« Cadavre, vautours et poulet au citron », Guillaume Chérel

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Après l’originalité décalée d' »Un très bon écrivain est un écrivain mort », Guillaume Chérel poursuit son grand bonhomme de chemin avec un polar massif qui fleure le fumet parodique, intitulé « Cadavre, vautours et poulet au citron ». Le décalage narratif est cette fois encore de rigueur, comme le climat de la Mongolie où se situe l’action. Le dépaysement fouette le visage et brûle la couenne des personnages, mais également des lecteurs. Ce pays rugueux s’offre sans retenue, comme les prostituées dans les bars tous borgnes. Car, là-bas, dans ce pays du bout du monde – ou de fin du monde –, qui ne boit pas n’est pas un homme. Bastons, beuveries, dégrisement dans le stupre voisinent avec la fourberie, les coups foireux, l’éclosion d’un amour vache sous la yourte et de sombres histoires de gros sous. Mais quand Jérôme Beauregard va-t-il passer à l’action ? Si l’attente est insoutenable, elle prépare aux actions musclées d’une enquête qui se mène quasi toute seule, par la simple imbrication d’événements. Pour compenser les coups de retard ou dans le pif, le détective applique la loi du Talion. Quand il le faut, il sait rentrer dans le lard ! Tout comme l’auteur qui ne donne pas dans la demi-mesure ! Écriture décidément très contemporaine, volcanique, directe, elle distribue les uppercuts comme il lève le bras : « Vous reprendrez bien un verre ? »

« Bio et barge », humour et dérision à foison !

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Entre bio et mojito, faut-il vraiment choisir ? La comédienne Stéphanie Jarroux est tiraillée tout le long de son one-woman-show inspiré de la vie très réelle d’une mère de famille comblée par ses trois enfants. Enfin… Comblée, c’est vite dit ! Car qui se met en tête de vivre 100 % « bio » tout en s’imbibant… d’expériences Vegan se complique l’existence à plein temps. « Bio et barge » est une bourrasque vivifiante qui, sous prétexte de prôner le bio en toutes occasions, balaye les bonnes intentions face aux réalités du terrain qui impose son inévitable dictature et qui a pour doux nom : le quotidien ! Stéphanie Jarroux rejoue pour nous, à coups d’outrance trash et humoristique, son quotidien de maman aux journées surchargées et de femme en quête d’épanouissement personnel. Sa première comédie est survoltée, sans tabous et décoiffe un max. Son texte est savoureux, stylé et percutant, et la mise en scène dynamique de Nathaly Coualy en fait une belle réussite ! Mais attention, les oreilles chastes risquent de tomber en pâmoison !

« Est-ce ainsi que les hommes jugent ? », Mathieu Ménégaux

Temps de lecture : 2 minCHRONIQUE
Troisième roman de Mathieu Ménégaux, « Est-ce ainsi que les hommes jugent ? » plonge une nouvelle fois son thème narratif dans les mâchoires broyeuses d’un destin facétieux. N’y a-t-il pas pire cauchemar d’être accusé à tort ? de se sentir acculé par des preuves indiscutables ? de remettre en question sa propre innocence à force de matraquage policier ? Au point d’être prêt à avouer un crime qu’on n’a pas commis ! Pour Gustavo Santini, fils d’immigrés argentins dont le père a été torturé, l’arrestation à son domicile dès potron-minet, la perquisition énergique, l’interrogatoire accablant et l’accusation de la victime, c’est surréaliste, inimaginable, effroyable. Mais quand les médias et les réseaux sociaux se déchaînent sur le coupable désigné, le cauchemar devient l’enfer ! D’une plume efficace, saisissante dans son dépouillement, Mathieu Ménégaux s’insinue dans l’intimité des protagonistes, chacun avançant dans sa vérité, convaincu de son plein droit.

« 17 fois Maximilien », et plus encore !

Temps de lecture : 2 minTHÉÂTRE & CO
Tous les mardis, au Studio Hébertot, on assiste à une performance intimiste qui allie finesse et force de jeu. Dans cette pièce à flux tendu, à l’écriture ciselée de son complice Richard Charest, Nikola Parienty se transforme en Maximilien, un être imbu de lui-même, à la désinvolture affectée, qui entreprend une analyse pour asseoir sa légitimité d’acteur. Au fil des dix-sept séances chronométrées par un thérapeute imaginaire, ce quarantenaire va peu à peu déjouer l’ascendance de l’adulte brillant en société pour laisser émerger cet enfant qui hurle son manque d’affection depuis l’enfance et que pourtant personne n’a jamais entendu. Lui, le meilleur ami des mots, va trouver dans son passé ces mots dits ou non dits, qui l’empêchent d’être heureux, tout simplement, et de dormir sans insomnie. Nikola Parienty incarne à la perfection cet être détestable en l’enveloppant d’une grâce attachante qui émeut tout en faisant rire. Au-delà des manières hautaines, les provocations et la suffisance de son personnage, il donne à voir, à entendre et à ressentir une belle âme à la sensibilité heurtée, à qui il aura manqué chaque soir la main apaisante d’une maman sur sa tête d’enfant. Soudain projeté dans le fauteuil du thérapeute, le public est tout ouïe durant les 17 fois Maximilien.

« Ces jours qui ne sont plus », Françoise d’Origny

Temps de lecture : 2 minCHRONIQUE
Avec « Ces jours qui ne sont plus », Françoise d’Origny pose un regard sincère et lucide, mais aussi amusé et sans concession, sur une vie personnelle intense et l’évolution d’une époque fastueuse révolue. Aristocrate, sportive et artiste-peintre, l’auteure a suivi le sillage de ses parents (anciens résistants de la première heure) qu’elle vénérait comme des dieux en faisant montre de fidélité à ses principes, de courage, de devoir… et de caractère. Son frère Henri et elle n’ont pas été étouffés de baisers, mais ont reçu une éducation stricte qui ne tolérait aucun manquement. Ce dont elle les remercie. Cette éducation lui a permis d’affronter une vie très exigeante faite de conventions, de protocoles et de bienséance. Mais aussi surprenante et rocambolesque. Devenue Comtesse d’Harcourt, après un mariage plus teinté d’entente cordiale que d’amour, Françoise d’Origny a osé divorcer pour rencontrer quelques années plus tard l’amour dans les beaux yeux d’un scientifique.

« 2 Mètres 74 », un quartet au diapason

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
La capacité du Studio Hébertot est l’écrin parfait pour cette nouvelle comédie de mœurs psychologique qui dévoile, derrière le rire, comment un événement inattendu peut bouleverser une vie qui a renoncé à ses rêves. « 2 Mètres 74 » est le nom de cette pièce de Martine Paillot, à l’écriture saillante et nerveuse qui manie l’humour au fouet pour réveiller les illusions de deux amis. L’un, Pierre (Nicolas Georges), traîne le matin sa lassitude jusqu’à son bureau de banquier et le soir jusqu’à son domicile de petit bourgeois où sa femme le méprise. L’autre, Vladimir (Frédéric Jacquot), ne vibre que pour le cheval de course et les paris, mais a les poches et le cœur vides. L’arrivée d’un imposant piano Steinway & Sons de 2,74 mètres dans son studio riquiqui va chambouler son espace et sa vie. Mais pourquoi diable la concertiste de renommée internationale, Jeanne Donati, une amourette de jeunesse, lui a-t-elle légué son piano ?

« Un bon écrivain est un écrivain mort », Guillaume Chérel

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Mystères et parodie pour un roman qui vient de paraître chez J’ai lu. Dans « Un bon écrivain est un écrivain mort», Guillaume Chérel affûte sa plume à l’inspiration railleuse. S’il est amoureux des livres et des auteurs… dont l’Histoire dorlote les œuvres, rien n’est moins sûr pour ce qui est des auteurs vivants ! Avec une franche et facétieuse liberté, le journaliste brocarde dix écrivains contemporains très médiatiques, non sans tordre astucieusement leur patronyme. Parité oblige, cinq femmes et cinq hommes sont invités à participer à une conférence dans un ancien monastère devenu une résidence d’auteurs. Leur hôte milliardaire ménage le mystère sur son identité que renforce son absence. Dans une atmosphère balançant entre « Le Nom de la rose » et « Le mystère de la chambre jaune », ce roman confronte les célébrités de la plume à leurs travers jusqu’à ce que mort s’ensuive… ou pas ! À travers ce brûlot, dans lequel il ne s’épargne pas, Guillaume Chérel commet là un roman gonflé, très drôle et original mais qui, en filigrane, interroge l’enjeu originel de l’écriture.

« Le père Denoël est-il une ordure ? », Gordon Zola

Le père Denoël est-il une ordure? Gordon Zola, édition le Léopard démasqué

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Comment résister à un ovni littéraire, qui vient d’être réédité aux éditions du Léopard masqué ? Sous prétexte d’en rire, « Le père Denoël est-il une ordure ? » est une affaire on ne peut plus sérieuse. L’auteur Gordon Zola relate, documents à l’appui, le mystérieux assassinat, à ce jour non encore élucidé, de l’éditeur Robert Denoël. C’est que le père Denoël s’est compromis en collaborant. Pire ! La Commission consultative d’épuration de l’édition, constituée d’auteurs se clamant irréprochables, le condamne pour avoir notamment publié Louis-Ferdinand Céline. Mais l’éditeur prépare sa défense : il a consigné dans son carnet noir des éléments impliquant des confrères. Seulement, le 2 décembre 1945, il range sa voiture boulevard des Invalides à la suite d’une crevaison, sort le cric et la manivelle, envoie sa maîtresse Jeanne Loviton chercher un taxi et est abattu d’une balle dans le dos. À défaut de témoins directs, l’enquête conclut à une agression pour vol qui aura mal tourné. La ficelle est grosse, la veuve se tue à le clamer… et peut-être aussi Maître Lucien Bonplaisir, avocat de l’édition et ardent défenseur des femmes tondues et de belles éplorées.

« Hugo au bistrot », Jacques Weber est l’écho du rêveur sacré

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
« Peuples ! écoutez le poète ! Écoutez le rêveur sacré ! » a écrit Victor Hugo*. Avec sa nouvelle création « Hugo au bistrot », Jacques Weber le prend au mot et s’érige en héraut pour transmettre l’œuvre et les passions de l’auteur des Misérables et évoquer l’homme, le politique, le poète et l’écrivain. Pour cela, il lui fallait un lieu à la mesure de ce rebelle romantique dont le désir le plus ardent était de « détruire la misère qui est la maladie du corps social ». Un théâtre classique pour s’y adonner n’aurait pas permis d’instaurer une complicité suffisante pour recevoir les textes en plein cœur et en mesurer toutes les subtilités ! Jacques Weber a choisi de s’installer sur les planches du restaurant-théâtre La Scène Thélème, l’écrin idéal pour les gourmets du verbe et des saveurs, alliant le bistrot à la gastronomie. Jusqu’au 5 mai prochain, c’est dans cette ambiance intimiste que le comédien et sa partenaire Magali Rosenzweig convient une cinquantaine de spectateurs à embarquer avec eux pour une traversée littéraire nommée « Victor Hugo ». Après la griserie des mots, ces derniers pourront savourer la délicatesse des mets « coup de cœur » du comédien, concoctés par le chef étoilé Julien Roucheteau. Comme dans une ultime communion.

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