« Double jeu », des retrouvailles en ordre de bataille

THÉÂTRE & CO 

Avis de PrestaPlume  ♥♥♥♥♥

Critique éclair

Trente-cinq ans après le lycée, une ancienne bande d’amis se retrouve autour d’un apéritif organisé par l’une des leurs, Charlie. Histoire de se remémorer les bons moments, de convoquer les souvenirs heureux, de parler de ce que leur vie leur a réservé. Rien de plus anodin… en apparence ! Mais, comme le titre de la nouvelle pièce de Brigitte Massiot le laisse supposer, « Double Jeu » promet des apparences trompeuses et suggère des règlements de compte en boomerang. Comment sept anciens amis, adultes installés dans la vie, vont-ils pouvoir renouer avec leur vie lycéenne sans éclats ni dommages, alors que chacun n’est pas tranquille avec son passé ? Cette période censée être insouciante et heureuse qui s’est brutalement refermée sur un drame les a irrémédiablement changés. Les anciennes querelles couvent sous les cendres de l’amitié. L’étincelle qui ravivera les braises sera-t-elle l’occasion de faire toute la lumière sur les véritables relations des uns avec les autres, pour éteindre à tout jamais le sentiment de culpabilité, les remords, les torts ? Pour cela, il y a un prix à payer  : celui de la vérité, de la sincérité, des explications. Dans cette comédie policière au scénario solide et captivant, aux personnages tout en richesse et complexité, l’humour et le drame s’unissent en tir groupé pour frapper juste. Justesse de jeux, justesse de situations, justesse de mise en scène. Un triplé gagnant sur la scène du Gymnase Marie Bell qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte !

Résumé

Charlie (Charlotte Kady) est tendue. Réunir après 35 ans de silence des amis de jeunesse n’est pas une mince affaire. Personne n’est censé s’être revu. Vont-ils tous venir ? Simon (Bernard Fructus) arrive en premier. C’est un inspecteur de police célibataire qui ne mâche pas ses mots, prêt à dégainer ses vannes acerbes sur tout ce qui bouge. Pierre (Philippe Roullier) est un psy médiatisé auquel on prête beaucoup de conquêtes féminines. Luc et Caroline (Pierre Deny et Olivia Dutron) sont mariés avec cinq enfants. Ils paraissent toujours follement amoureux, malgré leurs disputes mémorables. Il est aussi sobre et réservé qu’elle est exubérante et snob. Semblant venir d’une autre planète, Abigaïl (Juliette Degenne) est professeure de yoga des doigts, adepte forcenée du bio et du bien-être. Marjorie (Nathalie Marquay-Pernaut) est la dernière à faire son entrée. Elle est toujours aussi affriolante qu’à 18 ans, exhibant un corps diablement moulé qui réveille des souvenirs émus et des jalousies. Son arrivée tout en provocation est la première étincelle qui met le feu aux poudres. Pour calmer les esprits, Charlie propose de renouer avec le bon vieux temps avec le jeu du chapeau. Chacun écrit un mot sur un bout de papier qu’il tirera à tour de rôle pour le faire découvrir par le mime. Tout se passe bien jusqu’à la seconde étincelle  : Simon tire un message menaçant qui promet de démasquer le coupable. Tous savent de quoi il s’agit. C’est l’explosion  : l’un d’entre eux connaît la vérité ! Mais qui ? À vous de le découvrir !

Pour approfondir

Quoi de plus banal que des retrouvailles d’anciens amis ? Patrick Bruel l’a chanté, Brigitte Massiot l’a imaginé, déployant les ailes de son imagination fertile. Première pièce policière pour cette auteure, « Double Jeu » est une tragi-comédie très réussie, au scénario original et captivant. Derrière le divertissement, la pièce s’attaque en creux à la nuisance du silence et à ses portées catastrophiques. Les répliques sont tranchantes et enlevées, ce qui donne un tonus de diable à l’enquête. Le spectateur est vite aspiré par l’intrigue, il cherche à deviner le nom du coupable, mais surtout extrapole sur les raisons de l’assassinat. Tout est dévoilé par à-coups. Les révélations successives redistribuent les cartes et mettent les nerfs à rude épreuve.

La force de « Double jeu » tient aussi à ce que les comédiens exploitent avec conviction toutes les couleurs émotionnelles de leur personnage. Ceux-ci peuvent tous être coupables, tout en inspirant la compassion. La tension dramatique est omniprésente, telle une brume en suspension qui s’intensifie graduellement. Ce sentiment est accentué par une mise en scène en huis clos d’Olivier Macé, où chacun évolue de part et d’autre de la scène dans un mouvement incessant. Le décor sans porte apparente semble se resserrer sur le véritable objet des retrouvailles, donnant l’impression d’entrer dans une spirale qui va tout engloutir. Dans cet étranglement tant physique qu’affectif, le fantôme d’un huitième personnage peut tout à loisir surgir des ténèbres du passé et ainsi réveiller les consciences, les secrets, les haines, les rancœurs, la culpabilité, et abattre les masques de chacun… pour que la lumière triomphe des mensonges et fasse germer la graine du pardon.

Nathalie Gendreau
© Fabienne Rappeneau



Distribution

Avec : Nathalie MarquayPernaut, Olivia Dutron, Juliette Degenne, Pierre Deny, Philippe Roullier, Bernard Fructus, Charlotte Kady.

Créateurs
Auteur : Brigitte Masssiot
Metteur en scène : Olivier Macé
Assisté de Laurence Guillet
Décors : Olivier Prost
Lumières : Julien Dreyer
Costumes :
Brigitte 
Massiot
Musique : Frédéric Château

Du mercredi au samedi à 19 heures et le dimanche à 16 heures, jusqu’au 31 mai 2020.

Au théâtre du Gymnase Marie-Bell, 38, boulevard de Bonne Nouvelle, Paris Xe.

Durée : 1 h 30

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