« Reflets des jours mauves », Gérald Tenenbaum

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Dans ce neuvième roman, « Reflets des jours mauves », l’auteur mathématicien Gérald Tenenbaum nous convie à prendre place pour l’écouter. Élaborant une conversation à sous-ensembles qui interagissent, des rencontres ont lieu entre l’auteur et son lecteur, entre le professeur Lazare et son auditoire, et entre le passé de ce narrateur et son amour perdu. L’heure de la retraite a sonné pour ce généticien renommé. C’est peut-être aussi l’heure, pour lui, enfin, de se libérer du poids de sa découverte, qu’il a tenue secrète pendant trente ans et qui a précipité la perte de l’amour de Rachel. Se saisissant d’une demande d’interview comme d’une bouée de sauvetage, il se lance dans le bain des souvenirs tissés d’hérédité et de fatalité, dont les remous intérieurs n’ont cessé leur cogitation. Arrimé à ce besoin de confession, Lazare rembobine le film de sa carrière jusqu’à la rencontre qui a modifié sa vision du monde et sa trahison par excès de protection. Doit-on alerter l’être cher d’une mort possiblement imminente ? Les gènes peuvent-ils mentir ? Le hasard a-t-il sa part ?

« Main basse sur le magot », du rififi qui décanille !

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Le Paname des années 30 reprend vie grâce à Julien Héteau, directeur du théâtre du Funambule Montmartre, en programmant la pièce d’Arnaud Cassand : « Main basse sur le magot ». Ce dernier s’est inspiré du « Fric-frac » d’Édouard Bourdet (de 1936) pour nous concocter aux petits oignons une histoire de cambriole, de monte-en-l’air, faisant sienne l’atmosphère des Tonton Flingueurs. La tension gravit les échelons du burlesque et réjouit le quidam averti et non averti. Car nul besoin de connaître sur le bout des doigts le langage argotique des titis parisiens et des malfrats des faubourgs pour être affranchi (informé). D’instinct, on pige tout. Il suffit d’ouvrir grandes les esgourdes. Cet argot est une poésie savoureuse qui s’épanouit en liberté inconditionnelle à travers un texte nerveux, imagé, qui fait canner (mourir) de rire. Les dialogues à la Michel Audiard associés aux situations cocasses se percutent à un rythme tonitruant. La comédie tend son fil narratif et pulse sans rompre jusqu’à la chute inattendue et libératoire….

« Jours de glace », Maud Tabachnik

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Dans son dernier opus « Jours de glace », Maud Tabachnik nous emporte avec force et humour noir dans une série de meurtres sauvages, à l’image des lieux les plus reculés, hostiles et farouches, du Canada, où se passe l’action. Woodfoll est une petite ville sans histoires de 25 000 habitants, aux confins du Manitoba, où le thermomètre ne dépasse pas les moins quinze degrés la moitié de l’année. Extrême le climat ! C’est pourtant cette atmosphère d’isolement et de glace que recherchait Louise Grynspan, dite Lou, pour se remettre d’une peine de cœur cuisante. En s’y installant, elle était loin de s’imaginer qu’elle vivrait à la fois les pires heures sanglantes de sa carrière et un coup de foudre aussi beau qu’inattendu, ou inespéré. Rudement et énergiquement mené, « Jours de glace » est un thriller haletant au suspense entretenu par moult rebondissements et chausse-trappes. L’horreur et la terreur, la sauvagerie et la mort sont omniprésentes, les quelques lumières du roman provenant d’un amour naissant entre Lou et Julia et la solidarité entre partenaires.

« La Loi du Talon », le féminisme en aiguillon

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
On ne présente plus Sandrine Sarroche, on la suit, on l’attend, on l’espère : à Paris Première, dans l’émission de Zemmour et Naulleau et, depuis la rentrée 2019, sur RTL dans l’équipe de Stéphane Bern, où elle tient de désopilantes chroniques hebdomadaires sur l’actualité, tout en esprit et chansons parodiques. Jusqu’à la fin de l’année 2019, elle nous donne aussi rendez-vous au Palais des Glaces, où sa verve corrosive et ses pastiches vocaux font un triomphe. Une merveille qui ne se dévore pas en dix minutes comme elle l’évoque, par ironie, pour le livre de Christine Angot, mais en une heure trente qu’on aimerait prolonger jusqu’à plus rire. Dans son quatrième spectacle, « La Loi du Talon », one woman show mis en scène par Éric Théobald, l’humoriste nous livre une autobiographie sous le signe de la saine dérision et du jeu de mots assassins.

« Quand la guerre sera finie », du théâtre musical dans le viseur du temps

Temps de lecture : 2 minTHÉÂTRE & CO
Au théâtre Lepic, l’épique donne rendez-vous à l’histoire. La grande et la petite des années de la Seconde Guerre mondiale. Sujet ô combien rebattu, mais qu’on aime redécouvrir sous l’angle de l’originalité. Car, que peut-on apprendre que l’on ne sait déjà ? La défaite française, l’Occupation, la Résistance, le marché noir, la collaboration, l’amour entre un Allemand et une Française, la trahison, l’héroïsme ordinaire et les actes de bravoure. Tout est là dans « Quand la guerre sera finie » de Marie-Céline Lachaud qui en deux heures dresse le portrait d’une période sombre, là où les personnalités se révèlent le mieux. L’originalité ? Trois comédiens chanteurs (Mathilde Hennekinne, Baptiste Famery, Sebastiao Saramago) jouant chacun trois personnages et un pianiste accompagnateur (Jonathan Goyvaertz), qui rappelle le temps du cinéma muet…

« Une joie féroce », Sorj Chalandon

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Sans la férocité, comment la joie pourrait-elle triompher de l’adversité ? Sans la férocité, ne s’inclinerait-elle pas devant la maladie ? Quand celle-là a pour nom cancer, la joie doit sacrément s’accrocher à la férocité pour surmonter la défection autour de soi. Avec « Une joie féroce », paru chez Grasset, Sorj Chalandon nous gratifie d’un roman à la sensibilité cruelle, exacerbée, magnifiée. Aux premiers mots, il nous embarque avec une justesse bouleversante dans une histoire qui concentre les vérités de ces femmes atteintes d’un cancer dans le corps martyrisé de son héroïne, pour ensuite lui donner une dimension inattendue. Car « Une joie féroce » n’est pas qu’un énième livre sur cette maladie insidieuse et tueuse, il la sublime en offrant à Jeanne le pouvoir de reprendre en main sa vie. Choisir de commettre l’impensable, l’irréparable, par amitié, mais aussi par consolation. Seule consolation dans un monde inhospitalier, où même l’homme censé l’entourer bat en retraite, cachant sa couardise par l’encensement de la combattante qu’il a lui-même désarmée en lui retirant son amour. Il s’en lave les mains, ce n’est plus son histoire. C’est presque une histoire ancienne. Tout juste un souvenir qui précipite Jeanne dans la reconquête de son intégrité morale, et donc physique. C’est ça ou la lente descente vers la mort.

« A vrai dire », le sacre du mensonge

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Si vous viviez dans un monde 100 % sincère, sans une once de mensonge, et si tous vos propos étaient pris comme argent comptant, quelle serait votre réaction ? Manuel Gélin et Sylvain Meyniac vous proposent de découvrir au théâtre du Gymnase celle qu’ils ont imaginée avec la comédie « À vrai dire » qu’ils ont coécrite. Idée surprenante et inédite, mais qui plonge d’emblée dans des premières scènes surréalistes où les cinq personnages disent franco ce qu’ils pensent. Par l’absence de filtres, les dialogues sont crus, grinçants, mordants, assaisonnés, chaque personnage se renvoyant le flashball de la vérité avec détachement, sans inhibition ni autocensure. L’originalité de l’histoire enchante et fait une percée dans les esprits. Et si c’était possible ? se dit-on béat. La vie serait si facile ! Croyez-vous ? A priori, ce monde où la vérité a seule droit de cité et où la manipulation ne pourrait exister, ni les promesses sans lendemains, ni la crédulité abusée, serait le paradis, dont certains d’entre vous rêvent peut-être. Par une ingénieuse preuve par l’inverse, « À vrai dire » démontre combien il faut se méfier de la réalisation des souhaits. Un tel monde transparent pour tous ne serait-il pas bâillonné, privé d’un destin choisi et de matins neufs ? Le mensonge, dans certaines limites, ne rend-il pas, au contraire, libre, heureux, décomplexé ? Mieux : ne rend-il pas meilleur ?

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