« Revolvers et Talons hauts », une comédie policière efficace et réjouissant

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
« Revolvers et Talons hauts » de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, au théâtre du Marais (à 17 h 30 le dimanche) est un fringant et divertissant polar théâtral aux couleurs de l’Amérique des années 50. L’intrigue se situe à Walnut Grove, une bourgade au fin fond de la Pennsylvanie. La génération de « La Petite Maison dans la prairie » et les suivantes ne manqueront pas de relever l’allusion ! Mais nous sommes loin des bons sentiments véhiculés par cette série aux 205 épisodes ! « Revolvers et Talons hauts » mise le paquet sur le second degré et le pari est gagnant. L’humour est noir, décalé, frisant l’absurde ; il taille allégrement dans la misogynie ordinaire décomplexée et le féminisme balbutiant, mais pugnace. Le scénario met en évidence un commissariat du village sur le point de fermer, car le taux de la criminalité est à zéro. Les deux inspecteurs O’Donnell (Arnaud Nucit) et Macklowski (Vincent Vilain) vont être remerciés. Le vol providentiel d’un bijou inestimable dans le musée du coin, leur offre un sursis. Mais la lenteur des résultats a pour conséquence l’arrivée d’un agent du FBI, Cody Goodman (Esther Barbe Quesnel). Une femme ! Pour l’orgueilleux O’Donnell et l’efféminé Macklowski, rien ne va plus. Cody Goodman est une menace arrogante qu’il faut doubler. Quoi qu’il en coûte !

« Comme ils disent », l’homosexualité à la sauce hétéro : un délice !

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Que l’on soit homo ou hétéro, les amours, les amis, les emmerdes, c’est du pareil au même. La vie de couple au quotidien connaît les mêmes hauts et bas, les mêmes coups de canif au contrat, les mêmes sentiments et ressentiments. C’est tout le sens de la pièce « Comme ils disent », qui n’a pas pris une ride depuis 2008, l’année de sa création par Pascal Rocher et Christophe Dauphin. Actuellement reprise au théâtre Montmartre-Funambule par Jordan Chenoz dans le rôle de David et par Sébastien Boisdé (en alternance avec Antoine Bernard) dans le rôle de Phil, cette comédie irrésistible se déroule en plusieurs tableaux de vie, tranchés dans le vif et l’outrance, chacun ponctué par un gong de fin de round. Personne ne pense à compter les points tant le numéro de composition des deux comédiens (ce soir-là Jordan Chenoz et Antoine Bernard) est à la hauteur de l’enjeu et nous fait perdre la notion du temps. Le pompon ? Le plaisir de reconnaître dans les dialogues des phrases tirées de la chanson de Charles Aznavour, essaimées ici ou là très opportunément. « Comme ils disent » n’est pas qu’une joyeuse et fantasque illustration de la vie d’un couple homo, c’est aussi la mise en apogée de la complexité d’une relation entre êtres humains, quel que soit le mariage des genres.

« La messagère de l’ombre », Mandy Robotham

Temps de lecture : 3 minLITTERATURE
Sur le même thème de son premier roman « L’Infirmière d’Hitler » (Ed. City – 2019), Mandy Robotham récidive avec « La Messagère de l’Ombre », chez le même éditeur. Cette fois-ci, elle noue son intrigue à Venise, au temps de l’oppression allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce roman choral relate l’histoire d’une journaliste anglaise, Luisa, qui, au décès de sa mère, en 2017, part en quête de ses origines italiennes dont elle ne sait rien. Elle se souvient à peine de Stella et de Giovanni, ses grands-parents. En parallèle des recherches de Luisa, nous découvrons la vie de Stella, une jeune journaliste recrutée par la Résistance italienne pour écrire nuitamment dans le journal clandestin, Venezia Liberare. Le jour, elle est traductrice pour le haut commandement nazi, le quartier général du Reich, où elle glane de précieuses informations pour la Résistance. Dans ce roman, les jours et les événements se répètent, comme une marée montante et descendante, sans véritablement d’actions ni de surprises. Pourtant, l’auteure parvient à maintenir une tension suffisante jusqu’au dénouement qui submerge, mais sans étonner, tel l’Acqua Alta, cette forte marée qui se rappelle régulièrement au bon souvenir de la Cité des Doges.

« Betty’s Family », une comédie explosive sur l’esprit de famille

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
« Une soirée “presque” banale… » pour une famille presque lambda où se nouent et dénouent les crispations, les frustrations, les non-dits, les blessures et les rancœurs. « Betty’s Family », la nouvelle pièce à quatre mains d’Isabelle Rougerie et Fabrice Blind (au théâtre La Bruyère, à Paris), exploite le thème de la famille dans toutes ses configurations possibles et imaginables, tant les situations semblent s’inspirer du vécu. Quoi de plus explosif que des histoires de famille ? Avec des dialogues incisifs et percutants et une mise en scène tambour battant dirigé par Stéphane Bierry (lui-même acteur), le rythme de ce boulevard est fracassant et le comique de situation réjouissant. Le profil des personnages y contribue grandement. Véronique Genest (Clarisse) joue une mère poule psycho rigide qui entend sortir sa sœur Lisa, (Isabelle Rougerie) de ses échecs professionnels et amoureux. Patrick Zard’ (Régis) est un mari résigné, désinvolte et volage. Quant à Stéphane Bierry, il est Vincent, le meilleur ami de Lisa, un animateur de jeux de télévision préoccupé par son image vieillissante et la crainte d’être blackboulé. Ce soir-là, tous les quatre se retrouvent dans le petit appartement de Lisa, qui a oublié d’être charmant et n’est pas adapté aux réceptions. Surtout pour un repas d’anniversaire qui s’est transformé entre-temps en entretien professionnel ! Les esprits vont s’échauffer jusqu’à l’explosion de rires en série.

« Conversations avec l’ancêtre », Michel Teodosijevic

Temps de lecture : 2 minLITTERATURE
Dans le récit romancé « Conversations avec l’ancêtre », Michel Teodosijevic raconte avec beaucoup de tendresse et de poésie l’enfance et l’incompréhension du monde. Stéfan est un enfant de dix ans qui se pose beaucoup de questions, au premier rang desquelles : pourquoi ses parents déménagent-ils si souvent ? Pourquoi sont-ils contraints de quitter les appartements dans lesquels ils ne restent jamais bien longtemps ? Qui payent ces hommes en salopettes bleues qui les mettent à la rue ? Les réponses sont d’autant plus cruciales que ses parents se disputent de plus en plus. Le couple est en perdition. Stéfan est prêt à tout pour les défendre des voisins qui les menacent ou les dérangent exprès. Il aimerait tant ressembler à son héros, Joss Randall, de la série « Au nom de la loi ». D’une façon inattendue, c’est l’un de ses aïeuls qui l’aidera dans sa soif de justice. Lors d’un énième emménagement, son père accroche au mur le portrait d’un guerrier balkanique brandissant un sabre. C’est son arrière-grand-père, apprend-il, « un des combattants qui ont donné leur sang pour se libérer des Ottomans ». À partir de jour, Stéfan tente d’entrer en communication avec ce « héros de chair et d’os », comme avec ses petits soldats qu’il fait parler. Son entêtement paye. Il s’établira une relation privilégiée entre l’enfant et le fantôme du guerrier balkanique qui le guidera dans sa quête de devenir un héros, quitte à enfreindre la loi s’il le faut ! Ces conversations imaginaires, comme autant de conseils de survie, l’aideront à tenir bon jusqu’à la fin de l’enfance, jusqu’à ce moment charnière où un regard fait chavirer le cœur.

« Un cadeau particulier », où la réjouissance des sentiments

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
À l’image de l’excellent huis clos de « Fausse note » de Didier Caron, « Un cadeau particulier », au Théâtre Funambule Montmartre, détricote les vies pour les mettre en perspective sur la base d’un fait nouveau. Pour « Fausse note », c’était un violon qui renfermait à lui seul la symbolique du malheur. Pour « Un cadeau particulier », c’est un livre. Et pas des moindres. Le seul qu’on ne puisse lire sans le sentiment de commettre une faute historique impardonnable. Le simple fait de l’acheter est à lui seul une ignominie. Alors, quand Gilles, le meilleur ami d’Éric, lui fait ce présent pour ses cinquante ans, c’est un cataclysme qui vient bousculer la relation de confiance et la remet en question, pour ne pas dire la soumet à la question : pourquoi Gilles lui a-t-il offert un tel livre ? Que doit-il en déduire ? L’image qu’Éric renvoie est-elle aussi horrible qu’il faille un objet de l’horreur pour le lui faire comprendre ? Avec « Un cadeau particulier », Didier Caron commet une nouvelle pièce d’une intensité réjouissante, qu’une mise en scène nerveuse, en collaboration avec Karina Marimon, dynamite. Caustiques et finement pensés, les dialogues alternent entre gravité et humour, où le caractère des personnages (Didier Caron, Bénédicte Bailby et Christophe Corsand) se dévoile par gradation, où chacun apporte son lot de révélations redistribuant ainsi les cartes de l’avenir.

« Même pas morts », Marc Magro

Temps de lecture : 3 minLITTÉRATURE
Fondé sur des faits réels, « Même pas morts » (éd. De Borée), de Marc Magro, est un polar d’une profondeur historique glaçante qui met face au néonazisme émergent. L’auteur nous embarque dans une double enquête policière et familiale qui se construit autour de la disparition des grands-parents du commissaire Paul Antonnelli, Anna et René, un soir d’été, à La Baule. Mais qui peut donc s’en prendre à ce brave couple de retraités, apparemment sans histoires ? Toutes les pistes semblent converger vers le passé d’Anna, dont la famille fut persécutée comme tant de juifs. Paul Antonnelli ne sait rien de la jeunesse de sa grand-mère, avant son mariage, comme si cette période avait été engloutie. Il n’avait jamais osé la questionner. Aujourd’hui qu’elle avait disparu, il le regrettait. De révélations en découvertes, il s’entêtera à retrouver les pièces manquantes du puzzle, dans l’espoir de les retrouver vivants. Mais cinq années vont passer avant de voir la résolution de l’énigme. L’intrigue est serrée et nerveuse, l’écriture fluide, les émotions dignes et sobres. L’intrication des deux époques qui se répondent maintient l’intensité du suspense jusqu’au bout. Passionnant !

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