« Disparaître », Mathieu Ménégaux

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Lire un « Ménégaux » est comme un rendez-vous avec un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps. Cette attente est exquise car elle promet un grand moment de lecture. Mathieu Ménégaux a ce petit tour de main stylistique qui empêche de fermer le livre avant le mot « fin ». Comme les précédents, « Disparaître », paru chez Grasset, se lit d’une traite tant l’écriture est efficace. Même si on devine assez rapidement le lien entre les victimes, le roman se coule dans cette veine talentueuse où l’originalité magnifie l’écriture, à moins que ce soit l’inverse… Pour ce quatrième opus, l’auteur a une belle idée : il s’interroge sur les motifs profonds qui poussent une personne à disparaître sans espoir de retour. Parmi toutes les réponses, il retient les conséquences désastreuses d’un amour interdit entre un homme marié et une jeune fille timide. La narration est soignée et nerveuse, la construction astucieuse car le le lecteur découvre le présent et le passé des personnages qui avancent en parallèle au fil des chapitres, jusqu’à la résolution de l’énigme. Un bémol cependant, cet opus n’atteint pas la même intensité émotionnelle que les précédents. Il m’a manqué cette « claque » qui est devenue au fil des romans l’expression de l’empreinte littéraire de Mathieu Ménégaux.

« Un contrat », du polar dans les règles de l’art duelliste

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Manquer ce duel psychanalytique eut été dommage. « Un contrat », seule pièce de théâtre (1999) de Tonino Benacquista, est un polar théâtral hors norme, aux dialogues percutants, à l’humour noir et au raisonnement subtil. Défini par son auteur comme un « western psychanalytique », la tension et le suspense montent crescendo dans une salve ininterrompue de répliques qui font mouche et percent les carapaces des deux protagonistes. C’est un duel au sommet de l’intelligence qui se déroule en deux actes et un épilogue au théâtre du Gymnase Marie-Bell, où le silence est polymorphe. D’un côté, la loi du silence du chef de gang angoissé et, de l’autre, le secret professionnel du psychanalyste de renom. Haletante et captivante à la fois, la confrontation est menée avec des nuances de jeu d’une justesse rare de la part des deux comédiens, allant pour l’un de l’écoute bienveillante à l’écoute contrainte, et pour l’autre allant des menaces aux révélations. Ce duel psychologique, dont l’issue reste imprévisible, atteint son apogée à la dernière réplique. Du grand art ! Patrick Seminor (le psychanalyste) et Olivier Douau (le chef de gang) font montre d’une belle présence scénique, judicieusement orientée par le metteur en scène Stanislas Rosemin. Économie de gestes, silences éloquents, peur à fleur de peau, regards pénétrants forment un tout palpable qui donne corps aux mots et à leurs conséquences. Remarquable !

« Révélations sur 50 ans d’humour », René-Marc Guedj

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
400 pages sur plus de 350 humoristes, agrémentées de 300 liens à scanner qui renvoient vers des vidéos. C’est la référence quasi encyclopédique que nous propose « Révélations sur 50 ans d’humour », aux Éditions du Net. Se faisant l’éloge d’un temps fécond où l’humour gagnait ses lettres de noblesse, René-Marc Guedj ne se prive pas d’égratigner ici ou là quelques humoristes, à commencer par Anne Roumanoff qui n’a jamais réussi à le faire rire. Aujourd’hui sur tous les supports médiatiques, ces artistes confirmés ou en devenir sont partout. Ils se servent de leur personnalité décapante ou se cachent derrière un personnage hilarant, s’inventant railleurs de la société et de ses mœurs, de la politique et du quotidien, mettant même en scène leur vie et leurs expériences. Certains – les plus chanceux ? les plus travailleurs ? – sont considérés par le grand public comme des stars. Il arrive même qu’ils soient courtisés par le cinéma et la télévision. Avec ce besoin de témoigner aux tripes, ayant vaincu il y a peu un cancer, celui qui a vécu au centre de cette merveilleuse aventure de l’ascension de l’humour consacre, avec toute la subjectivité de sa passion, un livre instructif sur l’histoire de l’humour à travers la carrière de 350 comiques, introduite par une autobiographie professionnelle de l’auteur lui-même.

« Dernier carton », un huis clos qui bouscule

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Deux hommes s’affrontent sur les planches du théâtre du Gymnase Marie-Bell. Ils ne sont rien l’un pour l’autre. Seule une situation les réunit : un déménagement. Alors que le dernier carton trônant dans la pièce vide marque une page qui se tourne pour Richard, le déménageur semble hésiter. Il est sur le point de quitter l’appartement, mais une force le retient. Cette même force qui va prendre à la jugulaire l’animateur littéraire de TV, très connu au demeurant. Quand l’humour absurde, sombre et dramatique, s’invite dans la danse, c’est un combat explosif qui s’annonce. Il sera rude entre les protagonistes qui font preuve d’inventivité pour feinter, esquiver et frapper l’adversaire, dans tous les sens du terme, révélant à bon escient les strates de mensonges, de flous et d’ambiguïté. Le texte très actuel d’Olivier Balu, un jeune auteur au talent certain, propose un thriller psychologique décapant, haletant, renversant qui ne lâche ni les personnages ni le public. Il ménage le suspense par des virages comportementaux, parfois à 180°, qui laisse planer le doute de la folie. La mise en scène réaliste de Laurent Ziveri est très efficace. Elle offre à ce duo de choc toute l’amplitude de jeux possible, de la ruse à la violence, de la sincérité à la tromperie. Patrice Laffont et Michaël Msihid prennent un malin plaisir à partager la scène, leur complicité saute aux yeux et leur énergie saisit au col.

« Quelque chose dans la tête », Denis Kambouchner

Temps de lecture : 2 minCHRONIQUE
Voilà un essai qui ne casse pas la tête et ne cherche pas à vous enfoncer ses idées dans… le crâne ! Nul besoin de se mettre martel en tête ou quelque chose dans la tête… Quoi que, si ! Telle est justement la question que se pose Denis Kambouchner dans « Quelque chose dans la tête », aux éditions Flammarion. Ce philosophe et professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, grand spécialiste de Descartes et des questions d’éducation, se fait pédagogue dans cet édifiant essai dédié à la culture, et particulièrement de la mémoire, distillant savamment l’abstrait et le concret. Il s’interroge ainsi sur les « qualités d’une tête bien faite » et se plaît à disséquer les différents usages du mot « tête ». Bille en tête, il annonce la couleur de sa méthode : deux parties composent l’ouvrage. urel que l’on a dans la tête, ce qu’il devrait être et ne pas être, et si nous avons perdu le jugement. La seconde évoque la transmission, c’est-à-dire ce que l’on transmet et la manière de le faire. Ce bagage n’est-il pas constitutif d’un héritage familial mais aussi sociétal ?

« Les Passagers de l’aube », un face-à-face troublant aux frontières de la mort

Salut de Les Passagers de l'aube

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
Vous n’avez qu’un mois pour plonger, corps et âme, dans l’atmosphère captivante des « Passagers de l’aube », au Théâtre 13/Jardin. Tablant sur l’originalité, cette tragédie romantique tisse la trame de son intrigue en empruntant à l’état amoureux, la science et la spiritualité des fils à la fois invisibles et lumineux. Avec un texte conjuguant poésie et pragmatisme, l’autrice Violaine Arsac propose une œuvre d’une grande force évocatrice qui interroge notre existence, ou plutôt cet état de l’être projeté dans le sas incertain de l’après-vie. Quand la mort est-elle réelle ? Qu’est-ce que la conscience ? Que devient-elle après l’arrêt de l’activité cérébrale ? Comment se positionne la science face à ces nombreux témoignages de personnes qui reviennent de leur mort, que l’on appelle EMI (expérience de mort imminente), après avoir visité cette nouvelle aube réconfortante : la vie après la mort ? La fin ne serait donc que le début d’une « autre présence », une présence énergétique que la physique quantique pourrait expliquer… un jour prochain ?

« La Petite mort de Virgile », Christian Rauth

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
On connaît Christian Rauth comme comédien (« Père et Maire » sur TFI ou ses rôles dans des séries comme « Navarro »), on connaît moins bien l’écrivain. C’est fort dommage. Son quatrième roman, « La Petite mort de Virgile », paru aux Editions De Borée, est un réel plaisir de lecture tant par l’histoire finement conçue que par l’écriture cinématographique. Son thriller ne joue pas seulement la carte du suspense, puisque la dernière de couverture en dit beaucoup… peut-être trop. Pour ne pas le déflorer, gardez-vous de cette curiosité, somme toute légitime, et plongez-vous sans réserve dans les 432 pages qui passent beaucoup trop vite. Dès le premier chapitre, vous serez happé par l’histoire de trois hommes dont les chemins se croisent. Dans ce triangle, Gina Santos. Pour elle, les hommes sont prêts à lui offrir les preuves d’amour les plus folles. Elle est si belle qu’elle provoque l’embrasement des cœurs, mais aussi réveille les instincts les plus vils.

« PMQ – L’élégance VoQale », l’éloquence du PMQ hardi

Temps de lecture : 2 minTHÉÂTRE & CO
Libertin, licencieux, lubrique, osé, polisson, salace, leste, croustillant, gaulois, gaillard… et j’en passe. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le spectacle savoureusement transgressif « PMQ, l’élégance voQale », à découvrir sur la scène du théâtre des Deux Ânes. Empruntant copieusement au répertoire populaire des chansons paillardes, certaines datant même du XIIIe siècle, sept magnifiques artistes les revisitent a capella et en polyphonie tout en élégance de style et de voix. Qu’ils sont beaux ces sept fringants mercenaires à la solde du grivois, endimanchés dans leurs costumes chics, vocalisant complices, le geste débonnaire et l’œil frétillant sur des paroles lestes ! Derrière l’acronyme « PMQ » (pour « parité mon cul ») se cache un septuor féministe de grand talent : Olivier Andrys dit Olive (l’affable conciliateur), Geoffrey Bailleul (le crooner au cadogan), Joël Legagneur dit Jojo (le galopin sympathique), Pierre Marescaux (l’échalas timide et sérieux), Benjamin Riez dit Benji et Louis Lefebvre Legagneur (les rockers au minois fripon), et Brice Baillon (le frêle au cœur de stentor). Ce groupe créé en 2014, spécialisé dans le patrimoine paillard français, remet au goût du jour sans vulgarité aucune « La (célèbre) Bite à Dudule » ou « la Petite charlotte », dans des arrangements de Brice Baillon, des airs qui n’ont pas pris une ride !

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