“Hugo au bistrot”, Jacques Weber est l’écho du rêveur sacré

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥♥

 

 

Le Chef Julien Roucheteau et Jacques Weber

« Peuples ! écoutez le poète ! Écoutez le rêveur sacré ! » a écrit Victor Hugo*. Avec sa nouvelle création Hugo au bistrot, Jacques Weber le prend au mot et s’érige en héraut pour transmettre l’œuvre et les passions de l’auteur des Misérables et évoquer l’homme, le politique, le poète et l’écrivain. Pour cela, il lui fallait un lieu à la mesure de ce rebelle romantique dont le désir le plus ardent était de « détruire la misère qui est la maladie du corps social ». Un théâtre classique pour s’y adonner n’aurait pas permis d’instaurer une complicité suffisante pour recevoir les textes en plein cœur et en mesurer toutes les subtilités ! Jacques Weber a choisi de s’installer sur les planches du restaurant-théâtre La Scène Thélème, l’écrin idéal pour les gourmets du verbe et des saveurs, alliant le bistrot à la gastronomie. Jusqu’au 5 mai prochain, c’est dans cette ambiance intimiste que le comédien et sa partenaire Magali Rosenzweig convient une cinquantaine de spectateurs à embarquer avec eux pour une traversée littéraire nommée « Victor Hugo ». Après la griserie des mots, ces derniers pourront savourer la délicatesse des mets « coup de cœur » du comédien, concoctés par le chef étoilé Julien Roucheteau. Comme dans une ultime communion.

Jacques Weber et Magali Rosenzweig

Car Hugo au bistrot est une formidable invitation à redécouvrir Victor Hugo, à la lumière de textes choisis avec Christine Weber. Sans convention ni formalisme, Jacques Weber nous parle d’un ami dans l’intimité de son port d’attache éphémère. Debout devant un pupitre ou assis à une table conversant avec Magali Rosenzweig (Juliette Drouet), il nous fait entrer dans la danse des mots, de la pensée et des engagements du poète, comme le ferait tout conteur incarné. L’œil frisottant, le sourire carnassier, la blanche crinière léonine et le timbre velouté. Habité, le comédien projette son talent d’orateur en tribun d’exception. Sa voix se fait caresse à la lecture des lettres d’amour destinées à Juliette Drouet. Sa voix se fait orage contre cette innommable misère que l’écrivain attribue à l’usurpateur Napoléon III, et contre toute forme de censure ou la peine de mort. Cette voix sait aussi se faire urgente pour militer en faveur de la liberté et de l’enseignement pour tous. Toutes ces voix captivent l’auditoire qui s’abandonne dans ce voyage de l’esprit et du cœur.

Avec talent et passion, Jacques Weber et Magali Rosenzweig nous projettent dans ce siècle des romantiques et racontent la vie de cet infatigable bretteur des mots qui ne cessait de noircir des pages pour éclairer ce monde d’injustice. Avec humour, le comédien nous relate la détermination du jeune Victor à vouloir être « Chateaubriand ou rien » et le courage qu’il lui fallait pour braver, à tout juste 14 ans, la terrifiante Madame de Chateaubriand. Il évoque ses harangues à l’Assemblée constituante ; il nous fait ressentir le poème Demain, dès l’aube où s’exprime l’ineffable douleur d’un père à la mort de sa fille, et nos cœurs pleurent avec lui. Avec grandeur, il ravive le temps de l’exil et de ce douloureux écartèlement du cœur. Le comédien nous montre à voir un génie au caractère entier et complexe, mais aussi un homme attendri devant ses petits-enfants. Enfin, il se dédouble, le regarde écrire et dévoile les dessous de ses mots, leur rythme, leur respiration, leur effluve, leur portée, leur résonance. Une traduction lumineuse qui rassure l’enthousiasme instinctif.

Jacques Weber à l’issue de la représentation.

Jacques Weber ne joue pas Victor Hugo, même si son physique le rappelle étrangement. Non, il est sa voix intérieure, pure et originale, son énergie vitale, un écho familier qui traverse les modes et les siècles. Comédien enflammé et porte-parole de grands écrivains, habitué des grands théâtres, il n’hésite pas à restreindre son espace pour ouvrir celui du cœur, et ainsi créer ce rapport direct avec le public. Il noue avec lui un dialogue amical à travers les écrits engagés et plus intimes du dramaturge, qu’il prolonge autour d’un verre de l’amitié. En tout simplicité, il va à la rencontre du public reconnaissant, invite encore l’auteur dans la conversation, évoque ce travail de sélection des textes sans thématique, ni chronologie, mais évolutif. L’émotion de Jacques Weber est palpable, des éclats de Victor Hugo crépitent encore dans ses yeux rieurs. À donner à le voir, à l’entendre et à le vivre, le comédien est le prolongement du « rêveur sacré », le poète inspiré qui est un guide, porteur de vérité et des combats de son siècle.

Nathalie Gendreau

*(Poème « Fonction du poète » extrait du recueil « Les Rayons et les Ombres », 1839)

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Programmation de La Scène Thélème.


Crédit photo de Julien Roucheteau et de Jacques Weber : Théo Simonet – Veilleur de Nuit Productions.

 

« Hugo au bistrot »
 

 Distribution

Avec : Jacques Weber et Magali Rosenzweig.

 

Créateurs

Texte de Victor Hugo

Adaptation : Christine Weber 

Produit par Veilleur de Nuit 

Jusqu’au 5 mai 2018, à 19 heures à La Scène Thélème, 18 rue Troyon, Paris 75017.

Au théâtre de Chartres, le 15 mai 2018, à 20h30, Boulevard Chasles.

En tournée de février à mai 2019.

 

Durée : 1h20.

 

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1 commentaire sur ““Hugo au bistrot”, Jacques Weber est l’écho du rêveur sacré

  1. Bravo pour Hugo que j’admire depuis toujours, bravo à Gendreau pour ses recommandations si pertinentes et, tant pas pour la rime, bravo à Jacques Weber qui sait si bien nous surprendre en des lieux réinventés… Dommage que le spectacle se termine le 5 mai. Une autre fois peut être pour combler de bonheur les neurones de l’esprit et ceux de la saveur…

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