« La convivialité », ou la fabuleuse épopée de l’orthographe

 

THÉÂTRE & CO 

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Avis de PrestaPlume « Coup de cœur »

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Avec « La convivialité ou la faute de l’orthographe », Arnaud Hoedt et Jérôme Piron secouent nos certitudes sur l’écriture de notre langue. Leur ambition ? Libérer notre esprit critique trop enkysté dans des règles établies une fois pour toutes par les moines copistes, l’Académie française et l’usage ! Le succès renouvelé de cette conférence créée en mars 2015 dans un format de 25 minutes a incité ces deux professeurs belges, respectivement de français et de religion catholique, à la transformer en une version plus longue. Produit par Alex Vizorek pour le théâtre Tristan Bernard, à Paris, et mis en scène par Dominique Bréda et Clément Thirion (Kosmocompany, Bruxelles), ce spectacle fait passer à la vitesse de la lumière une heure non-stop de désacralisation humoristique de la langue écrite. Le contenu est riche, à l’instar de la langue et de sa complexité. Que les défenseurs du dogme orthographique s’accrochent bien, leurs idées risquent de gîter vers l’acceptation à la discussion. Ces deux amoureux de la langue française entendent défendre l’écriture, non pas la révolutionner, mais l’ouvrir justement aux pourquoi. En effet, pourquoi le son « s » peut-il s’écrire de douze façons différentes ? Pourquoi Molière écrivait-il son Misanthrope sans « h » ? Pourquoi certains mots commençant par « ap » ne prennent-ils pas deux « pp » ? Vous le saurez grâce à Arnaud Hoedt et Jérôme Piron qui font rimer l’orthographe et la réflexion avec humour, plaisir et bon sens !

Bien ancrés dans le sol, face au public, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron ne se mettent pas martel en tête. Ils ne campent aucun personnage particulier, si ce n’est deux sympathiques professeurs au service de l’écriture. Les spectateurs ne vont pas tarder à prendre sur le coin des certitudes un bloc de granit d’évidences. Pour les graver davantage, un écran en fond de scène relaye les dessins humoristiques de Kevin Matagne, mais aussi les formules, les probabilités, les phrases-chocs ! Pour extraire ces évidences de leur gangue, il suffisait d’y réfléchir et d’oser les verbaliser. Avec simplicité et pédagogie, ces deux conférenciers le font en commençant par une simple et courte entrée en matière : la dictée et ses fameuses « fautes » d’orthographe. Selon eux, ce ne sont pas les fautes que nous jugeons vraiment, c’est nous-mêmes ! Et très sévèrement ! Au point de constituer de véritables stratégies pour éviter d’employer un mot dont on doute de la graphie exacte. La tyrannie de l’orthographe commence très tôt chez l’enfant et s’achèvera avec notre dernier souffle, à n’en pas douter ! Pourquoi ? Parce qu’on nous a inculqué à coups de dictées l’importance de la forme… mais aussi parce que nous y sommes nous-mêmes très attachés. Nous aimons ces mots compliqués, dont les subtilités nous dépassent parfois, mais qui nous appartiennent, constituant notre culture, notre patrimoine, notre histoire !

Notre langue est riche et chaque règle et ses exceptions ont une raison logique et implacable, direz-vous. Détrompez-vous ! On apprendra ainsi avec effarement que des exceptions ont été imposées pour des raisons pratiques ou un manque de temps des moines copistes, d’autres provenant de fautes persévérantes jusqu’à ce que l’usage décrète leur justesse. On découvrira combien l’aléatoire et le hasard ont formé notre écriture au fil des siècles jusqu’à la rendre bien complexe et rigide. N’évoquons pas les règles sur l’accord avec l’auxiliaire avoir en fonction de la position du complément dans la phrase ! Arnaud Hoedt et Jérôme Piron s’en chargent très bien, avec humour et spiritualité. Leur démonstration est imparable et d’une intelligence lumineuse. Elle l’est d’autant plus qu’ils donnent à leur conférence spectacle une dimension interactive… très conviviale. Nous osons enfin rire non pas de l’écriture, mais sur l’écriture et ses aspérités de manière très décomplexée. Une prouesse en soi ! Les idées préconçues n’ont qu’à bien se cramponner sur leur colosse d’argile que ces deux sympathiques troubadours s’emploient à fendiller à coups de « simples » constatations et de judicieuses questions. Ils font appel à notre logique !

La preuve par l’évidence est si claire qu’à la fin on accepterait bien une « légère » entorse à la graphie originelle… pour certains mots. Arnaud Hoedt et Jérôme Piron ne se contentent pas de démontrer, ils interrogent le public, car la langue écrite ne devrait pas être abandonnée à la « pensée élitiste ou académique », selon eux. Alors ils font voter les spectateurs : accepteraient-ils d’écrire « filosofe », « chevaus », « essèmesse » ou encore « Quandiraton » ainsi ? Le résultat est confondant ! Par les questions qu’ils soulèvent, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron ouvrent un vaste champ des possibles pour que l’écriture ne soit plus une torture ni un corset, mais un outil qui serve au mieux la pensée et les échanges. Et pour commencer à y répondre, le spectacle est suivi d’un débat d’un quart d’heure avec le public.

Nathalie Gendreau

1re photo : ©Véronique Vercheval
Les suivantes : ©Nathalie Gendreau



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« La convivialité ou la faute d’orthographe »

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Distribution

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Avec : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron

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Créateurs

Auteurs : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron

Mise en scène :  Arnaud Pirault, Clément Thirion, Dominique Bréda

Création vidéo et régie : Kévin Matagne

Conseiller technique : Nicolas Callandt

Conseiller artistique : Antoine Defoort

Assistant à la mise en scène : Anaïs Moray

Une création de la compagnie Chantal & Bernadette


Tous les lundis à 20 heures et les dimanches à 16 heures, jusqu’au 30 décembre 2019.


Au Théâtre Tristan Bernard, 64 rue du Rocher, Paris VIIIe.


Durée : 1h15.

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