« La Dame au cabriolet », Guiou & Morales (Serge Safran éditeur)

Extrait (page 88-89)
« La journée d’un détective privé consiste surtout à attendre et à encore attendre. C’est très proche en cela du métier d’acteur, on vous maquille, on vous dit de rester tranquille pendant des heures et quand le réalisateur a besoin de vous, il vous siffle comme un toutou à sa mémère. Vous rappliquez, balancez maladroitement trois répliques et retournez roupiller au chaud, mais plantée là, debout, dans le froid, cachée derrière un marronnier.« 

« La Dame au cabriolet », Guiou & Morales (Serge Safran éditeur)

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

Délicieux et réjouissant pastiche que nous offre le duo de chic et de choc, Dominique Guiou et Thomas Morales, avec « La Dame au cabriolet », aux éditions Serge Safran. Mademoiselle Yvonne Vitti – eh oui, Yvonne ça claque aussi bien qu’un Maigret ou un Rouletabille, n’est-il pas ? – est notre détective privée version « Old School », comme elle se décrit, engoncée dans l’indémodable tailleur Chanel bleu marine. Ancienne actrice qui n’a pu accéder à ses rêves d’immortalité, cette célibataire mollement endurcie s’est reconvertie dans ce métier avec la passion du débutant. Elle n’aime rien tant que sortir sa Saab 900 cabriolet jaune poussin, un coup de foudre qui n’a rien de discret pour une filature. Qu’importe quand on a l’ivresse de se jeter dans les emmerdes qui, pour lors, prennent la forme d’un « Bel Orlando » au corps de rêve et aux yeux de braise ! Prise entre la recherche du frère de ce beau gosse qu’elle aimerait bien mettre dans son lit, et la filature d’un mari volage dont les écarts de conduite se révèleront bien plus corsés, voire dangereux, l’exubérante Yvonne ne sait où donner de la tête. Mais quand elle assiste à un règlement de compte dans des entrepôts à Montrouge et qu’elle subtilise une mallette remplie d’argent, là, elle la perd carrément. Guiou & Morales s’amusent tout en nous régalant avec ce polar enlevé et déjanté.

Résumé

Rien n’aurait pu prédire à Yvonne Vitti qu’elle deviendrait détective privée. Un métier dont certains aspects la faisaient rêver  : être son propre patron, aider les plus faibles et vivre des heures excitantes… mais aussi éreintantes à attendre et attendre encore. L’essentiel de ce boulot n’est-il pas la surveillance avant l’éventuel flagrant délit ? L’affaire d’Yvonne n’est pas des plus florissante, elle surnage dans le marasme économique. « Des femmes trompées et des industriels spoliés » sont là sa principale ressource. Elle ne peut compter que sur elle-même puisqu’elle vit sans homme. Fleur bleue, elle aime les chanteurs italiens à la voix charmeuse des années 70, les poèmes de Lamartine, les abats et les soirées avec son amie journaliste Brigitte qui a une descente aussi impressionnante que sa verve. Elle aime aussi voyager dans sa Saab 900 cabriolet jaune poussin au moteur poussif. Elle visite son oncle Alfred qui vit en ermite dans un village perdu en Seine-et-Marne, elle fait un saut en Corse, quand elle a besoin de dépaysement, ou alors à Marseille, une ville qu’elle affectionne particulièrement. Pour sa nouvelle enquête, elle fera la connaissance de l’attachant Marcel, qui tient un petit hôtel en Sologne et ne lui est pas totalement indifférent. Encore une aventure sans lendemain ? Qui sait ? Sans être impénétrables, les voies du scénario ménagent le suspense jusqu’au bout !

Pour approfondir

« La Dame au cabriolet » est un polar efficace, usant de tous les ressorts narratifs du genre. Guiou & Morales ont créé une héroïne atypique, attachante, à la moralité à géométrie variable. Franchement ! Subtiliser une mallette pleine à craquer d’argent – provenant sûrement d’un braquage – après un règlement de comptes qui aura laissé tous les malfrats sur le carreau, fallait oser ! Yvonne l’a fait, sur un coup de tête. Et pour notre plus grande joie de lecture, parce qu’à partir de ce moment, les événements s’enchaînent dans la tourmente des menaces et d’un rapt par des gitans spoliés de leur butin. L’écheveau de coupables s’emmêle, Yvonne patauge sur ses deux affaires qui finiront par s’embrasser allégrement. À croire que chacun des deux écrivains s’est attaché à échafauder sa propre enquête dans le but de les entremêler savamment, par petites touches discrètes au début, puis sans doute possible au fil des mésaventures de leur charmante détective. Ces quatre mains, aussi joueuses que talentueuses, se sont entrelacées avec passion et justesse pour que chaque élément s’emboîte à la perfection. Un exercice non aisé si l’entente des deux compères n’était pas parfaite, au diapason. Car c’est bien une âme qu’ils ont insufflée à leur héroïne, qu’on espère retrouver bientôt !

Nathalie Gendreau

Serge Safran éditeur, 2 juillet 2021, 160 pages, à 16,90 euros.

Dominique Guiou est né à La Ciotat, a travaillé à Paris (journaliste au Figaro littéraire), et vit maintenant à Lille.

Thomas Morales est journaliste indépendant et collabore à diverses revues telles que Causeur, Schnock ou Service Littéraire. Il est l’auteur d’une douzaine d’essais sur les Trente Glorieuses.

2 réflexions au sujet de “« La Dame au cabriolet », Guiou & Morales (Serge Safran éditeur)”

  1. J’avoue avoir été d’abord attiré par le titre « La Dame au Cabriolet » car, il y a près de 40 ans, j’écrivais les paroles d’une chanson « La Dame à l’Hispano » sur une excellente musique de mon ami Roger en pensant à Guy Marchand pour l’interprétation.

    Autre raison de mon intérêt pour ce cabriolet, sa marque Saab 900, très belle voiture suédoise que j’avais espéré un temps dans ma jeunesse. Troisième raison enfin, le genre de littérature : le bon vieux polar que des vagues d’intellectualisme, parfois excessif, tentent régulièrement de noyer mais qui remonte régulièrement à la surface.

    Cette fois, Nathalie Gendreau a placé sa loupe de « détective de livres » sur les aventures d’une autre détective, Yvonne Vitti, qu’elle compare à Maigret et Rouletabille. Diable ! Il ne manque plus qu’Hercule Poirot pour avoir le tiercé gagnant. On a envie de la suivre de ce village perdu de Seine et Marne aux ruelles de Marseille en passant par les chemins de Corse qui valent bien ceux de Katmandou.

    Les auteurs Dominique Guiou et Serge Morales nous offrent aussi une balade en Sologne, mais c’est dans les entrepôts de Montrouge que Yvonne Vitti prend un risque majeur qui va fusionner avec son enquête. Suspense !

    Classé parfois parmi les romans de gare ce polar semble donner effectivement l’envie de prendre un train en compagnie d’Yvonne jusqu’à un endroit tranquille, loin du tumulte organisé autour du Covid dont le brouhaha devient pénible.

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