« Fausse note », un passé coupable en point d’orgue

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Quand une note de musique emprisonne une vie dans la mémoire meurtrie, l’écho de ce passé libéré ressurgit au présent sur un air de requiem. C’est la gravité et la beauté, en communion, qui battent le rythme au théâtre Michel. « Fausse Note » est une pièce écrite de façon magistrale. Didier Caron nous avait habitués aux comédies, il nous livre ici un drame qui se déroule presque à notre insu tant l’écriture captive et l’interprétation saisit. Les deux solistes que sont Christophe Malavoy et Tom Novembre jouent leur partition comme si leur vie en dépendait. Leur jeu, intrigant et trouble, réveille la mémoire collective sur un passé à fleur de peau. L’émotion prend au col, serre fort et ne relâche sa pression que pour permettre de battre des mains tout aussi fort, comme pour rompre un charme bien trop intense et suspendu dans les méandres de l’Histoire.

Fred Zeitoun, en chanteur enchanté

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Depuis le 24 septembre dernier, un ovni en chanteur se pose chaque dimanche soir à L’Alhambra vers 18 heures. Une heure entre chien et loup qui assombrit curieusement le moral de certaines personnes devant reprendre leurs activités le lendemain. Pour remédier à ce coup de blues, deux options s’offrent aux micro-dépressifs du dimanche soir : travailler le dimanche ou venir découvrir Fred Zeitoun en chanteur. En tout cas, c’est ce qu’il propose en ouverture de son spectacle, le sourire large et mutin de l’impatient qui prépare une surprise. Il entend offrir à son public qu’il chérit une heure quinze de pure autodérision démêlant une vie en dix-neuf chansons. À l’image d’un parcours jalonné de combats et de rires, Fred Zeitoun s’improvise chanteur pour piétiner les préjugés (Comme tout le monde), se moquer des imbéciles curieux (Le Monsieur de la télé), louer l’amour de sa vie (Vie peu commune) et partager son immense bonheur d’être père (Depuis que tu m’as adopté).

« Le piège de verre », Éric Fouassier

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
« Le piège de verre » est à la fois un roman historique flamboyant et un thriller ésotérique qui enchanteront tous les inconditionnels du genre. Ce deuxième opus d’Éric Fouassier, qui fait suite aux aventures de la charmante apothicaire d’Amboise, Héloïse Sanglar, et de Pierre Terrail, seigneur de Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche(*), est lui aussi très réussi. L’auteur à l’imagination fertile nous entraîne dans une folle équipée à travers la France Renaissance et ses splendides édifices religieux. Cette fois-ci, la reine de France, Anne de Bretagne, confie à Héloïse et à son homme de confiance, Henri de Comballec, la mission d’enquêter sur une menace d’attentat envers le roi Louis XII. Il faudra toute la sagacité de la jeune femme et la force combative du baron pour résoudre les codes secrets du parchemin de la Conspiration de la lumière et avoir des chances de déjouer le complot régicide des maîtres-verriers.

« Les nœuds au mouchoir », pour ne pas oublier d’aimer

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Fin décembre 2017, au Palais des Glaces, le rideau tombera définitivement sur Les nœuds au mouchoir, une aventure théâtrale intense, alternant situations cocasses et moments poignants. C’est la troisième saison, et pourtant chaque fois, l’engouement est au rendez-vous pour cette comédie douce-amère de et avec Denis Cherer. Cette année, l’engouement se pare d’une solennité émouvante et reconnaissante avec l’annonce d’Anémone, lors du Festival d’Avignon, de quitter le métier à la fin de l’année. Pour son dernier rôle, cette comédienne inclassable, à la gouaille si reconnaissable, compose une majestueuse Augustine, une vieille dame grognonne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Éloquente dans ses oublis et touchante dans ses souvenirs, Augustine émeut et devient, en l’espace d’une soirée, tous les grands-parents et parents qui s’en sont allés ainsi, dans l’oubli de soi et de sa famille. Denis Cherer s’est inspiré de ce qu’il a vécu, avec son frère Pierre-Jean, auprès de leur mère pour aborder les conséquences qu’implique cette maladie et la difficulté de prendre les bonnes décisions pour l’être cher. La mise en scène d’Anne Bourgeois s’est accordée à la justesse de ce texte, en aménageant entre les passes d’armes des frères ennemis des silences essentiels aux fulgurances de la confusion qui s’intensifie.

« La maison de Petichet », Evelyne Dress

Temps de lecture : 2 minCHRONIQUE
« La maison de Petichet » ouvre avec fracas ses portes à un amour infernal et dévastateur qu’Évelyne Dress brosse au fil des étés passés dans la demeure familiale. Petichet, hameau près de Grenoble, est comme « un petit bout de terre promise » pour cette famille d’émigrés hongrois, exilés pendant la Seconde Guerre mondiale. Si ce rituel des retrouvailles à Petichet est une réalité familiale pour l’auteure, l’autobiographie s’arrête à la frontière de l’imagination d’un amour passionnel et incestueux. Bercée de souvenirs et d’impressions, l’auteure réussit à inventer une histoire recomposée, surprenante et intense, avec des personnages optimistes et volubiles, débordant de vitalité et d’extravagance, malgré le drame lent et inexorable qui se prépare comme les orages de fin d’été.

« Non à l’argent ! », une comédie 100 % gagnante

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Comment peut-on dire non au pactole ? L’auteure Flavia Coste entend le démontrer au Théâtre des Variétés avec sa nouvelle comédie, à la fois psychologique et délirante, Non à l’argent ! C’est à coups de réparties cinglantes, cruelles et savoureusement drôles que l’on découvre combien le risque est grand de refuser la fortune au nom de l’amour. Les comédiens Claire Nadeau (Rose), Julie De Bona (Claire) et Philippe Lelievre (Étienne) emmènent leur personnage respectif dans un tourbillon de folie qui évacue toute retenue, toute pudeur. Le sigle de l’euro au fond des yeux, ils règlent son compte à Richard (Pascal Légitimus), l’heureux gagnant qui a osé les faire rêver avant de les précipiter dans la sidération. La mise en scène rythmée d’Anouche Setbon fait progresser par palier ces relations de couple, filiale et amicale qui se fissurent avant de s’effondrer. Elle offre ainsi aux comédiens tout l’espace nécessaire pour exprimer la gradation de leur colère fantastique et jubilatoire.

« La Méduse, chronique d’un naufrage annoncé », Olivier Merle

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Dans la pure tradition du roman historique, si prisé par son père Robert, Olivier Merle vient de publier « La Méduse, chronique d’un naufrage annoncé », une superbe reconstitution qui plonge le lecteur dans l’effarement. Ce naufrage immortalisé par le célèbre tableau de Géricault en 1818 est un drame d’autant plus effroyable qu’il aurait pu être évité sans l’impéritie d’un capitaine, la fatuité d’un aventurier, les conflits entre les officiers et les guerres couvées entre les différents partis politiques, ceux nostalgiques de l’Empire napoléonien et ceux partisans de la Restauration. Et sans le banc d’Arguin, près des côtes sénégalaises, sur lequel la frégate s’est ensablée un 2 juillet 1816, avec à son bord 400 personnes, dont des colons, des savants, des marins et un bataillon d’Afrique. L’auteur relate avec une plume alerte et crue l’incroyable aventure des passagers de ce navire qui est venu s’échouer lamentablement alors que les trois autres vaisseaux de l’expédition arrivèrent sans encombre au port de Saint-Louis, au Sénégal.

Michel Legrand, le musicien de l’éternelle jeunesse

Temps de lecture : 8 minPORTRAIT PASSION
Les décennies se suivent. Les styles musicaux s’enchaînent. À peine Michel Legrand parvient-il au port du succès qu’il repart vers d’autres mers de la création, au bras de sa maîtresse de toujours : la musique. Une musique plurielle qui le possède et lui impose ses rythmes, et qui, sous la virtuosité de l’homme amoureux, est sublimée. La grâce est toujours fugitive, mais elle retient l’éternité. Une éternité à laquelle le public pourra goûter lors de deux représentations le dimanche 29 octobre prochain, au Théâtre de l’Atelier, à 15 heures et 20 heures. En pleine traversée mondiale pour son « Grand tour 85 », l’artiste a voulu cette parenthèse intimiste, comme une escale entre amis, baignée de ses plus grands airs arrangés façon jazzy. Pour PrestaPlume, il revient sur plus de quatre-vingts ans de vie commune avec sa musique.

« En apesanteur », un huis clos ascensionnel

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Après une tournée dans quelques villes de province, « En Apesanteur » installe jusqu’à fin décembre son ascenseur sur les planches du Théâtre Montmartre Galabru. Écrit à quatre mains par Thibaut Marchand et Leah Marciano, cette comédie burlesque vous embarque dans un univers surréaliste qui, malgré le huis clos, fait voyager dans le temps à la vitesse de la lumière. Car, tout est question de rythme. Un rythme endiablé qui demande une forme olympique aux comédiens qui se chamaillent avec l’énergie extravagante de la jeunesse. Les bonnes réparties s’impatientent, s’enflamment, s’affrontent. Les sentiments traversés par les personnages s’impriment dans les regards sans bavure. On y croit à l’idylle qui se forme, avec des hauts et des bas, et qui étourdit. On s’imagine facilement à bord de ces manèges infernaux qui vous montent jusqu’au ciel en douceur et vous lâchent sans ménagement, pour vous retenir avant l’anéantissement. Il faudra donc profiter de quelques trêves tendres, mais éclairs, pour reprendre son souffle et se préparer à grimper de nouveau dans les tours pour raccrocher le wagon de l’histoire.

« Le Déjeuner des barricades », Pauline Dreyfus

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
C’est toute une époque que ressuscite la plume mordante de Pauline Dreyfus en nous plongeant dans les coulisses de l’hôtel Meurice. Le Déjeuner des barricades décrit la journée du 22 mai 1968 dans ce palace, où doit se tenir la remise du prix littéraire Roger-Nimier à Patrick Modiano, pour son premier roman La place de l’Étoile. Du moins, c’est ce qui était prévu bien avant la colère contagieuse des étudiants que l’Histoire baptisera Mai 68. À travers une variété de regards, tous attachants dans leur pertinence, l’auteure invite à partager avec précision les étapes de cette journée de tensions et de paradoxes, où l’anarchie prétend à la légitimité, où l’autogestion se décrète à l’unanimité des salariés. Le Meurice, témoin du faste d’un temps manifestement révolu, résistera-t-il aux pressions extérieures ?

« Bouquet final », la fureur de rire

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Pour la fin du monde, on ne pouvait rêver mieux ! Des amis en dettes de confidences, des envies de la dernière chance et des règlements de compte en pagailles à OK Castelbout. « Bouquet final » est un boulevard à se décrocher la mâchoire dès la première minute. Les auteurs Vincent Azé et Raphaël Pottier, rompus à l’humour sans complexe, forment un duo de plume d’une créativité lumineuse, avec des saillies qui tombent juste, pour le rire et le meilleur. La mise en scène supervitaminée d’Olivier Macé fait planer l’urgence électrique du « maintenant ou jamais ». Cette fièvre de vivre impatiente pousse le présent à défendre sa légitimité face au passé qui se réjouit de l’éclabousser. Les six comédiens se coulent dans cette veine d’énergie avec une complicité évidente qui propage leur joie débridée de jouer une fin du monde sans fin, du mardi au samedi, au théâtre de la Comédie-Caumartin.

Pin It on Pinterest