“La petite musique de Jeanne”, Ethel Salducci

 

Extrait

“Sur l’estrade, Jeanne s’apaise, absorbée par les gestes simples. Régler le pupitre. Vérifier la coulisse du trombone. Ne pas regarder l’assistance. De toute façon, elle n’y connaît personne. Ne pas perdre de vue son objectif, partager la musique. Premier morceau. Un Caprice de Jérôme Naulais. Vibration des lèvres sur l’embouchure, le souffle s’est placé, et le staccato s’articule sans anicroche. Après une pause symbolique, poursuivre avec la réduction pour trombone de la Danse macabre de Camille Saint-Saëns. Pourquoi avoir choisi un titre aussi lugubre ? Envie de rire… Non, pas ici, pas maintenant ! Jouer, jouer et devenir musique.(page 96)

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

 

Après son recueil de nouvelles “Singulière Agape“, aux éditions Luce Wilquin, Ethel Salducci revient au-devant de la scène littéraire avec un premier roman “La petite musique de Jeanne“, chez ce même éditeur belge. À découvrir Jeanne et sa petite musique qui bat la mesure d’un cœur ardent et blessé, le lecteur y reconnaîtra la même légèreté, la même poésie narrative. L’écriture, comme l’histoire, est simple, et pourtant elle est chargée de la vie et de ses émotions universelles qui touchent par sa délicatesse. Cette constance dans le style renvoie à la personnalité de l’auteure, d’un vécu esquissé, d’une maturité affermie de bienveillance et de respect à l’égard du genre humain. Ethel Salducci nous montre à voir Jeanne et ses premiers pas dans la vie, depuis son adolescence dans les années 90 jusqu’à nos jours, au travers d’une passion : le trombone. Et d’un leitmotiv : le détachement dans ses relations.

Un événement suffit pour faire basculer l’adolescence dans cet embryon d’adulte imparfait, mais prêt à se frotter aux expériences nouvelles. Jeanne vit à Nice, chez ses parents, entre les cours et ses leçons particulières de trombone, quand elle apprend le décès brutal de ses grands-parents qu’elle adorait. Une blessure béante qui l’enfermera dans le silence. “L’amour n’existe que dans le détachement“, affirmait sa grand-mère. Alors, comme pour suivre ce conseil a posteriori, elle quittera Nice pour rejoindre son professeur de musique à Sens. Elle s’y cherchera une place de fille au pair tout en perfectionnant son art. Aimée des deux enfants dont elle a la charge et soutenue par leur mère, Madame Ducafy, elle prendra de l’assurance jusqu’à la grande décision : passer l’examen d’entrée au Conservatoire de Paris. La capitale s’ouvre à elle, ainsi que s’annonce un grand amour. Gabriel est un jeune violoncelliste talentueux. Le caractère affirmé, libre et souriante à la vie, juchée sur la selle de son vélo, Jeanne explore Paris à son rythme, de long en large, dans les ruelles et les avenues, laissant son cœur dicter sa conduite. C’est un destin qui se scelle à chaque tour de roue, celui d’un amour absolu entre deux êtres épris de musique.

Seul le dépouillement sied à la musique“, peut-on lire. Avec “La petite musique de Jeanne”, cette affirmation est flagrante. Le dépouillement est dans la narration, dans l’absence de fioritures. On s’attache au personnage de Jeanne, on s’accroche à ses rêves, on se passionne pour le trombone et on s’anime à l’apparition d’un beau Gabriel qui joue comme un ange. Au-delà des mots qui virevoltent avec légèreté et raison, ce sont les notes de tendresse et de sympathie qui résonnent en soi. On suit avec plaisir l’évolution de Jeanne comme si elle était la petite ou grande sœur rêvée. Et on suit avec un plus grand plaisir ses pérégrinations dans un Paris vu par des yeux gourmands de poésie. Bienheureux l’auteur qui trouve la beauté en toute chose et sait la transmettre dans sa simplicité. Ethel Salducci fait assurément partie de ces auteurs-là.

 

Nathalie Gendreau

 

Éditions Luce Wilquin, 1er mars 2018, 288 pages, à 20 euros.

 

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