« Les nœuds au mouchoir », pour ne pas oublier d’aimer

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Fin décembre 2017, au Palais des Glaces, le rideau tombera définitivement sur Les nœuds au mouchoir, une aventure théâtrale intense, alternant situations cocasses et moments poignants. C’est la troisième saison, et pourtant chaque fois, l’engouement est au rendez-vous pour cette comédie douce-amère de et avec Denis Cherer. Cette année, l’engouement se pare d’une solennité émouvante et reconnaissante avec l’annonce d’Anémone, lors du Festival d’Avignon, de quitter le métier à la fin de l’année. Pour son dernier rôle, cette comédienne inclassable, à la gouaille si reconnaissable, compose une majestueuse Augustine, une vieille dame grognonne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Éloquente dans ses oublis et touchante dans ses souvenirs, Augustine émeut et devient, en l’espace d’une soirée, tous les grands-parents et parents qui s’en sont allés ainsi, dans l’oubli de soi et de sa famille. Denis Cherer s’est inspiré de ce qu’il a vécu, avec son frère Pierre-Jean, auprès de leur mère pour aborder les conséquences qu’implique cette maladie et la difficulté de prendre les bonnes décisions pour l’être cher. La mise en scène d’Anne Bourgeois s’est accordée à la justesse de ce texte, en aménageant entre les passes d’armes des frères ennemis des silences essentiels aux fulgurances de la confusion qui s’intensifie.

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« Non à l’argent ! », une comédie 100% gagnante

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Comment peut-on dire non au pactole ? L’auteure Flavia Coste entend le démontrer au Théâtre des Variétés avec sa nouvelle comédie, à la fois psychologique et délirante, Non à l’argent ! C’est à coups de réparties cinglantes, cruelles et savoureusement drôles que l’on découvre combien le risque est grand de refuser la fortune au nom de l’amour. Les comédiens Claire Nadeau (Rose), Julie De Bona (Claire) et Philippe Lelievre (Étienne) emmènent leur personnage respectif dans un tourbillon de folie qui évacue toute retenue, toute pudeur. Le sigle de l’euro au fond des yeux, ils règlent son compte à Richard (Pascal Légitimus), l’heureux gagnant qui a osé les faire rêver avant de les précipiter dans la sidération. La mise en scène rythmée d’Anouche Setbon fait progresser par palier ces relations de couple, filiale et amicale qui se fissurent avant de s’effondrer. Elle offre ainsi aux comédiens tout l’espace nécessaire pour exprimer la gradation de leur colère fantastique et jubilatoire.

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« En apesanteur », un huis clos ascensionnel

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Après une tournée dans quelques villes de province, « En Apesanteur » installe jusqu’à fin décembre son ascenseur sur les planches du Théâtre Montmartre Galabru. Écrit à quatre mains par Thibaut Marchand et Leah Marciano, cette comédie burlesque vous embarque dans un univers surréaliste qui, malgré le huis clos, fait voyager dans le temps à la vitesse de la lumière. Car, tout est question de rythme. Un rythme endiablé qui demande une forme olympique aux comédiens qui se chamaillent avec l’énergie extravagante de la jeunesse. Les bonnes réparties s’impatientent, s’enflamment, s’affrontent. Les sentiments traversés par les personnages s’impriment dans les regards sans bavure. On y croit à l’idylle qui se forme, avec des hauts et des bas, et qui étourdit. On s’imagine facilement à bord de ces manèges infernaux qui vous montent jusqu’au ciel en douceur et vous lâchent sans ménagement, pour vous retenir avant l’anéantissement. Il faudra donc profiter de quelques trêves tendres, mais éclairs, pour reprendre son souffle et se préparer à grimper de nouveau dans les tours pour raccrocher le wagon de l’histoire.

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« Bouquet final », la fureur de rire

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Pour la fin du monde, on ne pouvait rêver mieux ! Des amis en dettes de confidences, des envies de la dernière chance et des règlements de compte en pagailles à OK Castelbout. « Bouquet final » est un boulevard à se décrocher la mâchoire dès la première minute. Les auteurs Vincent Azé et Raphaël Pottier, rompus à l’humour sans complexe, forment un duo de plume d’une créativité lumineuse, avec des saillies qui tombent juste, pour le rire et le meilleur. La mise en scène supervitaminée d’Olivier Macé fait planer l’urgence électrique du « maintenant ou jamais ». Cette fièvre de vivre impatiente pousse le présent à défendre sa légitimité face au passé qui se réjouit de l’éclabousser. Les six comédiens se coulent dans cette veine d’énergie avec une complicité évidente qui propage leur joie débridée de jouer une fin du monde sans fin, du mardi au samedi, au théâtre de la Comédie-Caumartin.

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« Tant qu’il y a de l’amour », à mourir de plaisir !

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Avec « Tant qu’il y a de l’amour », au théâtre de la Michodière, c’est l’amour avec un grand « M » comme mortel ! C’est celui de Jean et de Marie qui s’effiloche à l’usure des habitudes et qui fait bifurquer leur cœur de sa ligne droite. Jean ira vers Inès, une jeunette tombée en pâmoison pour lui. Marie ira vers Paul, un veuf pharmacien tombé en sidération pour elle. L’amour peut tuer au sens propre comme au sens figuré. Marie persuadera son amant de l’aider à tuer son bougon de mari qui ne veut pas lui rendre sa liberté. La nouvelle comédie de Bob Martet part dans ce délire romantique avec une écriture rythmée à couper le souffle, soutenue par une mise en scène d’Anne Bourgeois exigeante d’exactitude. Elle permet aux quatre comédiens de s’insérer au millimètre dans cette harmonique du rire, donnant aux situations comiques et aux gags un relief croustillant à souhait ! 

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« Silence, on tourne ! », Action ! Séduction !

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Installée au Théâtre Fontaine, à Paris, depuis janvier 2017, la pièce Silence, on tourne ! continue de déployer son jeu de séduction avec rires et fracas. Après le succès de Thé à la menthe ou t’es citron, Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras proposent une comédie dans la pure tradition du vaudeville sur le thème du cinéma. Leur écriture impertinente d’une efficacité redoutable permet de dérouler un tapis de névroses chatoyantes : amours déçues ou intéressées, jalousie entre les acteurs, rancœur des abonnés aux seconds rôles, etc. C’est un réjouissant prétexte aux quiproquos, gags et autres acrobaties qui emporte l’adhésion d’un public tortillé de rires, jusqu’au point culminant du comique où un spectateur est invité à jouer le rôle capital de l’amant.

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« Trahisons », l’amour conté à rebours

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Après « Le Monte-plats » d’Harold Pinter en 2015 et 2016, Christophe Gand récidive en mettant en scène avec finesse et intelligence une autre pièce de cet auteur prolifique au théâtre Lucernaire. Sous influence autobiographique, « Trahisons » autopsie l’amour et l’amitié, en dévoilant les trahisons entre le mari, la femme et l’amant. Un trio somme toute banal dans la littérature, qui tend souvent à dévier vers le vaudeville dans le spectacle vivant. Or Harold Pinter prend le contre-pied avec l’élégance d’un danseur étoile pour narrer son histoire à rebours, par petits sauts de dates, de 1975 à 1968. Il insuffle ainsi à sa pièce une énergie dans les échanges et une profondeur dans les silences, remodelant la banalité en originalité. En remontant les événements depuis la fin de l’histoire jusqu’à son début, l’auteur s’attache davantage le public complice qui, sachant tout, se voit ressentir de l’empathie et reste bienveillant devant les égoïsmes des personnages qui s’affrontent.

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« Molière malgré moi », le théâtre en majesté

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Il est des pièces qui divertissent, il en est d’autres qui enrichissent. Molière malgré moi est un attrape-bonheur qui dispense l’un et l’autre d’un égal talent. Francis Perrin en est l’heureux créateur, le metteur en scène inspiré et l’âme sœur incarnée quand il raconte les quinze dernières années de vie et de scène du « premier farceur de France » et explique l’homme dans la force de l’âge et de l’imagination. Comment ne pas être fasciné, à son tour, par ce grand Monsieur du théâtre à la fois travailleur infatigable et chef de troupe créatif ? Il a été l’un des rares, sinon le seul, pourvoyeur de plaisirs dans le cœur du Roi, de la Cour et du Peuple avec une constante égalité. Sa carrière cheminant avec raison gardée, Francis Perrin s’est attaché à Jean-Baptiste Poquelin, comme à un frère de comédie. Au fil de centaines de représentations des pièces de Molière, il a goûté aux vers merveilleux, frappés au coin de l’humour railleur et aux tournures grisantes qui émoustillent l’esprit et entretiennent la joie. Avec ce seul en scène né de cette évidente appartenance familiale, il est parti à la conquête d’un public affamé de beau. Tant et si bien qu’une troisième saison de Molière malgré moi a redémarré ce printemps 2017, sous les « quinquets » électriques du théâtre de la Gaîté-Montparnasse et la lueur vive et rieuse des yeux de Francis Perrin, en digne héritier de Molière.

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« La logique des femmes », à voir et plus que de raison !

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« La logique des femmes » est la nouvelle comédie d’Antoine Beauville, un peu dans la même veine que la dernière, « Madame croque monsieur ! » Loin de disséquer les travers du sexe dit faible, il brosse un portrait équilibré et tendre de la femme d’aujourd’hui qui se veut l’égal de l’homme en tout, quitte à en payer le prix le plus fort : perdre l’homme aimé. Loin des facilités et des poncifs éculés, le texte pétille de finesse et d’inventivité, et surtout de bienveillance. L’humour est rond et gouleyant comme un bon vin, il réchauffe et suspend cet état de grâce divertissant jusqu’au tomber de rideau. L’humour est servi irrévérencieusement par deux acteurs irrésistibles. Les répliques claquent et s’entrechoquent avec des étincelles de plaisir. Virginie Stevenoot en femme amoureuse éplorée et Dominique-Pierre Devers en providentiel moine à soutane forment un duo détonant et facétieux

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« Fragments d’Elle », un face-à-face en métamorphose

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Avant de s’envoler à Avignon, pour le Festival OFF, Jeanne Feydel a présenté en avant-première sur la scène du Ciné XIII son premier seule-en-scène, « Fragments d’Elle ». Jeune comédienne et déjà réalisatrice d’un court-métrage, elle se passionne pour l’écriture, vraie, écorchée, à la poésie violente. C’est l’écriture des tripes, celle qui fait du mal et du bien à la fois, et qui donne au jeu un réalisme confondant. Avec Jeanne Feydel, l’émotion est dénudée, vive, déflagrante, généreuse. Sous les attraits d’une lune ronde, une fenêtre de l’âme s’ouvre. Suffisant à la jeune femme en souffrance pour basculer du côté de la face cachée de l’être, cet intérieur fantasmé qui bouillonne d’envies et de non-dits. La magie lunaire opérant, Olympe/Jeanne ramène des profondeurs de l’enfance une amie imaginaire, un paon aux plumes exubérantes et aux yeux perçants qui entend reconduire sur le chemin de la liberté son double égaré.

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« Adopte un mentaliste », et la magie tu trouveras !

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Si je devais faire court, je dirais « prodigieux ». Mais je ne sais pas faire court. Encore moins quand le spectacle proposé embarque toute la salle pour un autre monde qu’il serait bien banal de dénommer surnaturel. « Adopte un mentaliste », co-écrit avec Sylvain Vip et maxime Schucht, est le dernier-né de Giorgio qui se produit les samedis 8, 15 et 29 juillet, à l’Apollo Théâtre, dans l’attente d’une nouvelle salle pour la rentrée. Le mentaliste a une grande ambition pour vous, celle de vous faire rencontrer le grand amour, votre moitié qui vous correspond en tous points… ou presque. Et, accessoirement, aux siens car il se dit cœur à prendre… Allez savoir si ce cœur est facile à conquérir, son esprit, lui, est insaisissable ! Et, au bout d’un temps qui file bien trop vite entre les neurones, c’est le public qui est conquis. Giorgio l’Amoroso ? Peut-être bien… Mais s’il subjugue le cœur par sa dextérité à se jouer avec humour de la logique, il chatouille aussi la raison par sa facilité à deviner l’autre. Sans se tromper, en jouant sur le registre du charmeur à l’esprit vif-argent, il déroule son scénario à la vitesse de la lumière, nous enveloppe dans son halo de bienveillance et de merveilleux et nous emmène là où il le désire.

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« Mémé Casse-bonbons – Petits arrangements avec la vie », une grand-mère qu’on adore détester

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Ça tanguait de rire et d’émotions au « Nez Rouge » ! En tournée dans toute la France avec son « Mémé Casse-Bonbons – Petits arrangements avec la vie », mis en scène par Alexandre Delimoges, Anne Cangelosi a déposé ses valises pour sa dernière date de saison sur le bateau-théâtre de Gérald Dahan. Dès l’apparition de la comédienne en vieille femme acariâtre et caustique, la magie opère. L’accent marseillais, les remarques acerbes, les mimiques tordantes, tout accroche l’intérêt. Sans être inédit, le personnage de Joséphine est unique, attachant et tellement crédible que l’on aimerait grimper sur scène pour la réconforter. Nous aussi, public ému, on veut bien être son amie !

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« Monsieur Nounou », une fanfaronnade endiablée !

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Imaginez-vous au fin fond de la campagne… à Courbevoie, à l’ère naissant du téléphone, dans une maison bourgeoise avec maître et domestiques aux mœurs coquines. « Monsieur Nounou ! », une pochade signée par Georges Feydeau et Maurice Desvallières, revient en fanfaronnade sur les planches du théâtre Rive Gauche. Comédie délirante en un acte, Luq Hamett a opté pour une mise en scène respectueuse d’un XIXe siècle finissant en jouant avec les inconvénients de la modernité, comme les pannes d’électricité ou l’installation d’une baignoire sans eau courante et placée sous le téléphone. L’adaptation d’Emmanuelle Hamet confère à un texte déjà drôle et enlevé une dimension moderne. Les artistes, quatre hommes déjantés face à une femme survoltée, s’amusent follement. L’humeur est à la gaudriole, à la démoralisation des mœurs… et ça fait un bien fou !

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« Chinchilla », le miroir des sentiments

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Avec « Chinchilla », l’auteur Emmanuel Robert-Espalieu brosse avec l’humour grinçant qu’il affectionne le jardin intérieur de deux couples empêtrés dans une remise en question. C’est une comédie qui sarcle à coups de réparties légères et décalées les plates-bandes du drame qui s’échine à se tramer. Elle gratte les faux-semblants à coups de pourquoi et le réalisme des situations s’interpose en miroir du public qui s’interroge. Qu’est-on prêt à faire pour sa moitié quand on se retranche derrière la lassitude ? Jusqu’où son engagement peut-il se laisser aller ? Quatre comédiens le vivent avec force et subtilité, énergie et émotion, évoluant avec aisance grâce à une mise en scène minimaliste et futée de Bruno Banon. Deux couples s’opposent, le premier qui surnage dans la vie, tels des loosers (Jérémie Covillault et Lydia Cherton) et le second qui réussit tout ce qu’il entreprend (Roger Contebardo et Céline Perra)… Ils n’ont rien en commun si ce n’est l’amour qui s’étiole à force d’habitude et de confort.

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Concert : l’univers de Nahel à nu, à cru, à cœur

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Lundi 22 mai prochain, au théâtre de l’Archipel, c’est un embarquement immédiat pour une expédition musicale avec un commandant de bord mi-lunaire mi-solaire, accompagné de cinq musiciens acoustiques. Le comédien chanteur Nahel donne le ton dès le premier air avec « Complot », un emportement de mots et de notes sculptés dans les pensées folles d’un schizophrène. Pendant près d’une heure et demie, Nahel s’amuse sur scène. Son univers se dévoile à nu, se démultiplie à cru et palpite à cœur. Les émotions en fusion jaillissent d’une voix nourrie de mots audacieux, ricochant sur des phrasés joliment à contre-courant. Beaux dans l’inattendu ces airs sous influence jazzy irradient le rêve et transcendent la réalité. La poésie du texte s’est donné rendez-vous au confluent des sentiments, les éclatant avec rythme, les submergeant avec sensualité, les fouillant avec gravité. Plus qu’un spectacle musical, c’est un conte chanté et joué, intensément, tendrement, joyeusement, impertinemment.

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« Piaf, ombres et lumière », une Piaf sublime, une Edith bouleversante

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Entre Nathalie et Édith, c’est une grande histoire d’amour. Au Théâtre de Dix heures, elle est dans l’air et les chansons de la Môme. Son timbre, sa gouaille, ses chagrins, ses rires, son sourire, le talent, tout y est. Nathalie Lermitte est une Piaf amoureuse d’Édith. La blondeur n’y change rien, c’est comme si Elle était revenue d’entre les ombres pour nous visiter le temps d’une vie intense ramassée en une heure trente de lumière. Car la vie d’Édith Piaf est un jeu d’ombres et de lumière qui emporte les cœurs dans ses refrains, les bouleverse dans ses drames et les fait battre au rythme des émotions de l’interprète. Une interprète comme rarement il est donné de voir. Plus que convaincante, Nathalie Lermitte est intense, vibrante, naturellement et follement talentueuse pour nous raconter Édith Piaf en toute intimité au travers de ses chansons et de textes ciselés et poétiques dignes d’une Piaf.

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