« La convivialité », ou la fabuleuse épopée de l’orthographe

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Avec « La convivialité ou la faute de l’orthographe », Arnaud Hoedt et Jérôme Piron secouent nos certitudes sur l’écriture de notre langue. Leur ambition ? Libérer notre esprit critique trop enkysté dans des règles établies une fois pour toutes par les moines copistes, l’Académie française et l’usage ! Le succès renouvelé de cette conférence créée en mars 2015 dans un format de 25 minutes a incité ces deux professeurs belges, respectivement de français et de religion catholique, à la transformer en une version plus longue. Produit par Alex Vizorek pour le théâtre Tristan Bernard, à Paris, et mis en scène par Dominique Bréda et Clément Thirion (Kosmocompany, Bruxelles), ce spectacle fait passer à la vitesse de la lumière une heure non-stop de désacralisation humoristique de la langue écrite. Le contenu est riche, à l’instar de la langue et de sa complexité. Que les défenseurs du dogme orthographique s’accrochent bien, leurs idées risquent de gîter vers l’acceptation à la discussion. Ces deux amoureux de la langue française entendent défendre l’écriture, non pas la révolutionner, mais l’ouvrir justement aux pourquoi : pourquoi le son « s » peut-il s’écrire de douze façons différentes ? Pourquoi Molière écrivait-il son Misanthrope sans « h » ? Pourquoi certains mots commençant par « ap » ne prennent-ils pas deux « pp » ? Vous le saurez grâce à Arnaud Hoedt et Jérôme Piron qui font rimer l’orthographe et la réflexion avec humour, plaisir et bon sens !

« Nous étions nés pour être heureux », Lionel Duroy

Nous étions nés pour être heureux Duroy

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Avec « Nous étions nés pour être heureux », aux éditions Julliard, Lionel Duroy signe un récit psychologique passionnant. Il pose la question de savoir si un écrivain peut se nourrir de ses histoires de famille et de ses déchirements sans la nécessaire sublimation littéraire. Sujet brûlant d’actualité, « Orléans » de Yann Moix est le cas d’école que traite avec talent et nuances Lionel Duroy dans son dernier roman paru en août dernier. Son objet n’est pas tant de déterminer si Paul, le narrateur, dit la vérité ou pas dans sa « fiction autobiographique » que de s’interroger sur ses motivations d’élever les siens au rang de personnages réels, dont toute son œuvre littéraire est constituée. Pour ce double fictif de Lionel Duroy, quinze livres sont parus pour accoucher de son enfance, de la défaillance de ses parents et des travers de ses aînés, ce qui a entraîné une rupture brutale des relations avec toute sa famille. Trente ans plus tard, un déjeuner de famille offrira aux protagonistes l’occasion de s’expliquer. Si les arguments de l’un et des autres s’opposent, ils sont tous entendables et ne trancheront pas le sujet définitivement. Entre la liberté d’expression et le droit à la vie privée, la frontière est aussi fragile qu’un sentiment d’appartenance.

« Les Pâtes à l’ail », une explosion de saveurs émotionnelles

les pâtes à l'ail Théâtre Gaccio Giangreco La Nouvelle scène

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Deux potes de soixante ans se retrouvent pour la première fois sur scène, immortalisant leur longue amitié autour d’une comédie dramatique édifiante dans la justesse du propos et les nuances du jeu. Écrit à six mains avec le scénariste et metteur en scène Jean-Carol Larrivé, « Les Pâtes à l’ail » réunit Philippe Giangreco (acteur, auteur, réalisateur) et Bruno Gaccio (producteur de télévision et scénariste, notamment dans Les Guignols de l’info sur Canal+), deux amis d’enfance qui ont décidé de jouer ensemble. À l’affiche de La Scène parisienne, l’ex-Feux de la rampe bellement repensée et rénovée, « Les Pâtes à l’ail » met en scène une longue amitié mise à l’épreuve face à l’ultime service : celui de donner la mort pour éviter la déchéance. Si la demande de Vincenzo (Philippe Giangreco) paraît surréaliste à son ami Carlo (Bruno Gaccio), elle n’en est pas moins réfléchie et claquemurée dans les certitudes. Vincenzo n’entend pas changer d’avis. Au nom de l’amitié, Carlo devra s’exécuter ! S’ensuit une bataille aussi homérique que drôle sur la fin de vie, entre d’un côté, le désir d’en être le seul maître, et de l’autre, la volonté de s’y soustraire et de convaincre d’y renoncer. L’amitié y résistera-t-elle ? Jusqu’où des amis sont-ils prêts à aller au nom de ce sentiment fraternel cimenté par les souvenirs d’une vie ? « Les Pâtes à l’ail » y répond entre éclats de rire et de tendresse. Un magistral pied de nez à la mort, comme seuls savent le faire les humoristes au cœur intelligent.

« Rimbaud Verlaine », le stupéfiant biopic d’un amour absolu

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
Au théâtre du Gymnase sont évoquées avec force talents les trois années d’amours tumultueuses et inspirées de Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, de 1871 à 1873. Sur une idée du producteur Pierre Cardin et de Rodrigo Basilicati Cardin, l’auteur et metteur en scène Stéphan Roche a commis un « Rimbaud Verlaine » de toute beauté. Le livret, la mise en scène, mais aussi la musique, la chorégraphie, la scénographie, les voix et le jeu des comédiens ont contribué à faire de cette pièce de théâtre musicale une œuvre frappante et exquise à la fois, qui exalte le sens du beau en étant très éloquente. Sans verser dans la pure comédie musicale, cette pièce aux points d’orgue chantés narre la rencontre de deux poètes du XIXe siècle, géniaux et hors normes, et leur relation fusionnelle à la fois créatrice et destructrice qui les a rendus immortels. Ces deux êtres révoltés, épris de « liberté libre » mais incompris dans un siècle de conventions, n’ont eu de cesse de s’aimer et de s’entre-déchirer passionnément, avec grandeur et décadence, comme seuls les plus grands esprits savent le vivre, jusqu’au point de rupture : les deux coups de revolver tirés par Verlaine sur Rimbaud, le blessant au poignet, et la condamnation du premier à deux ans de prison au désespoir du second.

« Recherche Belinda désespérément », l’imitation dans sa plus belle expression

Temps de lecture : 2 minTHÉÂTRE & CO
« Tu étais formidaaaableee ! »Empruntons ce titre de Stromae, que Yann Jamet imite si justement, pour qualifier le nouveau spectacle, « Recherche Belinda désespérément », qui se joue jusqu’au 18 décembre, tous les mercredis, à l’Apollo Théâtre. Cet artiste, que l’on aimerait voir plus souvent tant il regonflerait le moral à un neurasthénique, a de la présence et un répertoire de voix à l’éventail panoramique. Même le crâne rasé, Yann Jamet incarne ses personnages. Il suffit d’une moue, d’un plissement de l’œil, d’une gestuelle imprimée dans notre banque de données iconiques pour nous le faire accroire mordicus…

« L’homme sensible », Eric Paradisi

l'homme sensible Éric Paradisi

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Dans son sixième ouvrage, « L’homme sensible », Éric Paradisi plante son décor narratif dans des univers opposés qui cheminent l’un vers l’autre : le présent face au passé ; la première femme Lucie face à la « love doll » Olympia ; la beauté face à la laideur ; l’image figée face au mouvement ; la sensibilité inhérente face à celle qui est projetée. Vincent Leenhardt est le héros de ce roman atypique qui déstructure les codes de la beauté. Ce héros au physique ingrat sait passionner les foules, étudiants et professeurs, de l’université de Toulouse, mais son humour ravageur laisse froid les femmes, surtout les belles, celles qui l’ont toujours vu comme le bon copain confident.

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