« La Danse de la tarentule », Claire Blanchard

Temps de lecture : 3 minLITTERATURE
Claire Blanchard est professeur de français et auteure jeunesse. Avec « La Danse de la tarentule », elle nous conte l’emprise dans sa plus pure et terrifiante expression. Celle d’une mère vis-à-vis de ses enfants, Émilie et Jean-Baptiste. À la fois puissant et déchirant, ce roman se lit d’une traite, dans un souffle haletant, où l’espoir point à chaque rebondissement. À l’image de la petite Émilie qui balance entre adoration et détestation de cette mère qu’elle appelle « instance maternelle », le lecteur oscille entre peine et admiration pour cette fillette qui aspire à la tendresse. On s’attend, comme elle, à ce que la raclée soit la dernière et que la mère, sincèrement contrite, ne lèvera plus la main sur ses enfants. L’auteure décrit dans le menu avec une crudité désarmante l’escalade de la perversité d’une mère, issue d’une famille non moins malsaine, et son comportement erratique aux humeurs changeantes soudaines et violentes incompréhensible pour une enfant affamée d’amour, prête à tout pour satisfaire une mère vindicative, névrotique. Si le sujet de ce roman est lourd et perturbant, la lecture n’en reste pas moins agréable, car l’enfant met en place un système de défense inventif et énergique. Si parfois l’adolescente qu’elle est devenue se dresse face à l’injustice, calquant les réactions éruptives de sa mère, elle transcende la douleur affective et physique à travers des passions artistiques. Si la lecture est aussi agréable et passionnante, c’est parce que l’auteure déploie un arsenal de délicatesse et de pudeur dans son écriture.

« Chirac », une rencontre fictive captivante

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
« Bison égoïste » (surnom chez les scouts), « Super menteur » (Les Guignols de l’Info), « Chichi », « 5 minutes douche comprise » (référence à ses conquêtes féminines), ou encore « L’Agité » (surnom donné par VGE) et « Bulldozer » (surnom affublé par Pompidou) désignant un homme qui parvient toujours à ses fins, etc. Les sobriquets ironiques ou affectueux attribués à Jacques Chirac sont légion. Chacun a l’avantage d’éclairer un trait de caractère de cet animal politique de la Ve République française resté douze ans aux commandes de la France, et qui n’hésitait pas à sacrifier son bonheur pour ne pas avoir à renoncer. Quoi qu’on pense de sa conduite des affaires de l’État, personne ne pourra lui enlever l’amour profond et sincère qu’il éprouvait envers son pays et ses contemporains. S’il fut longtemps la personnalité politique préférée des Français, l’homme est un mystère, dont la pièce éponyme de Dominique Gosset et de Géraud Bénech soulève le voile avec tendresse et intelligence, au théâtre de la Contrescarpe jusqu’au 22 août. Entre badinage et gravité, non sans humour et répliques bien senties, Chirac (Marc Chouppart) se confie à Valérie (Fabienne Galloux), une grande admiratrice qui rêve d’écrire une biographie « intime » sur l’ex-président. La conversation est imaginaire, mais tous les propos sont vrais. Si son parcours politique rappelle bien des souvenirs, des aspects de sa vie privée le montrent sous un jour nouveau. Passionnant et sidérant de réalisme !

« Le premier amour est-il éternel ? », Geneviève Senger (Les Presses de la Cité)

Temps de lecture : 3 minLITTERATURE
Selon une étude britannique en 2016 rapportée par le site Passeport Santé, six personnes sur dix pensent encore souvent à leur premier amour et quatre sur dix auraient même conservé « des sentiments » pour lui ou pour elle. Le dernier roman de Geneviève Senger, « Le premier amour est-il éternel ? », aux Éditions Les Presses de la Cité, se penche justement sur la force d’un premier amour après l’usure du temps et de l’absence. Par définition, un premier amour est grand, unique, éblouissant, exclusif, inoubliable. Toujours idéal et magnifique, surtout a posteriori. L’auteure, fidèle à son écriture sur la richesse et la diversité des relations humaines, surfe sur plusieurs thèmes porteurs comme les secrets de famille et la vie de couple, sur ce qu’est le véritable amour, ce que vaut la raison quand les souvenirs exultent, malgré soi, à la faveur d’une facétie du destin. L’écriture virevolte dans un tourbillon de bons sentiments. On se laisse facilement emporter par le mal-être de l’héroïne qui nous attache à elle au fur et à mesure des révélations. Sans parler de suspense, la tension est maintenue jusqu’au bout et tient en haleine le lecteur. Devinez la fin n’enlève rien à la qualité de l’histoire, à la profondeur des personnages et à l’envie d’aller jusqu’au bout de cet amour éternel qui vient réparer le passé.

« Espèces menacées », une mallette qui vaut son pesant de rire !

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
Que feriez-vous si vous trouviez une mallette remplie à ras de petites coupures ? Iriez-vous la rapporter au poste de police le plus proche ? M’enfin… C’est quand même 7,350 millions d’euros ! Une somme qui peut aiguiser tous les appétits ! Du reste, ça sent le blanchiment à plein nez. Yvon Lemoual (Laurent Ournac), lui, y voit la formidable occasion de tout quitter : son petit pavillon, sa petite vie de comptable et ses amis qu’il a invités à dîner. Mais rien ne se passe comme prévu. Au lieu de toucher à la liberté espérée, il s’enferme dans ses mensonges de plus en plus grossiers. « Espèces menacées » est une comédie burlesque du dramaturge britannique Ray Cooney créée en 1994 sous le titre original « Funny money ». Adaptée avec brio par Michel Blanc et Gérard Jugnot (d’autant que ce dernier l’a déjà joué en 1998 avec Martin Lamothe), la pièce est une succession de jeux de mots, de quiproquos et de revirements, avec des réparties incisives. De manière sous-jacente, la gaudriole déjantée questionne aussi la valeur des rapports humains quand l’appât du gain s’immisce dans les relations. L’ensemble abolit le temps mort, l’effervescence est à son comble, laissant jaillir de purs éclats de plaisir ! Dirigés par Arthur Jugnot, les huit comédiens tiennent leur rôle à bout de bras, sans jamais faillir, partageant bonne humeur, complicité et vitalité. Profitez-en ! Ouvert tout l’été, le théâtre de la Renaissance maintient à l’affiche jusqu’au 11 septembre 2021 cette comédie irrésistible et surprenante du début à la fin.

« Pour l’amour de : le Dauphiné », Évelyne Dress (Éditions Magellan & Cie)

Temps de lecture : 3 minLITTERATURE
Dans ce dernier opus « Pour l’amour de : le Dauphiné », aux éditions Magellan & Cie, Évelyne Dress s’invite chez vous pour vous susurrer à l’oreille la beauté de sa région, le Dauphiné. Habitués de ses romans, fortement ancrés dans la terre et ses racines familiales, les lecteurs fidèles ne seront pas dépaysés par cet essai touristique qui, loin d’être un pensum de l’Office du tourisme, a été construit comme une balade dans les souvenirs et sur les chemins chers au cœur d’enfant de cette auteure prolixe. Cet ouvrage, très léger dans un sac de plage, est la lecture idéale sur les lieux de vacances, que l’on soit à la montagne, en campagne ou à la mer… Il vous fera voyager sur cette route Napoléon que l’auteure affectionne tant et qu’elle vous propose de parcourir en sa compagnie, en mêlant savamment souvenirs personnels et histoire de France. Un pari osé, qui ne relève ni du narcissisme ni de l’opportunisme. C’est au contraire un chemin détourné par lequel l’expression « école buissonnière » prendrait une connotation positive. N’apprend-on pas mieux loin des balises du conformisme qui vous dicte quoi et surtout la manière d’apprendre ? Avec Évelyne Dress, on se sent en terrain ami pour découvrir l’histoire et la géographie de son berceau familial qui fut rattaché à la France en 1349. C’est donc une belle et longue histoire d’amour qu’il vous est proposé de découvrir !

« Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures », spectaculaire, ludique et si vivant

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
L’historien et critique d’art dit n’avoir jamais été déçu par la peinture. Les œuvres lui ont toujours été fidèles. Empli d’une reconnaissance absolue, Hector Obalk partage depuis 2013 sur scène (notamment au théâtre de l’Atelier) cet amour inconditionnel qu’il voue à la peinture au travers de son spectacle-conférence « Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures », accompagné d’un violoncelliste, d’un violoniste et d’une soprano. Auteur sur l’art et réalisateur de la série Grand’Art sur Arte, l’homme connaît son affaire et sait faire valoir son opinion sans concessions. La fibre pédagogique, un brin d’humour dans sa besace à malices, la connaissance en majesté, Hector Obalk devient en un temps record votre meilleur ami. Vous savez, celui qui vous initie au lieu de pontifier sur un tableau qui vous faire sentir minable. Ce spectacle qui décrypte sept siècles de l’histoire de la peinture n’est pas chose impossible à qui sait en retirer l’essentiel des époques, des courants, des progrès, de la technique, des manies, de la couleur, des détails. Tout cela imperceptible à qui regarde sans voir. Comme un profiler, ce spécialiste en beauté sait faire parler le tableau, il en délivre les secrets. Il nous montre comment trouver ces anomalies qui ne sont pas « anomaliques », des facéties du peintre qui donne de la personnalité à son œuvre, mais aussi une caractéristique unique ou répétitive qui porte un éclairage original et édifiant sur le peintre « incriminé ». Le néophyte y gagne la révélation ; le connaisseur, un autre regard.

« La Dame au cabriolet », Guiou & Morales (Serge Safran éditeur)

Temps de lecture : 3 minLITTERATURE
Délicieux et réjouissant pastiche que nous offre le duo de chic et de choc, Dominique Guiou et Thomas Morales, avec « La Dame au cabriolet », aux éditions Serge Safran. Mademoiselle Yvonne Vitti – eh oui, Yvonne ça claque aussi bien qu’un Maigret ou un Rouletabille, n’est-il pas ? – est notre détective privée version « Old School », comme elle se décrit, engoncée dans l’indémodable tailleur Chanel bleu marine. Ancienne actrice qui n’a pu accéder à ses rêves d’immortalité, cette célibataire mollement endurcie s’est reconvertie dans ce métier avec la passion du débutant. Elle n’aime rien tant que sortir sa Saab 900 cabriolet jaune poussin, un coup de foudre qui n’a rien de discret pour une filature. Qu’importe quand on a l’ivresse de se jeter dans les emmerdes qui, pour lors, prennent la forme d’un « Bel Orlando » au corps de rêve et aux yeux de braise ! Prise entre la recherche du frère de ce beau gosse, qu’elle aimerait bien mettre dans son lit, et la filature d’un mari volage dont les écarts de conduite se révèleront bien plus corsés, voire dangereux, l’exubérante Yvonne ne sait où donner de la tête. Mais quand elle assiste à un règlement de compte dans des entrepôts à Montrouge et qu’elle subtilise une mallette remplie d’argent, là, elle la perd carrément. Guiou & Morales s’amusent tout en nous régalant avec ce polar enlevé et déjanté.

« Napoléon, la nuit de Fontainebleau », duel éblouissant entre l’Empereur et son humanité

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
À la Folie théâtre, jusqu’au 31 juillet 2021, se livre un duel à l’acmé de l’art scénique entre l’immortelle légende et l’homme mortel. Napoléon Bonaparte est à l’agonie dans sa chambre de Fontainebleau, où il est tenu à résidence après sa première abdication. Nous sommes dans la nuit du 12 au 13 avril 1814, à un virage décisif pour l’Empereur vaincu qui a décidé de mourir cette nuit-là. « Napoléon, la nuit de Fontainebleau » est un huis clos historique véridique éblouissant par la singularité du sujet, la force du verbe et l’authenticité du jeu des comédiens. La grande histoire en tremblerait presque dans ses fondations tant elle est bousculée par la puissance de feu éruptive du héros déchu et la portée philosophique sur la mort qui le transcende. Tel un homme au service de sa grandeur. La salle est en surchauffe émotionnelle tandis que Napoléon grelotte de douleur. En évoquant ce pan méconnu de l’histoire napoléonienne, l’auteur et metteur en scène Philippe Bulinge nous gratifie d’une nuit inoubliable qui condense jusqu’à l’extrême l’essence d’une fresque vivante aussi adulée que haïe. Mais, surtout, qui donne à voir l’homme derrière l’être exceptionnel qu’il fût et que l’Histoire a porté aux nues. En cette terrible nuit décisive, l’homme éreinté, abandonné de presque tous, sans armée, sans perspective de conquête, parviendra-t-il à faire taire l’Empereur qui tambourine au seuil de la mort pour ausculter sa vie d’homme ?

« Le Temps de l’enfance », Yves Viollier (Les presses de la Cité)

Temps de lecture : 3 minLITTERATURE
Le nouveau roman d’Yves Viollier est un petit bijou d’instantanés du passé, où la voix de l’enfant se marie avec celle de l’adulte. « Le Temps de l’enfance » se découvre au fil de neuf histoires d’hommes et de femmes qui ont aidé à faire grandir le petit Antoine. Pour lui, ils sont le socle de son ouverture au monde et aux petits riens de la vie qui font la sève des relations. En miroir de sa propre enfance, l’auteur rend hommage à celles et ceux qui, par leur façon d’être et leurs sentiments, ont eu une incidence directe ou indirecte sur sa vie balbutiante. Dans ce nouvel ouvrage, il dresse des portraits de personnages aux vies ordinaires, plus vraies que nature, simples et rustiques, sans jugement, avec la tendresse de la reconnaissance. L’écriture emporte le temps du présent et nous projette dans une sorte de bulle intemporelle, apaisante et réconfortante. La beauté du verbe et sa résonance sur soi s’y déploient sans rien perdre de sa force évocatrice.

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