authentique et riche. Mais qu’importe la véracité tant que le rêve partagé est beau !

« Marie des Poules », un destin sublimé par des comédiens transcendés

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Quand Marie Caillaud, alias Marie des Poules, se souvient à une terrasse de café parisien, de l’eau a coulé sous les ponts sans diluer son amour absolu pour Maurice, fringant fils de George Sand. Ni sa reconnaissance envers l’écrivaine qui lui a appris à lire, à écrire, à parler sans rouler les r et surtout à réfléchir par elle-même. Cette histoire vraie que transpose Gérard Savoisien au théâtre Montparnasse répond au désir de la comédienne Béatrice Agenin, native du Berry, d’incarner George Sand. « Marie des Poules, gouvernante chez George Sand » est une pièce d’une extrême pudeur, d’une intelligence émotionnelle remarquable et d’une poésie narrative et scénique qui enchante. Avec naturel et une époustouflante dextérité, la comédienne se glisse dans les costumes de la servante de onze ans et de la jeune adulte, ainsi que dans ceux de George Sand. Ce soir-là, Arnaud Denis, metteur en scène de la pièce, lui donne la réplique avec la même intensité, tant dans la colère que dans la duplicité. Molière 2020 du meilleur spectacle du théâtre privé, « Marie des Poules » est reprogrammée pour notre plus grand bonheur, après l’arrêt brutal du spectacle vivant pendant des mois. Elle revient avec encore plus de force évocatrice sur son message subliminal sur l’importance de l’éducation, à une époque où l’ignorance est loin d’être éradiquée.

« Le Petit Coiffeur », plongée délicate dans les affres de la Libération

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Avec « Le Petit Coiffeur », au théâtre Rive Gauche, Jean-Philippe Daguerre poursuit son immersion dans la Seconde Guerre mondiale entamée avec « Adieu Monsieur Haffmann » (4 Molières 2018, dont Meilleur Spectacle de Théâtre Privé et Meilleur Auteur). On se souvient avec grande émotion de cette pièce dont l’histoire se situe en 1942, au moment de l’obligation faite aux Juifs de porter l’étoile jaune. « Le Petit Coiffeur » évoque l’épuration au moment de la Libération qui vient en contrepoint de la grandeur d’âme. Dès l’ouverture du rideau, l’atmosphère rétro téléporte la salle dans un temps encore sombre, impression renforcée par le mobilier et les costumes aux couleurs froides. Côté cour, la chambre de Pierre ; côté jardin, le salon de coiffure. Tels les recto/verso d’un livre grandeur nature dont les personnages tournent les pages. Ce livre relate un drame ordinaire de cette époque où délation et règlements de compte formaient le quotidien des villes libérées. Il se focalise sur un coiffeur également peintre qui tombe amoureux de son modèle, Lise qui est une veuve au lourd secret sur la conscience. Entre lyrisme et tension, les comédiens évoluent avec aisance. On est facilement projeté dans le drame intime de cette famille, partagée entre amour et devoir, qui voit un dénouement inattendu, tout en intelligence scénique.

« Saint-Exupéry, le mystère de l’aviateur », un biopic théâtral de haut vol

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Il suffit d’évoquer Saint-Exupéry pour que « le Petit Prince » surgisse de l’enfance. Qui ne connaît pas ce petit être délicat qui cherche à comprendre la vie ? Que vous ayez grandi avec son message d’humanité ou pas, le biopic théâtral « Saint-Exupéry, le mystère de l’aviateur » vous transportera littéralement dans sa vie d’homme engagé, lettré et aventurier, passionné par l’aviation et son pays. Créée au théâtre des Béliers à Avignon durant le festival Off, la nouvelle pièce d’Arthur Jugnot et Flavie Péan s’installe enfin au théâtre du Splendid jusqu’au 6 novembre. Quels que soient les qualificatifs élogieux employés, aucun ne peut donner l’exacte mesure des émotions suscitées par ce récit aussi beau que singulier qui relate la vie de ce héros ordinaire et le mystère qui entoure sa disparition en 1944 en mer Méditerranée. C’est comme cet effluve de madeleine – si chère à Proust – qui revient titiller nos tendres souvenirs, mais sous une forme inédite, plus complexe en sensations qui se combinent comme par magie. La magie est réelle, et on y croit. Nos cœurs d’enfant et d’adulte, unis dans l’instant, exultent de ravissement. L’écriture est taillée pour Saint-Exupéry, à la fois poétique et drôle. Les traits d’esprit succèdent aux émotions. La scénographie de Juliette Azzopardi et Jean-Benoît Thibaud est époustouflante d’imagination, créant un livre ouvert enchanté. Les six comédiens, dont certains campent plusieurs rôles, sont d’une justesse inouïe. Quant à la mise en scène d’Arthur Jugnot, elle est méticuleuse, dynamique, inventive. Si Saint-Exupéry est bel et bien revenu parmi nous, ce n’est pas l’œuvre d’un mystère, mais du talent !

« Chirac », une rencontre fictive captivante

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« Bison égoïste » (surnom chez les scouts), « Super menteur » (Les Guignols de l’Info), « Chichi », « 5 minutes douche comprise » (référence à ses conquêtes féminines), ou encore « L’Agité » (surnom donné par VGE) et « Bulldozer » (surnom affublé par Pompidou) désignant un homme qui parvient toujours à ses fins, etc. Les sobriquets ironiques ou affectueux attribués à Jacques Chirac sont légion. Chacun a l’avantage d’éclairer un trait de caractère de cet animal politique de la Ve République française resté douze ans aux commandes de la France, et qui n’hésitait pas à sacrifier son bonheur pour ne pas avoir à renoncer. Quoi qu’on pense de sa conduite des affaires de l’État, personne ne pourra lui enlever l’amour profond et sincère qu’il éprouvait envers son pays et ses contemporains. S’il fut longtemps la personnalité politique préférée des Français, l’homme est un mystère, dont la pièce éponyme de Dominique Gosset et de Géraud Bénech soulève le voile avec tendresse et intelligence, au théâtre de la Contrescarpe jusqu’au 22 août. Entre badinage et gravité, non sans humour et répliques bien senties, Chirac (Marc Chouppart) se confie à Valérie (Fabienne Galloux), une grande admiratrice qui rêve d’écrire une biographie « intime » sur l’ex-président. La conversation est imaginaire, mais tous les propos sont vrais. Si son parcours politique rappelle bien des souvenirs, des aspects de sa vie privée le montrent sous un jour nouveau. Passionnant et sidérant de réalisme !

« Espèces menacées », une mallette qui vaut son pesant de rire !

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Que feriez-vous si vous trouviez une mallette remplie à ras de petites coupures ? Iriez-vous la rapporter au poste de police le plus proche ? M’enfin… C’est quand même 7,350 millions d’euros ! Une somme qui peut aiguiser tous les appétits ! Du reste, ça sent le blanchiment à plein nez. Yvon Lemoual (Laurent Ournac), lui, y voit la formidable occasion de tout quitter : son petit pavillon, sa petite vie de comptable et ses amis qu’il a invités à dîner. Mais rien ne se passe comme prévu. Au lieu de toucher à la liberté espérée, il s’enferme dans ses mensonges de plus en plus grossiers. « Espèces menacées » est une comédie burlesque du dramaturge britannique Ray Cooney créée en 1994 sous le titre original « Funny money ». Adaptée avec brio par Michel Blanc et Gérard Jugnot (d’autant que ce dernier l’a déjà joué en 1998 avec Martin Lamothe), la pièce est une succession de jeux de mots, de quiproquos et de revirements, avec des réparties incisives. De manière sous-jacente, la gaudriole déjantée questionne aussi la valeur des rapports humains quand l’appât du gain s’immisce dans les relations. L’ensemble abolit le temps mort, l’effervescence est à son comble, laissant jaillir de purs éclats de plaisir ! Dirigés par Arthur Jugnot, les huit comédiens tiennent leur rôle à bout de bras, sans jamais faillir, partageant bonne humeur, complicité et vitalité. Profitez-en ! Ouvert tout l’été, le théâtre de la Renaissance maintient à l’affiche jusqu’au 11 septembre 2021 cette comédie irrésistible et surprenante du début à la fin.

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