« Les Amants de la Rivière-Rouge », Marie-France Desmaray

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Cette expression vaut pour ce premier roman de 638 pages qui relie le Vieux Continent au Nouveau Monde, peu après la Grande Guerre. Paru aux éditions Presse de la Cité, « Les Amants de la Rivière rouge » est une saga romantique inspirée qui montre combien Marie-France Desmaray aime sa région (la Vendée) et les traditions culinaires. L’auteure rend hommage à ces pionnières courageuses au cœur conquérant de Vendée et des Charentes qui ont tout lâché pour s’exiler dans des contrées inhospitalières du Québec, endurant les pires difficultés financières et souffrances psychologiques pour s’acclimater et construire un nouveau foyer digne de ce nom…

« Blanc & Hétéro », de l’humour en eaux troubles

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Que les oreilles chastes s’abstiennent ou défaillent ! Volontairement provocant, délicieusement indécent, prodigieusement irrévérencieux, le one-man-show d’Arnaud Demanche, « Blanc & Hétéro », programmé tous les mardis à l’Apollo Théâtre, ne fait pas dans la demi-mesure. L’humoriste s’amuse avec les codes et les susceptibilités, comme un chat avec sa souris préférée. Il entre dans la chair du politiquement incorrect avec un esprit affilé et sans tabous sur notre société consumériste et intolérante. Tout est bon à dire, tant qu’on en rit…

« Métaphores, je vous aime – Le dico des belles images », Daniel Lacotte

Temps de lecture : 2 minCHRONIQUE
L’homme qui dégaine les mots plus vite que son ombre s’appelle Daniel Lacotte. L’as des as n’est pas à son coup d’essai. Dans plus d’une quarantaine d’ouvrages à son actif, l’auteur allie la plume à l’esprit facétieux. Il emploie les mots à toutes les sauces narratives : biographies, romans, documents, essais, mais aussi des dictionnaires qui ne se la racontent pas. De ceux qui jouent avec l’origine des mots et leur glissement de sens. De ceux qui contiennent l’essentiel tout en distillant l’accessoire. De ceux, surtout, qui instruisent tout en distrayant ! « Métaphores, je vous aime – Le dico des belles images », paru chez First Éditions, est le dernier-né de cette longue liste à la Prévert qui ne reste pas sur l’estomac. Bien au contraire ! Des métaphores, en veux-tu ? En voilà ! Sans jeter de l’huile sur le feu, Daniel Lacotte déclare sa flamme une nouvelle fois, sans avoir les foies. Il n’a pas son pareil pour nous mettre l’eau à la bouche avec ses métaphores qui enjolivent si bien au sens propre comme au figuré.

« Rapport pour une Académie », l’incarnation kafkaïenne de l’humanité

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Jusqu’au 4 mai 2019, le théâtre de la Croisée des Chemins nous convie à un voyage immobile kafkaïen qui remonte à la genèse de l’humanité, au carrefour de l’évolution entre l’homme et le singe, entre l’exploitation de l’homme et des animaux par l’homme. Sur une adaptation de Vincent Freulon à partir de la nouvelle éponyme de Franz Kafka écrite en 1917, « Rapport pour une Académie » interpelle et ouvre des voies de réflexion sur notre condition d’être humain et la façon dont on se comporte avec nos semblables, mais aussi sur cette torture que l’autre, celui qui est différent ou qui s’est exilé, s’inflige pour s’insérer dans la société, se fondre dans la masse et gommer ses propres caractéristiques. Celles qui l’ont construit et qui font son identité…

« Stances », la poésie aux accents d’actualité

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Au théâtre des Déchargeurs, une semaine durant, ce fut la cueillette des stances. Comme ces cèpes qui naissent nuitamment, il y eut une poussée de pupitres sur la scène, formant un chemin de ronde poétique. Peut-être pour mieux observer le monde et rimer sur sa beauté et sa cruauté. Lauréat du prix Goncourt avec « Les Champs d’honneur » (1990) et auteur d’une autobiographie littéraire en cinq tomes, « La Vie poétique » — dont le dernier opus « Kiosque » (Grasset, 2019) vient de paraître —, Jean Rouaud a écrit et composé un spectacle surprenant et captivant de la première strophe à la dernière. Dans ses « Stances », mis en scène par Pascal Reverte, il raconte la vie et la mort, ponctuées de ses nombreux soubresauts, avec l’élégance du geste et la rondeur de la voix. Sa poésie aux consonances du reportage se décline en rubriques de journal qu’il feuillette pour nous, se faisant le chantre de la nature de l’homme dans tous ses états d’être et de paraître. Faits divers, écologie, politique, économie, art, religion, science, etc., chaque rubrique se dit et se chante en duo harmonieux, un texte poétique, une chanson. Deux arts mêlés qui offrent un métissage de talents et d’actualité.

« Le Misanthrope, ou l’Atrabilaire amoureux », du Molière, passionnément… à la folie

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
Sur la scène du Comédia – Théâtre Libre s’invite une troupe de comédiens galvanisés par le défi renouvelé de ressusciter Molière dans son essence la plus pure. « Le Misanthrope, ou l’Atrabilaire amoureux » est une comédie vertigineusement moderne, en cinq actes et en vers, que les Parisiens ont pu découvrir pour la première fois en 1666 sur la scène du Palais-Royal. Cette pièce est une critique acerbe et virulente contre la société des hommes fourbes et vaniteux, contre l’hypocrisie, la compromission, la trahison. La question existentielle étant : « Faut-il fuir ce que l’on exècre et se retirer du monde ? Ou sommes-nous condamnés à composer avec nos semblables ? » Question ô combien d’actualité, et qui le sera – semble-t-il – tant qu’il y aura des Hommes. Tout au long de cette description du « portrait du siècle », le colérique Alceste (Lambert Wilson), l’amoureux intransigeant, lutte contre sa jalousie qu’attise la belle Célimène (Pauline Cheviller), son amante séductrice, rompue à l’art de la médisance. Brisant qui leurs disputes qui leurs réconciliations surgissent les autres personnages dans une exubérance de passions et de rubans, dans une volubilité d’esprit et de parures. Un moment d’exception, magnifié par une mise en scène musclée de Peter Stern, que les héritiers du beau encenseront !

« Changer le sens des rivières », Murielle Magellan

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Le nouveau roman de Murielle Magellan, chez Julliard, est pareil à un bel esquif, maniable et léger, propre à naviguer avec grâce dans le fracas des remous d’une rivière. Si la vie n’est pas un fleuve tranquille, en changer le cours semble surmontable. C’est ce que « Changer le sens des rivières » raconte, empruntant au roman d’apprentissage. En suivant le cheminement de pensées de la jeune héroïne Marie, le lecteur se laisse embarquer avec bonheur par l’imprévisibilité d’un pacte avec le juge qui l’a condamnée. Cette rencontre va tout changer. Avec un pragmatisme poétique et une sensibilité à fleur d’eau, Murielle Magellan nous fait traverser avec douceur le tourbillon de l’âme de ceux et celles, issus de milieux défavorisés, qui se sont laissé enchaîner en fond de cale par les connaissances des autres… jusqu’au jour de la dernière humiliation.

« La vie rêvée des autres », des si et des voix pour du pur plaisir

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
De grands noms en haut de l’affiche de l’Apollo Théâtre pour une voix talentueuse. Luchini, Bacri, Laspalès, Benigni, Gallienne, Devos et d’autres encore non moins prestigieux ! Leur point commun ? Ce théâtre à une seule voix, celle du comédien imitateur Pascal Haumont. « La vie rêvée des autres » est un spectacle d’Olivier Maille et Pascal Haumont sur les destinées et les bifurcations de parcours, balançant entre rire et tendresse. Leur écriture met en scène un Robert Luchini, ambitieux coiffeur qui rêve d’acheter un autre salon de coiffure ; son apprenti, lui, trouve que la vie est belle, il s’appelle Roberto Benigni. Dans ce salon, très prisé de ses habitués, se rencontrent et se confrontent le professeur de français Jean-Pierre Bacri, le philosophe Grand Corps Malade, l’historien Guillaume Gallienne, le comptable Régis Laspalès ou encore le restaurateur Raymond Devos. Inspiré des personnalités connues, le scénario les renferme dans une nouvelle identité, avec l’hypothèse où ils seraient restés dans l’anonymat. Une pure fiction jubilatoire, menée par l’excellent Pascal Haumont à un train d’enfer et avec une dextérité vocale et visuelle maîtrisée.

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