« Pour le sourire d’Isabelle », Fanny André

Extrait (page 36)
« Rivée à la fenêtre de ma cuisine, je ne peux pas m’empêcher de guetter l’arrivée d’Isabelle. Avant-hier, j’étais assez contente, presque excitée : enfin un peu d’aventure ! Après l’enterrement et ma visite au caveau de famille où Hervé repose, j’avais besoin d’un tourbillon, n’importe lequel. Cette histoire tombait à point nommé. »

« Pour le sourire d’Isabelle », Fanny André

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

Dans « Pour le sourire d’Isabelle » (Éd. Les Presses de la Cité), Fanny André évoque avec poésie et gourmandise le temps qui passe. Celui qui suspend son vol, que l’on tente de rattraper, sans totalement le prendre… au lieu de « l’apprivoiser et non le remplir », comme le pense si joliment Camille, une octogénaire en deuil. Dans ce roman choral, deux voix de femmes s’élèvent, sortant enfin de leur longue solitude émotionnelle. Camille, après avoir été veuve, enterre à présent son fils. Isabelle, son ex-belle-fille, une avocate qui émerge peu à peu d’un burn-out, a tenu à être à ses côtés. Cet enterrement est le prétexte aux retrouvailles et au rappel des bons moments en famille. Alors l’idée surgit  : et si elles préparaient ce voyage qu’elles repoussaient sans cesse, afin que chacune fasse découvrir leur région respective ? Le périple de cette parenthèse amènera ces deux femmes à s’interroger sur leur parcours et leurs décisions aux lourdes conséquences. Sous des allures de lenteur épicurienne, ce roman n’est pas qu’une bouffée d’oxygène iodée et vivifiante. C’est une tendre et belle histoire de vie de femmes qui retrouvent le chemin de l’audace et l’affirmation de soi.

Résumé

Trouville. Un enterrement. Deux femmes à la croisée des chemins. Camille et Isabelle. Si ces retrouvailles se font dans de tristes circonstances, elles sont inespérées pour ces deux êtres perdus dans leur solitude et leur tristesse. Leur complicité retrouvée instantanément, elles se remémorent le projet qu’elles n’ont jamais pris le temps de concrétiser  : faire découvrir à l’autre sa région et les endroits qu’elles affectionnent. N’ayant rien à faire de plus urgent que de passer du temps ensemble, elles se lancent dans ce voyage aux étapes gourmandes et mystérieuses, chacune ne dévoilant à l’autre les coins préférés de son terroir qu’au dernier moment. Pour Isabelle ce sera la Normandie qui l’inspire tant, pour Camille la Bretagne qui lui manque tant. Malgré leur différence d’âge, elles s’entendront comme larrons en foire. Veillant l’une sur l’autre, elles partageront leurs souvenirs et aspirations lors de cette expédition, où les confidences vont non seulement renforcer leurs liens, mais aussi les aider à prendre une décision courageuse.

Pour approfondir

« Pour le sourire d’Isabelle » requiert de la patience. Après un début un peu lent – mais nécessaire pour installer la dramaturgie des personnages –, on se laisse embarquer en douceur par l’histoire intime de ces deux femmes. Ce road trip gourmand révèle toute sa force à mesure que les kilomètres sont engloutis, à l’instar des gâteaux « far » des deux régions. Elles vont se confier sans crainte ni drame, et reprendre confiance en leur choix. Ce voyage immobile dans le passé les propulse dans le présent, redonnant à l’alerte octogénaire et à l’avocate dépressive l’élan nécessaire pour passer un cap. Des décisions difficiles sont à l’œuvre. Fanny André en dévoile la complexité avec pudeur et simplicité. Son roman est un hymne à l’amitié vraie qui s’ébroue des peurs et rêves étouffés. « Pour le sourire d’Isabelle » est un roman aux échappées gourmandes et aux sentiments délicats qui ramène à ses propres accidents de vie qui font grandir.

Nathalie Gendreau

Éditions Les Presses de la Cité, 27 août 2020, 288 pages, à 19 euros en version papier et 11,99 euros en version numérique.

3 réflexions au sujet de “« Pour le sourire d’Isabelle », Fanny André”

  1. « Pour le sourire d’Isabelle » devrait donner le sourire a bien des lecteurs car le prétexte qui unit les deux héroïnes est une constante dans nos existences. « Faire découvrir à l’autre sa région et les endroits qu’elles affectionnent… » n’est ce pas ce que faisons presque tous quand les circonstances de la vie le permettent… J’ai moi même le souvenir d’avoir emmené ma femme, seule puis avec nos enfants, dans ces endroits que j’avais affectionné en célibataire…

    Une fois encore Nathalie Gendreau à le don de nous proposer un livre qui, au delà du plaisir de lire, nous procure des émotions parfois oubliées. Un grand merci…

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