« Stances », la poésie aux accents d’actualité

 

THÉÂTRE & CO 

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Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

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Au théâtre des Déchargeurs, une semaine durant, ce fut la cueillette des stances. Comme ces cèpes qui naissent nuitamment, il y eut une poussée de pupitres sur la scène, formant un chemin de ronde poétique. Peut-être pour mieux observer le monde et rimer sur sa beauté et sa cruauté. Lauréat du prix Goncourt avec « Les Champs d’honneur » (1990) et auteur d’une autobiographie littéraire en cinq tomes, « La Vie poétique » — dont le dernier opus « Kiosque » (Grasset, 2019) vient de paraître —, Jean Rouaud a écrit et composé un spectacle surprenant et captivant de la première strophe à la dernière. Dans ses « Stances », mis en scène par Pascal Reverte, il raconte la vie et la mort, ponctuées de ses nombreux soubresauts, avec l’élégance du geste et la rondeur de la voix. Sa poésie aux consonances du reportage se décline en rubriques de journal qu’il feuillette pour nous, se faisant le chantre de la nature de l’homme dans tous ses états d’être et de paraître. Faits divers, écologie, politique, économie, art, religion, science, etc., chaque rubrique se dit et se chante en duo harmonieux, un texte poétique, une chanson. Deux arts mêlés qui offrent un métissage de talents et d’actualité.

Dès son entrée, ce qui frappe, c’est l’humilité de Jean Rouaud. Il va, cheminant entre les pupitres, avec la gravité de l’instant, dans cette clairière de poésies de l’actualité, où sont appelé à la rescousse les mémorialistes Ronsard et Agrippa d’Aubigné, le prix Nobel poète Bob Dylan, le journaliste Henri Guillemin ou le poète-musicien Léonard Cohen… Un texte parlé/chanté, tout chant de l’esprit qu’il soit, serait estropié sans une interprétation incarnée, vibrante, rayonnante. Jean Rouaud est tout cela à la fois, même s’il regarde peu le public, il suit l’horizon de la ligne mélodique des mots, sans incantations, entré en son monde intime que l’on pressent intense et blessé. C’est à la faveur d’une émotion trop grande pour ne pas la partager qu’il plante son regard dans le noir de la salle. Sa voix se couvre alors d’une brume nostalgique, mais irisée de lumière. Force et fragilité, unies d’un même cœur qui ne cessera jamais de croire à la course du soleil. Pour raconter ce monde sali, dénaturé, il se meut de pupitre en pupitre, changeant de point de vue et de profil, sans précipitation. Rien ne le presse, l’auteur et l’interprète offre du silence au temps, instillant dans le cœur du public le sentiment de vivre un moment, à la fois unique et d’une trop grande brièveté, qu’on appelle « de grâce ».

Avec la scénographie de Jane Joyet, le jeu des lumières de Léandre Garcia-Lamolla et l’accompagnement sonore (comme le chant des baleines ou l’air de violoncelle), les stances se font chair dans ce temps dilaté d’une heure dix. Accompagné d’une guitare, Jean Rouaud donne à la langueur des mots le rythme sonore des accents de candeur et d’éternité. « Non impedias musicam », autrement dit en bon françois « N’empêchez pas la musique ». Cette citation de L’Ecclésiastique, Jean Rouaud se l’ai fait sienne pour ce spectacle. Car, dans « Stances », la musique est une invitée de marque, dont on ne saurait se passer. Elle est le prolongement d’une poésie parlée amplifiée par une vibration à cordes. Jean Rouaud, qui a manifestement trouvé, non pas sa place, mais ses places, chante au diapason de l’univers qu’il veut embrasser dans ses stances. La voix est chaude, grave, profonde, fraternelle ; elle vient du tréfonds des blessures de l’Humanité. Celui ou celle à l’oreille tendre, fasciné par la virtuosité du verbe gorgé d’images et de sens, se laisse happer par la symphonie des mots en offrande, et sent monter en lui le frisson de sa présence au monde.

Si vous n’avez pas pu voir cette émouvante lecture musicale, vous pouvez toujours découvrir le livre, dont les textes sont tirés : “Stances”, aux éditions Des Busclats.

Texte et photo du spectacle : Nathalie Gendreau


“Stances”

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Distribution

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Avec : Jean Rouaud.

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Créateurs

Teste et musique : Jean Rouaud

Mise en scène : Pascal Reverte

Scénographie : Jane Joyet, assistée de Camille Laouenan

Lumières : Léandre Garcia-Lamolla

Production : La Reine blanche – Les déchargeurs/Le Pôle diffusion
 


Du 8 au 16 mars 2019, à 21 h 30.


Aux Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris Ier.


Durée : 1 h 10.

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