« En apesanteur », un huis clos ascensionnel

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

 

Après une tournée dans quelques villes de province, En Apesanteur installe jusqu’à fin décembre son ascenseur sur les planches du Théâtre Montmartre Galabru. Écrit à quatre mains par Thibaut Marchand et Leah Marciano, cette comédie burlesque vous embarque dans un univers surréaliste qui, malgré le huis clos, fait voyager dans le temps à la vitesse de la lumière. Car, tout est question de rythme. Un rythme endiablé qui demande une forme olympique aux comédiens qui se chamaillent avec l’énergie extravagante de la jeunesse. Les bonnes réparties s’impatientent, s’enflamment, s’affrontent. Les sentiments traversés par les personnages s’impriment dans les regards sans bavure. On y croit à l’idylle qui se forme, avec des hauts et des bas, et qui étourdit. On s’imagine facilement à bord de ces manèges infernaux qui vous montent jusqu’au ciel en douceur et vous lâchent sans ménagement, pour vous retenir avant l’anéantissement. Il faudra donc profiter de quelques trêves tendres, mais éclairs, pour reprendre son souffle et se préparer à grimper de nouveau dans les tours pour raccrocher le wagon de l’histoire.

Le 31 décembre au soir, un homme et une femme pénètrent dans un ascenseur. Lui, c’est Benjamin (Arnaud Laurent), avocat, style beau gosse prétentieux, et célibataire convaincu. Elle, c’est Zoé (Floriane Chappe), auteure de livres pour enfants sans conviction et allumeuse en mal du grand amour. Les caractères coupés à la serpe de l’outrance promettent des étincelles. Attachez vos ceintures, le décollage est fulgurant avec la panne qui immobilise le couple d’inconnus. Le rapprochement est inéluctable. Mais la conversation échappe à tout contrôle. Elle prend un tour délirant avec un défi lancé par Zoé au jeune avocat qui se targue de pouvoir défendre le pire des criminels : plaider la cause de Hitler. C’est le top départ du voyage dans l’espace temps, à travers des scènes et répliques mythiques de cinéma. De référence en référence, les images s’invitent dans l’ascenseur-prison. C’est alors qu’un troisième luron entre en scène. François (Thibaut Marchand) est un charmant voisin, attendrissant de gaucherie. Pétri de bons sentiments, il veut aider, mais se retrouve lui aussi bloqué dans l’ascenseur. Bon an, mal an, les trois compères vont passer le réveillon du 31 enfermés jusqu’à ce que le couple tombe amoureux entre les disputes et les exaspérations, et que le voisin s’improvise juge de paix.

L’écriture d’En apesanteur serait née d’une expérience similaire vécue par les auteurs. Il en résulte un huis clos débordant de plaisir. Plaisir des comédiens dans leur jeu, sincère et impliqué au plus haut point. Plaisir des spectateurs qui se voient emportés par trois grains de folie tonitruants. Il n’y a pas de place à la mollesse ou à l’à-peu-près. Cette comédie qui défile en accéléré fait voyager dans les émotions. Car, transcendant le burlesque, c’est la vision du couple qui est mise à la barre des accusés et questionnée, et donc les difficultés à communiquer entre les hommes et les femmes avec les aprioris comme freins ataviques. La comédie aux situations absurdes et aux dialogues décalés emporte le rire, et charme par l’enthousiasme et la vitalité qui s’en dégage. Elle a tous les atours d’une catharsis joyeuse qui incline à désirer revivre un tel huis clos ascensionnel… en tant que spectateur, bien entendu !

 


« En apesanteur »
 

 

Auteurs : Thibaud Marchand et Leah Marciano

Metteur en scène : Leah Marciano 

Avec : Arnaud Laurent, Floriane Chappe et Thibaut Marchand

 

Voix Off : Patrick Poivey (voix française de Bruce Willis)

 

Production exécutive : En Scène ! Productions

 

Jusqu’au 29 décembre 2017, tous les vendredis à 20 heures.

 

Au théâtre Montmartre Galabru, 4 rue de l’Armée d’Orient Paris XVIIIe.

 

Durée : 1 heure.

 




 

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