« Le Parlement des cigognes », Valère Staraselski

 

Extrait

« En quête, en attente de voir les cigognes, de redécouvrir leur beauté lente, leur beauté immobile, la beauté simple des cigognes… Chaque fois, aujourd’hui encore, je suis émerveillé, porté par un enthousiasme sans bornes pour ces oiseaux ! Je puis affirmer qu’elles m’ont tenu en vie dans le malheur. Quand on n’a rien, ce qui est beau nous appartient. Oui, tout ! Les trilles des oiseaux, les papillons qui voltigent dans les branchages, la brise pure de la forêt et des champs, les crépuscules qui s’allongent au printemps et même le cri des corneilles qui annoncent le soir. Oui, la beauté ! Parfaitement, la beauté des cigognes en plein massacre. »

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

 

Récit court et puissant qui ravive par réaction un souffle vital jusqu’au tréfonds de l’âme. Valère Staraselski connaît la valeur des mots simples qu’il appose comme un baume sur une plaie de l’Histoire, qu’il sait temporaire face à une cicatrisation utopique. On ne guérit pas de la Shoah, on se relève et on essaye de vivre pour transmettre… si on y parvient. « Le Parlement des cigognes » est le témoignage d’un vieil homme qui a échappé au camp de concentration de Plaszow, à Cracovie, en Pologne, mais pas au ghetto. Dans l’Europe de l’Est, la haine des Juifs a généré massacres en règle et persécutions pendant la guerre… et même peu après la victoire des Alliés sur les nazis.

Des Français sont en séminaire à Cracovie. Ils sont à peine sortis de cette adolescence guillerette et insouciante qui pousse à l’enthousiasme sans bornes pour tout ce qui distrait de la monotonie. Tout leur semble charmant dans cette ville encore assoupie sous la neige de février qu’ils n’hésitent pas à visiter lors d’un footing matinal. C’est à la suite d’un parcours hors des sentiers battus par les touristes qu’ils découvrent des rues encore marquées au fer de l’infamie par une guerre destructrice. L’Histoire se rappelle à ces jeunes Français dans une crudité dépouillée au travers des façades figées par le temps. Elle frappe avec insistance à la porte de leur inconscience quand l’attitude d’un vieillard les intrigue. Il est en contemplation devant un tableau « Le parlement des Cigognes » au musée de l’Histoire de la ville. La conversation s’engage et de terribles souvenirs remontent à la surface trouble d’une vérité immergée depuis trop longtemps.

Au fil des pages, « Le Parlement des cigognes » glisse à pas feutré vers l’horreur, une horreur connue mais jamais totalement appréhendée, tant l’histoire personnelle des êtres martyrisés est unique. Dans la ronde de l’insouciance, la gravité s’invite avec aisance et déférence. Avec le personnage de ce vieillard aux douleurs enterrées, Valère Staraselski se fait spéléologue des sentiments dont il explore chaque galerie de l’intime. Outre les barbaries commises par les nazis, mais aussi par la populace libérée de toutes entraves humanistes, il hisse de l’abîme un passé toujours en fusion qui n’a pas su trouver son échappatoire. Mais on y trouve aussi la force, l’envie et l’espoir. Cet espoir de s’en sortir vivant était si maigrelet qu’il se réduisait à espérer se réveiller le lendemain. Quand cette lumière effrayante du passé se confond avec celle de l’aube pure du présent, le contraste est saisissant et émouvant. L’amour guide toujours la plume de l’auteur. Et l’histoire d’amour de ce livre, dont le lecteur assiste à la naissance discrète, s’invite en toile de fond, comme pour illuminer cette part de nous qui se porte garant de notre humanité. L’amour en toutes occasions, et surtout dans les pires.


Signature le 12 septembre 2017


Editions Cherche-Midi, août 2017, 128 pages, 15 euros.



 

1 commentaire sur “« Le Parlement des cigognes », Valère Staraselski

  1. Belle et émouvante critique. Je suis certain que l’auteur connait « la valeur des mots simples », mais PrestaPlume aussi qui a su trouver les mots justes pour évoquer ces temps que l’on ne peut oublier… et où « les Justes » font partie de notre honneur.

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