« Le Meilleur Professeur », Daniel Besse

Texte de pièce de théâtre Dacres

Temps de lecture : 2 minCHRONIQUE
Avec « Le Meilleur Professeur », pièce parue aux éditions Dacres, Daniel Besse nous offre une comédie de mœurs originale, fine et intense. Empruntant au bestiaire ses huit personnages, le dramaturge dresse un état des lieux de l’enseignement sidérant de réalisme et de justesse au travers d’un fait déclencheur : un proviseur doit sélectionner son meilleur professeur pour représenter l’excellence lors d’un « prime time » à la télévision. Cette nouvelle satire sociale entend dénoncer l’ingérence de la communication dont les gouvernements usent et abusent pour promouvoir leur politique. En fait, une jolie façade ornée de mots creux pour redorer le blason d’une belle institution malmenée par des réformes à répétition. Sauf que les premiers à en pâtir sont les élèves sommés d’être exemplaires, quoi qu’il leur en coûte… jusqu’au suicide. Un texte ramassé et explosif.

« Ah Tu verras ! », un Nougaro vivant, un Gustin vibrant

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Au théâtre de L’Archipel, Didier Gustin est au top de sa forme. Et il le fait savoir, avec enthousiasme, en inoculant la joie par voix interposées avec son nouveau spectacle musical « Ah Tu Verras ! ». C’est drôle, irrésistible et émouvant ! Avec un talent qui ne se dément pas et une forte présence scénique, il invite cinquante artistes, auxquels il emprunte la voix, à interpréter les chansons immortelles de Claude Nougaro. Il fallait y penser ! En écrivant ce spectacle, avec la complicité de ses amis Hubert Drac et Jacques Pessis, il rend un immense hommage au poète qui a été l’un des premiers à l’encourager dans sa voie… ou, pourrait-on dire, ses voix de prédilection. Accompagné des musiciens Hugo Dessauge et Laurent Roubach, l’imitateur parvient dès la première note, dès la première transfiguration, à enflammer le public qui voyage à rebrousse souvenirs dans l’univers du chanteur disparu en 2004. L’alchimie entre l’artiste au pluriel et le public est palpable tant les cœurs palpitent à l’unisson au fil d’un scénario d’une grande poésie. Au-delà des (ré)incarnations étonnantes, c’est une belle histoire que l’artiste nous relate, à laquelle on croit d’emblée, juste pour le plaisir pur d’y croire.

« Un si petit territoire », Marc Bressant

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Estampillé roman, « Un si petit territoire », de Marc Bressant, aux éditions De Fallois, est bien plus encore. À mi-chemin entre l’essai et la chronique historique, ce petit bijou de plus de quatre cents pages passionne l’érudit en herbe qui sommeille en chacun. C’est un ouvrage résolument moderne, mais qui emprunte au passé ses plus beaux vestiges. Une langue belle, sans fioritures, un rien académique, un ton joliment caustique, un livre tel qu’aurait pu l’écrire un écrivain du siècle visité. L’auteur, diplomate de carrière, élève le territoire de Moresnet au rang de héros autour duquel gravitent des générations d’hommes et de femmes investis et imaginatifs. Tous n’auront qu’un seul but : donner à cette minuscule terre neutre, riche et désolée, un destin surprenant, hors norme, et pourtant historiquement vrai : celui de devenir l’embryon d’un plus grand territoire soudé qu’on appellerait Europe. Et ce rêve qui commence en juin 1816, un an après Waterloo, va prendre corps et âme le lecteur impressionné et touché. Une préfiguration stupéfiante de l’Europe du XXe siècle… vouée à être engloutie par l’Empire allemand en 1914.

« La petite fille vêtue de rose », où l’enfer carcéral au féminin

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Jusqu’au 27 décembre 2017, le théâtre Montmartre Galabru se réinvente en prison pour une pièce édifiante sur les conditions de détention des femmes aux États-Unis, en 1999. Derrière la candeur du titre, « La petite fille vêtue de rose » s’exprime le monde intérieur des personnages. Si les prisonnières évoluent en survêtements gris dans leur cellule glauque et insalubre, leurs rêves sont colorés d’un camaïeu de rose, entre innocence et ingénuité, imprimant dans les cœurs un désir vigoureux de liberté et une faim dévorante d’amour. Les codétenues Gaëlle (Sevda Bozan) et Nevena (Coralie Miguel), deux femmes au profil différent, doivent cohabiter de gré ou de force. De force, se supportant, de gré s’apprivoisant. Les mois défilent, passant du silence brutal à la complicité mutine, jusqu’à l’amour et la libération. L’une effective, l’autre sublimée. Le texte de Coralie Miguel touche et la mise en scène au souci du détail soigné de Marina Gauthier frappe par son réalisme et sa crudité. Une histoire qui prend au col.

« Le Jeu de l’amour et du hasard », du classique aux couleurs sixties

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La pièce de Marivaux « Le Jeu de l’amour et du hasard » est l’un des classiques les plus joués à la Comédie-Française, et l’on comprend pourquoi quand on la découvre ou la redécouvre. L’écriture belle et percutante est une valeur sûre, la garantie d’un très bon moment. Et quand les comédiens allient plaisir et talent et que la mise en scène de Salomé Villiers se teinte d’une modernité rétro, le plaisir s’aiguise. L’audace scénique, saupoudrée ici et là, pimente l’ensemble d’une saveur nouvelle, plus croustillante. Cette version remasteurisée sixties est une création de la Compagnie La boîte aux Lettres, qui avait déjà monté cette pièce en 2013. Les fondateurs de cette compagnie (Salomé Villiers, François Nambot et Bertrand Mounier), également comédiens, ont été bien inspirés d’avoir repris le chemin des planches le 12 avril dernier dans le joli théâtre Michel. Les amoureux de Marivaux et des belles lettres y trouveront de l’originalité à l’original.

« Les amants de Maulnes », Lyliane Mosca

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Journaliste culturelle à l’Est éclair, Lyliane Mosca est aussi romancière. Son nouveau roman, Les amants de Maulnes, qui vient de paraître aux éditions Presse de la Cité, fleure bon le terroir. Un genre au terreau généreux qui nourrit de réalisme bucolique les histoires de famille, souvent compliquées et aux secrets toujours enfouis. Les romans de terroir éveillent dans la mémoire des impressions douces et pastel qu’on croyait avoir enterrées et qui ressurgissent tels des geysers aux couleurs vives. L’histoire des Amants de Maulnes fait partie de ces romans qui entend éclairer une région, un village, une famille, des mensonges, avec en toile de fond un château en ruine et une légende. Des personnages s’aiment et s’affrontent, se désolent et vivent avec leur peine bon an mal an jusqu’à ce qu’éclate la vérité… Le récit se noue et se dénoue sur trois générations, l’histoire suscite de la curiosité, l’écriture est agréable. Dommage que le cœur de l’intrigue ne vibre qu’en seconde partie, celle de la dernière génération.

« Carte Blanche », l’élégance d’une signature

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
« Tout est vrai ! » affirme Blanche Raynal au sortir de son spectacle. La comédienne est radieuse, et diffuse son bonheur discret. En créant « Carte Blanche », elle s’est fait le plus beau cadeau qui soit en autorisant la femme qu’elle est devenue à se donner carte blanche pour relater sa carrière et surtout (dé)livrer un cœur en ballottage entre illusions et désillusions. Le 4 avril dernier, au Théâtre du Marais, ce fut une première de qualité où flottait dans l’air un talent indéniable qui happe l’intérêt et séduit le cœur. La comédienne connue grâce à ses nombreux seconds rôles a fait de son seule-en-scène une réussite d’un bout à l’autre d’une vie rude qui a nécessité pugnacité et force de caractère. Elle ne se refuse rien et signe fièrement en bas de cette carte blanche, vierge de compromissions, un autoportrait drôle et authentique qui serre la gorge et ouvre grand les bras.

« Camille contre Claudel », deux cœurs pour un hommage ardent

Hélène Zidi Camille contre Claudel

Temps de lecture : 4 minÉVÉNEMENT/ACTU
Camille Claudel est un personnage gravé dans la mémoire collective comme une artiste prodigieuse, étouffée par son mentor et amant Auguste Rodin, et comme une femme réduite au dénuement par sa famille. Avec la publication de sa pièce « Camille contre Claudel », aux éditions Dacres, Hélène Zidi vient rendre justice à cette artiste spoliée, alors même que l’année 2017 célèbre la commémoration du centième anniversaire de la mort de Rodin. Telle une pichenette insolente à l’omnipotence du sculpteur, ce texte qui élève Camille Claudel aux nues de son art va être rejoué cette année au Festival d’Avignon, après un succès remarqué lors de ce même festival, en 2016. Le public pourra y retrouver une Camille dédoublée s’exprimant à deux stades d’une vie chaotique. Pour y parvenir, il fallait deux femmes aux traits ressemblants, à la même énergie créatrice, à la même sensibilité aiguisée. Une mère et sa fille étaient la combinaison idéale pour embrasser une immense artiste à l’aube et au crépuscule de sa destinée.

« Électre 21 », Romel

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Avec son deuxième roman « Électre 21 », Romel s’impose comme un globe-trotteur de l’écriture qui abolit les frontières géographiques et temporelles. Sa vie organisée aujourd’hui en Asie, entre Phnom Penh et Bangkok, et son bagage dans le milieu des affaires et des gouvernements lui sont autant d’atouts pour instiller une atmosphère singulière à ce texte futuriste qui revisite le mythe d’Électre, une vengeance contre un membre de sa famille. Haine, vengeance, violence, un triptyque mythologique modernisé qui, sous l’écriture fulgurante et efficace de l’auteur, prend un tour 2.0 passionnant et addictif. En parallèle, la recherche d’un tableau de Picasso disparu lors de la Seconde Guerre mondiale donne une dimension historique et symbolique inattendue qui dynamise l’intérêt de lecture.

« Issue de secours », la haute-voltige du rire

Issue de secours Théâtre du Marais Benjamin Isel Hadrien Berthaut Comédie critique théâtre chronique

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Sur la scène du Théâtre du Marais, le spectacle « Issue de secours » est une aventure planante, fusante, explosive, qui donne dans l’hilarité la plus sidérale, et les gaz n’y sont pour rien ! Tout est prêt pour le dernier vol du commandant… du moins, pour ce qui est du principal : le whisky pour fêter ce voyage qui va clore dix ans de collaboration entre le pilote et le copilote. Pour le reste, advienne que pourra, car la rigueur a déserté le cockpit au profit de l’insouciance d’une prochaine retraite ! Bien entendu, les catastrophes déferlent en escadrille, provoquant des situations loufoques qui dilatent les côtes flottantes. Avant de s’abîmer dans les dunes, l’avion de ligne BH80-90 largue dans le désert africain son fardeau humain, deux corps toniques en manque de gin ou de mojitos. Benjamin Isel et Hadrien Berthaut, les coauteurs des sketches tricotés à quatre mains, puis mis en scène par Georges Beller, vous invitent à un baptême de l’air de haute voltige sans haut-le-cœur garanti. Vive la tête à l’envers du rationnel !

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