« La Petite mort de Virgile », Christian Rauth

Extrait (page 211)
« Virgile était arrivé la veille au soir. Il s’était installé dans un Relais & Châteaux à quelques kilomètres du centre-ville d’Angoulême. L’avant-veille, soit le 16 juin, il avait fait étape à Paris pour rencontrer cette amie de Topor qui tenait boutique rue de la Muette. Elle avait complété sa garde-robe sans poser de questions, tout comme ce dentiste rue des Mathurins qui lui avait posé des facettes sur les dents. Tous deux n’avaient rien demandé en paiement, se contentant pour toute explication d’un : « Je lui dois ça ». »

(Christian Rauth)

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

On connaît Christian Rauth comme comédien (« Père et Maire » sur TFI ou ses rôles dans des séries comme « Navarro »), on connaît moins bien l’écrivain. C’est fort dommage. Son quatrième roman, « La Petite mort de Virgile », paru aux Editions De Borée, est un réel plaisir de lecture tant par l’histoire finement conçue que par l’écriture cinématographique. Son thriller ne joue pas seulement la carte du suspense, puisque la dernière de couverture en dit beaucoup… peut-être trop. Pour ne pas le déflorer, gardez-vous de cette curiosité, somme toute légitime, et plongez-vous sans réserve dans les 432 pages qui passent beaucoup trop vite. Dès le premier chapitre, vous serez happé par l’histoire de trois hommes dont les chemins se croisent. Dans ce triangle, Gina Santos. Pour elle, les hommes sont prêts à lui offrir les preuves d’amour les plus folles. Elle est si belle qu’elle provoque l’embrasement des cœurs, mais aussi réveille les instincts les plus vils. La mort de son mari qu’elle chérit, Virgile Santos, est le coup d’envoi à une série de meurtres dans la petite ville si tranquille d’Angoulême, mêlant l’enquête de la gendarmerie à celle d’un expert en arnaques aux assurances-vie. Au-delà de cette intrigue qui aurait pu se suffire à elle-même, « La Petite mort de Virgile » est aussi une réflexion sur les pouvoirs de l’amour qui sublime les peurs et fait grandir.

Résumé

Virgile Santos meurt brûlé dans un accident de voiture, vite classé en suicide par le capitaine Pérot. Surnommé avec affection « petit Portos », ce maçon était devenu un entrepreneur en bâtiment prospère après avoir repris l’entreprise de son beau-père. Mais l’entreprise avait périclité au décès de son plus gros client, car le fils de celui-ci, Arnaud Fortier, soudain grand capitaine d’industrie par héritage, lui donnait de moins en moins de chantiers. Virgile ignorait alors qu’un accord commercial secret avait été scellé entre feux le père d’Arnaud Fortier et le père de Gina. De plus, sentant le vent tourner, Elio Figo, associé et meilleur ami de Virgile, s’était empressé de se retirer de l’entreprise. La banqueroute guettait et Virgile était terrorisé à l’idée de perdre sa femme qu’il gâtait sans compter. Quelque temps avant la tragédie, il avait rencontré un ermite dans les bois avoisinants. C’était un homme détruit par la mort de sa femme et une décision de justice inique. Il s’avérera une précieuse aide. Apparaît dans l’histoire un troisième homme, Timon Barthès, un fringant parisien qui recherche un directeur d’usine devenu SDF pour lui remettre un gros chèque. C’est également lui qui doit enquêter sur la mort de Virgile. Son mandataire, l’assureur Monsieur Yo, sent l’entourloupe. Et si la veuve, qui vient d’empocher la somme de quinze millions d’euros, était une incroyable arnaqueuse ?

Pour approfondir

Dans « La Petite mort de Virgile », récemment récompensé par le 1er Prix Littéraire 2020, Christian Rauth fait montre d’une force créatrice qui entraîne le lecteur dans une spirale de révélations. Il pousse l’exploit à maintenir en haleine tout en éventant le suspense. À l’instar de la série Columbo où le point d’orgue n’était pas de connaître le meurtrier mais de deviner comment il s’y était pris pour tromper son monde, ce thriller sait ménager ses effets. Avec art et malice, Christian Rauth joue à cache-cache avec le destin de trois hommes mus par l’amour fou pour une femme. L’arnaque à l’assurance-vie suspectée est parfaitement bien pensée et mise en perspective. Tout l’art de l’auteur est de la prendre à rebours pour la remonter à la lumière de la vie des protagonistes. Comme un puzzle tridimensionnel, chaque pièce a son importance et soutient la suivante jusqu’à l’épilogue… inattendu. Le lecteur se doute assez vite qu’il y a arnaque sous roche, mais – vous l’aurez compris – le nœud de l’histoire n’est pas là. L’auteur déroule son intrigue à plusieurs voix qui se racontent, il laisse décanter les indices qu’il sème mine de rien, il crée une atmosphère où la tendresse et l’humour noir tiennent un rôle prédominant. D’une plume alerte et tranchante, il donne aussi à voir l’intérieur d’une société d’une petite ville de province où les habitants se connaissent, se côtoient, se lient par intérêt ou par amour, se déchirent et se jalousent, se détestent et se passionnent aussi. Leurs portraits que l’auteur brosse sans fard en font des personnages terriblement réels. « La Petite mort de Virgile » est un roman qui donne envie de découvrir les précédents !

Nathalie Gendreau

Éditions De Borée, Collection Marge Noire, 12 septembre 2019, 258 pages, à 21 euros.

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