“La disparition de Josef Mengele”, Olivier Guez

 

Extrait

“L’Europe vallée de larmes.
L’Europe nécropole d’une civilisation anéantie par Mengele et les sbires de l’ordre noir à tête de mort, pointe empoisonnée d’une flèche lancée en 1914.
Mengele, l’employé modèle des usines de la mort, l’assassin d’Athènes, Rome et Jérusalem, pensait échapper au châtiment.
Mais le voilà livré à lui-même, asservi à son existence aux abois, moderne Caïn errant au Brésil.
Maintenant commence la descente aux enfers de Mengele. Il va ronger son cœur et s’égarer dans la nuit.
” (page 119)

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

 

Beaucoup de biographies ont été écrites sur « L’ange de la mort », le criminel de guerre qui œuvrait à Auschwitz comme médecin-chef SS. Son obsession : découvrir le secret de la gémellité par l’expérimentation sur les jumeaux. Avec La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez propose un « roman vrai » de haute volée qui s’intéresse à la vie du tortionnaire après 1945 et au contexte géopolitique favorisant cette disparition. Il nous raconte comment Mengele a pu fuir jusqu’en Amérique latine et y vivre en toute impunité jusqu’à sa mort en 1979. L’auteur a fouillé dans le passé trouble de cet homme, issu d’une famille bourgeoise conservatrice, qui a rallié le parti nazi pour ensuite devenir SS. La clé de son ascension est un opportunisme cynique qui guidera sa conduite jusque dans l’exil au soleil. A-t-il été puni par la vie, la justice des hommes n’ayant pu être rendue ? C’est ce que l’auteur cherchera à savoir en s’intéressant à sa cavale de près de trente ans. Cette biographie romancée très documentée le dévoile sans pathos ni affect qui dévoieraient le contenu, fruit de trois années de recherche et d’écriture.

À la fin de la guerre, Josef Mengele n’est pas inquiété outre mesure, il ne porte pas le tatouage de son rhésus sanguin sous l’aisselle identifiant tous les SS. Il a refusé cette pratique. Cette coquetterie lui a permis d’être considéré comme un simple soldat. C’est ainsi, dans la confusion, qu’il réussit à berner son monde. En 1949, il débarque en Argentine où le gouvernement de Perón est bienveillant avec les exilés nazis ou vichystes. Même les condamnés à mort par contumace sont accueillis à bras ouverts. Sous le pseudonyme d’Helmut Gregor, Mengele fraye avec les hauts dignitaires et officiers SS et, grâce à l’argent de l’entreprise familiale gérée par son frère en Allemagne, il entame une vie très agréable à Buenos Aires. Mais le silence sur l’Holocauste est rompu. Les survivants parlent et accusent. La vie de Mengele bascule à partir de 1960, au moment du procès de Eichmann. Il se sent traqué. Il a beau fulminer, il est contraint de fuir encore. Ce sera le Paraguay, puis le Brésil. Son angoisse fluctue en fonction des accords d’extradition entre les pays. Cette paranoïa rabougrit le dandy gominé et perclus d’un orgueil démesuré. Il s’entoure d’une meute de chiens et construit un mirador dans la ferme où il vit chez des Hongrois. Il sera ballotté de cache en cache, échouant dans une immonde favela où il croupira… jusqu’à sa mystérieuse noyade en 1979.

La Disparition de Josef Mengele est une claque, magistrale et douloureuse, propre à réveiller et à faire comprendre. Après la lecture des 240 pages à la densité vertigineuse, la brûlure est tenace, mais rassérène et soulage. Une justice immanente a frappé. Ce « roman vrai de non-fiction » comme l’a nommé Olivier Guez lors des Dimanches culturels des Étangs de Corot en janvier dernier, allie avec efficacité un style journalistique précis et objectif à une narration romanesque qui embarque le lecteur au plus près de l’homme traqué. Les sentiments et les dialogues sont rendus vrais par des fragments disponibles du journal tenu pendant vingt ans par le médecin-chef barbare. Le lecteur peut facilement s’identifier à une sorte d’ange vengeur qui assiste à la déchéance de Mengele au fil de son épopée digne d’un roman. Le traitement original de ce récit démontre avec évidence combien l’homme était pitoyable. Selon Olivier Guez, Josef Mengele n’était pas le Diable, mais un homme à l’esprit médiocre qui a commis des atrocités au nom de son idéologie, un homme que la justice des hommes aurait dû pouvoir juger pour ses crimes. Avec son roman vrai, l’auteur réussit à déconstruire le mythe du criminel superpuissant.

Nathalie Gendreau

 

Editions Grasset, 16 août 2017, 240 pages, à 18,50 euros en version papier et 12,99 euros en version numérique.

 

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1 commentaire sur ““La disparition de Josef Mengele”, Olivier Guez

  1. Merci Nathalie Gendreau.
    Votre critique sur le livre d’Olivier Guez est fort utile car elle lutte contre l’oubli de ce qu’il ne faut jamais oublier. Je me souviens dans les années 1970 d’un remarquable article de Philippe Bernert dans le “grand” VSD de Maurice Siégel où l’on pouvait voir la photo d’un camion de la firme Mengele qui affichait encore fièrement son nom maudit. Les informations que vous évoquez, contenues dans le livre d’Olivier Guez, correspondent à ce que j’avais lu à l’époque.

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