« Jours de glace », Maud Tabachnik

Extrait (page 41)
« En réalité, ce pénitencier me semble singulièrement déshumanisé. En nous montrant la disposition des lieux, Burns a souligné que la plupart du temps, gardiens et prisonniers ne se côtoient pas. Des haut-parleurs indiquent aux détenus leurs différentes tâches, les moments de détente et de promenade. Les heures des repas, du cinéma, d’ouverture de la bibliothèque et des salles de sport. « Le meilleur des mondes » en live. »

(Maud Tabachnik)

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

Dans son dernier opus « Jours de glace », Maud Tabachnik nous emporte avec force et humour noir dans une série de meurtres sauvages, à l’image des lieux les plus reculés, hostiles et farouches, du Canada, où se passe l’action. Woodfoll est une petite ville sans histoires de 25 000 habitants, aux confins du Manitoba, où le thermomètre ne dépasse pas les moins quinze degrés la moitié de l’année. Extrême le climat ! C’est pourtant cette atmosphère d’isolement et de glace que recherchait Louise Grynspan, dite Lou, pour se remettre d’une peine de cœur cuisante. En s’y installant, elle était loin de s’imaginer qu’elle vivrait à la fois les pires heures sanglantes de sa carrière et un coup de foudre aussi beau qu’inattendu, ou inespéré. Rudement et énergiquement mené, « Jours de glace » est un thriller haletant au suspense entretenu par moult rebondissements et chausse-trappes. L’horreur et la terreur, la sauvagerie et la mort sont omniprésentes, les quelques lumières du roman provenant d’un amour naissant entre Lou et Julia et la solidarité entre partenaires.

Résumé

Abandonnant sans regret une carrière prometteuse de profileuse à Montréal, Louise Grynspan postule au poste de shérif à Woodfoll, contrée qu’elle ne connaît pas. À la tête d’une petite équipe d’officiers de police, son ordinaire se borne à régler des querelles de voisinage ou de beuverie, des accidents de voitures et de quads. Bref, rien de palpitant. Mais l’implantation d’un asile pénitentiaire de haute sécurité, censé revitaliser économiquement la région, va changer l’ordinaire en extraordinaire, aux confins du surnaturel. Les instances gouvernementales du Manitoba avaient été laissées dans l’ignorance que cet établissement allait accueillir la pire engeance humaine. Quand cette rutilante prison ultra sécurisée verra ses portes se déverrouiller, en raison d’un bug informatique dû à un blizzard d’une force inédite, Lou devra faire face à une situation de crise inouïe, inimaginable. Elle pistera quatre dangereux détenus évadés qui, semble-t-il, sèment les cadavres dans leur sillage, tout en ignorant qu’un être malfaisant rôde se repaissant de tueries épisodiques, au gré de sa soif d’action et d’opportunités. Lou devra également composer avec les forces de police amérindiennes qui attribuent la violence du climat et des meurtres au réveil des ancêtres mécontents. En effet, l’établissement carcéral serait édifié sur un très ancien cimetière indien !

Pour approfondir

Réputée pour être l’une des pionnières du roman noir au féminin, Maud Tabachnik est fidèle à sa plume sombre, nerveuse, cinématographique. Très difficile de ne pas se représenter les lieux sous le déchaînement du blizzard quasi surnaturel ou les personnages partagés entre ceux qui sont emplis de haine glacée et ceux qui agissent pour une meilleure justice. Leurs traits s’affichent en surimpression de l’écriture, vous prenant d’une main ferme pour ne plus la lâcher. Même quand vous n’en pouvez plus de ce suspense, de cette violence ciselée qui essaime les pages, vous êtes pris en étau par votre propre désir d’en savoir un peu plus.

Estimant que le mal fait partie de notre ADN, l’auteure se charge de nous le démontrer en dressant des portraits à faire frémir. L’horreur existe dans ce bas monde, l’actualité mondiale la déverse sur nous régulièrement à travers les ondes. Alors oui, elle est partout. Mais, par opposition, et même par aspiration, qui parle du mal, parle du bien, lequel est retranscrit dans les actions de la police investie, sensible, efficace, qui se serre les coudes. Deux blocs monolithiques clairs et nets, simples et terrifiants, qui ont l’avantage de nous placer dans le camp des gentils. Mais, entre ces deux blocs convenus saille une magnifique aspérité : la culture amérindienne. Très documentée, elle s’exprime tout au long des investigations parallèles d’enquêteurs amérindiens. Chaque police ayant une approche différente, l’auteure tire les deux fils du scénario avec la logique occidentale et l’intuition indienne, tout en révélant en filigrane la difficile cohabitation entre les habitants de souche (indiens Cris, Naskapis, Algonkins…) et les descendants des colons. Qui aime se frotter à la noirceur de notre temps se passionnera pour « Jours de glace ».

Nathalie Gendreau

Éditions City, 18 septembre 2019, 322 pages, à 19,50 euros.

1 réflexion au sujet de “« Jours de glace », Maud Tabachnik”

  1. En général, je n’aime pas trop les descriptions d’une l’horreur générée par les dérèglements de l’âme humaine mais la référence à la culture Amérindienne gomme cet apriori et donne envie de se plonger dans ce roman auquel Nathalie Gendreau accorde quatre cœurs. Une référence !

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