« Issue de secours », la haute-voltige du rire

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

 

Sur la scène du Théâtre du Marais, le spectacle “Issue de secours” est une aventure planante, fusante, explosive, qui donne dans l’hilarité la plus sidérale, et les gaz n’y sont pour rien ! Tout est prêt pour le dernier vol du commandant… du moins, pour ce qui est du principal : le whisky pour fêter ce voyage qui va clore dix ans de collaboration entre le pilote et le copilote. Pour le reste, advienne que pourra, car la rigueur a déserté le cockpit au profit de l’insouciance d’une prochaine retraite ! Bien entendu, les catastrophes déferlent en escadrille, provoquant des situations loufoques qui dilatent les côtes flottantes. Avant de s’abîmer dans les dunes, l’avion de ligne BH80-90 largue dans le désert africain son fardeau humain, deux corps toniques en manque de gin ou de mojitos. Benjamin Isel et Hadrien Berthaut, les coauteurs des sketches tricotés à quatre mains, puis mis en scène par Georges Beller, vous invitent à un baptême de l’air de haute voltige sans haut-le-cœur garanti. Vive la tête à l’envers du rationnel !

Un commandant en fin de carrière et son ami copilote sont bien trop émus et heureux de ce dernier voyage à deux pour se concentrer sur leur vol. Alors que les réparties piquantes fendent l’air, la tête divaguant dans les cumulus, ils s’aperçoivent que l’avion a décollé sans passagers, ni kérosène. Si New York recule, les ennuis se rapprochent dangereusement en même temps que le sol brûlant africain. Le crash est inévitable. Sains et saufs, échauffés par l’alcool et les ressentiments qui gravissent les degrés, les pilotes se montrent infidèles à l’amitié et à la raison. Ils se séparent, errant dans le désert à la recherche d’une oasis. Les mirages sont leur nouveau compagnon de voyage et jouent avec leurs fantasmes, révélant les petitesses ordinaires. Les hallucinations aux trousses, les deux rescapés, quand ils se croisent, vivent les séquences d’un Tintin revisité, d’un match du PSG avec un joueur à papa à la cervelle dans les chaussettes, des vœux d’un génie capricieux, d’une discothèque qui bat son plein de déhanchements enfiévrés sous les spots du désert, etc. Et, pour corser la relation conflictuelle entre les pilotes en sursis, chacun a le pouvoir de statufier l’autre. Pour le pire et le meilleur, unis dans le burlesque.

Sur la scène, rien. Sinon deux chaises, une bouteille de whisky, enfin sa petite sœur pour épargner les âmes sensibles à la bienséance, et deux prodigieux talents. Sous les feux de la rampe de lancement, le duo de comédiens crève l’écran de notre curiosité bienveillante. Benjamin et Hadrien font décoller leur avion imaginaire à destination d’une aventure rocambolesque et riche en soubresauts comiques. Peu à peu, le duo délirant franchit le mur du son et ouvre les vannes du rire fantasque et du grand n’importe quoi sous l’apparence furtive de blagues de potache. Car, bien entendu, c’est du camouflage. L’intelligence transparaît, fait des saillies, éclate comme des bulles de gomme à mâcher, au détour de scènes incisives, d’à-propos musicaux et d’une mise en scène qui trace un plan de vol cohérent. Point de respiration, tout est prétexte à s’esclaffer. Les situations, les blagues, les échanges, les chorégraphies. Le public reste un peu plus d’une heure durant, en suspension, grisé de rire et de douce nostalgie, les sketches des comédiens le ramenant à une jeunesse révolue où il croyait tout ce qu’on lui disait et en était heureux. C’est la magie de ce show déjanté. On approuve, on partage, on applaudit à rompre les entraves de la réalité. Et on salue jusqu’à terre la performance physique !

Attention, vous avez jusqu’à fin juin pour vous embarquer sur le dernier vol. Aux retardataires, il leur restera juillet pour faire le plein de rires, à défaut de kérosène, au festival d’Avignon.

Article disponible également sur Profession Spectacle.


« Issue de secours »
Co-écrit et avec Benjamin Isel et Hadrien Berthaut. 
Mise en scène : George Beller.
Au théâtre du Marais,
37 rue Volta,
75003 Paris.

Prolongations
Avril : les lundi à 20 h 30 et les samedis à 17 h => 01/04, 03/04, 15/04, 17/04, 22/04, 29/04.

Mai/juin : les vendredis à 21 h 30 et les dimanches à 19 h => 05/05, 07/05 (relâche du 10 au 23 mai) jusqu’au 25/06.
Durée : 1h05.

 



 

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