“Le Déjeuner des barricades”, Pauline Dreyfus

CHRONIQUE
C’est toute une époque que ressuscite la plume mordante de Pauline Dreyfus en nous plongeant dans les coulisses de l’hôtel Meurice. Le Déjeuner des barricades décrit la journée du 22 mai 1968 dans ce palace, où doit se tenir la remise du prix littéraire Roger-Nimier à Patrick Modiano, pour son premier roman La place de l’Étoile. Du moins, c’est ce qui était prévu bien avant la colère contagieuse des étudiants que l’Histoire baptisera Mai 68. À travers une variété de regards, tous attachants dans leur pertinence, l’auteure invite à partager avec précision les étapes de cette journée de tensions et de paradoxes, où l’anarchie prétend à la légitimité, où l’autogestion se décrète à l’unanimité des salariés. Le Meurice, témoin du faste d’un temps manifestement révolu, résistera-t-il aux pressions extérieures ?

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“Bouquet final”, la fureur de rire

THÉÂTRE & CO
Pour la fin du monde, on ne pouvait rêver mieux ! Des amis en dettes de confidences, des envies de la dernière chance et des règlements de compte en pagailles à OK Castelbout. « Bouquet final » est un boulevard à se décrocher la mâchoire dès la première minute. Les auteurs Vincent Azé et Raphaël Pottier, rompus à l’humour sans complexe, forment un duo de plume d’une créativité lumineuse, avec des saillies qui tombent juste, pour le rire et le meilleur. La mise en scène supervitaminée d’Olivier Macé fait planer l’urgence électrique du « maintenant ou jamais ». Cette fièvre de vivre impatiente pousse le présent à défendre sa légitimité face au passé qui se réjouit de l’éclabousser. Les six comédiens se coulent dans cette veine d’énergie avec une complicité évidente qui propage leur joie débridée de jouer une fin du monde sans fin, du mardi au samedi, au théâtre de la Comédie-Caumartin.

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“Abus de fortune”, Éric Deschodt

CHRONIQUE
Abus de fortune est un roman, mais le lecteur comprend vite qui sont les véritables héros de cette histoire, une histoire qui voit son triste épilogue avec la disparition récente de Liliane Bettencourt. Car il n’est pas farfelu d’affirmer qu’Eric Deschodt s’est inspiré de la rencontre sulfureuse entre la quatorzième fortune mondiale et un homme à l’âpreté au gain démesurée. Un couple improbable, mais ô combien médiatique quand la dame veut faire de son “écornifleur” son légataire universel. Sans vouloir chercher à rétablir la vérité, l’auteur tend la plume de la confession au double romanesque de ce couple, leur offrant la possibilité de livrer leur version, en puisant dans l’enfance et l’éducation les ressorts qui les auraient conduits à conclure un pacte tacite autour, pour et à cause de l’argent. Quel beau plaidoyer sur la liberté d’être et d’agir selon ses propres désirs, égoïstes et impérieux ! Ce biopic fantasmé est un roman intelligent et incisif, qui dépeint une époque révolue, des personnages singuliers, une relation inimaginable. C’est un moment de lecture croustillant et instructif, qui offre une grille de compréhension originale.

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“Tant qu’il y a de l’amour”, à mourir de plaisir !

THÉÂTRE & CO
Avec « Tant qu’il y a de l’amour », au théâtre de la Michodière, c’est l’amour avec un grand « M » comme mortel ! C’est celui de Jean et de Marie qui s’effiloche à l’usure des habitudes et qui fait bifurquer leur cœur de sa ligne droite. Jean ira vers Inès, une jeunette tombée en pâmoison pour lui. Marie ira vers Paul, un veuf pharmacien tombé en sidération pour elle. L’amour peut tuer au sens propre comme au sens figuré. Marie persuadera son amant de l’aider à tuer son bougon de mari qui ne veut pas lui rendre sa liberté. La nouvelle comédie de Bob Martet part dans ce délire romantique avec une écriture rythmée à couper le souffle, soutenue par une mise en scène d’Anne Bourgeois exigeante d’exactitude. Elle permet aux quatre comédiens de s’insérer au millimètre dans cette harmonique du rire, donnant aux situations comiques et aux gags un relief croustillant à souhait ! 

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“Cœur-Naufrage”, Delphine Bertholon

CHRONIQUE
Avec Cœur-Naufrage, Delphine Bertholon plonge une plume délicate au cœur du mal-être, des névroses et des actes manqués. Le parcours de ses deux personnages se dévoile à rebours, en toute intimité, sobriété et profondeur. Lyla revoit Joris pour tenter de se libérer d’un passé qui la hante depuis dix-sept ans, et qui l’empêche d’avancer. Ils s’étaient aimés par défi alors qu’elle était mineure. Une désobéissance avait suffi pour les mettre en présence à un moment de leur jeunesse en rébellion. À l’époque, ils s’étaient accrochés l’un à l’autre, dans un geste désespéré, pour ne pas se laisser submerger par leur souffrance réciproque. À l’orée de la quarantaine, le mal-être non résolu décuple ce sentiment d’inachevé… ou de mauvais choix. Un vide sidéral que l’auteure comble avec justesse en offrant à son héroïne l’opportunité d’anéantir ses peurs. Peur d’être soi, peur de vivre, peur d’assumer… peur d’aimer.

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“Silence, on tourne !”, Action ! Séduction !

THÉÂTRE & CO
Installée au Théâtre Fontaine, à Paris, depuis janvier 2017, la pièce Silence, on tourne ! continue de déployer son jeu de séduction avec rires et fracas. Après le succès de Thé à la menthe ou t’es citron, Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras proposent une comédie dans la pure tradition du vaudeville sur le thème du cinéma. Leur écriture impertinente d’une efficacité redoutable permet de dérouler un tapis de névroses chatoyantes : amours déçues ou intéressées, jalousie entre les acteurs, rancœur des abonnés aux seconds rôles, etc. C’est un réjouissant prétexte aux quiproquos, gags et autres acrobaties qui emporte l’adhésion d’un public tortillé de rires, jusqu’au point culminant du comique où un spectateur est invité à jouer le rôle capital de l’amant.

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“Les Peaux rouges”, Emmanuel Brault

CHRONIQUE
Pour un premier roman, Emmanuel Brault marque les esprits. Il rue dans les brancards du politiquement correct en s’attaquant à un fléau antédiluvien, la haine de l’étranger ! Le gros mot est lâché. Pourtant, c’est sans jugement que l’auteur prête sa plume à un raciste décomplexé, un être mal dégrossi et analphabète. Pour laisser s’épanouir tous les ressorts de ce personnage, il crée une société imaginaire où vivent les blancs et les rouges, les rouges représentant l’union symbolique de tous les peuples stigmatisés par leur couleur de peau. Dans ce monde de fiction, le racisme est puni tel un assassinat. Amédée Gourd va vivre les accusations, la mise à l’index, la honte, la prison, la cure de désintoxication, l’espoir de guérison. Grâce à une narration sans filtre, sans pudeur de langage, sans autocensure, la fable parvient à toucher le lecteur avec sa musique ensorcelante qui, par un dosage équilibré, déploie la palette des nuances entre l’abjection et la compassion.

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Romeo Cirone, des chiffres et de l’art

PORTRAIT PASSION
Enfant, Romeo Cirone s’imaginait artiste, il sera expert-comptable. Mais à l’orée de la retraite, il entreprend de ressusciter ses rêves. Happé par le monde du spectacle, il cède son cabinet florissant pour se lancer dans la création d’une société de production et racheter le Théâtre de Dix Heures. Après des allers-retours à Avignon à la découverte d’artistes et de spectacles inédits pour la rentrée théâtrale, il revient sur son parcours fait de travail et d’audace, sur ses envies et ses projets.

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“La nuit des enfants qui dansent”, Franck Pavloff

CHRONIQUE
Homme engagé, Franck Pavloff revient avec un roman qui claque à la conscience et fait vibrer l’émotion à l’image de cette sangle élastique tendue sous les étoiles, ondulante sous le poids du funambule, que l’on appelle « slack ». Dans « La nuit des enfants qui dansent », Zâl est un jeune slackeur solitaire qui méprise le danger, convaincu d’être protégé par le Simorg, l’oiseau roi de la tradition persane. Ne voulant plus rien connaître de son enfance sans mère, il vit enfermé dans un futur censé lui apporter l’Illumination. Andras est un homme éprouvé, hanté par une mémoire martyrisée par des années de nazisme et des décennies de communisme qui ont endeuillé sa vie jusqu’à cet exil qui l’a privé de sa mère patrie. Ces deux orphelins que tout oppose vont s’apprivoiser lors d’un voyage initiatique entre Salzbourg et Budapest. La nécessité de ces deux êtres au cœur cabossé à se réconcilier avec leur mémoire va émerger entre colères et concessions, jusqu’à la délivrance de leur capacité d’aimer.

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“Trahisons”, l’amour conté à rebours

THÉÂTRE & CO
Après “Le Monte-plats” d’Harold Pinter en 2015 et 2016, Christophe Gand récidive en mettant en scène avec finesse et intelligence une autre pièce de cet auteur prolifique au théâtre Lucernaire. Sous influence autobiographique, “Trahisons” autopsie l’amour et l’amitié, en dévoilant les trahisons entre le mari, la femme et l’amant. Un trio somme toute banal dans la littérature, qui tend souvent à dévier vers le vaudeville dans le spectacle vivant. Or Harold Pinter prend le contre-pied avec l’élégance d’un danseur étoile pour narrer son histoire à rebours, par petits sauts de dates, de 1975 à 1968. Il insuffle ainsi à sa pièce une énergie dans les échanges et une profondeur dans les silences, remodelant la banalité en originalité. En remontant les événements depuis la fin de l’histoire jusqu’à son début, l’auteur s’attache davantage le public complice qui, sachant tout, se voit ressentir de l’empathie et reste bienveillant devant les égoïsmes des personnages qui s’affrontent.

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Giorgio, le mentalisme comme mode de vie

PORTRAIT PASSION
Après la trêve estivale, Giorgio le mentaliste fait son retour sur scène avec Adopte un mentaliste* au Théâtre de Dix Heures jusqu’au moins le 1er octobre. Surfant sur la vague du succès non démenti depuis sept ans de Mental expert, il entame la deuxième saison d’Adopte un mentaliste… et toujours sur le ton de l’humour. Ce grand gaillard au sourire enjôleur s’est donné comme mission de réunir des cœurs parmi le public. Comment ? En trouvant les affinités communes de chacun grâce au mentalisme. Et, si la magie lui est favorable, il n’est pas contre de rencontrer l’âme sensible qui ferait vibrer la sienne. L’amour est un thème universel, qui transforme l’illusion en certitude. Une magie naturelle qui, entre les mains expertes de Giorgio et ses capacités de haute voltige de devination, se réalise en surnaturel, sous le regard subjugué d’un public incrédule. « Je crée une parenthèse d’oubli dans laquelle on a l’impression que tout est possible, déclare l’artiste, avec l’assurance de celui qui vit ce qu’il dit. Grâce à moi, vous oubliez que vous allez mourir, comme le disait Descartes. Le but du divertissement n’est-ce pas justement cela ? »

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“La fille à la voiture rouge”, Philippe Vilain

CHRONIQUE
Fidèle à son rythme d’alternance roman/essai, après “La littérature sans idéal”, Philippe Vilain revient en cette rentrée littéraire avec “La fille à la voiture rouge”. Ce récit relate une relation amoureuse singulière, qui se construit sur un énorme mensonge. Un mensonge si improbable que la fiction n’aurait osé l’inventer. Mais voilà, ce mensonge-là, qui flirte avec la démesure, est vrai ! Tout le talent de l’auteur est de nous le rendre réel et crédible. Pour y parvenir, il décrypte avec nuance les plus infimes ressorts de cet amour, intense et mortifère, qui a dévié des sentiers balisés. Son narrateur veut comprendre comment il en est arrivé à avaler une couleuvre aussi voyante, lui l’écrivain fin observateur, l’analyste rigoureux des sentiments, le maître ès amour sans engagement. Les réponses ne sont jamais bien loin de l’enfance et de ses blessures.

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“Mère Patrie”, William Nicholson

CHRONIQUE
Du souffle épique et de l’absolu pour cette rentrée littéraire avec « Mère patrie », de William Nicholson. L’auteur prolifique américain revient avec un récit intense qui détaille les sentiments et l’Histoire avec la minutie d’un maître joailler. « Mère Patrie » est un bijou qui renferme bien des facettes passionnantes de la grande Histoire, ce qui donne un accent de vérité émouvant, et l’on se surprend à aimer les personnages, à vivre leurs souffrances et à partager leurs questionnements sur le sens de la vie. Fil rouge existentiel tendu jusqu’au craquement, mais à la tension savamment dosée pour poser les jalons du récit et en faciliter le dénouement. Un dénouement terriblement logique qui restitue aux personnages leurs places. Une place qui leur était dévolue et dont un destin capricieux les en a écartés, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

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“Le Parlement des cigognes”, Valère Staraselski

CHRONIQUE
Récit court et puissant qui ravive par réaction un souffle vital jusqu’au tréfonds de l’âme. Valère Staraselski connaît la valeur des mots simples qu’il appose comme un baume sur une plaie de l’Histoire, mais qu’il sait temporaire face à une cicatrisation utopique. On ne guérit pas de la Shoah, on se relève et on essaye de vivre pour transmettre… si on y parvient. “Le Parlement des cigognes” est le témoignage d’un vieil homme qui a échappé au camp de concentration de Plaszow, à Cracovie, en Pologne, mais pas au ghetto. Dans l’Europe de l’Est, la haine des Juifs a généré massacres en règle et persécutions pendant la guerre… et même peu après la victoire des Alliés sur les nazis.

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“Les Affranchis”, Jean Monville

CHRONIQUE
Une fois à la retraite, l’ex-président de SPIE (*) Jean Monville écrit l’histoire de son entreprise, puis « Puzzle », un roman qui relate des tranches de vies qui se croisent. Dans la même lignée, “Les Affranchis” est une chronique qui raconte l’histoire de trois amis d’enfance. En convoquant leurs souvenirs, Édouard, Henri et Jean-Charles vont raviver un réel révolu mais qui va ressurgir avec plus d’acuité. À la fin de leurs études d’ingénieur, ces hommes qui rêvaient de réussite professionnelle se sont affranchis d’une vie conventionnelle. Refusant toute attache, ils préféraient l’aventure et les grands espaces à une vie amoureuse et familiale routinière. Ils y gagneront des émotions fortes, des amours trahies et des regrets secrets. À l’image du film de Marc Esposito, « Le cœur des hommes », le roman de Jean Monville guide le lecteur avec justesse jusqu’au cœur de ces hommes qui s’interrogent et se livrent en toute honnêteté sur la façon dont ils ont vécu les événements marquants de leur vie, leur rapport aux femmes et leurs erreurs.

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“Molière malgré moi”, le théâtre en majesté

THÉÂTRE & CO
Il est des pièces qui divertissent, il en est d’autres qui enrichissent. Molière malgré moi est un attrape-bonheur qui dispense l’un et l’autre d’un égal talent. Francis Perrin en est l’heureux créateur, le metteur en scène inspiré et l’âme sœur incarnée quand il raconte les quinze dernières années de vie et de scène du « premier farceur de France » et explique l’homme dans la force de l’âge et de l’imagination. Comment ne pas être fasciné, à son tour, par ce grand Monsieur du théâtre à la fois travailleur infatigable et chef de troupe créatif ? Il a été l’un des rares, sinon le seul, pourvoyeur de plaisirs dans le cœur du Roi, de la Cour et du Peuple avec une constante égalité. Sa carrière cheminant avec raison gardée, Francis Perrin s’est attaché à Jean-Baptiste Poquelin, comme à un frère de comédie. Au fil de centaines de représentations des pièces de Molière, il a goûté aux vers merveilleux, frappés au coin de l’humour railleur et aux tournures grisantes qui émoustillent l’esprit et entretiennent la joie. Avec ce seul en scène né de cette évidente appartenance familiale, il est parti à la conquête d’un public affamé de beau. Tant et si bien qu’une troisième saison de Molière malgré moi a redémarré ce printemps 2017, sous les « quinquets » électriques du théâtre de la Gaîté-Montparnasse et la lueur vive et rieuse des yeux de Francis Perrin, en digne héritier de Molière.

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