« Révélations sur 50 ans d’humour », René-Marc Guedj

Extrait (page 43)
« Et nous voici le 19 juin 1986. Triste 19 juin. Je ne l’ai jamais oublié. Je vous avoue avoir évidemment sauté des épisodes, n’être pas forcément entré dans une foule de détails nécessaires permettant de mieux comprendre qui était COLUCHE. Mais d’autres ont témoigné, l’ont écrit, et sûrement mieux que moi. Je souhaite juste vous partager ce qu’il m’a apporté, en quoi je me suis forgé parallèlement durant toutes ces années, quelles seront les conséquences dans ma propre vie, dans mes choix. Depuis COLUCHE. En rigolant, j’ai pris pour habitude de dire que s’il existe un avant et un après JESUS, qui a permis un calendrier partant de l’an 0 jusqu’à aujourd’hui, il existe aussi un avant et un après COLUCHE qui pourrait inventer un autre calendrier, celui de l’humour, en partant de 1974. »

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

400 pages sur plus de 350 humoristes, agrémentées de 300 liens à scanner qui renvoient vers des vidéos. C’est la référence quasi encyclopédique que nous propose « Révélations sur 50 ans d’humour », aux Éditions du Net. Se faisant l’éloge d’un temps fécond où l’humour gagnait ses lettres de noblesse, René-Marc Guedj ne se prive pas d’égratigner ici ou là quelques humoristes, à commencer par Anne Roumanoff qui n’a jamais réussi à le faire rire. Aujourd’hui sur tous les supports médiatiques, ces artistes confirmés ou en devenir sont partout. Ils se servent de leur personnalité décapante ou se cachent derrière un personnage hilarant, s’inventant railleurs de la société et de ses mœurs, de la politique et du quotidien, mettant même en scène leur vie et leurs expériences. Certains – les plus chanceux ? les plus travailleurs ? – sont considérés par le grand public comme des stars. Il arrive même qu’ils soient courtisés par le cinéma et la télévision. Avec ce besoin de témoigner aux tripes, ayant vaincu il y a peu un cancer, celui qui a vécu au centre de cette merveilleuse aventure de l’ascension de l’humour consacre, avec toute la subjectivité de sa passion, un livre instructif sur l’histoire de l’humour à travers la carrière de 350 comiques, introduite par une autobiographie professionnelle de l’auteur lui-même.

Carrière de l’auteur

Depuis le jour où sa vocation lui est apparue en découvrant Coluche à la télévision en 1974, tout son être s’est tendu vers ce métier de strass et de paillettes, mais surtout exigeant travail et inspiration, où il y a beaucoup de prétendants et peu d’élus. Dès 1980, ce comique déjà confirmé dirige « La Timbale », une scène ouverte à Paris. Il n’y avait pas d’audition, il suffisait de s’inscrire pour monter sur scène et risquer de recevoir des pantoufles, que les spectateurs lançaient pour signifier leur opinion négative. L’artiste était ainsi vite fixé ! René-Marc Guedj lui-même l’avait expérimenté. C’est son acharnement à s’améliorer qui lui a ouvert la porte de la direction de ce lieu, grâce auquel il découvre, forme et propulse tant de comiques, comme Anne Roumanoff, Pierre Palmade, Chantal Ladesou, etc. Dans les années 90, il crée « Trempoint » du Point-Virgule qui fera connaître notamment Élie Kakou et Jean-Marie Bigard, ou encore Jamel Debbouze et Tex. Lors de la dernière décennie, il crée le concours « Kandidator » qui révèle une noria d’artistes en devenir. Cette nouvelle génération s’appelle Max Bird, Laura Laune, Cécile Djunga, Laura Domenge, Biscotte… La liste n’est pas exhaustive, tant le métier fait rêver. Il est d’ailleurs de moins en moins rare de voir des hommes et des femmes qui, après une première carrière très différente, renouent avec leur rêve de jeunesse de monter sur scène. Cette scène attire même les animateurs de télévision qui s’improvisent, selon René-Marc Guedj, humoristes. Peut-être faudrait-il qu’ils s’essayent au préalable sur la scène formatrice de l’EHAS, École de l’Humour et des Arts Scéniques, qu’il a fondé en 2016 ?

Pour approfondir

Avec « Révélations sur 50 ans d’humour », René-Marc Guedj a conçu son ouvrage comme une double réflexion intimement liée  : la première sur sa propre carrière et la seconde sur celle de ces hommes et femmes humoristes, qu’il a en partie découverts, formés, accompagnés, conseillés et lancés. Sur le ton de la confidence, l’auteur a la plume libre et légère tant dans ses amitiés que ses inimitiés. Sans complexe, il livre ses sentiments sur tel et telle, en expliquant les raisons… parfois inexpliquées. René-Marc Guedj nous donne à voir un univers qui fonctionne au ressenti, où la sensibilité est exacerbée, où la concurrence est rude et brutale. Il est des artistes, médiatiquement silencieux (que l’auteur appelle « artisan »), qui pourtant ont rencontré leur public. Tous ne recherchent pas l’étape « ultime ? » des plateaux TV, qui n’est d’ailleurs pas accessible à tous. La concurrence se frotte et fait des étincelles en coulisses, mais elle est stimulante. Elle contribue à la sélection naturelle et déroule son tapis rouge aux plus audacieux, aux plus talentueux, aux plus persévérants. L’amour de René-Marc Guedj pour ce métier et les artistes qui le font évoluer est indéniable. En cela, ce répertoire des plus grands humoristes comme des plus méconnus, des tristement oubliés comme des jeunes prometteurs, a l’avantage de mettre la lumière sur ce métier aussi passionnant qu’incertain, voire précaire pour tous ceux qui essayent sans le succès espéré. À tous, chapeau bas.

Nathalie Gendreau

Les éditions du Net, 14 novembre 2019, 406 pages, à 19,90 euros.

1 réflexion au sujet de « « Révélations sur 50 ans d’humour », René-Marc Guedj »

  1. Voilà certainement un livre utile qui devrait révéler l’évolution perverse de l’humour à la scène, à l’écran et dans les médias, je devrais même dire les mass médias. Nous sommes en effet passés de l’humour de situation à qui Fernand Raynaud ou Raymond Devos ont donnés des lettres de noblesse à l’humour personnifié, visant directement telle ou telle personne, avec des propos souvent proches de la délation plus ou moins camouflée.
    « Rire est le propre de l’homme » est une expression attribuée à Rabelais ou Aristote affirment nos universités et Philippe Bouvard précise même « Qu’un bon rire vaut un bon bifteck ». Positif ? Certes et le rire n’est pas destiné à faire mal, à abaisser tel ou telle personne. C’est pourquoi je fais mienne la devise de Spinoza que Frédéric Lenoir rappelle dans son récent ouvrage : « Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester… mais comprendre ». Comprendre ? Tout est dit.

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