« Comédiens ! », ou la mise en abyme des talents

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
À couper le souffle ! Librement tirée de l’opéra « Paillasse » de Ruggero Leoncavallo, qui s’est lui-même inspiré d’un fait divers, la tragi-comédie musicale « Comédiens ! » est l’un de ces spectacles qui saisissent au col et ne vous lâchent pas, bien après avoir repris vos esprits. À son dénouement, elle vous plonge dans une imprévisible stupeur et suscite une franche admiration pour le livret et les chansons d’Éric Chantelauze, la musique de Raphaël Bancou et l’implication forcenée des trois comédiens. « Forcené » n’est pas une hyperbole, mais une réalité massive et désarmante. Marion Préïté, Fabian Richard et Cyril Romoli, tels des sprinters marathoniens, jouent à une allure folle pendant une heure trente, sous la direction vigilante du metteur en scène Samuel Séné. Cette course frénétique frise l’inconcevable tant est restreint l’espace du théâtre de La Huchette, dont l’argument de la pièce ne manque pas d’user. La pièce « Comédiens ! » mérite amplement d’avoir été sacrée « Meilleure Comédie Musicale 2018″ !

« La vie rêvée de Gabrielle – Muse de Renoir », Lyliane Mosca

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Avec « La vie rêvée de Gabrielle », Lyliane Mosca nous propose une biographie romancée qui déborde de vie, faite de couleurs et de lumière, de tendresse et de colères. Elle nous brosse le portrait de Gabrielle Renard, une femme de l’ombre que la postérité a oubliée. Pourtant, elle fut la muse la plus aimée d’Auguste Renoir qui voyait en elle l’idéal féminin. Elle est peinte sur de nombreuses toiles depuis 1894, l’année de son entrée au service des Renoir en tant que bonne, puis nourrice de Jean (le futur cinéaste). L’auteure nous livre le parcours passionnant d’une femme déterminée et si dévouée à son patron et à ses enfants qu’elle s’est peu à peu imposée comme la seconde maîtresse de maison, provoquant la jalousie d’Aline, l’épouse et l’ancien modèle du peintre. S’inspirant de faits réels, l’auteure dessine de nouvelles perspectives aux événements historiques grâce à une palette toute personnelle de personnages de caractère en quête d’amour, de beauté et d’absolus.

« Plaidoiries », magistral et fascinant

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Un seul-en-scène remarquable pour des plaidoiries édifiantes. Au théâtre Antoine, avec une rare intensité, se rejouent jusqu’au 17 novembre 2018 cinq grandes affaires judiciaires retentissantes. Richard Berry y revêt la robe d’avocat pour près d’une heure quinze plaidant ou accusant, avec une humanité et une modestie qui lui confèrent une crédibilité saisissante. Du magistral à la mesure des enjeux de société qu’ont induits ces procès ! Inspiré du livre de Matthieu Aron « Les grandes plaidoiries des ténors du barreau », ces affaires ont en effet été choisies pour leur impact sur la société durant ces quarante dernières années. Cinq procès entendent cinq textes ciselés, diablement articulés, qui donnent aux mots le superpouvoir de convaincre et d’émouvoir, nettement, simplement, sans fioritures, sans bavure. Leur objectif premier étant de « ramener l’accusé dans la communauté des hommes ».

« Pervers », Jean-Luc Barré

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« Marlioz considère la fiction comme supérieure à la vie. » Ainsi posé, ce postulat ouvre grand le champ des possibles narratif. Pour « Pervers », son premier roman, l’historien et éditeur Jean-Luc Barré* s’empare de son sujet de prédilection – les faux-semblants et les secrets liés au pouvoir – pour sonder les profondeurs de la perversité dans le processus de créativité. Si des écrivains s’inspirent de leur vécu ou du vécu d’autrui comme matériau de travail, l’auteur de fiction Victor Marlioz manipule son entourage pour susciter les drames, les observer et les narrer dans un roman au style froid et implacable. Est-ce une réaction démesurée à un défaut d’imagination ou est-ce dû à une propension maladive à maîtriser son monde ? Le lecteur sera le seul juge. Jean-Luc Barré développe ce thème du pouvoir et de la manipulation jusqu’à la pire des extrémités : la mort par plume interposée.

« Intra Muros », ou la traversée des émotions

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
Quatrième pièce d’Alexis Michalik, « Intra Muros » concentre son action en milieu carcéral, dans une centrale, où la rage et la prostration sont les ultimes défenses contre un mal plus grand qui ronge de l’intérieur. Et que le temps « libre » qui s’étire en vain accentue. Jusqu’au 28 février 2019, le théâtre de la Pépinière revêt les atours spartiates d’une prison réservée aux condamnés les plus dangereux et effectuant de longues peines. Par une construction ingénieuse en tiroirs, le scénario déverrouille les portes du voyage intemporel pour que s’échappent des souvenirs cadenassés, en souffrance. C’est ainsi que se rencontrent, se confrontent, s’enchâssent et se raccommodent, dans le verbe et le jeu de rôles, cinq existences.

« La petite musique de Jeanne », Ethel Salducci

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Après son recueil de nouvelles « Singulière Agape », aux éditions Luce Wilquin, Ethel Salducci revient au-devant de la scène littéraire avec un premier roman « La petite musique de Jeanne », chez ce même éditeur belge. À découvrir Jeanne et sa petite musique qui bat la mesure d’un cœur ardent et blessé, le lecteur y reconnaîtra la même légèreté, la même poésie narrative. L’écriture, comme l’histoire, est simple, et pourtant elle est chargée de la vie et de ses émotions universelles qui touchent par sa délicatesse. Cette constance dans le style renvoie à la personnalité de l’auteure, d’un vécu esquissé, d’une maturité affermie de bienveillance et de respect à l’égard du genre humain. Ethel Salducci nous montre à voir Jeanne et ses premiers pas dans la vie, depuis son adolescence dans les années 90 jusqu’à nos jours, au travers d’une passion : le trombone. Et d’un leitmotiv : le détachement dans ses relations.

« Le Roi Arthur », le mythe réinventé

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Après « Tony et Marilyn » en 2016, au festival d’Avignon, la deuxième pièce de Jean-Philippe Bêche se joue au théâtre de l’Épée de bois, à la Cartoucherie, à Vincennes jusqu’au 14 octobre 2018, avec la compagnie du Rameau d’Or. « Le Roi Arthur » est un projet qui a mûri pendant des années dans la tête de son auteur. Son investissement obstiné a permis de relever tous les défis ; sa recherche d’absolus se dévoile jusque dans les détails ; son texte vif et percutant, aussi affûté que l’épée flamboyante dans les combats, sonne fort et juste ; l’exaltation des sentiments nobles affrontant les forces du mal résonne avec lyrisme entre les murs de pierre au rythme des percussions. Cette revisite shakespearienne du mythe du Roi Arthur doit sa réussite à cette intensité dans les relations entre les personnages qui s’aiment et se déchirent avec fougue et brutalité. Comme par enchantement, la légende ressuscite et prend corps, violemment, massivement, virilement. Elle nous retient avec autorité dans ce décor de pierre et d’arcades, magnifié par les jeux d’ombre et lumière. Deux entités à la fois visuelles et tutélaires qui évoquent le bien et le mal, la lutte intérieure contre ses pulsions, ce déchirement désespéré entre l’amour et la trahison. Il n’en fallait pas moins pour cette superbe épopée du cœur !

« Le Jardin d’Orléans », Catherine Saulieu

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« Le Jardin d’Orléans » relate la saga familiale des Legros-Magloire, de riches bourgeois dijonnais réfugiés à Oran dans un XIXe siècle finissant, après la ruine de leur fabrique de moutarde. Cette histoire privée aurait pu le rester si Catherine Saulieu ne s’était penchée sur les Mémoires de son grand-père Joseph Magloire, un récit d’un peu plus de trois cents pages, minutieusement reliées, qui s’étend de 1870 à 1945 et se déroule en France et en Algérie. L’héritière de cette histoire sur plusieurs générations ne se contente pas d’évoquer les événements familiaux, les convictions religieuses et politiques, et de dépeindre les personnalités tranchées et extrémistes des protagonistes, elle les examine à la loupe des mentalités d’alors pour mesurer l’aveuglement et le déni de ce grand-père dévot, antisémite et nationaliste. Ce récit bâti comme un docu-fiction est d’un intérêt sociologique et historique certain, car se faisant l’écho d’une société française d’expatriés par l’exposition d’un « cas d’école ».

« Gustave Eiffel, En fer et contre tous », impossible n’est pas Eiffel

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Avec « Gustave Eiffel En fer et contre tous », le temps des grands rêves a établi son camp de base au Théâtre Le bout. La biographie théâtralisée qu’Alexandre Delimoges a consacré à Gustave Eiffel est une première d’une longue série de parcours hors normes. La prochaine sur Joséphine Baker étant en cours de rédaction. Une série que l’on ne manquera pas de suivre si l’écriture et l’interprétation sont d’aussi bonne qualité que ce petit bijou retraçant l’œuvre d’un visionnaire pragmatique, aux idées fécondes, et qui avait l’intelligence instinctive de céder à ses rêves, même les plus fous. Ce « seul en scène biographique », joué en alternance par Alexandre Delimoges et Valentin Giard, est une réussite sur tous les plans. Elle captive d’emblée, nous arrachant de notre condition figée de celui ou de celle qui écoute, car cette pièce-là transporte, insuffle une force, élève les idéaux. Elle va jusqu’à ranimer ses propres rêves égarés sur la voie de la raison.

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