“L’Affaire des Heurlières”, Joël Pénicaud

 

Extrait

“Il est 3 heures de l’après-midi. Les grillons des chants emplissent l’air de leurs stridulations, accompagnés du chant mélodieux des rossignols ou autres mésanges. Se sachant seule dans l’enceinte de la ferme, Clémence en profite pour traverser la cour et retrouver Julien dans la chèvrerie. Posant sa fourche à fumier, Julien l’entoure de ses bras pour un long baiser. Serrée contre la poitrine de son amant, elle lui murmure :
” Comme j’ai hâte d’être à demain, Julien… Quitter cette triste maison pour toujours, et partir loin d’ici avec toi. Que nous n’ayons plus à nous cacher, et ainsi pouvoir vivre notre amour au grand jour. Oh ! comme je t’aime, mon amour…
– Prends ton mal en patience, mon ange, demain à cette heure, Les Heurlières ne seront plus qu’un mauvais souvenir, et personne ne pourra plus rien contre nous.
” (page 52)

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

 

« L’affaire des Heurlières », de Joël Pénicaud, est un roman de terroir qui plonge ses racines paysannes dans les secrets d’une famille du Maine angevin. Cette saga familiale qui touche deux générations met en lumière la filiation, le poids des silences et les bouleversements d’une confession aux dernières heures de la vie. Grâce à un traitement digne d’un bon polar, le lecteur s’immerge d’emblée dans le quotidien des Heurlières, cette ferme éponyme du bourg du bout du monde, proche de La Flèche. Et est projeté au centre de l’intrigue romanesque et criminelle en accompagnant Clémence et Julien, un jeune couple adultère qui s’aime et veut s’enfuir, loin de l’enfer que lui fait vivre la « vieille », Thérèse Langlois. Nous sommes en 1919 et Fernand Langlois, le violent mari de Clémence, qui a fini par revenir des tranchées, n’entend pas se laisser déposséder de son bien le plus précieux : sa belle épouse. Soutenue par une mère revêche, connue dans le village pour méchante et grippe-sous, Fernand assure une surveillance de chaque instant pour surprendre les fautifs… jusqu’au jour où le malheur vient frapper à la porte des Heurlières et bouleverser le cours de l’histoire.

Au Mans, en juin 1975, Simon Danvert reçoit un télégramme au Palais du Luxembourg où il siège, qui le prie de se rendre de toute urgence au chevet de sa mère mourante. La vieille dame veut soulager sa conscience en lui dévoilant sa véritable origine. Elle ne peut parler, mais elle révèle la cachette qui abrite un dossier mystérieux. C’est ainsi que le sénateur prend possession de son plus bel héritage : un passé, vieux de plus de cinquante ans, qui menace pourtant de redistribuer les cartes de sa filiation. Au fil de la lecture des pages jaunies, il découvre en effet l’existence de deux pères potentiels : un honnête homme disparu trop tôt et un dangereux criminel récidiviste évadé du bagne de Cayenne. Entre stupéfaction et curiosité, il se plonge dans les circonstances du drame au plus près de l’enquête sur le meurtre de Clémence Langlois, du procès d’un innocent et de l’arrestation de son véritable meurtrier, lequel laisse poindre une humanité blessée se cherchant une rédemption.

Après « L’enfant du crépuscule », publié chez Amalthée en 2015, Joël Pénicaud livre avec ce polar une histoire captivante et astucieuse. « L’affaire des Heurlières » ne tombe pas dans la facilité manichéenne du méchant et du gentil, il dresse des passerelles entre les deux rives qui laissent aux protagonistes la possibilité de rencontrer l’âme sœur et d’élever leur cœur. Les deux histoires d’amour, si elles sont simples dans l’expression des sentiments passionnés, ont l’avantage de se transcender grâce à des destins contrariés. L’auteur, qui trouve son inspiration dans les archives départementales, a brodé autour d’un fait divers au gré de son imagination, en creusant la piste historique du bagne à une époque où la guillotine œuvrait encore. « L’affaire des Heurlières » est aussi une belle réflexion sur l’éternelle question de divulguer ou pas des secrets de famille, au risque de déstabiliser l’unité familiale.

Nathalie Gendreau

 

Sutton éditions, 30 septembre 2018, 381 pages, à 16 euros.

 

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