Laurent Bettoni, le label « les indés » pour les auteurs d’abord

PORTRAIT PASSION

par Nathalie Gendreau


Début janvier 2016, Laurent Bettoni lance « les indés », un label éditorial dédié aux indépendants. Passerelle entre l’auto-édition et les maisons d’édition traditionnelles, ce label rode depuis six mois un modèle économique « à la demande », fondé sur le numérique, la qualité éditoriale et la pleine liberté des auteurs. Les résultats sont très encourageants, les auteurs heureux et les ouvrages d’une belle facture.

 

Souvent, une porte qui se ferme s’ouvre sur une chance à saisir. Laurent Bettoni l’a saisie plutôt deux fois qu’une ! Il a suffi du dépôt de bilan de la maison d’édition pour qui il était directeur éditorial et qui le publiait pour l’aider à passer le seuil, à tenter la folle et néanmoins excitante aventure de l’édition. « J’arrive à un âge où je ne veux plus dépendre des autres ni attendre une décision », explique le fondateur et directeur du label les indés. Il a trop bien connu la frilosité des comités de lecture à prendre une décision pour repartir à la chasse d’une maison d’édition.Laurent Bettoni

Janvier 2016 pourrait donc bien marquer le jalon d’une alternative inédite aux maisons d’édition traditionnelles. Le paradigme est inventif, ambitieux et mu par une envie mature de placer l’auteur au centre de son œuvre et non de l’en dessaisir. Laurent Bettoni étant lui-même auteur savait exactement ce qu’il devait proposer via ce label pour répondre aux attentes de ses pairs. « Je souhaite que l’auteur participe à la conception et à la vie du livre », précise-t-il, convaincu que l’instauration d’un partenariat avec ses auteurs est indispensable pour les porter le plus haut possible et leur faire rencontrer leur lectorat. Et, pour propulser ces talents à fort potentiel, méconnus qui mériteraient d’être connus, dont beaucoup passent au travers des mailles du filet des maisons d’édition, il ne désire pas brûler les étapes. « Aujourd’hui, les maisons d’édition veulent faire du profit à court terme. Pour moi, c’est incompatible avec une œuvre à construire ».

Le label les indés se positionne aussi comme une passerelle qui permet aux auteurs remarqués par une maison d’édition classique de migrer, s’ils le souhaitent, vers cette structure aux moyens autrement plus substantiels. « Je leur sers de vitrine et de tremplinJ’aime à me définir comme un passeur d’auteurs », résume en toute simplicité l’éditeur. À ce moment-là, le label aura fonction d’agent littéraire et percevra une commission (15 % sur l’ensemble des droits en France et 20 % sur l’ensemble des droits à l’étranger), son souhait étant que ces pourcentages soient déduits de la part éditeur.

Mais quel est l’intérêt pour l’auteur de préférer les indés à toute autre alternative ? La liberté ! pourrait-on s’écrier en chœur. « L’auteur est maître de son destin », affirme Laurent Bettoni. Quand une relation contractuelle se noue entre les indés et ses auteurs, ces derniers sont libres de leurs droits et en disposent comme bon leur semble. Sans justification, par simple courrier, ils peuvent les récupérer. De plus, alors que les droits d’auteur plafonnent à 10 % dans une maison d’édition classique, les indés accordent 15 % hors taxe sur la version papier et 25 % sur la version numérique, dès le premier exemplaire vendu. « Les droits d’auteurs représentent 50 % de mes bénéfices nets », précise-t-il en assumant ce choix qui ne lui permet pas encore de vivre de ses revenus. Plus original encore, la reddition des comptes et le versement des droits d’auteur s’opèrent tous les mois. Enfin, si le succès d’un livre n’est pas au rendez-vous, les indés restent fidèles à l’auteur jusqu’à ce qu’il perce… ou pas.
Pour tenir toutes ces ambitions, Laurent Bettoni focalise sa stratégie sur le numérique. « Je n’ai pas les moyens des maisons d’édition pour l’impression et la mise en place en office dans les librairies, souligne-t-il, avec lucidité. Je fonctionne donc en flux réassort. » Donc, pas de stocks, pas de retours des librairies, pas de livres au pilon ! « En fait, je mise sur un succès en numérique pour générer des ventes et un succès papier, soit un fonctionnement inverse aux maisons d’édition traditionnelles », explique-t-il encore. Un bon moyen d’imprimer éco-responsable pour cet entrepreneur également soucieux de l’environnement.

Connu comme écrivain depuis 2Des auteurs et des textes mis à l'honneur005 et comme chroniqueur et accompagnateur littéraire, Laurent Bettoni dispose d’un tissu relationnel assez étendu sur les réseaux sociaux : « Si nous assurons un service de presse classique auprès des journalistes, nous communiquons aussi et surtout auprès de la communauté des blogueurs et des youtubers, nous touchons ainsi d’emblée les lecteurs. Nous cherchons à créer des partenariats avec des web chroniqueurs. Ils se sont beaucoup professionnalisés ces dernières années. » Ces derniers ne bénéficient-ils pas auprès des lecteurs d’une aura de sincérité et d’indépendance vis-à-vis des maisons d’édition ?

Développer le label sur les réseaux sociaux est d’autant plus indispensable pour les indés qu’ils ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour constituer un catalogue papier et le distribuer à travers les réseaux de libraires. Laurent Bettoni compte sur les réseaux sociaux pour inciter les futurs lecteurs à commander les ouvrages chez leur libraire, et ainsi se faire connaître peu à peu auprès d’eux. Les livres sont bien entendu disponibles sur les plateformes de vente en ligne. Le catalogue des titres est d’ailleurs régulièrement mis à jour sur le site internet des indés. Les livres en version papier sont imprimés et distribués par Hachette en 48 heures en France. Esthétiquement, ils sont beaux. Laurent Bettoni a opté pour la qualité du contenu, mais également la qualité du support papier. La charte graphique a été pensée pour évoquer le numérique par l’insertion du visuel dans une figure qui suggère un écran. Quant à la couverture, elle est soyeuse au toucher, grâce au pelliculage « soft touch », entre velours et peau de pêche. Le prix en version numérique reste modique, n’excédant pas 6,99 €. Mieux ! Durant les quatre premiers jours de la parution du livre (du mercredi minuit au dimanche minuit), le téléchargement est proposé à 99 centimes. « Nous proposons de l’inédit au prix d’un Poche ! annonce Laurent Bettoni, assez heureux de ce parti pris tarifaire. Je veux rendre la littérature accessible à tous ! Ça m’agace que la culture ne soit destinée qu’à l’élite. On aurait moins de problèmes dans la société si la culture était plus accessible. »

La ligne éditoriale est arborescente, non figée dans un genre. Roman d’amour, policier, fantastique, thriller, pièce de théâtre, biographie, essai… Toute la littérature francophone qui mérite d’être publiée le sera. C’est le principe qui guide le choix de Laurent Bettoni qui ne veut rien s’interdire. La réception de dizaines de manuscrits atteste que le bouche-à-oreille digital fonctionne déjà à merveille, ce qui lui donne des signes encourageants sur son modèle économique. « Le catalogue de publication 2016 est quasi bouclé et celui de 2017 en prend le chemin », annonce-t-il, à la fois ravi et ahuri de découvrir de si belles plumes rejetées par les maisons d’édition classiques. La petite équipe multicarte, seulement constituée du fondateur, d’une éditrice maquettiste et d’un chargé de communication digitale et papier, ne peut les absorber tous. La marque de fabrique des indés est avant tout de privilégier la qualité à la quantité ! Un à deux livres par mois, c’est la moyenne de parution qui a été fixée.

Dans un deuxième temps, une fois le label installé, connu… et pourquoi pas reconnu, Laurent Bettoni poursuivra sa politique de développement. Il aura une force de vente pour démarcher les libraires et sera plus présent dans les salons du livre. Et il inscrira ses auteurs à des prix littéraires… ce dont il ne devrait pas se priver, puisque « Tango Loft« , de Véronique Sauger, a déjà été retenu par l’Académie Hors-Concours pour le prix Hors-Concours, dédié à l’édition indépendante. Cette sélection a l’avantage d’être intégrée dans un catalogue avec les 99 autres titres sélectionnés, qui sera distribué à près de 300 libraires. Rendez-vous est donné aux indés le 10 novembre prochain pour savoir si Véronique Sauger sera l’heureuse lauréate ! Dans le cas contraire, l’attention portée à cet ouvrage par le jury est déjà en soi la preuve tangible d’une belle reconnaissance du travail de l’équipe des indés et de la confiance et la complicité qui se sont instaurées avec l’auteur.

Suivez le lien les indés pour découvrir leurs derniers ouvrages indiqués ci-dessous.

Découvrez la chronique de ces quatre romans, accompagnée de l’interview de l’auteur.

  1. Brigitte Hache
  2. Véronique Sauger
  3. Tudual Akflor
  4. Elodie Mazuir

Catalogue les indés

 

 

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