« Les Passagers de l’aube », un face-à-face troublant aux frontières de la mort

THÉÂTRE & CO 

Avis de PrestaPlume « Coup de cœur »

Critique éclair

Vous n’avez qu’un mois pour plonger, corps et âme, dans l’atmosphère captivante des « Passagers de l’aube », au Théâtre 13/Jardin. Tablant sur l’originalité, cette tragédie romantique tisse la trame de son intrigue en empruntant à l’état amoureux, la science et la spiritualité des fils à la fois invisibles et lumineux. Avec un texte conjuguant poésie et pragmatisme, l’autrice Violaine Arsac propose une œuvre d’une grande force évocatrice qui interroge notre existence, ou plutôt cet état de l’être projeté dans le sas incertain de l’après-vie. Quand la mort est-elle réelle ? Qu’est-ce que la conscience ? Que devient-elle après l’arrêt de l’activité cérébrale ? Comment se positionne la science face à ces nombreux témoignages de personnes qui reviennent de leur mort, que l’on appelle EMI (expérience de mort imminente), après avoir visité cette nouvelle aube réconfortante  : la vie après la mort ? La fin ne serait donc que le début d’une « autre présence », une présence énergétique que la physique quantique pourrait expliquer… un jour prochain ? Les jeunes comédiens Grégory Corre, Florence Coste, Mathilde Moulinat et Nicolas Taffin proposent, avec une ardeur frappante de sincérité, une réponse prompte à ébranler les certitudes les plus ancrées. La mort serait donc un processus et non un moment ? Audacieux et flamboyant !

Résumé

Deux couples sont en présence. Noé et Alix vibrent d’un même et grand amour, aussi fusionnel qu’électrique. Roman et Jeanne se déchirent, le premier étant trop attaché à papillonner et la seconde trop attachée à le fidéliser. Ils sont jeunes, la vie s’ouvre à eux, riante et prometteuse. Noé, interne en neurochirurgie, revient de Boston où il vient d’effectuer un stage qui comptera pour sa carrière. Alix est une photographe de mode en devenir et une femme au caractère d’un autre temps. Roman et Jeanne, internes également, ne baignent pas dans la même félicité. La vie de ces quatre meilleurs amis va basculer le jour où le professeur de Boston, qu’adule Noé, fait une EMI qui change son regard sur la mort et toutes les thèses scientifiques qu’il pensait comme un postulat invariant. Par répercussion, Noé au seuil de conclure sa thèse s’interroge sur ce mystère méprisé par la science qui menace d’infirmer ses travaux. Bien que Roman, qui lui est doté d’une rationalité inébranlable et d’un scepticisme brutal flirtant avec la mauvaise foi, s’oppose à tout début de questionnement sur l’EMI, Noé est hanté par l’idée d’enquêter au risque de tout perdre  : une belle carrière, son ami et surtout l’amour de sa vie. Mais perdre n’est-ce pas une chance de grandir ? N’est-ce pas un appel à aller au-delà de la matière et à considérer que « l’invisible sera le plus grand terrain de jeu à venir de la science » ?

Pour approfondir

Créée il a trois ans à Avignon, cette fiction fondée sur des faits scientifiques réels et les dernières découvertes est tout sauf de la science-fiction. Elle met à mal la toute-puissance du corps sur l’esprit, de la rationalité sur l’inexpliqué, du visible sur l’invisible, des certitudes prouvées sur de possibles autres chemins de la vérité. Alors que les USA ont pris ce champ d’investigation à bras-le-corps depuis plus de quarante ans, réunissant témoignages et statistiques probants, les recherches sur ce possible et intriguant au-delà est encore aux balbutiements en France. « Les passagers de l’aube » (qui s’est inspiré du livre de référence « La source noire », du journaliste Patrice Van Eersel) ont l’avantage d’ajouter une pierre à l’édifice de la diffusion et de la vulgarisation de l’EMI, et de poursuivre l’interrogation somme tout universelle et légitime sur ce qu’est la mort et ce qu’il y a après. Que l’on soit croyant, agnostique ou athée, la question ô combien polémique est passionnante et ouverte aux audaces les plus inédites, mais reste entière.

En plus d’avoir l’avantage de poser le débat, « Les Passagers de l’aube » est un bel objet de création, où l’amour tient une grande part. Cet amour absolu est sublimé par le passage du tutoiement au vouvoiement entre Noé et Alix qui prépare à l’arrachement corporel définitif. Cette notion d’irréversibilité du grand départ est d’autant plus cruelle et poignante que celui-ci est brutal et soudain. Parler de la mort est une gageure, que Violaine Arsac a relevée d’une plume de maître. Elle imagine une improbable alliance qui réunit le verbe poétique à l’âpreté des termes scientifiques. Peu importe si parfois les dialogues chevauchent dans les hautes plaines des hypothèses mystiques, spirituelles et scientifiques, le scénario se tient sur un fil vibratoire constant où la tension ne se relâche jamais. Par ailleurs, pour les plus curieux, vous aurez une chance supplémentaire de mieux appréhender les subtilités du propos en vous procurant le livret de la pièce disponible à la sortie.

Violaine Arsac a soigné sa mise en scène, où la gestuelle est gracieuse et précise. Les mouvements des comédiens et des éléments de décor semblent danser dans l’espace qui est éclairé par un jeu de lumière inouï et efficace. Comme suggéré par le thème même de la pièce, la lumière est un langage à elle seule qui magnifie les mots et les regards, les ombres et l’invisible. C’est une lumière qui susurre au cœur, murmure à l’inconscient et prend littéralement aux tripes. Elle intensifie la beauté de l’ensemble et invite à suivre un chemin que l’on croyait impossible. Dans la peau de Noé, Gregory Corre est bouleversant de sincérité. Il forme avec Florence Coste (Alix) un couple attachant qui instaure un climat d’une rare intensité. Florence Coste déploie une surprenante variation de sentiments qu’elle réussit à transmettre. Quant à Nicolas Taffin qui ne joue pas que le rôle du sarcastique Roman, puisqu’il est aussi le professeur Mercier, le Passeur et le patient, il met toute sa vigoureuse énergie dans l’opposition systématique. Tel un miroir déformant, il est l’indispensable contradicteur. En plus d’être la Professeure Schwartz et la médium, Mathilde Moulinat campe la meilleure amie d’Alix. Elle en fait une Jeanne très émouvante. Entre la finesse de l’écriture, une mise en scène inventive et un jeu d’acteurs d’un réalisme confondant, le succès de cette pièce ne peut qu’être éclatant. Alors n’hésitez plus, le rendez-vous dans l’au-delà est à prendre ici et maintenant !

Nathalie Gendreau
©Violaine Arsac


Distribution
Avec : Grégory Corre, Florence Coste, Mathilde Moulinat, Nicolas Taffin

Créateurs
Auteur et Metteur en scène : Violaine Arsac
Chorégraphies : Olivier Bénard
Décors : 
Caroline Mexme
Lumières : Stéphane Baquet
Costumes : Clémentine Savarit
Clin d’œil musical : Stéphane Corbin
Graphisme : Cédric Malek

Du mardi au dimanche à 20 heures (à 16 heures le dimanche) jusqu’au 9 février 2020.

Au Théâtre 13 / Jardin, au 103 A, boulevard Auguste Blanqui, Paris XIIIe.

Durée : 1 h 30

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