“L’amour est dans le prix”, du vécu à revendre !

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

 

La petite salle du théâtre du Gymnase Marie-Bell voit débarquer du vendredi au dimanche l’explosive troupe de comédiens qui s’éclate dans « L’amour est dans le prix ». Écrite comme une comédie sentimentale satirique par Thierry Boudry, la pièce inspirée de sa vie personnelle est surtout une comédie de mœurs. Non sans autodérision, elle retrace le parcours chaotique d’un éternel amoureux et de son évolution au fil des ans et des gifles à poings fermés. Car, le mariage n’est-il pas un vaste ring et les conjoints, des partenaires qui se muent en adversaires ? Brandissant le parti d’en rire par des réparties qui claquent à chaque reprise, l’auteur sublime ses amours et ses séparations à travers trois couples de comédiens qui donnent tout, de la dernière chemise à la petite culotte ! Ces six personnages vont se croiser, s’aimer et s’entre-déchirer à une période déterminée, qui semble être la même, jusqu’au surprenant gong final. L’auteur ne vous promet ni du sang ni des larmes, quoique… Mais du rire, de la nostalgie, de la cruauté, du cynisme, de l’infidélité, de l’amour vache folâtrant dans un pré carré entouré de paravents en plexiglas. Une pièce sous haute sobriété scénique où tout est suggéré. L’entreprise de pompes funèbres, le restaurant, le ring de boxe et la galerie de peinture : on s’y croirait !

Un triplex et un enfant, sinon rien !

Six personnages et un dénominateur commun : la quête du bonheur. Un bonheur chèrement acquis, au prix d’efforts et de sacrifices. Mais un bonheur peut-il perdurer sans réciprocité et sans argent ? Trois associés d’une entreprise de pompes funèbres vont en faire la démonstration à coups de mauvaise foi et de naïveté. Il suffit d’un redressement fiscal pour assister au dénouement de leurs affaires de cœur. Le plus jeune des associés (Édouard Collin) brûle d’un amour ardent pour Fanny (Roxane Turmel), une jeune femme bipolaire qui use avec le même aplomb la séduction outrancière et l’exigence menaçante. Un triplex et un enfant, sinon rien ! Le jeune associé se démène comme un beau diable pour la combler. Axel (Jean-Marie Damel) est plus préoccupé par son foyer en délitement. Sa femme Carole (Izabelle Laporte) qui a renoncé à sa carrière professionnelle pour élever ses trois enfants a perdu de son sex appeal. Sur les conseils de sa mère Suzanne (Blanche Raynal), une veuve noire joyeuse qui n’a pas sa langue dans sa poche, Carole part à la reconquête de ce mari qui regarde ailleurs. En tenue affriolante, elle croit pouvoir sauver son mariage, mais l’homme a d’autres desseins. Et, pendant que ces deux couples voient poindre au loin le spectre de la rupture, le patron (Pierre Diot) intercède mais en vain, tel un fantôme qu’on n’entend ni ne voit.

Entre coups bas et uppercuts revanchards

Puisant dans ses expériences sentimentales qui se sont soldées par un échec, Thierry Boudry s’offre une psychothérapie créative, une introspection sublimée qui a l’avantage d’éclairer l’homme derrière l’auteur. Comédien amateur, il se lance dans l’écriture de L’amour est dans le prix en 2013 et crée en 2016 sa maison de production. Le texte ne manque pas de piquant ni d’ingéniosité. Passé les jeux de mots faciles sur le métier de croque-morts, la comédie prend de l’épaisseur au fur et à mesure que les drames s’annoncent. Entre rire et tristesse, la pièce choisit le camp du mélodrame lorsque Carole se fait « larguer à l’Hippopotamus ! » Le spectateur n’a pas le temps de s’épancher sur les ruptures avec son lot d’infidélité et de cruauté, qu’il a pu lui-même vivre, qu’il est parachuté dans un combat singulier entre la belle-mère et son gendre dans un ring symbolisé par quatre chaises transparentes montées sur roulettes. C’est à celui ou celle qui déverse les insultes les plus blessantes, entre coups bas et uppercuts revanchards.  

Tout est prémédité, écrit à l’encre des sous-entendus.

Les comédiens drainent une énergie formidable, sans temps mort. Mention spéciale pour les trois femmes, de générations différentes. Blanche Raynal, Izabelle Laporte et Roxane Turmel sont aussi flamboyantes que combatives dans l’évolution de leur caractère, assumant avec un plaisir non dissimulé leur personnage décomplexé. La mise en scène de Clair Jaz est aussi dénudée que les amours qui s’effilochent inévitablement avant de s’être évacuées avec le souvenir des jours heureux en lambeaux. Elle brille par sa sobriété, focalisant toute l’attention sur le cœur des drames. Mais voilà, rien n’est gratuit. Tout est prémédité, écrit à l’encre des sous-entendus, des situations à double entrée. Une perplexité cependant. La première scène s’ouvre sur l’entreprise de pompes funèbres. Outre un parallèle avec la mort du couple, la précision n’apporte rien, si ce n’est une perturbation dans la compréhension. Mais où veut donc nous mener l’auteur ? Il éclaire une voie qui est une impasse, avant de nous entraîner sur un autre chemin, plus tortueux, plus sombre, qui explique le non-sens. Si la fin éblouit d’évidence, elle est surprenante, déstabilisante, et demande un effort de réflexion exigeant de rembobiner le film pour le visionner avec toutes les codes décryptés. C’est un pari audacieux, qui peut ou enthousiasmer ou décourager ! Quel que soit le sentiment qu’il provoque, L’amour est dans le prix trotte dans la tête bien après que les artistes ont raccroché leurs gants au vestiaire. En cela, le pari est gagné !

Texte et photos de Nathalie Gendreau



Pour en savoir plus.
 
« L’amour est dans le prix »
 
Distribution
Avec : Izabelle Laporte, Vanessa Fery ou Roxane Turmel, Emmanuelle Clove ou Blanche Raynal, Pierre Diot ou Fabrice Abraham, Edouard Collin ou Charlie Costillas, et Renaud Roussel ou Jean-Marie Damel .

 

Créateurs
Auteur : Thierry Boudry
Mise en scène : Clair Jaz

Collaboration artistique : Pascal Legitimus

Lumières et scénographie : Steve Moune
Costumes : Matteo Porcus

 

Production : Le Coin des prods

Le vendredi et le samedi à 20 heures et le dimanche à ,16 heures jusqu’au x31 mars 2018.

Au Théâtre du Gymnase Marie-Bell, 30 boulevard Bonne-Nouvelle, Paris 75010.

Durée : 1h30.

 

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