« Les Favorites du Renégat », Alain de Savigny

 

Extrait

« L’âge mûr
Situation bien étrange, en effet : six belles femmes attachées au même homme et réunies par lui dans le même palais ! Comme l’a dit Aïcha avec son habituelle liberté de parole, si ce n’était pas la constitution d’un harem oriental, cela ressemblait fort à un coq trônant au milieu de son poulailler !
Avec une différence d’importance : nous avions toutes compris que nos relations avec ce coq seraient dorénavant plus dans le domaine de l’affection que dans celui de la bagatelle. Par ailleurs, étant toutes les six des personnes tolérantes et bien élevées, notre appréhension initiale devrait pouvoir faire place à une raisonnable entente. »

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

« Faire partie des dirigeants d’une grande nation, ceux qui ont une influence sur la marche d’un empire ou d’un royaume. » C’est ce à quoi a aspiré toute sa vie le Comte de Bonneval. Ce converti à l’islam, par la force du destin et un sens de l’honneur chatouilleux, a laissé nombre traces de ses faits de guerre et de ses trahisons qui ont fait de lui un bel aventurier, autant adulé que haï. Avec « Les favorites du Renégat« , Alain de Savigny porte un regard différent sur ce héros historique. Se refusant à écrire une énième biographie, exacte ou fantasmée, l’auteur raconte la vie de ce héros guerrier au travers du regard de six femmes qui l’ont aimé follement. Une approche certes originale, mais qui donne à celui qui deviendra Ahmed Pacha dans l’Empire ottoman une dimension humaine et humaniste forte. Pour un homme qui n’aura vécu que pour les conquêtes, cet ultime assaut de la vérité venant des alcôves, passionnément divertissant et instructif, lui rend un très bel hommage.

Noble de souche limousine apparentée à la famille royale depuis Henri IV, Claude-Alexandre de Bonneval partait bien armé dans la vie pour servir dignement son Roi, Louis XIV. Doté d’une force et une énergie en toute chose, le Comte ne jurait que par l’honneur et les victoires, tant amoureuses que guerrières. Seulement, il avait en talon d’Achille un sens de l’honneur intransigeant qui le conduisait à l’impertinence et au duel. Alors fringuant mousquetaire du Roi appelé à de hautes fonctions, il précipite sa chute. Sous le coup d’une condamnation à mort, il fuit et offre ses services aux Habsbourg d’Autriche. Quelques années de guerre et de fidélité plus tard, c’est le même scénario qui se joue. Il fuit mais cette fois-ci à Venise, terre neutre, puis vend ses services à l’Empire ottoman.

Trois royaumes, trois brillantes carrières et six femmes. Tel le marin inspiré, Claude-Alexandre se lie d’un amour unique et indéfectible à chacune d’elles au gré de ses aventures. Des femmes qui l’entourent de leur affection au point non seulement d’accepter l’existence de l’autre, mais de se lier d’une sincère amitié. En optant pour cet angle féminin, Alain de Savigny met en scène l’histoire fabuleuse d’un homme au travers du regard de l’amour. Son procédé romanesque et sa plume riche et délicate apportent de la sensibilité à un être qui dépare de ses contemporains à tous points de vue, tant sur les idées que sur la façon de vivre. L’auteur, qui est lié au Comte de Bonneval par sa femme, s’est emparé de ce célèbre aïeul avec la précision d’un historien ne s’attachant qu’aux preuves irréfutables et le respect des sentiments qu’il a su faire naître dans nombre de cœurs. Mais la femme pragmatique que je suis s’interroge : comment peut-on s’offrir à l’amour d’autant de femmes et n’avoir qu’un seul héritier ?

 

Éditions ErickBonnier, avril 2017, 440 pages, 22 euros.



 

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